2020 - Coronavirus Outbreak - Covid-19 - SARS-CoV-2 -  El Confidencial - El Païs - La Repubblica - The Guardian - The Washington Post - The New-York Times - Financial Times - El Mundo - Los Angeles Times - South China Morning Post -  Frankfurter Allgemeine Zeitung - Die Welt - La Stampa - Financial Times - The Telegraph - L’Eco di Bergamo - The Lancet - Johns Hopkins Coronavirus Resource Center - ..

Last update: 2020/03/19

"Nous ne savons tout simplement rien, mais la grande guerre des "récits" a débuté" - La crise du Coronavirus ou Covid-19, - un brin d'ARN comportant 29 903 nucléotides et d'un diamètre de 0,12 microns -, qui bouleverse la planète entière en ignorant les frontières et les distinctions sociales, marque sans doute un tournant dans l'histoire de l'humanité, tournant dont nous ne pouvons pas encore définir les conséquences, si ce n'est que nos sociétés, nos institutions, nos économies, nos comportements ne sortiront pas indemnes de cette épreuve. Un brin d'ARN d'un diamètre de 0,12 microns vient fracasser toutes nos certitudes et nos sociabilités, construites depuis quelques décennies malgré ou à cause des réseaux sociaux, un brin d'ARN qui vient contester brutalement tous nos schémas politiques et économiques. Mais aussi faire renaître de leurs cendres les éternels égocentrismes tant collectifs qu'individuels, et les tentations les plus autoritaires des pouvoirs en place. Avec la crise du Coronavirus, l'irrationalité s'empare à nouveau de notre monde en ce début du XXIe siècle, une irrationalité singulière, différente et plus insidieuse que celle des années brunes 1930s-1940s, et qui se vit aujourd'hui en temps réel, médias et réseaux numériques démultipliant et déformant toutes nos réalités quotidiennes et nos possibilités de compréhension en pleine crise démocratique..
Nous entendons ici modestement recenser les quelques problèmes que soulèvent cette pandémie mondiale, la concevoir comme une rupture singulière dans notre existence en ce début du XXIe siècle. Ne pas sortir dans la rue, se protéger, se mettre à l'abri, se positionner à distance, n'entendre plus qu'une seule parole, celle des autorités, l'humanité a bien connu des craintes bien concrètes, mais nous savions qui était l'ennemi. La peur semble aujourd'hui abstraite, la crédibilité d'une parole publique qui, à défaut de comprendre et de maîtriser la période, privilégie une fois de plus, sans doute une fois de trop, l'autoritarisme. La perplexité n'aide pas à bien réfléchir, alors que ce dont nous avons le plus besoin en ce moment est tout le contraire, en contrepoint au hasard et à la peur. Puis, dans un deuxième temps, avec quelque recul, nous ferons un bilan des choses dites, faites, prétendues… Mais, récit débuté aux tous premiers jours du mois de mars 2020, il semble que 4 mois plus tard nous entrions dans une nouvelle ère de régression politique et intellectuelle, peut-être sociale et économique...

Global COVID-19 data, three key sources providing regular updates of COVID-19 cases and deaths globally and by country:

Johns Hopkins University, the World Health Organization (WHO), the European Centre for Disease Prevention and Control (ECDC)....

"We simply know nothing" - The crisis of the Coronavirus or Covid-19, - a strand of RNA comprising 29,903 nucleotides and with a diameter of 0.12 microns - which is shaking up the entire planet, ignoring frontiers and social distinctions, undoubtedly marks a turning point in the history of humanity, a turning point whose consequences we cannot yet define, except that our societies, institutions, economies and behaviour will not emerge unscathed from this ordeal. A strand of RNA with a diameter of 0.12 microns shatters all our certainties and our sociabilities, built up over the last few decades in spite of or because of social networks, a strand of RNA that brutally challenges all our political and economic patterns. But it also raises from their ashes the eternal collective and individual egocentrisms and the most authoritarian temptations of the powers that be. With the Coronavirus crisis, irrationality is once again taking hold of our world at the beginning of the 21st century, a singular irrationality, different and more insidious than that of the 1930s-1940s, and which is being experienced today in real time, with digital media and networks multiplying and distorting all our daily realities and our possibilities of understanding in the midst of a democratic crisis .
Our intention here is modestly to identify the few problems raised by this global pandemic and to conceive it as a singular break in our existence at the beginning of the 21st century. Then, in a second stage, with some hindsight, we will take stock of the things said, done and claimed...

"Sencillamente no sabemos nada" - La crisis del Coronavirus o Covid-19, - una cadena de ARN compuesta por 29.903 nucleótidos y con un diámetro de 0,12 micras - que está sacudiendo todo el planeta, ignorando fronteras y distinciones sociales, marca sin duda un punto de inflexión en la historia de la humanidad, un punto de inflexión cuyas consecuencias aún no podemos definir, salvo que nuestras sociedades, instituciones, economías y comportamientos no saldrán indemnes de esta dura prueba. Un filamento de ARN con un diámetro de 0,12 micrones rompe todas nuestras certezas y nuestras sociedades, construidas en las últimas décadas a pesar de o debido a las redes sociales, un filamento de ARN que desafía brutalmente todos nuestros patrones políticos y económicos. Pero también levanta de sus cenizas los eternos egocentrismos colectivos e individuales y las tentaciones más autoritarias de los poderes fácticos. Con la crisis del Coronavirus, la irracionalidad se apodera una vez más de nuestro mundo a principios del siglo XXI, una irracionalidad singular, diferente y más insidiosa que la de los años treinta y cuarenta, y que se experimenta hoy en día en tiempo real, con los medios y redes digitales multiplicando y distorsionando todas nuestras realidades cotidianas y nuestras posibilidades de comprensión en medio de una crisis democrática .
Nuestra intención aquí es, modestamente, identificar los pocos problemas que plantea esta pandemia mundial y concebirla como una ruptura singular en nuestra existencia a principios del siglo XXI. Luego, en una segunda etapa, con algo de retrospectiva, haremos un balance de las cosas dichas, hechas y reclamadas...


Et ce d'autant plus que nous ignorons, jour après jour, où nous entraîne cette crise, crise sanitaire, crise politique, économique et sociale, et que rien ne nous permet de penser que les décisions prises par ces diverses autorités plus ou moins légitimes qui contrôlent nos destinées, sont les bonnes, ou les moins mauvaises. L'une des grandes interrogations est bien celle de la délimitation entre "sanitaire" et "politique", au nom d'un principe de précaution sanitaire, particulièrement complexe à évaluer scientifiquement - la querelle des différents modèles épidémiologiques utilisés pour simuler la propagation du virus et ses conséquences en termes de population en témoignent -, des décisions politiques sont prises, globales et orientées d'emblée confinement, sans de réelles justifications...

Mais la rapidité du fléau est telle que nous n'avons guère le temps, pour l'heure, de penser plus avant, le sentiment général est celui de l'action immédiate pour juguler l'angoisse et l'incertitude face à un ennemi invisible. Bien des interrogations et des doutes subsistent pourtant à l'encontre des réalités décrites ou ressenties  et des stratégies mises en oeuvre depuis que le monde est brusquement entré en sidération, depuis ce fameux 23 janvier qui vit  le gouvernement central de la Chine imposer un blocus à Wuhan puis aborder le monde occidental via l'Italie, le 31 janvier 2020...

Hello, deglobalization!  - Adiós globalización, empieza un mundo nuevo? Démonstration est désormais faite : une société qui se mondialise est une société à risque (Ulrich Beck),

… et peut-être que plus profondément ce contexte de mondialisation tant revendiqué par nombre de gouvernants et experts associés, modifiant aveuglément les écosystèmes, multipliant sans frein les échanges commerciaux, poussant à une expansion exponentielle du tourisme, nous a au bout du compte entraîné inexorablement dans une pandémie de panique alimentée quotidiennement par une épidémie d'information, et complexifiée par des stratégies de confinement dont la durée pose dans toutes nos démocraties d'énormes implications tant sociales qu'économiques : elle permet aux gouvernants de reprendre un pouvoir total et intrusif et de nous rassurer pour un temps, mais rien ne nous permet de penser que cette stratégie est la seule solution possible, - une stratégie de test massifs est incontournable, une coordination entre pays inévitable -, comment peut-on entrer en confinement sans réfléchir aux critères de sortie, nous ne maîtrisons plus véritablement notre avenir, reste qu'il semble essentiel de prendre soin des groupes à haut risque et de garantir l'efficacité de nos systèmes de santé, et par dessus de sacrifier les libertés individuelles aux nécessités de ne pas perdre tout contrôle sur cette pandémie...

It has now been demonstrated that a globalizing society is a society at risk (Ulrich Beck), and perhaps more profoundly, this context of globalization so much claimed by many governments and associated experts, blindly modifying ecosystems, unbridled multiplication of trade, pushing for an exponential expansion of tourism, has ultimately led us inexorably into a pandemic of panic fuelled daily by an epidemic of information, and complicated by strategies of containment whose duration has enormous social and economic implications in all our democracies: it allows governments to regain total and intrusive power and reassure us for a time, but there is nothing to suggest that this strategy is the only possible solution, - a massive testing strategy is unavoidable, coordination between countries is inevitable - how can we enter containment without thinking about the criteria for exiting, we no longer really control our future, the fact remains that it seems essential to take care of high-risk groups and to guarantee the effectiveness of our health systems, and above all not to lose all control over this pandemic. ....

Ya se ha demostrado que una sociedad en vías de globalización es una sociedad en peligro (Ulrich Beck), y quizás más profundamente, este contexto de globalización tan reivindicado por muchos gobiernos y expertos asociados, modificando ciegamente los ecosistemas, multiplicando desenfrenadamente el comercio, impulsando una expansión exponencial del turismo, nos ha llevado en última instancia inexorablemente a una pandemia de pánico alimentada diariamente por una epidemia de información, y complicada por estrategias de contención cuya duración tiene enormes implicaciones sociales y económicas en todas nuestras democracias: permite a los gobiernos recuperar un poder total e intrusivo y tranquilizarnos durante un tiempo, pero nada indica que esta estrategia sea la única solución posible, - una estrategia de pruebas masivas es inevitable, la coordinación entre países es inevitable - cómo podemos entrar en la contención sin pensar en los criterios de salida, ya no controlamos realmente nuestro futuro, el hecho es que parece esencial cuidar de los grupos de alto riesgo y garantizar la eficacia de nuestros sistemas de salud, y sobre todo no perder todo el control sobre esta pandemia. ....


"Quando l'incubo sarà passato, e  sappiamo che passerà, sarà però il caso di ragionare su quanto accaduto....."

(la Repubblica, 19 Marzo 2020)

"Ces lendemains qui chanteront..." - L'après-Covid 19 nous obligera sans doute pour quelques années encore à maintenir nos frontières, réduire les mouvements de masse entre nations, intégrer dans nos comportements des pré-requis sanitaires et respectueux de notre planète Terre, re-prioriser nos orientations économiques et sociales, re-démocratiser plus en profondeur un système politique qui laisse libre-cours à des élites imbues d'elles-mêmes, à des idéologies technocratiques qui recyclent au gré de leurs besoins idées de droites et idées de gauche, ré-intégrer dans le débat ces organisations internationales qui, malgré leur pesanteur,  pensent le monde dans sa totalité et, souvent méprisés par les grandes puissances, soutiennent les pays les plus pauvres, l'OMS en est l'exemple...

Quant à la mondialisation, de quelle mondialisation parle-t-on?  Si les pays n'ont pas tous suivi les mêmes voies en terme de confinement, au gré de leurs conceptions des libertés individuelles ou du retard de réactivité des autorités politiques, le monde d'après qui se redessine s'inspire sur toute la planète des mêmes valeurs et des mêmes recettes, nous sommes bel et bien englué dans un cycle de mondialisation sans fin...


Interrogations et doute subsistent parce que nous ne parvenons pas à bien appréhender la menace à laquelle nous sommes confrontés.

La Chine qui représente plus de 90 % du total mondial des 90 000 cas confirmés à date, voit environ 80 % des personnes modérément infectées, 13,8 % présentant des symptômes graves et 6,1 % avaient des épisodes d'insuffisance respiratoire, de choc septique ou de défaillance d'organe mettant leur vie en danger. Pour les cas légers et modérés, il faut en moyenne deux semaines pour se rétablir. Nous pouvons éprouver en effet quelques difficultés à comprendre une telle mobilisation à l'encontre de ce virus alors que, sur les 56,9 millions de décès dans le monde, la pollution (4,6 millions), les pesticides, le cancer (1,735,350 cas diagnostiqués uniquement aux Etats-Unis provoquant plus de 600,00 décès par an), le changement climatique, la faim (9 millions), le Sida (770,000 morts, en réduction depuis 2004), la tuberculose (1.5 million décédées sur 10 millions de personnes atteintes), la malaria (405 000) tuent et dévastent certains continents dans des proportions considérables. En quoi l'épidémie de coronavirus s'impose-t-elle comme priorité absolue parmi toutes les autres causes de décès à caractère pandémique, déstabilisant le monde et précipitant celui-ci dans une récession économique qui marquera durablement chacun d'entre nous? La mondialisation accentue un terrible jeu de dominos dans lequel tous les pays s'engagent et referment les frontières sur leurs populations, impuissantes...
Des estimations réalisées tant en Allemagne qu'en Grande-Bretagne évoquent des taux de contamination de 50 à 70% de la population mondiale. Compte tenu de la contagiosité du virus, des projections sur le nombre de décès possibles sont ainsi déduites. Les épidémiologistes des Centers for Disease Control and Prevention aux Etats-Unis, partant d'un taux d'infection global de 30 % et d'un taux de mortalité de 0,5 %, parviennent à des estimations entre 200 000 et 1,7 million d'Américains atteints du Covid-19, en supposant des efforts minimes pour le contenir. Comparé aux autres  causes de décès aux États-Unis, le cancer, qui tue un peu moins de 600 000 personnes en un an, et les maladies cardiaques, qui en tuent environ 650 000, le Covid-19 serait en passe de devenir globalement a minima le 3e déclencheur de mortalité. A cela s'ajoute des périodes de pandémies relativement concentrées et brutales, pour l'heure difficilement maîtrisables par les services de santé : les endroits où le flot de patients malades dépassent la capacité des hôpitaux ont des taux de mortalité plus élevés ...

Au 20 avril 2020, le Covid-19 est devenu la principale cause de décès aux États-Unis, tuant plus de 1 800 Américains presque chaque jour depuis le 7 avril, et le bilan officiel est peut-être inférieur à la réalité. En comparaison, les maladies cardiaques tuent généralement 1 774 Américains par jour, et le cancer 1 641. Le taux de mortalité dépend fortement de la façon dont les hôpitaux sont débordés et du pourcentage de cas qui sont testés, mais en plein chaos sanitaire, nombre de personnes meurent  chez elles des suites d'un Covid-19, d'un accident vasculaire cérébral, d'une crise cardiaque, tandis que, dans le même temps, les personnes légèrement malades ou asymptomatiques ne sont jamais testées. En février, la Chine pensait que seulement 1 % des cas à Wuhan étaient asymptomatiques, de nouvelles estimations indiquent que peut-être 60 % l'étaient....

Les données de l'Office for National Statistics au Royaume-Uni ont montré le 15 mai 2020 que le COVID-19 est devenu la principale cause de décès en Angleterre et au Pays de Galles. Au cours du mois d'avril, le COVID-19 a tué pratiquement trois fois plus de personnes (27 764 personnes) que le cancer, la démence et les maladies cardiaques combinées, constate-t-on le 15 mai. Et 12 500 résidents de "care home" sont morts du virus, plus d'un quart de toutes les personnes vivant dans ces établissements pendant cette période. Le virus responsable de la pneumonie a été diagnostiqué 230 000 fois en Grande-Bretagne, mais les responsables gouvernementaux estiment que plus de 2,6 millions de personnes l'ont attrapé. En Espagne, ni les pires épidémies de grippe ni les plus longues vagues de chaleur du XXIe siècle n'ont laissé un nombre de décès comparable à celui du covid-19 en mars et avril : si la première quinzaine de janvier 2017 avait enregistré dans le pays le taux de mortalité le plus élevé du siècle, avec près de 11 500 décès par semaine dus à l'épidémie de grippe, le Covid-19 a dépassé les 16 000 décès hebdomadaires enregistrés entre le 30 mars et le 5 avril, un minimum compte tenu de l'absence d'exhaustivité des enregistrements...

BERGAMO. "Tutti insieme per sconfiggere il nemico invisibile" - Pour qui ne parvient pas à saisir le drame subi par nombre de localités, notamment en Italie, la province de Bergame (Lombardie), qui compte 1 million et 108 000 habitants répartis dans 243 municipalités, aura payé un lourd tribut au Covid19. Au 24e jour depuis le 21 février, date à laquelle l'Italie a découvert qu'elle était infectée, le nombre de personnes infectées à Bergame et dans sa province n'a cessé de croître et les capacités hospitalières sont au bord de la rupture : près de 3 000 cas de personnes atteintes par le coronavirus, dont 261 sont décédées mi-mars. Le journal local, L'Eco di Bergamo, a publié vendredi 13 mars sur dix pages tous les avis de décès. La photo d'une infirmière, Elena Pagliarini, qui s'est effondrée sur sa table avec son masque dans un hôpital de la ville de Crémone, dans le nord du pays, après dix heures de travail, est devenue le symbole du dévouement des personnels soignants du monde entier et d'un système sanitaire, sacrifié par les tenants de la mondialisation et du ruissellement, des hommes et des femmes au bord de la rupture...


Une pandémie planétaire médiatisée en temps réel.

Des interrogations et des doutes subsistent parce que nous n'appréhendons les évènements que par le filtre des médias temps réel qui s'emparent de notre esprit et démultiplient nos angoisses ou édulcorent nos réflexions.

L'une des grandes caractéristiques de cette pandémie fut son extrême médiatisation, l'individu devenant à la fois acteur et spectateur d'une menace invisible mais traduisible en courbes, tendances et mesures socialement restrictives. Des experts aux compétences parfois approximatives envahissent les différents plateaux de TV et des chaines en continu, contradictions et incohérences alimentent un flot de débats souvent sans consistance tournant en boucle dans tous les salons de nos villes et campagnes. Dramatiquement, les médias françaises ne relaient plus qu'une seule parole éminemment politique, celle d'un chef de l'Etat qui assène ses vérités et incohérences sans la moindre contestation, cas unique dans les démocraties occidentales, l'Italie et l'Espagne offrent deux contre-exemples significatifs. Seuls les personnels soignants et les proches des victimes ont conscience de cette invisible menace et la grande masse reste spectateurs incrédules, angoissés ou ironiques, en marge des appels à l'unité nationale et à la solidarité. C'est une rupture dans le cheminement égocentrique qui jusque-là animait nos existences. Il n'empêche que toute crise, fut-elle sanitaire, n'est pas sans idéologie, et qu'un certain sens critique doit continuer à nous habiter, pour maintenant, pour après...

Wifi, un désir de confinement insoupçonné, Médias, une logique de contradictions et de manipulations permanente, le confinement débouche sur une dissonance cognitive généralisée... 

Avec le confinement, nos existences, - que nous soyons britanniques, français, italiens ou espagnols, allemands -,  ont donc basculé dans un autre monde, mais un monde qui déjà nous habitait et aujourd'hui devient l'épicentre de notre vie, sans wifi que deviendrons-nous ? Cela peut expliquer la facilité, relative mais réelle, avec laquelle nous n'avons pas hésité à basculer dans une vie qui ne dépassait les limites des murs de nos appartements ou petites jardins de nos pavillons pour ceux qui ont un peu plus de chances et peuvent encore conserver un bout de nature à portée de regard. Google, vidéos sur YouTube, musiques sur Spotify, séries sur Netflix, plateformes innombrables de films en streaming et jeux, réseaux sociaux et expositions égocentriques sur Facebook. Et puis quotidiennement, une alimentation froide et méthodique, celle qu'administrent de leurs voix monocordes les différents directeurs dits de la santé, nombre et courbes de décès, de cas confirmés, d'hospitalisations, instructions de gouvernement, messages d'auto-justification du pouvoir, d'auto-satisfaction pour certains...
mais aussi, avec la vitesse de propagation des médias et virus, ce qui semble être vrai aujourd'hui est remis en question le lendemain ou l'heure suivante, les incohérences des gouvernants n'égalent que les contradictions des experts et des commentateurs, des analystes amateurs  qui se répandent dans les réseaux sociaux, au final une incertitude croissante, une désinformation dangereuse : la seule réalité la plus objective est bien celle du dévouement d'un personnel de santé qui lutte à armes inégales contre un virus inconnu de propagation brutale et qui peut imploser nos systèmes immunitaires...

Naissance et généralisation de la distanciation sociale - Pour espérer arrêter le coronavirus, la décision arrêtée est de mettre un frein à toutes nos interactions sociales, et c'est ce concept de "distanciation sociale" (social distancing measures) qui devient l'axe principal de toutes les stratégies mises en oeuvre contre la pandémie (sans oublier la mise en oeuvre par chacun des fameux gestes barrières, indispensables, répétons le). Ce qui se décline par une limitation drastique de nos déplacements, conduit à favoriser le télétravail, à interdire les rassemblements, à confiner des territoires ou des quartiers entiers dans les zones les plus touchées. Puis, progressivement à fermer les frontières, à multiplier les mises en quarantaines, à supprimer toutes les communications physiques. Avec la distanciation et surtout le confinement des millions d'individus vont traverser une épreuve psychique qu'il ne faut pas sous-estimer, de l'anxiété, de la dépression, de la frustration

Les réseaux des opérateurs télécoms montent donc en charge de façon exponentielle. Des modérations dans l'utilisation des connexions à domicile peuvent être requises avec une priorisation donnée au télétravail mais les technologies de redimensionnement sont maîtrisées. La diminution des débits rompt pourtant un incontournable des consommateurs avertis, la sacro-sainte Haute-Définition.

Cette distanciation sociale qui s'impose partout semble pouvoir être comblée par l'activation en masse de toutes les communications à base de réseaux sociaux, de chaînes d'information en continu, de chaînes de cinéma et de série à la demande. Le plus grand service de streaming au monde, NetFlix, a gagné ainsi 16 millions de clients payants de janvier à mars, son gain le plus important des 13 ans de sa courte histoire. Il n'est pas certain que cette consommation qui sollicite en continu la vision et l'audition, souvent agressivement, n'aggrave pas nos situations d'anxiété et de frustration...
La hausse de la consommation de télévision est générale - Ils sont en Italie 29 millions de téléspectateurs rassemblés devant la télévision de 20h30 à 23h00 , en Espagne, on compte 10 554 000 téléspectateurs en moyenne depuis le 15 mars, et l'audience cumulée peut atteindre certains jours 35 261 000 téléspectateurs. Les programmes d'actualité sont les espaces qui ont le plus augmenté leur part d'écran au détriment des émissions de divertissement. 

Et de fait on peut s'interroger sur les conséquences psychologiques de cette importance prise de pouvoir de notre esprit par l'image, la vidéo, la news et son commentaire ou détournement plus ou moins viral, une gigantesque acculturation s'est abattue brutalement sur la planète entière.... 


Des interrogations et des doutes subsistent parce que la parole politique est particulièrement dévaluée depuis des décennies, que les responsables politiques n'inspirent plus la moindre considération, que les instances internationales échouent à fédérer les énergies.

Et pourtant, pendant quelques mois, tous les peuples ont consenti à se laisser enfermé chez eux, à restreindre leurs libertés individuelles à un degré jamais vu. Mais tous les pays n'ont pas mis en oeuvre la même stratégie, l'éclatement supposé de l'Union Européenne dans le traitement de cette pandémie a révélé à quel point le "politique" s'est très tôt substitué au "sanitaire" : chaque pays a répondu selon ses structures politiques propres (Etats fortement décentralisés, Etats centralisés), son "tempérament" et sa configuration démocratique (les libertés individuelles sont incontournables en Allemagne ou au Royaume Uni, la France, pourtant pays des Droits de l'Homme, présente un régime présidentiel exacerbé propre à favoriser l'autoritarisme), le tempérament de leurs dirigeants mais aussi celui de leur peuple (la profondeur du consentement du peuple français peut interroger, ou n'est-ce peut-être qu'indifférence)...

Historiquement toute période exceptionnelle est une occasion pour les pouvoirs en place, d'une part, d'imposer des mesures autoritaires et de suspendre une part des libertés sans véritables justifications, et d'autre part, de fermer les frontières et de se claustrer en tant que nation. Face à la menace du coronavirus, les politiciens et les gouvernements du monde entier se livrent ainsi à des combats acharnés face à leurs opinions, ne disposant en fin de compte que peu d'éléments pour légitimer telle ou telle action. La tentation des gouvernants, quoiqu'on le dise, malheureusement, est toujours de privilégier la propagande, la réquisition, la répression, la dénonciation sur toute autre attitude explicative, compréhensive, apaisée. Se pose la question de la réorganisation temporaire de la société dans un climat social qui risque à tout moment de s'alourdir....

"Pandemia autoritaria" (Linkiesta) - Quant à la pandémie elle-même, et son corollaire politique, l'enferment des populations, avec consentement plus ou moins explicite, on ne peut s'empêcher de penser qu'en fin de compte le peuple paie le prix fort, tant de sa vie, de sa liberté, et de sa survie économique et sociale, non pas frappé par un virus mais par l'inadaptation de systèmes de santé dont les pouvoirs en place sont entièrement responsables, puis par des prises de décision tardives d'autorités submergées ou sidérées, tant en contradiction avec leur idéologie technocratique et mondialiste. Tous les pays qui parviennent à gérer sans trop d'impacts dramatiques la pandémie, sont des pays foncièrement démocratiques, ayant agi rapidement et bénéficiant d'un soutien actif d'une population responsabilisée. Il y a là un paradoxe saisissant, dans certains autres pays, dont la France, les populations sont non seulement enfermées, mais culpabilisées, et c'est le pouvoir, cause essentielle de ce désastre, qui donne leçons et réprime les comportements, à une opinion, spectatrice impuissante et inquiète, la manipulation politique n'a sans doute jamais atteinte, sans forcer le trait, une telle dimension…. Peut-on en arriver se poser la question suivante : "l'effet néfaste du confinement peut-il l'emporter sur l'effet néfaste du coronavirus", à plus ou moins moyen terme?

Dans les démocraties, rechercher le consentement des citoyens-contribuables est un impératif absolu....

Deux constats symptomatiques.

D'une part, le délai de réactivité politique lors de l'apparition de la pandémie dans nombre de démocraties occidentales : les considérations économiques et financières ont obscurci bien des prises de décisions, l'effet de surprise mis à part.

D'autre part, la gestion politique du développement de cette pandémie par ces mêmes démocraties, des démocraties qui retrouvent aisément les réflexes des régimes autoritaires, quoique maladroitement tant la démocratie reste non miscible avec le totalitarisme : en témoignent les mesures de répression des comportements déviants avec discours associés (tout en reconnaissant que la stratégie de confinement peut en effet une stratégie par défaut face à la vitesse de la propagation), et la réorganisation de l'organisation du travail qui vise pour une grand part à maintenir la structure dirigeante de la production des biens et services, le plus souvent au détriment du salariat. Les incohérences, nombreuses, sont par la suite dissimulées par un discours portant sur le monde d'après, monde d'après le Covid-19 qui s'annonce particulièrement euphorique. D'autres époques ont évoqué jadis les lendemains qui chantent..

L'incertitude demeure, mais on ne peut plus arrêter cette logique anti-coronavirienne qui a déferlé sur le monde, on ne sait comment, il faut bien agir et sortir de cette crise sanitaire. On remet à plus tard  les multiples interrogations qui ne cesseront de nous mobiliser, il y eut un manque d'anticipation et une incapacité à faire des prévisions épidémiologiques, nos sociétés furent orientées par des dirigeants idéologiques qui, après avoir justifié la poursuite du profit, les inégalités sociales et économiques, condamné l'inaction des laissés pour compte de la société, valorisé les nantis, effectuent un volte-face sidérant pour nous expliquer contrôler la situation et nous promettre un nouveau monde..

Hors polémique, deux principes a priori semblent permettre de concevoir et légitimer un début de stratégie : 1) le vécu de certains pays comme la Chine ou l'Italie situés aux avant-postes de la pandémie, mais une prise en compte qui reste suspendue aux éventuels signes d'un début de stabilisation. 2) les projections et hypothèses relatives aux conséquences de cette épidémie et le dimensionnement des services de santé en charge d'absorber toute la détresse de telles pandémies. Les responsables politiques sont donc désormais à la manoeuvre, prises de parole et consignes leur donnent un regain de légitimité aux yeux de peuples qui ne vivent plus que dans l'attente...

Le coronavirus exacerbe les conditions de l'exercice de la démocratie. Les citoyens des pays démocratiques sont assez responsables pour suivre les consignes sanitaires incontournables que sont l'emploi de gel désinfectant, la distanciation, l'emploi de masques et le contrôle de la température, éviter les rassemblements et les comportements à risque. Mais en contrepartie, demandent aux gouvernants la transparence absolue, la suppression de tout langage idéologique et de toute infantilisation dégradante. Il y a dans quelques démocraties un manque absolu de transparence vis-à-vis de la pénurie des masques pour les personnels soignants, - une pénurie qui tue -, un manque absolu de transparence vis-à-vis des groupes les plus fragiles, - les maisons de retraite deviennent de véritables mouroirs -, un manque absolu de remise en question de ses convictions idéologiques en se refusant à engager des actions complémentaires au confinement, telles que les tests de masse....

"Location Data Says It All: Staying at Home During Coronavirus Is a Luxury", titre le New-York Times (3 avril) : "Dans les villes américaines, de nombreux travailleurs à faible revenu continuent de se déplacer, tandis que ceux qui gagnent plus d'argent restent chez eux et limitent leur exposition au coronavirus, selon les données de localisation des smartphones analysées par le New York Times". De plus, selon les données agrégées de la société d'analyse de localisation Cuebiq, qui suit quotidiennement environ 15 millions d'utilisateurs de téléphones portables dans tout le pays, "dans presque tous les États, ils ont commencé à le faire quelques jours avant les pauvres, ce qui leur donne une longueur d'avance sur la distance sociale au fur et à mesure de la propagation du virus". Ceci peut être constatés dans tous les pays occidentaux, que ce soit lors d'une pandémie ou d'une catastrophe climatique, les plus pauvres des citoyens, les plus pauvres des pays paieront un prix exorbitant le silence des gouvernants et des gouvernés...

Jogging des uns contre précarité des autres, l'Europe - Ce confinement généralisé offre une caricature de société, un peuple sorti de l'ombre pour  nourrir et maintenir des villes désertées, des hommes et des femmes sous-payés, sous-qualifiés, sous-considérés, personnels de santé, mais aussi caissières, livreurs, chauffeurs, éboueurs, ouvriers fabricant masques et respirateurs, employés assurant la maintenance des infrastructures, etc, pour permettre à d'autres hommes et femmes de rester chez eux, confinés, le plus souvent correctement logés, la classe moyenne dite supérieure pouvant télétravailler, réduire leurs heures de travail et "télé-wifer" à satiété, dont la seule préoccupation est de rester Soi. Pour la première fois depuis des décennies, ces hommes et femmes se révèlent importants, sont appréciés et applaudis par la société, reçoivent quelques aumônes des pouvoirs publics, mais bien-entendu les hiérarchies sociales reprendront leurs droits, l'ombre se refermera sur ces invisibles sans lesquels nos sociétés dites démocratiques sombreraient corps et âmes...

Certains dirigeants particulièrement simplistes, ont entonné un discours martial, assénant, à un auditoire qui semble en très grande majorité, conquis, la fameuse sentence, avec le Covid-19, nous entrons en guerre, "c'est une guerre" que nous affrontons. Ne nous laissons pas abuser, nous entrons dans un drame quotidien, que nous devons affronter avec les capacités dont nous disposons, avec humilité et collectivement, mais nous entrons aussi dans une "guerre des mots", une "guerre du récit" tant au niveau national qu'au niveau international...

L'amnésie est une valeur sûre du monde politique. Alors que le coronavirus a frappé de plein fouet le discours néo-libéral axé sur la déréglementation, l'activisme entrepreneurial, l'encouragement des couches sociales les plus aisées sensées alimenter la machine à diffuser la richesse, un revirement soudain tente de s'opérer. A cours d'imagination, les dirigeants politiques de la plupart des démocraties occidentales évoquent maintenant le retour de l'Etat, "l'économie de guerre", "un nouveau plan Marshall pour l'Europe", "un capitalisme plus humain", et puisent leurs éléments de langage dans cette période (1946) de qui voit la fin de la Seconde Guerre mondiale, les années Keynes, le début de l'État providence. Mais nous ne sommes plus dans le même monde, ni économique ni politique. Et face aux démocraties, alors que s'intensifie le pouvoir d'une Chine dont paradoxalement l'hégémonie se renforce, malgré et grâce à ce temps de crise, une hégémonie qui puise  dans une gestion opaque et des plus maladroite du coronavirus : insidieusement se fait entendre la tentation de la restrictions des libertés et la petite musique du retour des Etats forts, soit à la manière d'un Donald Trump qui affirme son anti-mondialisation en défendant le protectionnisme nationaliste (des murs contre l'immigration, une guerre commerciale contre la Chine et le reste du monde, d'abord nous) ou d'un Emmanuel Macron, viscéralement habité par une idéologie technocratique qui puise à droite ou à gauche les quelques éléments qui lui permettent tour à tour de défendre une politique néo-libérale ou de vanter les bienfaits des nationalisations et de l'Etat-protecteur. Le néo-libéralisme n'a pour l'heure face à lui aucune véritable construction intellectuelle qui puisse inspirer un renouveau profond de nos démocraties, on ne sait encore articuler dans nos projets de sociétés une extension des droits sociaux, une prépondérance de la santé publique et de l'écologie, tant nous sommes englués dans un schéma de financement globalisé de nos existences...

La vague pandémique a surpris tant l'Italie que l'Espagne. En Italie, c'est au bout du compte le peuple qui, après avoir hésité aux injonctions du pouvoir central, s'est rassemblé contre la menace du coronavirus et chante sur les balcons tant l'optimisme reste chevillé à leur existence, malgré le drame de ces hôpitaux enserrés dans villes désertes et muettes.. En Espagne, la mobilisation s'est faite non sans tâtonnement, dans un contexte politique éclaté, parfois exacerbé par des égocentrismes indépendantistes, la presse nationale et régionale jouant ici sans doute un rôle considérable dans la mise en oeuvre de la stratégie retenue. La France, meurtrie par un climat politique et social particulièrement délétère entretenu par un pouvoir très idéologique et constamment moralisateur, a su s'organiser grâce au dévouement de son personnel soignant. Le revirement politique du pouvoir vers un éventuel Etat-providence, le gel des mesures tant discutables de transformation de la société, et l'exemple italien, ont rendu possible l'acceptation de la stratégie de confinement, mais un consentement que la durée risque d'éroder...
Ici, la parole publique s'est singulièrement adossée à la science, français et britanniques ont effectivement tous deux experts et conseillers scientifiques pour éclairer les décisions politiques, mais la "science" ne tient pas le même discours tant de part et d'autre de la Manche que selon que nous soyons sur l'une ou l'autre rive du Rhin (un verrouillage est une mesure politique désespérée, entend-on du président du Conseil médical mondial, "parce qu'avec des mesures coercitives, vous pensez pouvoir aller plus loin qu'avec des mesures sensées").

Contradictions encore et toujours de l'expertise médicale et scientifique lorsqu'elle entend assister un pouvoir politique sommé par ailleurs d'agir... Confiné dans son existence, que peut-on attendre si ce n'est de l'espoir, le temps n'est pas à l'analyse ou à la critique, elles s'imposeront d'elles-même lorsque nous atteindrons la terre ferme…

 

Fang Fang, "Wuhan Diary, Dispatches from a Quarantined City", 2020
"I’ve always cared about how the weak survive great upheavals. The individuals who are left out — they’ve always been my chief concern" - Née en 1955 à Nanjing, l'écrivaine chinoise Fang Fang  a vécu la majeure partie de sa vie à Wuhan et le 25 janvier 2020 a commencé à publier un journal en ligne, parfois censuré, pour s'aider et aider les autres à comprendre ce qui se passait dans l'épicentre de l'épidémie de COVID-19. Témoin oculaire des événements au fur et à mesure de leur déroulement (la mort du docteur Li Wenliang le 7 février), évènements qui lui inspirent ici et là des digressions sur le vécu de l'histoire politique de son pays, le journal de Wuhan a suscité l'intérêt de nombreuses personnes à travers la Chine, rendant compte des défis de la vie quotidienne et des changements d'humeur et des émotions qu'entraîne une mise en quarantaine sans informations fiables. Pendant 11 semaines d'enfermement, craintes, frustrations,  colère et espoir, drames de voir des voisins et amis emportés par le virus mortel. Avec un internet qui joue à la fois le rôle de bouée de sauvetage de la communauté mais accentue tout autant la désinformation et le risque de perdre toute réalité. La traduction en anglais de son journal a fait réagir le gouvernement chinois qui l'a plus ou moins accusée de dissidence et a fermé temporairement son blog et supprimer un grand nombre de ses publications : on ne calomnie pas le gouvernement on ne ternit âs impunément l'image héroïque de Wuhan...
Voulons-nous nous réveiller ? - "The enemy isn’t just the virus. We’re also our own enemies or accomplices in crime. It’s being said that many people are only now waking up, startled to grasp that it’s meaningless to yell empty slogans day in and day out about how amazing our country is, to grasp the total ineptitude of those officials who spend their days in political study and bloviating, and can’t get a real job done. This lesson should have counted as profoundly searing. Still, although we experienced 2003, that was quickly forgotten. Now add to that the year 2020. Will we also forget it? The devil is always on our trail, and if we’re not on our guard, he’ll add another date until we wake up in torment. The question is: Do we want to wake up?..." Tôt ou tard, notre incrédulité trouvera réponse, et peu importe ce que les fonctionnaires peuvent penser, "en tant que résidents de Wuhan enfermés dans nos maisons pendant plus de deux mois, en tant que témoins des temps tragiques de cette ville, nous avons la responsabilité et le devoir de demander justice pour ceux qui sont morts injustement. Si quelqu'un s'imagine que je vais mettre mon stylo de côté à la légère, cela n'arrivera jamais. Un mot après l'autre, je les inscrirai sur le pilier de l'infamie de l'histoire...."

 

"Police, violence in the time of pandemic" - Nombre de gouvernements du monde entier, parfois démocratiques, requièrent les forces de police jusqu'à les doter d'équipements voire de pouvoirs spéciaux leur permettant d'imposer des mesures de confinement. Dans des pays ayant instauré des mesures de confinement particulièrement strictes, comme l'Inde, l'Espagne, la France, l'Italie, certaines zones  urbaines se lassent en effet des restrictions sévères imposées à leur vie quotidienne (de Palerme à certaines banlieues parisiennes), les tensions sont latentes entre population et forces de l'ordre et certaines verbalisations sujet à brutalités ou non proportionnelles. Nombre de vidéos circulent sur les médias sociaux et accroissent un malaise général. En Italie, un dimanche peut comporter plus de 200.000 contrôles et plus de 5000 sanctions, la police autrichienne a émis plus de 10 426 avertissements et promis des sanctions sévères pour les récidivistes. La France détient sans doute un record en terme de moyens mis en oeuvre (plus de 100.000 policiers) et de répression, au samedi 18 avril au soir, plus de 14 millions de contrôles avaient été effectués, pour plus de 830.000 verbalisations, tandis que le ministre de l’Intérieur affirme paradoxalement que le confinement est "bien respecté". L'Espagne a émis plus de 100 000 contraventions, qui peuvent conduire à une amende, à la différence de la France, et arrêté plus de 1000 personnes pour avoir violé le confinement. Enfin, en d'autres lieux, la contestation se poursuit, on pense à Hong Kong...

"U.N. Raises Alarm About Police Brutality in Lockdowns" (New York Times) - Le 27 avril, la commissaire des Nations unies aux droits de l'homme dénonce l'attitude de quelques 80 gouvernements qui ont institué un état d'urgence (states of emergency) en réponse à l'épidémie Covid-19, dont quinze d'entre eux . qui ont fait l'objet d'accusations particulièrement graves, le Nigeria, le Kenya, l'Afrique du Sud, les Philippines, le Sri Lanka, le Salvador, la République dominicaine, le Pérou, le Honduras, la Jordanie, le Maroc, le Cambodge, l'Ouzbékistan, l'Iran et la Hongrie. Certains de ces gouvernements ont ainsi emprisonné des dizaines de milliers de personnes pour avoir enfreint les règles : les Philippines, avec 120 000 arrestations au cours des 30 derniers jours, le Kenya, accusé de violences policières extrêmes...


"Point to a deer and call it a horse" (Zhao Gao, IIe av.JC) , the "global battle of narratives" - Des interrogations et des doutes subsistent parce que cette pandémie se déroule sur fond de rivalité entre les Etats-Unis et la Chine

(les membres du gouvernement américain préfère parler du "virus de Wuhan" que d'utiliser la dénomination de l'OMS, Sars-CoV-2, et les autorités chinoises ne peuvent porter à vie le stigmate d'être le pays d'origine du virus et se tourneront naturellement vers les Etats-Unis), tandis que la Russie, qui a fermé sa frontière de 2 700 miles avec la Chine dès le 30 janvier, semble étrangement se tenir à distance. Si les autorités chinoises ont offert aux autres nations une fenêtre cruciale pour se préparer à la propagation du virus, si le peuple chinois une fois de plus a fait preuve d'une abnégation sans borne, leurs dirigeants ne peuvent, dans chacune de leur prise de parole, faire abstraction d'une fierté nationaliste quasi obsessionnelle. De même, nombre de rivalités se multiplient au niveau de chacun des continents, le souci sanitaire ou le bien commun n'occulteront jamais les idéologies quoiqu'on en dise...

La volonté de rétablir des frontières entre les pays pour traiter une pandémie est symptomatique de ces rivalités absurdes, inconséquentes, il s'agit comme toujours de trouver un bouc émissaire, de mobiliser d'obscurs nationalismes et de détourner des gouvernants des éventuelles critiques populaires ( "It’s going to make people feel safe")... Nous devrions au contraire multiplier les coopérations et les synergies, l'éradication de cette épidémie si contagieuse et brutale n'est possible qu'au niveau planétaire, "the world is only as good as the weakest link" (le monde ne vaut que par son maillon le plus faible) : pouvons par exemple réellement mettre en place des stratégies de tests de masse sans que celles-ci soient coordonnées au niveau international?

"This is a battle for supremacy over products that may determine who lives and who dies" - "Les États-Unis, une puissance scientifique sans égal, sont dirigés par un président qui se moque ouvertement de la coopération internationale tout en menant une guerre commerciale mondiale. L'Inde, qui produit des quantités stupéfiantes de drogue, est dirigée par un nationaliste hindou qui a multiplié les confrontations avec ses voisins. La Chine, source dominante d'équipements de protection et de médicaments, a pour mission de restaurer sa gloire impériale d'antan.
Aujourd'hui, tout comme le monde a besoin de collaboration pour vaincre le coronavirus - les scientifiques unissant leurs forces au-delà des frontières pour créer des vaccins, et les fabricants coordonnant leurs livraisons de fournitures essentielles - les intérêts nationaux l'emportent. Cette fois, le concours est bien plus que la question de savoir quels pays fabriqueront des iPads ou même des avions à réaction de pointe. Il s'agit d'une bataille pour la suprématie sur des produits qui peuvent déterminer qui vit et qui meurt." ("A New Front for Nationalism: The Global Battle Against a Virus. Every country needs the same lifesaving tools. But a zero-sum mind-set among world leaders is jeopardizing access for all", New YorkTimes, April 10, 2020)

Illustrations de ces guerres idéologiques constantes (Illustration: Craig Stephens), SCMP) - Le 22 mars, l'Italie, le plus douloureusement sinistré des pays européens, devient le théâtre de cette guerre idéologique que se livrent constamment la Chine, la Russie et les Etats-Unis. Les médias chinoises ne se privent pas de rappeler que l'Italie a été abandonnée par ses partenaires de l'UE, et que la Chine pourvoit aux difficultés de l'Italie, discours repris par la Russie qui envoie un contingent de virologues. Et L'expert chinois en maladies respiratoires Zhong Nanshan persiste à rappeler que bien que la Chine ait été la première à signaler l'agent pathogène, on ne savait pas encore avec certitude d'où il provenait réellement. Ainsi vont sans doute surgir bien des hypothèses, et toujours ce fameux 22 mars, une "étrange pneumonie", nous dit-on, aurait circulé en Italie (South China Morning Post) : “They [general practitioners] remember having seen very strange pneumonia, very severe, particularly in old people in December and even November,” Giuseppe Remuzzi, the director of the Mario Negri Institute for Pharmacological Research in Milan, said in an interview with the National Public Radio of the United States.... Le 24 mars, le haut représentant de l'Union européenne pour les affaires étrangères et la politique de sécurité met en garde les pays européens contre le risque d'une "bataille mondiale des récits" (a global battle of narratives)....

La géopolitique s'empare désormais de la stratégie de la production des sociétés pharmaceutiques mondiales -

"As of 21 March 2020, 46 export curbs on medical supplies have been introduced by 54 governments since the beginning of the year. Thirty-three of those export curbs have been announced since the beginning of this month, an indication of just how quickly new trade limits are spreading across the globe…."  

Global Trade Alert (GTA), qui réalise, depuis 2008, un suivi des politiques et des interventions publiques qui affectent le commerce mondial, montre comment, en quelques deux semaines, tous les gouvernements ont décidés de mener une politique commerciale unilatérale à somme nulle (zero-sum, unilateral trade policy acts) pour obtenir des fournitures et des équipements médicaux (le cas des ventilateurs est pris pour exemple), risquant ainsi de creuser un peu plus le bilan humain de la pandémie (Tackling Covid-19, Together the Trade Policy Dimension, 23 march 2020). Tous les pays de la planète ont soudainement tous  besoin, au même moment, des mêmes outils de protection, et les rivalités nationales vont en fait aboutir à compromettent l'accès à ces ressources de tous. Nombre de médicaments parmi les plus importants, tel que le Remdésivir, un antiviral développé initialement pour traiter la maladie à virus Ebola, dépendent d'une chaîne d'approvisionnement qui couvre le monde entier. Les usines chinoises fabriquent 80 % des antibiotiques du monde et les éléments de base d'une vaste gamme de médicaments. L'Inde est le plus grand producteur mondial d'hydroxychloroquine et en a interdit l'exportation. De même que le protectionnisme et ces rivalités pourraient tout simplement limiter la disponibilité mondiale des vaccins...


Des interrogations et des doutes subsistent parce que les stratégies de résolution ne sont pas certaines tant que notre ennemi reste inconnu et que les hypothèses mises en oeuvre restent à confirmer en toute clarté

Mais plus encore, dans toutes les démocraties, si la lenteur de réactivité des responsables politiques s'explique sans doute par la crainte d'une récession économique hors de contrôle, un second facteur peut expliquer les atermoiements du politique : la modélisation mathématique a pris dans un premier temps le pas sur une approche basique de la santé publique. Au bout de deux mois, on s'est aperçu, par exemple que, le modèle que les experts britanniques ont largement utilisé pour guider leur politique en matière de pandémie, - un modèle qui par ailleurs a inspiré les Etats-Unis dans leur prise de décision -, n'était pas assez fiable pour élaborer une véritable stratégie, et l'on a pu noter de même que le consensus des épidémiologistes dans le monde était loin d'être acquis (l’épidémiologiste irlandais Michael Ryan, les suédois Johan Giesecke et Anders Tegnell, le britannique Neil Ferguson, vedette de l'Imperial College, le virologue allemand Christian Drosten, l'américain Anthony Fauci...). On se rappellera que Ferguson, le modélisateur de virus de l'Imperial College de Londres et conseiller scientifique du gouvernement, a averti le 16 mars que 500 000 personnes pourraient mourir de la pandémie sans action significative. Reste le consensus scientifique selon lequel COVID-19 est un virus hautement transmissible pouvant provoquer dans un certain nombre de cas des complications fatales...

La planète Terre a connu bien des épidémies, une science s'est élaborée pour nous expliquer que toute épidémie est prédictible. C'est notamment à partir des projections relatives aux taux de reproduction (qui correspond à la vitesse de la contagion) et aux taux de mortalité (la létalité estimée du virus) que se calcule le risque sanitaire. La létalité dépend étroitement de la connaissance que nous pouvons avoir de la diffusion du virus, en l'occurrence nous en ignorons la profondeur. La propagation du virus est quant à elle exponentielle, touche toutes les couches de la population sur tous les territoires,  jusqu’à ce qu’une partie suffisamment importante de la population ait été contaminée et donc immunisée? Les spécialistes estiment que cela arrive lorsque 15 à 20 % des personnes ont été touchées. Pour maîtriser l'épidémie, il faut ainsi agir sur le fameux taux de reproduction, le ramener à un niveau inférieur à l'unité. On estime que c'est ce que la Chine a réussi à faire ("China has rolled out perhaps the most ambitious, agile, and aggressive disease containment effort in history") :  la diffusion vers le reste de la Chine a été bloqué en confinant Wuhan et les villes voisines de la province de Hubei et en plaçant au moins 50 millions de personnes en quarantaine obligatoire. Cette mise en quarantaine s'est accompagnée d'un effort sans précédent pour retrouver tous les contacts des cas confirmés. La mise en oeuvre de cette stratégie a débuté le 23 janvier et la progression de l'épidémie semble se ralentir depuis le 12 mars, soit en moins de deux mois, tandis qu'elle s'accélère dans le reste du monde occidental. La Chine est maintenant passée au stade de prévention vis-à-vis des de l'importation éventuelle de cas de coronavirus en provenance d'autres pays et a quelques difficultés à recruter des patients éligibles pour des essais de médicaments expérimentaux. L'Italie et l'Espagne s'engagent à date sur cette voie, l'Italie en son entier depuis le 9 mars ("Resto a Casa") et l'Espagne progressivement depuis le 13 mars (estado de alarma , "Yo me quedo en casa"). La France, depuis le 17 mars, la Belgique, le 18, l'Argentine le 19, l'Autriche le 20. On estime à date que les premiers résultats, une certaine stabilisation, pourraient être espérés d'ici deux semaines. Cette stratégie de confinement obligatoire n'avait pas été retenue par les Etats-Unis, l'Allemagne, le Japon, la Grande-Bretagne, la Corée du Sud : le confinement est principalement celui des frontières, mais derrière celles-ci des mesures de tests, de fermeture, de quarantaine sont prises ponctuellement, l'idéal dans les démocraties serait en effet de pouvoir compter naturellement sur la responsabilité individuelle......


Des démocraties occidentales submergées par l'indécision ...

“Coronavirus: The Hammer and the Dance", Tomas Pueyo, Medium, March 19 - What the Next 18 Months Can Look Like, if Leaders Buy Us Time....
En quelques jours, la plus grande part des pays du monde entier a basculé dans un sentiment de peur panique  qui aconduit certains, comme l'Italie, la France, l'Espagne a mettre en place un très lourd verrouillage de leur société, ou d'autres comme les États-Unis, le Royaume-Uni ou l'Allemagne à diffuser avec quelques hésitations des mesures de distanciation sociale. Au 19 mars, l'auteur compare la situation de chacun des pays face à une vague pandémique qui submerge littéralement les sociétés occidentales. Le "marteau" correspond à une première stratégie mise en oeuvre que la pandémie n'a pas été anticipée et que les cas d'infection et de décès explosent et que le système sanitaire s'effondre. Les autorités ne comprennent pas ce qui se passe et n'ont comme seul choix, pour gagner du temps, que de fermer le pays, supprimer les contacts et arrêter l'économie.
Quelles options, il n'y en a que trois en fin de compte, s'offrent aux autorités pour faire face à une catastrophe annoncée et gagner ce temps précieux qui permet, devrait permettre, de comprendre la situation et de se réorganiser?  Option 1, "Do Nothing", la pire des solutions, qui voit la pandémie écroulait la totalité du système de santé et le nombre de morts explosait (Before we do that, let’s see what doing nothing would entail for a country like the US). L'option 2, "Mitigation Strategy", la stratégie d'atténuation ("It’s impossible to prevent the coronavirus now, so let’s just have it run its course, while trying to reduce the peak of infections; let’s just flatten the curve a little bit to make it more manageable for the healthcare system"), une statégie au coeur de laquelle est privilégiée une immunisation progressive de la population, mais une stratégie dont les conséquences estimées sont dramatiques. Enfin, l'option 3, la "Suppression Strategy" (we try to apply heavy measures to quickly get the epidemic under control), au fond la stratégie du marteau mais en tenant compte du facteur "temps" (Value of time), chaque jour, chaque heure que nous attendons pour prendre des mesures, cette menace exponentielle continue de s'étendre, et chaque jour, chaque heure que nous prenons pour retarder la pandémie, permet de prendre le contrôle et d'envisager une reprise économique et sociale....

A cette première étape, celle du "marteau", succède donc une seconde, celle de la "danse", de la "danse du R" (R pour taux d'infection), une période de plusieurs mois imaginée par tous les épidémiologistes, entre le Marteau et un vaccin ou un traitement efficace, une période alternant des mesures entre la remise sur pied de nos vies et la propagation de la maladie, une danse de l'économie et des soins de santé. Une danse au cours de laquelle, en fonction de l'évolution de ce taux d'infection, tour à tour, nous renforçons des mesures de distanciation physique, des mesures qui ont un coût pour notre existence et nos sociétés, puis nous les relâchons, et ainsi de suite. À Wuhan, on calcule que le R était initialement de 3,9, et qu'après le confinement et la quarantaine centralisée, il est descendu à 0,32...

Selon l'Organisation mondiale de la santé, certains pays ne réalisent pas suffisamment de tests de dépistage des coronavirus : "Tester chaque cas suspect" (Test every suspected case). Des scientifiques chinois ont publié le code génétique du virus à la mi-janvier. Réaliser le plus grand nombre possible de tests est considéré comme l'un des outils clé permettant d'endiguer le virus. Si l'isolement réduit la circulation du virus, il reste essentiel de savoir qui est infecté et de reconstituer rapidement des chaîne de contagion. C'est en effet la position de pays comme l'Allemagne, qui a augmenté sa capacité de diagnostic à 160.000 tests par semaine, et la Corée du Sud, qui effectue quelque 15 à 20 000 tests par jour, mais aussi la demande complémentaire de pays ayant opté pour le confinement tel que l'Espagne (30 000 tests ont été effectué depuis le début de la crise). Reste que la saturation menace la production de ces kits d'extraction, et que l'organisation de ces tests et les méthodes de détection sont encore à parfaire. Différentes stratégies sont en concurrence : se concentrer uniquement sur les cas suspects ou sur certains foyers (maisons de retraite, patients atteints de maladies graves)...

À Hubei, en Chine, où la maladie a débuté, a imposé des mesures de confinement strictes qui ont abouti à ce que moins de 20 % de la population soit infectée. La Corée du Sud, qui a connu plus de 8000 cas et plus de 80 décès, et dont les habitants ont été encouragés à rester chez eux, - la ville de Daegu est la plus touchée -, a appliqué une autre stratégie (a model of open information, public participation and widespread testing), des mesures de dépistage et de contrôle de l'infections à grande échelle, avec près de 20 000 personnes testées chaque jour, mais aussi un suivi qui peut paraître intrusif de toute personne qui serait infectée. La détection précoce et la généralisation des tests permettent d'identifier les cas les plus bénins ou asymptomatiques, ce qui diminue la proportion de décès (autour de 0,8%).

Les villes asiatiques surpeuplées comme Singapour (5M6), Taiwan (23M7) et Hong Kong (7M4) procèdent de la même stratégie,  sans doute peu reproductibles dans un contexte occidental, engageant systématiquement une course contre la montre pour détecter et reconstituer le parcours des cas suspects le plus rapidement possible. Ces villes asiatiques, considérablement moins étendues que nos pays occidentaux, disposent de systèmes de surveillance et de traçage (contact tracers) que nous pourrions jugés incompatibles avec nos libertés individuelles, des systèmes de surveillance construits patiemment et qui intègrent la gestion de la santé publique avec des lois qui portent sur les maladies infectieuses. Singapour ne comptait mi-mars que 266 cas, Taiwan une centaine de cas, Hong Kong  168 cas, et toutes les trois peu de décès. Le 31 décembre, lorsque l'OMS a été informée d'une pneumonie inconnue en Chine, les fonctionnaires taïwanais ont commencé à monter à bord des avions en provenance de Wuhan pour détecter les symptômes de fièvre ou de pneumonie chez les passagers avant de les laisser atterrir (quelque 2,7 millions de Chinois visitaient habituellement l'île de Formose). Cela reflète les dures leçons apprises lors de la crise du SRAS (syndrome respiratoire aigu sévère) qui a fait plus de 70 morts dans la nation asiatique en 2003-2004. À Singapour, plus de 2000 personnes sont testées quotidiennement (notamment ceux qui sont atteints de pneumonie ou de maladies graves) et tous les détails des lieux où les porteurs du virus ont vécu et travaillé sont immédiatement publiés en ligne, ce qui permet à chacun de réagir et de se protéger. Tous les contacts des patients sont mis en quarantaine, plus de 5000 personnes ont été ainsi isolées. Parallèlement les frontières sont renforcées - Singapour est une plate-forme internationale qui reçoit tous les ans plus de 18M de visiteurs - pour se protéger contre toute nouvelle vague d'infections importées. Taiwan, Hong Kong et Singapour furent parmi les premiers pays à interdire dès le 1er février tout voyageur en provenance de Chine continentale, des scanners thermiques mesurant systématiquement la température de tous ceux qui entraient dans le pays. Le lourd bilan du SRAS (severe acute respiratory syndrome) de février à mai 2003 explique bien des choses...

"Millions are under lockdown in Europe" - Le "confinement" (Lockdown) a fait débat dans le monde entier durant le début du mois de mars. La notion confinement soulève, - avant toute évocation de son organisation et de sa gestion dans la durée - , parmi nombre de problèmes la question du consentement, celle de la responsabilité individuelle, et de la part consentie à l'importance de l'économie dans la société.

Aucun d'entre nous ne peut vivre un confinement sans penser au déconfinement. Le déconfinement sera, quant à lui, sans doute encore plus complexe à réaliser que le confinement, nous ne serons plus dans une stratégie du "tout ou rien", mais dans une mise en oeuvre différenciée qui risque de remettre en question bien des principes tant démocratiques que tout simplement humain...
Responsabilisation individuelle? Si un grand nombre d'infections sont passées inaperçues, les tentatives d'isolement des personnes infectées pour ralentir la propagation du virus se sont avérée plus complexes que prévues, notamment dès que la propagation s'accélère. La possibilité de s'en tenir à des attitudes partagées par l'ensemble de la population n'est pas acquise. La science des comportements évoque l'attitude des fameux "contributeurs conditionnels", qui restent en attente de voir comment la majorité se comporte, attitudes renforcées par les réseaux sociaux.

Le confinement de masse fut donc la stratégie choisie, après la Chine (pour un périmètre bien défini), par l'Espagne, l'Italie, la France, la Belgique.. D'une toute autre culture politique, cette stratégie n'était pas dans l'esprit de l'Allemagne, du Royaume-Uni ou des Etats-Unis. Toute action collective, ne serait-ce qu'en cas de pandémie,  ne peut ici être conçue qu'avec l'adhésion de la population. Un contrôle trop strict de la propagation du virus par des mesures d'éloignement sociales trop rigoureuses pourrait conduire à son retour dans le futur, d'où par exemple le choix d'une première stratégie dite "herd immunity" visant à renforcer l'immunité collective de la population britannique en laissant se propager naturellement la pandémie. De même pour l'Allemagne, non sans arrière pensée vis-à-vis des impacts économiques, "quiconque impose une telle interdiction doit également dire quand et comment il la lèvera" (muss auch sagen, wann und wie er es wieder aufhebt). Que se passera-t-il lorsque le pays lèvera inévitablement ses mesures de contrôle les plus strictes et relancera son économie. Nous ne le savons pas encore...

De plus, toute pandémie génère une mortalité collatérale , la raréfaction du lien social accompagnant toutes les opérations de confinement..

Et pourtant, engagé dans un mouvement global que ponctue les chiffres quotidiens de la pandémie, à l'exemple de cette première vague dramatique qui s'abattit en mars sur l'Italie et  l'Espagne, chaque société de part le monde fut désormais placée dans l'obligation d'agir, et chaque gouvernant de proposer à la population une stratégie de survie...
Au 2 avril, près de la moitié de la population mondiale a basculé dans la mise en oeuvre de règles de confinement. Une stratégie qui semble très concrètement fournir des résultats positifs et qui a permis, indique une étude de l'Imperial College de Londres (Coronavirus measures may have already averted up to 120,000 deaths across Europe, 30 mars) de sauver la vie de 59.000 personnes dans 11 pays européens, dont 2.500 en France. Mais  une stratégie difficile à maîtriser dans nos démocraties et pays de libertés individuelles, d'égocentrismes croissant aussi : la répression, quelque soit les régimes politiques, est toujours la stratégie première des pouvoirs politiques, au détriment de la recherche intelligente de l'adhésion et du consentement des opinions. Le déconfinement sera dans cette perspective une étape critique...

Au 15 avril, plus d'un tiers de la population mondiale est aujourd'hui en confinement plus ou moins strict, soit 2,6 milliards de personnes sur les 7,8 milliards d'habitants vivant sur notre planète en 2020...

Si certains principes généraux sont  partagés par tous (distanciation, lavage des mains, éternuement), il y aura autant de stratégie des confinements que de pays. Globalement, on peut distinguer des confinements stricts (La France, la Belgique, l'Italie, l'Espagne, la Hongrie) et des restrictions qui entendent déroger le moins possibles aux libertés individuelles (le grande majorité des démocraties, de l'Allemagne au Royaume-Uni et aux Etats-Unis). Chaque gouvernement va tenter de justifier sa stratégie à l'encontre de la pandémie Covid-19, une justification qui pourrait fortement troubler les opinions dès lors que celles-ci se laissent aller à quelques comparaisons. Ainsi, la comparaison de la Belgique et des Pays-Bas interroge quant à la nécessité de promulguer un confinement des plus stricts, tel que celui mis en oeuvre tant en Belgique qu'en France avec d'importantes restrictions des libertés. La Belgique, compte 11,4 millions d'habitants, 374 par km2, les Pays-Bas, encore plus dense, comptent 17,3 millions d'habitants pour 488 par km2. La Belgique, imposant à ses habitants un strict confinement, compte au 30 avril 48519 cas recensés et 7594 décès, les Pays-Bas, plus libertaires, recensent 39512 cas et 4795 décès..

Le mois de mai 2020 va permettre de distinguer trois catégories de stratégies différentes dites de "confinement" (lockdown), suivant le degré de confiance et de liberté individuelle consenti à des citoyens qui, rappelons-le, vivent en démocratie.

La Suède, reconnue pour son modèle libertaire, un groupe de pays reconnaissant quoiqu'il arrive une prépondérance aux libertés individuelles (l'Allemagne, le Royaume-Uni, les Pays-Bas, les USA, le Danemark, la Norvège, la Grèce, l'Autriche) et des pays instaurant une stratégie de confinement "dure', la France, l'Espagne, l'Italie, la Belgique...
Au mois de mai, avec les premières mesures d'allègement du confinement et un certain recul continu de la pandémie, l'OMS a en quelque sorte conforté un modèle, le modèle suédois, un modèle qui, loin d'être politique, a privilégié une stratégie de prévention peu contraignante. À l’exception de l’interdiction des rassemblements de plus de 50 personnes et de la visite dans les maisons de retraite, le pays a opté principalement pour des mesures volontaires de lutte contre le coronavirus. Tout citoyen peut vaquer ses occupations habituelles, avec cette recommandation des autorités de respecter les règles de distanciation et d’hygiène. Certes les autorités suédoises on dut faire face à des comparaison critiques, notamment avec la Norvège et le Danemark, et ont affronté une hausse relative des cas de coronavirus et du taux de mortalité. La différence majeure dans l'approche suédoise est la confiance dans la population. a déclaré M. Ryan (Chief Executive Director of the World Health Organization Health) : "Ce qu'elle a fait différemment, c'est qu'elle s'appuie beaucoup sur sa relation avec ses citoyens. Elle a vraiment fait confiance à ses propres communautés pour mettre en œuvre cette distance physique". Cette confiance, combinée à des contrôles stratégiques et à une communication claire, pourrait servir de modèle aux autres pays qui assouplissent les restrictions de verrouillage pour s'adapter en toute sécurité à une nouvelle normalité. a déclaré M. Ryan : "Si nous voulons atteindre une nouvelle normalité, la Suède représente à bien des égards un futur modèle" ("If we are to reach a new normal, in many ways Sweden represents a future model")...


"The World Health Organization is warning of a potential shortage of personal protective equipment as coronavirus spreads" - La caractéristique de cette épidémie est qu'elle provoque plus de cas d'hospitalisation que d'autres à cause des virus respiratoires et cela peut ainsi bloquer tous nos systèmes de santé. Dans ce contexte, la mise à disposition équipement de protection pour le personnel de santé s'est imposée comme l'une des grandes questions auxquelles les gouvernants se doivent de répondre, et qui n'a été ni anticipée ni gérée à ce jour correctement, partout une pénurie effective est dénoncée. Tout le personnel impliqué dans la prise en charge du COVID-19 doit porter un équipement de protection individuelle (EPI, ou personal protective equipment, PPE), soit un masque de protection, des lunettes de protection, une blouse chirurgicale munie de poignets et de manches imperméabilisées, des gants non stériles. L'épidémie du nord-ouest de l'Italie a été identifiée pour la première fois le 20 février, lorsqu'un patient d'une trentaine d'années admis dans une unité de soins intensifs de Lodi a été testé positif au nouveau coronavirus. Moins de 24 heures plus tard, le nombre de patients infectés déclarés, dont aucun n'avait eu de contact avec le patient de référence ou ceux identifiés ailleurs en Italie, est passé à 36. Le 21 février, le gouvernement lombard et les responsables sanitaires locaux ont constitué une équipe d'urgence pour tenter de gérer l'épidémie.
Médecins Sans Frontières (MSF), fort de son expérience dans quatre hôpitaux italiens, a averti, dans un communiqué de presse le 16 mars, du manque d'équipements de protection individuelle : de nombreux personnels de la santé ont ainsi exposés au virus, environ 1 700 d'entre eux (8 % du total des cas en Italie) sont maintenant infectés, et certains sont morts...

Au total, le mois de mars, époque durant laquelle le COVID-19 s'est répandu exponentiellement dans toute Europe, puis dans le reste du monde occidental, a révélé une impréparation  politique généralisée, alors que la menace était présente dès le début du mois de janvier. Ensuite, des pouvoirs tôt submergés par la violence et la brutalité de la contagion, plongés dans des atermoiements que l'on peut juger coupable tant les implications économiques furent leurs premières préoccupations. Une incapacité foncière de l'ensemble de tous les gouvernants à assurer la protection des personnels de santé. Certains gouvernants ont de plus ajouté à cette incurie politique dramatique un manque de transparence difficilement acceptable. Il aura fallu, au 31 mars, plus de 40 000 morts dans le monde, dont 12 400 morts en Italie, 8 189 en Espagne, plus de 3 000 aux Etats-Unis, pour que se posent avec acuité les problèmes de protection des personnels de santé. En France, c'est après 52.128 cas confirmés, 3.523 décès,  22.757 personnes hospitalisées,  5.565 en réanimation, que les dirigeants politiques promettent des dotations considérables aux services de santé, proclament "l'indépendance pleine et entière" de la France "d'ici la fin de l'année" dans la production de masques de protection, puis des respirateurs, initialisent des commandes gigantesques auprès de la Chine. Puis le début mois d'avril voit le monde occidental, alors que l'on a franchi le millions de cas confirmés et plus de 60.000 morts, s'engager dans une course effrénée à l'acquisition de millions de masques et d'éléments de protection, de respirateurs, et se poser la question des tests de masse …

Enfin, contribuant à l'impression d'un naufrage absolu du politique, les incohérences de la parole politique par rapport aux consignes d'utilisation des masques au sein des différentes couches de la population (4-5 avril, un tournant), les multiples décisions précipitées d'ériger ici et là des lieux de production de masques sans avoir au préalable pris le temps de concevoir une stratégie globale vis-à-vis des pandémies ou catastrophes climatiques à venir...


Interrogations et doute subsistent parce que cette crise dramatique et singulière voit émerger la question des libertés fondamentales et nous observons des pouvoirs qui consacrent l'essentiel de leur créativité à développer de nouvelles formes de contrôle de la population. Et de nombreuses mesures prises en situation d'urgence sont devenues des élément incontournables de notre vie sociale...

Le constat répandu : les pays asiatiques (Seoul, Singapour) ont limité la contagion en identifiant les sujets positifs et en suivant leurs déplacements. Avec une innocence et des justifications qui posent question. Et une population qui semble consentir, mais que vaut un consentement dans un contexte dramatique de peur généralisé. Globalement l'angoisse redouble l'angoisse. "Il est évident que les Italiens sont prêts à sacrifier pratiquement tout, les conditions de vie normales, les relations sociales, le travail, même les amitiés, les affections et les croyances religieuses et politiques au danger de tomber malade" (È evidente che gli italiani sono disposti a sacrificare praticamente tutto, le condizioni normali di vita, i rapporti sociali, il lavoro, perfino le amicizie, gli affetti e le convinzioni religiose e politiche al pericolo di ammalarsi) écrit le philosophe Giorgio Agamben (1942) le 17 mars.

“However, efforts to contain the virus must not be used as a cover to usher in a new era of greatly expanded systems of invasive digital surveillance,” (Amnesty International, Privacy International and Human Rights Watch...) - De fait, nombre de gouvernements cherchent désormais, - ou s'interrogent -, des experts et des solutions applicatives pour contrôler les mouvements de personnes, les lieux qu'elles ont fréquentés, les contacts qu'elles ont eus, à l'image de Singapour et de la Corée du Sud. Corona 100m, en Corée du Sud, envoyait des messages à la population sur la manière de se comporter contre l'épidémie, notamment en suivant leurs déplacements afin qu'ils puissent comprendre où les personnes infectées se sont déplacées, avec qui elles sont entrées en contact, ce qu'elles faisaient. Une Corée qui utilise les enregistrements des caméras de sécurité, le GPS des téléphones portables (un GPS qui par ailleurs manque de précision) et même l'historique des achats par carte de crédit pour suivre la population. Singapour, pour éviter une escalade des infections, a lancé TraceTogether, une application qui devance toutes celles qui sont testées dans d'autres pays d'Asie ou d'Europe et qui, au lieu d'utiliser le GPS pour localiser les sources possibles d'infection, utilise Bluetooth pour transformer le téléphone portable en une sorte de radar qui se connecte pendant quelques millisecondes aux autres téléphones se trouvant sur son chemin...
Ainsi nombre de pays s'interrogent, et non sans surprise nous voyons des opérateurs telecom et internet (Google a mis en ligne début avril une analyse des données de géolocalisation issues des appareils Android de 131 pays, dont la France, pour mieux "évaluer la mobilité de la population durant le confinement") offrir sans réserve aux gouvernants les données personnelles qu'ils manipulent quotidiennement. Si la Communauté de Madrid a, par exemple, lancé une application web pour aider les citoyens à effectuer des auto-évaluations des symptômes possibles du coronavirus et à fournir des informations et des conseils pertinents en fonction de leur éventuelle condition, certains Etats entendent aller plus loin, Israël (mais les citoyens sont habitués aux solutions d'urgence), l'Italie ("Individuare, nei prossimi 3 giorni, le migliori soluzioni digitali disponibili sul mercato per app di telemedicina e strumenti di analisi dati, e coordinare a livello nazionale l'analisi, l'adozione, lo sviluppo e l'utilizzo di queste soluzioni per il monitoraggio e contrasto alla diffusione del Covid-19"), la France, etc. Sans compter ces applications ("Houseparty") qui, exploitant la solitude du confinement et la logique virtuelle des réseaux sociaux, collectent à tout va des données personnelles innocemment mises à disposition par d'innombrables utilisateurs (des millions de téléchargement sur Android)...

"When choosing between alternatives, we should ask ourselves not only how to overcome the immediate threat, but also what kind of world we will inhabit once the storm passes. Yes, the storm will pass, humankind will survive, most of us will still be alive — but we will inhabit a different world..." - Et quand bien même les règlements européens sur la protection des données, le General Data Protection Regulation, prévoient des dérogations encadrées et temporaires dans le domaine de la sécurité et des urgences sanitaires, il reste, pour citer l'historien israélien Yuval Noah Harari, que "de nombreuses mesures à court terme prises en temps d'urgence deviennent alors permanentes" (Financial Times, 20 mars): "L'humanité est aujourd'hui confrontée à une crise mondiale. Peut-être la plus grande crise de notre génération. Les décisions que les gens et les gouvernements prendront au cours des prochaines semaines façonneront probablement le monde pour les années à venir. Elles façonneront non seulement nos systèmes de santé, mais aussi notre économie, notre politique et notre culture. Nous devons agir rapidement et avec détermination. Nous devons également tenir compte des conséquences à long terme de nos actions. Lorsque nous choisissons entre différentes solutions, nous devons nous demander non seulement comment surmonter la menace immédiate, mais aussi quel genre de monde nous habiterons une fois la tempête passée. Oui, la tempête passera, l'humanité survivra, la plupart d'entre nous seront encore en vie - mais nous habiterons un monde différent. De nombreuses mesures d'urgence à court terme deviendront un élément incontournable de la vie. C'est la nature des situations d'urgence. Elles accélèrent les processus historiques. Des décisions qui, en temps normal, pourraient prendre des années de délibération, sont prises en quelques heures. Des technologies immatures et même dangereuses sont mises en service, car les risques de ne rien faire sont plus grands. Des pays entiers servent de cobayes dans des expériences sociales à grande échelle. Que se passe-t-il lorsque tout le monde travaille à domicile et ne communique qu'à distance ? Que se passe-t-il lorsque des écoles et des universités entières se connectent à Internet ? En temps normal, les gouvernements, les entreprises et les conseils d'administration des établissements d'enseignement n'accepteraient jamais de mener de telles expériences. Mais ce n'est pas le cas en temps normal. En cette période de crise, nous sommes confrontés à deux choix particulièrement importants. Le premier est entre la surveillance totalitaire et l'autonomisation des citoyens. Le second est entre l'isolement nationaliste et la solidarité mondiale..."


Des interrogations et des doutes subsistent parce que la récession économique, voire le chaos total, semble inéluctable et que sortir de la pandémie aura des conséquences inévitables sur l'avenir et l'existence de chacun d'entre nous, et ce à l'échelle de notre planète. Le risque demeure qu'on théorise la libre détermination de la liberté des salariés et des citoyens contribuables par les employeurs et les pouvoirs publics...

Pourra-t-on réellement concilier la nécessité de maîtriser la pandémie et de sauvegarder l'économie? Pourra-t-on réellement concilier la nécessité de maîtriser la pandémie et de sauvegarder l'économie? C'est le fameux retour à l'État-providence par des gouvernants en panne d'imagination, mais qui pour l'heure ne signifie rien, l'Etat-providence a fait long feu, ce n'est plus au pouvoir à distribuer les bons et mauvais points, à prendre des mesures d'une manière unilatérale, a minima soutenir les services de santé et organiser la protection des plus exposés et concevoir des stratégies supra-nationales…

Trois temps donc, traiter économiquement et financièrement la période de confinement, puis la période de dé-confinement, enfin la période de reprise et d'éventuelle restructuration économique et sociale.

Pour l'heure, une avalanche de moyens budgétaires et financiers va creuser progressivement les déficits budgétaires et accroître la dette de tous les pays. Première fissure : le 20 mars la Commission européenne suspend le pacte de stabilité et avec elle, les règles de discipline budgétaire imposées aux Etats qui partagent l'euro : les gouvernements européens semblent ainsi pouvoir injecter dans l'économie autant que nécessaire pour lutter contre la récession qui s'annonce....
Reste que L'inquiétude se nourrit tant aux propos incohérents de nos dirigeants, - "Peu importe le coût?", vraiment? Ne devrons-nous pas payer à un moment une "générosité" trop dispendieuse par un surcroît d'imposition et d'inflation?  "L'économie sera préservée"? Comment ? - qu'au spectacle d'un monde qui voit les nations s'entre-déchirer pour survivre politiquement et économiquement en plein drame sanitaire. Le coût ici évoqué ne doit pas être entendu comme un coût économique, le quelque soit le coût intègre le coût humain, le coût social. Le gel progressif, pour ne pas dire parfois la destruction, de secteurs entiers de l'économie, aggravé par les mauvaises décisions prises antérieurement, les jeux financiers, la mise au chômage partiel ou technique d'une grande partie de la population, l'endettement abyssal qui redevient désormais une seconde nature de nos politiques économiques, l'illusion du maintien de la production via le télétravail, laissent un paysage de destruction qu'il sera difficile de reconstruire rapidement. Et si une nouvelle vague de pandémie se produit, et si, compte tenu de l'état de notre planète, nous subissons de nouvelles ruptures climatiques ou virales dès cette année, dès l'année suivante, aurons-nous les moyens de l'endiguer?

Comment des gouvernants osent-ils affirmer que l'Etat prendra en charge la totalité des pertes subies, l'Etat ce ne sont pas des gouvernants, mais des peuples qui paient concrètement taxes et impôts et vendent leur force de travail, et se retrouvent le plus souvent prisonnier d'une logique socio-économique qu'ils n'ont pas réellement choisie. Ce sont bien les citoyens qui seront sollicités fortement lorsque la crise prendra fin, ce sont bien les salariés qui seront mis à contribution pour réactiver les entreprises, c'est bien "le peuple d'en-bas" à qui les gouvernants demanderont abnégation totale, retrouvant la fameuse stratégie d'effort national des temps anti-démocratiques les plus reculés. Les fameux assouplissements du code du travail décidés par le pouvoir politique français pour organiser la vie économique dans le contexte Covid-19 sont symptomatiques des orientations à venir : il s'agit globalement de permettre aux employeurs de disposer plus librement de leurs salariés, puis de préparer l'opinion à accepter augmentation du temps de travail, suppressions des congés, ponction des épargnes, avec les éléments de langage associés, participer au redressement de la Nation et culpabilisation vis-à-vis des personnels de santé qui ont accepté bien des sacrifices. Dilemme...

Les citoyens-salariés-contribuables ne répondront que dans un contexte de démocratie apaisée et plus juste, et s'ils ont la certitude que ce monde peut s'humaniser… Pendant ce temps, les entreprises technologiques chinoises utilisent leur participation à la plus grande crise sanitaire mondiale pour stimuler le déploiement de solutions dites "HealthTech"... 

Mais on peut espérer, il le faut, que cette reconstruction s'opèrera  dans un nouvel esprit, plus social, plus humain, moins inégalitaire, moins technocratique, pour tout dire une démocratie rénovée. Des gouvernants qui ont mené des stratégies politiques à l'inverse de ce qui semble désormais s'imposer peuvent-ils réellement rester en place? Et de plus, le coût de cette reconstruction risque de remettre en question bien des engagements, souvent contestés,  relatifs à notre environnement et à la survie de notre planète Terre, le monde va sans doute évoluer, l'humain peut-être pas...