2020 - Coronavirus Outbreak - Covid-19 - SARS-CoV-2 -  El Confidencial - El Païs - La Repubblica - The Guardian - The Washington Post - The New-York Times - El Mundo - Los Angeles Times - South China Morning Post -  Frankfurter Allgemeine Zeitung - Die Welt - La Stampa - Financial Times - The Telegraph - L’Eco di Bergamo - The Lancet - Johns Hopkins Coronavirus Resource Center - ..

Last update: 2020/03/19

"Nous ne savons tout simplement rien, mais la grande guerre des "récits" a débuté" - La crise du Coronavirus ou Covid-19, - un brin d'ARN comportant 29 903 nucléotides et d'un diamètre de 0,12 microns -, qui bouleverse la planète entière en ignorant les frontières et les distinctions sociales, marque sans doute un tournant dans l'histoire de l'humanité, tournant dont nous ne pouvons pas encore définir les conséquences, si ce n'est que nos sociétés, nos institutions, nos économies, nos comportements ne sortiront pas indemnes de cette épreuve. Un brin d'ARN d'un diamètre de 0,12 microns vient fracasser toutes nos certitudes et nos sociabilités, construites depuis quelques décennies malgré ou à cause des réseaux sociaux, un brin d'ARN qui vient contester brutalement tous nos schémas politiques et économiques. Mais aussi faire renaître de leurs cendres les éternels égocentrismes tant collectifs qu'individuels, et les tentations les plus autoritaires des pouvoirs en place. Avec la crise du Coronavirus, l'irrationalité s'empare à nouveau de notre monde en ce début du XXIe siècle, une irrationalité singulière, différente et plus insidieuse que celle des années brunes 1930s-1940s, et qui se vit aujourd'hui en temps réel, médias et réseaux numériques démultipliant et déformant toutes nos réalités quotidiennes et nos possibilités de compréhension en pleine crise démocratique..
Nous entendons ici modestement recenser les quelques problèmes que soulèvent cette pandémie mondiale, la concevoir comme une rupture singulière dans notre existence en ce début du XXIe siècle. Ne pas sortir dans la rue, se protéger, se mettre à l'abri, n'entendre plus qu'une seule parole, celle des autorités, l'humanité a bien connu des craintes bien concrètes, mais nous savions qui était l'ennemi. La peur semble aujourd'hui abstraite, la crédibilité de la parole publique en question. La perplexité n'aide pas à bien réfléchir, alors que ce dont nous avons le plus besoin en ce moment est tout le contraire, en contrepoint au hasard et à la peur. Puis, dans un deuxième temps, avec quelque recul, nous ferons un bilan des choses dites, faites, prétendues...

Global COVID-19 data, three key sources providing regular updates of COVID-19 cases and deaths globally and by country:

Johns Hopkins University, the World Health Organization (WHO), the European Centre for Disease Prevention and Control (ECDC)....

"Au 25 mars 2020, le tableau de bord en ligne de l'OMS sur la situation de la maladie à coronavirus 2019 (COVID-19) révèle que la pandémie s'étend sur 195 pays et territoires avec 375 498 cas. Cette expansion rapide de la pandémie s'accompagne d'un besoin croissant de veiller à ce que des informations précises et crédibles soient accessibles aux autorités de santé publique, aux chercheurs et au grand public. Cela a incité l'OMS, les institutions et les particuliers à mettre au point des outils en ligne pour suivre la propagation de la pandémie. Bien que la préparation de l'OMS aux situations d'urgence soit fondée sur les principes établis du droit international1, la multiplicité des acteurs peut créer une confusion et des obstacles à l'accès à des données fiables et cohérentes. La catégorisation des pays et territoires par ces acteurs, qui pourrait être soumise à des considérations géopolitiques, n'est toujours pas responsable devant les populations touchées…"

"We simply know nothing" - The crisis of the Coronavirus or Covid-19, - a strand of RNA comprising 29,903 nucleotides and with a diameter of 0.12 microns - which is shaking up the entire planet, ignoring frontiers and social distinctions, undoubtedly marks a turning point in the history of humanity, a turning point whose consequences we cannot yet define, except that our societies, institutions, economies and behaviour will not emerge unscathed from this ordeal. A strand of RNA with a diameter of 0.12 microns shatters all our certainties and our sociabilities, built up over the last few decades in spite of or because of social networks, a strand of RNA that brutally challenges all our political and economic patterns. But it also raises from their ashes the eternal collective and individual egocentrisms and the most authoritarian temptations of the powers that be. With the Coronavirus crisis, irrationality is once again taking hold of our world at the beginning of the 21st century, a singular irrationality, different and more insidious than that of the 1930s-1940s, and which is being experienced today in real time, with digital media and networks multiplying and distorting all our daily realities and our possibilities of understanding in the midst of a democratic crisis .
Our intention here is modestly to identify the few problems raised by this global pandemic and to conceive it as a singular break in our existence at the beginning of the 21st century. Then, in a second stage, with some hindsight, we will take stock of the things said, done and claimed...

"Sencillamente no sabemos nada" - La crisis del Coronavirus o Covid-19, - una cadena de ARN compuesta por 29.903 nucleótidos y con un diámetro de 0,12 micras - que está sacudiendo todo el planeta, ignorando fronteras y distinciones sociales, marca sin duda un punto de inflexión en la historia de la humanidad, un punto de inflexión cuyas consecuencias aún no podemos definir, salvo que nuestras sociedades, instituciones, economías y comportamientos no saldrán indemnes de esta dura prueba. Un filamento de ARN con un diámetro de 0,12 micrones rompe todas nuestras certezas y nuestras sociedades, construidas en las últimas décadas a pesar de o debido a las redes sociales, un filamento de ARN que desafía brutalmente todos nuestros patrones políticos y económicos. Pero también levanta de sus cenizas los eternos egocentrismos colectivos e individuales y las tentaciones más autoritarias de los poderes fácticos. Con la crisis del Coronavirus, la irracionalidad se apodera una vez más de nuestro mundo a principios del siglo XXI, una irracionalidad singular, diferente y más insidiosa que la de los años treinta y cuarenta, y que se experimenta hoy en día en tiempo real, con los medios y redes digitales multiplicando y distorsionando todas nuestras realidades cotidianas y nuestras posibilidades de comprensión en medio de una crisis democrática .
Nuestra intención aquí es, modestamente, identificar los pocos problemas que plantea esta pandemia mundial y concebirla como una ruptura singular en nuestra existencia a principios del siglo XXI. Luego, en una segunda etapa, con algo de retrospectiva, haremos un balance de las cosas dichas, hechas y reclamadas...


Et ce d'autant plus que nous ignorons, jour après jour, où nous entraîne cette crise, crise sanitaire, crise politique, économique et sociale, et que rien ne nous permet de penser que les décisions prises par ces diverses autorités plus ou moins légitimes qui contrôlent nos destinées, sont les bonnes, ou les moins mauvaises. Mais la rapidité du fléau est telle que nous n'avons guère le temps, pour l'heure, de penser plus avant, le sentiment général est celui de l'action immédiate pour juguler l'angoisse et l'incertitude face à un ennemi invisible. Bien des interrogations et des doutes subsistent pourtant à l'encontre des réalités décrites ou ressenties  et des stratégies mises en oeuvre depuis que le monde est brusquement entré en sidération, depuis ce fameux 23 janvier qui vit  le gouvernement central de la Chine imposer un blocus à Wuhan puis aborder le monde occidental via l'Italie, le 31 janvier 2020...

 

Hello, deglobalization! Démonstration est désormais faite : une société qui se mondialise est une société à risque (Ulrich Beck),

… et peut-être que plus profondément ce contexte de mondialisation tant revendiqué par nombre de gouvernants et experts associés, modifiant aveuglément les écosystèmes, multipliant sans frein les échanges commerciaux, poussant à une expansion exponentielle du tourisme, nous a au bout du compte entraîné inexorablement dans une pandémie de panique alimentée quotidiennement par une épidémie d'information, et complexifiée par des stratégies de confinement dont la durée pose dans toutes nos démocraties d'énormes implications tant sociales qu'économiques : elle permet aux gouvernants de reprendre un pouvoir total et intrusif et de nous rassurer pour un temps, mais rien ne nous permet de penser que cette stratégie est la seule solution possible, - une stratégie de test massifs est incontournable, une coordination entre pays inévitable -, comment peut-on entrer en confinement sans réfléchir aux critères de sortie, nous ne maîtrisons plus véritablement notre avenir, reste qu'il semble essentiel de prendre soin des groupes à haut risque et de garantir l'efficacité de nos systèmes de santé, et par dessus de tout de ne pas perdre tout contrôle sur cette pandémie.....

It has now been demonstrated that a globalizing society is a society at risk (Ulrich Beck), and perhaps more profoundly, this context of globalization so much claimed by many governments and associated experts, blindly modifying ecosystems, unbridled multiplication of trade, pushing for an exponential expansion of tourism, has ultimately led us inexorably into a pandemic of panic fuelled daily by an epidemic of information, and complicated by strategies of containment whose duration has enormous social and economic implications in all our democracies: it allows governments to regain total and intrusive power and reassure us for a time, but there is nothing to suggest that this strategy is the only possible solution, - a massive testing strategy is unavoidable, coordination between countries is inevitable - how can we enter containment without thinking about the criteria for exiting, we no longer really control our future, the fact remains that it seems essential to take care of high-risk groups and to guarantee the effectiveness of our health systems, and above all not to lose all control over this pandemic. ....

Ya se ha demostrado que una sociedad en vías de globalización es una sociedad en peligro (Ulrich Beck), y quizás más profundamente, este contexto de globalización tan reivindicado por muchos gobiernos y expertos asociados, modificando ciegamente los ecosistemas, multiplicando desenfrenadamente el comercio, impulsando una expansión exponencial del turismo, nos ha llevado en última instancia inexorablemente a una pandemia de pánico alimentada diariamente por una epidemia de información, y complicada por estrategias de contención cuya duración tiene enormes implicaciones sociales y económicas en todas nuestras democracias: permite a los gobiernos recuperar un poder total e intrusivo y tranquilizarnos durante un tiempo, pero nada indica que esta estrategia sea la única solución posible, - una estrategia de pruebas masivas es inevitable, la coordinación entre países es inevitable - cómo podemos entrar en la contención sin pensar en los criterios de salida, ya no controlamos realmente nuestro futuro, el hecho es que parece esencial cuidar de los grupos de alto riesgo y garantizar la eficacia de nuestros sistemas de salud, y sobre todo no perder todo el control sobre esta pandemia. ....


"Quando l'incubo sarà passato, e  sappiamo che passerà, sarà però il caso di ragionare su quanto accaduto....."

(la Repubblica, 19 Marzo 2020)

"Ces lendemains qui chanteront..." - L'après-Covid 19 nous obligera sans doute pour quelques années encore à maintenir nos frontières, réduire les mouvements de masse entre nations, intégrer dans nos comportements des pré-requis sanitaires et respectueux de notre planète Terre, re-prioriser nos orientations économiques et sociales, re-démocratiser plus en profondeur un système politique qui laisse libre-cours à des élites imbues d'elles-mêmes, à des idéologies technocratiques qui recyclent au gré de leurs besoins idées de droites et idées de gauche, ré-intégrer dans le débat ces organisations internationales qui, malgré leur pesanteur,  pensent le monde dans sa totalité et, souvent méprisés par les grandes puissances, soutiennent les pays les plus pauvres, l'OMS en est l'exemple...


Interrogations et doute subsistent parce que nous ne parvenons pas à bien appréhender la menace à laquelle nous sommes confrontés.

La Chine qui représente plus de 90 % du total mondial des 90 000 cas confirmés à date, voit environ 80 % des personnes modérément infectées, 13,8 % présentant des symptômes graves et 6,1 % avaient des épisodes d'insuffisance respiratoire, de choc septique ou de défaillance d'organe mettant leur vie en danger. Pour les cas légers et modérés, il faut en moyenne deux semaines pour se rétablir. Nous pouvons éprouver en effet quelques difficultés à comprendre une telle mobilisation à l'encontre de ce virus alors que, sur les 56,9 millions de décès dans le monde, la pollution (4,6 millions), les pesticides, le cancer (1,735,350 cas diagnostiqués uniquement aux Etats-Unis provoquant plus de 600,00 décès par an), le changement climatique, la faim (9 millions), le Sida (770,000 morts, en réduction depuis 2004), la tuberculose (1.5 million décédées sur 10 millions de personnes atteintes), la malaria (405 000) tuent et dévastent certains continents dans des proportions considérables. En quoi l'épidémie de coronavirus s'impose-t-elle comme priorité absolue parmi toutes les autres causes de décès à caractère pandémique, déstabilisant le monde et précipitant celui-ci dans une récession économique qui marquera durablement chacun d'entre nous?
Des estimations réalisées tant en Allemagne qu'en Grande-Bretagne évoquent des taux de contamination de 50 à 70% de la population mondiale. Compte tenu de la contagiosité du virus, des projections sur le nombre de décès possibles sont ainsi déduites. Les épidémiologistes des Centers for Disease Control and Prevention aux Etats-Unis, partant d'un taux d'infection global de 30 % et d'un taux de mortalité de 0,5 %, parviennent à des estimations entre 200 000 et 1,7 million d'Américains atteints du Covid-19, en supposant des efforts minimes pour le contenir. Comparé aux autres  causes de décès aux États-Unis, le cancer, qui tue un peu moins de 600 000 personnes en un an, et les maladies cardiaques, qui en tuent environ 650 000, le Covid-19 serait en passe de devenir globalement a minima le 3e déclencheur de mortalité. A cela s'ajoute des périodes de pandémies relativement concentrées et brutales, pour l'heure difficilement maîtrisables par les services de santé : les endroits où le flot de patients malades dépassent la capacité des hôpitaux ont des taux de mortalité plus élevés ...

BERGAMO. "Tutti insieme per sconfiggere il nemico invisibile" - Pour qui ne parvient pas à saisir le drame subi par nombre de localités, notamment en Italie, la province de Bergame (Lombardie), qui compte 1 million et 108 000 habitants répartis dans 243 municipalités, aura payé un lourd tribut au Covid19. Au 24e jour depuis le 21 février, date à laquelle l'Italie a découvert qu'elle était infectée, le nombre de personnes infectées à Bergame et dans sa province n'a cessé de croître et les capacités hospitalières sont au bord de la rupture : près de 3 000 cas de personnes atteintes par le coronavirus, dont 261 sont décédées mi-mars. Le journal local, L'Eco di Bergamo, a publié vendredi 13 mars sur dix pages tous les avis de décès. La photo d'une infirmière, Elena Pagliarini, qui s'est effondrée sur sa table avec son masque dans un hôpital de la ville de Crémone, dans le nord du pays, après dix heures de travail, est devenue le symbole du dévouement des personnels soignants du monde entier et d'un système sanitaire, sacrifié par les tenants de la mondialisation et du ruissellement, des hommes et des femmes au bord de la rupture...


Des interrogations et des doutes subsistent parce que nous n'appréhendons les évènements que par le filtre des médias temps réel qui s'emparent de notre esprit et démultiplient nos angoisses ou édulcorent nos réflexions.

Des experts aux compétences parfois approximatives envahissent les différents plateaux de TV et des chaines en continu, contradictions et incohérences alimentent un flot de débats souvent sans consistance tournant en boucle dans tous les salons de nos villes et campagnes. Dramatiquement, les médias françaises ne relaient plus qu'une seule parole éminemment politique, celle d'un chef de l'Etat qui assène ses vérités et incohérences sans la moindre contestation, cas unique dans les démocraties occidentales, l'Italie et l'Espagne offrent deux contre-exemples significatifs. Seuls les personnels soignants et les proches des victimes ont conscience de cette invisible menace et la grande masse reste spectateurs incrédules, angoissés ou ironiques, en marge des appels à l'unité nationale et à la solidarité. C'est une rupture dans le cheminement égocentrique qui jusque-là animait nos existences. Il n'empêche que toute crise, fut-elle sanitaire, n'est pas sans idéologie, et qu'un certain sens critique doit continuer à nous habiter, pour maintenant, pour après...

Pour espérer arrêter le coronavirus, la décision arrêtée est de mettre un frein à toutes nos interactions sociales, et c'est ce concept de "distanciation sociale" (social distancing measures) qui devient l'axe principal de toutes les stratégies mises en oeuvre contre la pandémie (sans oublier la mise en oeuvre par chacun des fameux gestes barrières, indispensables, répétons le). Ce qui se décline par une limitation drastique de nos déplacements, conduit à favoriser le télétravail, à interdire les rassemblements, à confiner des territoires ou des quartiers entiers dans les zones les plus touchées. Puis, progressivement à fermer les frontières, à multiplier les mises en quarantaines, à supprimer toutes les communications physiques. Avec la distanciation et surtout le confinement des millions d'individus vont traverser une épreuve psychique qu'il ne faut pas sous-estimer, de l'anxiété, de la dépression, de la frustration

Les réseaux des opérateurs télécoms montent donc en charge de façon exponentielle. Des modérations dans l'utilisation des connexions à domicile peuvent être requises avec une priorisation donnée au télétravail mais les technologies de redimensionnement sont maîtrisées. La diminution des débits rompt pourtant un incontournable des consommateurs avertis, la sacro-sainte Haute-Définition.

Cette distanciation sociale qui s'impose partout semble pouvoir être comblée par l'activation en masse de toutes les communications à base de réseaux sociaux, de chaînes d'information en continu, de chaînes de cinéma et de série à la demande. Il n'est pas certain que cette consommation qui sollicite en continu la vision et l'audition, souvent agressivement, n'aggrave pas nos situations d'anxiété et de frustration...
La hausse de la consommation de télévision est générale - Ils sont en Italie 29 millions de téléspectateurs rassemblés devant la télévision de 20h30 à 23h00 , en Espagne, on compte 10 554 000 téléspectateurs en moyenne depuis le 15 mars, et l'audience cumulée peut atteindre certains jours 35 261 000 téléspectateurs. Les programmes d'actualité sont les espaces qui ont le plus augmenté leur part d'écran au détriment des émissions de divertissement. 

Et de fait on peut s'interroger sur les conséquences psychologiques de cette importance prise de pouvoir de notre esprit par l'image, la vidéo, la news et son commentaire ou détournement plus ou moins viral.... 


Des interrogations et des doutes subsistent parce que la parole politique est particulièrement dévaluée depuis des décennies, que les responsables politiques n'inspirent plus la moindre considération, que les instances internationales échouent à fédérer les énergies.

Historiquement toute période exceptionnelle est une occasion pour les pouvoirs en place, d'une part, d'imposer des mesures autoritaires et de suspendre une part des libertés sans véritables justifications, et d'autre part, de fermer les frontières et de se claustrer en tant que nation. Face à la menace du coronavirus, les politiciens et les gouvernements du monde entier se livrent ainsi à des combats acharnés face à leurs opinions, ne disposant en fin de compte que peu d'éléments pour légitimer telle ou telle action. La tentation des gouvernants, quoiqu'on le dise, malheureusement, est toujours de privilégier la propagande, la réquisition, la répression, la dénonciation sur toute autre attitude explicative, compréhensive, apaisée. Se pose la question de la réorganisation temporaire de la société dans un climat social qui risque à tout moment de s'alourdir....

Dans les démocraties, rechercher le consentement des citoyens-contribuables est un impératif absolu....

Deux constats symptomatiques.

D'une part, le délai de réactivité politique lors de l'apparition de la pandémie dans nombre de démocraties occidentales : les considérations économiques et financières ont obscurci bien des prises de décisions, l'effet de surprise mis à part.

D'autre part, la gestion politique du développement de cette pandémie par ces mêmes démocraties, des démocraties qui retrouvent aisément les réflexes des régimes autoritaires, quoique maladroitement tant la démocratie reste non miscible avec le totalitarisme : en témoignent les mesures de répression des comportements déviants avec discours associés (tout en reconnaissant que la stratégie de confinement peut en effet une stratégie par défaut face à la vitesse de la propagation), et la réorganisation de l'organisation du travail qui vise pour une grand part à maintenir la structure dirigeante de la production des biens et services, le plus souvent au détriment du salariat. Les incohérences, nombreuses, sont par la suite dissimulées par un discours portant sur le monde d'après, monde d'après le Covid-19 qui s'annonce particulièrement euphorique. D'autres époques ont évoqué jadis les lendemains qui chantent..

L'incertitude demeure, mais on ne peut plus arrêter cette logique anti-coronavirienne qui a déferlé sur le monde, on ne sait comment, il faut bien agir et sortir de cette crise sanitaire. On remet à plus tard  les multiples interrogations qui ne cesseront de nous mobiliser, il y eut un manque d'anticipation et une incapacité à faire des prévisions épidémiologiques, nos sociétés furent orientées par des dirigeants idéologiques qui, après avoir justifié la poursuite du profit, les inégalités sociales et économiques, condamné l'inaction des laissés pour compte de la société, valorisé les nantis, effectuent un volte-face sidérant pour nous expliquer contrôler la situation et nous promettre un nouveau monde..

Hors polémique, deux principes a priori semblent permettre de concevoir et légitimer un début de stratégie : 1) le vécu de certains pays comme la Chine ou l'Italie situés aux avant-postes de la pandémie, mais une prise en compte qui reste suspendue aux éventuels signes d'un début de stabilisation. 2) les projections et hypothèses relatives aux conséquences de cette épidémie et le dimensionnement des services de santé en charge d'absorber toute la détresse de telles pandémies. Les responsables politiques sont donc désormais à la manoeuvre, prises de parole et consignes leur donnent un regain de légitimité aux yeux de peuples qui ne vivent plus que dans l'attente...

Le coronavirus exacerbe les conditions de l'exercice de la démocratie. Les citoyens des pays démocratiques sont assez responsables pour suivre les consignes sanitaires incontournables que sont l'emploi de gel désinfectant, la distanciation, l'emploi de masques et le contrôle de la température, éviter les rassemblements et les comportements à risque. Mais en contrepartie, demandent aux gouvernants la transparence absolue, la suppression de tout langage idéologique et de toute infantilisation dégradante. Il y a dans quelques démocraties un manque absolu de transparence vis-à-vis de la pénurie des masques pour les personnels soignants, - une pénurie qui tue -, un manque absolu de transparence vis-à-vis des groupes les plus fragiles, - les maisons de retraite deviennent de véritables mouroirs -, un manque absolu de remise en question de ses convictions idéologiques en se refusant à engager des actions complémentaires au confinement, telles que les tests de masse....

Certains dirigeants particulièrement simplistes, ont entonné un discours martial, assénant, à un auditoire qui semble en très grande majorité, conquis, la fameuse sentence, avec le Covid-19, nous entrons en guerre, "c'est une guerre" que nous affrontons. Ne nous laissons pas abuser, nous entrons dans un drame quotidien, que nous devons affronter avec les capacités dont nous disposons, avec humilité et collectivement, mais nous entrons aussi dans une "guerre des mots", une "guerre du récit" tant au niveau national qu'au niveau international...

La vague pandémique a surpris tant l'Italie que l'Espagne. En Italie, c'est au bout du compte le peuple qui, après avoir hésité aux injonctions du pouvoir central, s'est rassemblé contre la menace du coronavirus et chante sur les balcons tant l'optimisme reste chevillé à leur existence, malgré le drame de ces hôpitaux enserrés dans villes désertes et muettes.. En Espagne, la mobilisation s'est faite non sans tâtonnement, dans un contexte politique éclaté, parfois exacerbé par des égocentrismes indépendantistes, la presse nationale et régionale jouant ici sans doute un rôle considérable dans la mise en oeuvre de la stratégie retenue. La France, meurtrie par un climat politique et social particulièrement délétère entretenu par un pouvoir très idéologique et constamment moralisateur, a su s'organiser grâce au dévouement de son personnel soignant. Le revirement politique du pouvoir vers un éventuel Etat-providence, le gel des mesures tant discutables de transformation de la société, et l'exemple italien, ont rendu possible l'acceptation de la stratégie de confinement, mais un consentement que la durée risque d'éroder...
Ici, la parole publique s'est singulièrement adossée à la science, français et britanniques ont effectivement tous deux experts et conseillers scientifiques pour éclairer les décisions politiques, mais la "science" ne tient pas le même discours tant de part et d'autre de la Manche que selon que nous soyons sur l'une ou l'autre rive du Rhin (un verrouillage est une mesure politique désespérée, entend-on du président du Conseil médical mondial, "parce qu'avec des mesures coercitives, vous pensez pouvoir aller plus loin qu'avec des mesures sensées").

Contradictions encore et toujours de l'expertise médicale et scientifique lorsqu'elle entend assister un pouvoir politique sommé par ailleurs d'agir... Confiné dans son existence, que peut-on attendre si ce n'est de l'espoir, le temps n'est pas à l'analyse ou à la critique, elles s'imposeront d'elles-même lorsque nous atteindrons la terre ferme...


"Point to a deer and call it a horse" (Zhao Gao, IIe av.JC) , the "global battle of narratives" - Des interrogations et des doutes subsistent parce que cette pandémie se déroule sur fond de rivalité entre les Etats-Unis et la Chine

(les membres du gouvernement américain préfère parler du "virus de Wuhan" que d'utiliser la dénomination de l'OMS, Sars-CoV-2, et les autorités chinoises ne peuvent porter à vie le stigmate d'être le pays d'origine du virus et se tourneront naturellement vers les Etats-Unis), tandis que la Russie, qui a fermé sa frontière de 2 700 miles avec la Chine dès le 30 janvier, semble étrangement se tenir à distance. Si les autorités chinoises ont offert aux autres nations une fenêtre cruciale pour se préparer à la propagation du virus, si le peuple chinois une fois de plus a fait preuve d'une abnégation sans borne, leurs dirigeants ne peuvent, dans chacune de leur prise de parole, faire abstraction d'une fierté nationaliste quasi obsessionnelle. De même, nombre de rivalités se multiplient au niveau de chacun des continents, le souci sanitaire ou le bien commun n'occulteront jamais les idéologies quoiqu'on en dise...

La volonté de rétablir des frontières entre les pays pour traiter une pandémie est symptomatique de ces rivalités absurdes, inconséquentes, il s'agit comme toujours de trouver un bouc émissaire, de mobiliser d'obscurs nationalismes et de détourner des gouvernants des éventuelles critiques populaires ( "It’s going to make people feel safe")... Nous devrions au contraire multiplier les coopérations et les synergies, l'éradication de cette épidémie si contagieuse et brutale n'est possible qu'au niveau planétaire, "the world is only as good as the weakest link" (le monde ne vaut que par son maillon le plus faible) : pouvons par exemple réellement mettre en place des stratégies de tests de masse sans que celles-ci soient coordonnées au niveau international?

Illustrations de ces guerres idéologiques constantes (Illustration: Craig Stephens), SCMP) - Le 22 mars, l'Italie, le plus douloureusement sinistré des pays européens, devient le théâtre de cette guerre idéologique que se livrent constamment la Chine, la Russie et les Etats-Unis. Les médias chinoises ne se privent pas de rappeler que l'Italie a été abandonnée par ses partenaires de l'UE, et que la Chine pourvoit aux difficultés de l'Italie, discours repris par la Russie qui envoie un contingent de virologues. Et L'expert chinois en maladies respiratoires Zhong Nanshan persiste à rappeler que bien que la Chine ait été la première à signaler l'agent pathogène, on ne savait pas encore avec certitude d'où il provenait réellement. Ainsi vont sans doute surgir bien des hypothèses, et toujours ce fameux 22 mars, une "étrange pneumonie", nous dit-on, aurait circulé en Italie (South China Morning Post) : “They [general practitioners] remember having seen very strange pneumonia, very severe, particularly in old people in December and even November,” Giuseppe Remuzzi, the director of the Mario Negri Institute for Pharmacological Research in Milan, said in an interview with the National Public Radio of the United States.... Le 24 mars, le haut représentant de l'Union européenne pour les affaires étrangères et la politique de sécurité met en garde les pays européens contre le risque d'une "bataille mondiale des récits" (a global battle of narratives)....


Des interrogations et des doutes subsistent parce que les stratégies de résolution ne sont pas certaines tant que notre ennemi reste inconnu et que les hypothèses mises en oeuvre restent à confirmer en toute clarté.

La planète Terre a connu bien des épidémies, une science s'est élaborée pour nous expliquer que toute épidémie est prédictible. C'est notamment à partir des projections relatives aux taux de reproduction (qui correspond à la vitesse de la contagion) et aux taux de mortalité (la létalité estimée du virus) que se calcule le risque sanitaire. La létalité dépend étroitement de la connaissance que nous pouvons avoir de la diffusion du virus, en l'occurrence nous en ignorons la profondeur. La propagation du virus est quant à elle exponentielle, touche toutes les couches de la population sur tous les territoires,  jusqu’à ce qu’une partie suffisamment importante de la population ait été contaminée et donc immunisée? Les spécialistes estiment que cela arrive lorsque 15 à 20 % des personnes ont été touchées. Pour maîtriser l'épidémie, il faut ainsi agir sur le fameux taux de reproduction, le ramener à un niveau inférieur à l'unité. On estime que c'est ce que la Chine a réussi à faire ("China has rolled out perhaps the most ambitious, agile, and aggressive disease containment effort in history") :  la diffusion vers le reste de la Chine a été bloqué en confinant Wuhan et les villes voisines de la province de Hubei et en plaçant au moins 50 millions de personnes en quarantaine obligatoire. Cette mise en quarantaine s'est accompagnée d'un effort sans précédent pour retrouver tous les contacts des cas confirmés. La mise en oeuvre de cette stratégie a débuté le 23 janvier et la progression de l'épidémie semble se ralentir depuis le 12 mars, soit en moins de deux mois, tandis qu'elle s'accélère dans le reste du monde occidental. La Chine est maintenant passée au stade de prévention vis-à-vis des de l'importation éventuelle de cas de coronavirus en provenance d'autres pays et a quelques difficultés à recruter des patients éligibles pour des essais de médicaments expérimentaux. L'Italie et l'Espagne s'engagent à date sur cette voie, l'Italie en son entier depuis le 9 mars ("Resto a Casa") et l'Espagne progressivement depuis le 13 mars (estado de alarma , "Yo me quedo en casa"). La France, depuis le 17 mars, la Belgique, le 18, l'Argentine le 19, l'Autriche le 20. On estime à date que les premiers résultats, une certaine stabilisation, pourraient être espérés d'ici deux semaines. Cette stratégie de confinement obligatoire n'a pas été retenue par les Etats-Unis, l'Allemagne, le Japon, la Grande-Bretagne, la Corée du Sud, le confinement est principalement celui des frontières, mais derrière celles-ci des mesures de tests, de fermeture, de quarantaine sont prises ponctuellement...

Selon l'Organisation mondiale de la santé, certains pays ne réalisent pas suffisamment de tests de dépistage des coronavirus : "Tester chaque cas suspect" (Test every suspected case). Des scientifiques chinois ont publié le code génétique du virus à la mi-janvier. Réaliser le plus grand nombre possible de tests est considéré comme l'un des outils clé permettant d'endiguer le virus. Si l'isolement réduit la circulation du virus, il reste essentiel de savoir qui est infecté et de reconstituer rapidement des chaîne de contagion. C'est en effet la position de pays comme l'Allemagne, qui a augmenté sa capacité de diagnostic à 160.000 tests par semaine, et la Corée du Sud, qui effectue quelque 15 à 20 000 tests par jour, mais aussi la demande complémentaire de pays ayant opté pour le confinement tel que l'Espagne (30 000 tests ont été effectué depuis le début de la crise). Reste que la saturation menace la production de ces kits d'extraction, et que l'organisation de ces tests et les méthodes de détection sont encore à parfaire. Différentes stratégies sont en concurrence : se concentrer uniquement sur les cas suspects ou sur certains foyers (maisons de retraite, patients atteints de maladies graves)...

À Hubei, en Chine, où la maladie a débuté, a imposé des mesures de confinement strictes qui ont abouti à ce que moins de 20 % de la population soit infectée. La Corée du Sud, qui a connu plus de 8000 cas et plus de 80 décès, et dont les habitants ont été encouragés à rester chez eux, - la ville de Daegu est la plus touchée -, a appliqué une autre stratégie (a model of open information, public participation and widespread testing), des mesures de dépistage et de contrôle de l'infections à grande échelle, avec près de 20 000 personnes testées chaque jour, mais aussi un suivi qui peut paraître intrusif de toute personne qui serait infectée. La détection précoce et la généralisation des tests permettent d'identifier les cas les plus bénins ou asymptomatiques, ce qui diminue la proportion de décès (autour de 0,8%).

Les villes asiatiques surpeuplées comme Singapour (5M6), Taiwan (23M7) et Hong Kong (7M4) procèdent de la même stratégie,  sans doute peu reproductibles dans un contexte occidental, engageant systématiquement une course contre la montre pour détecter et reconstituer le parcours des cas suspects le plus rapidement possible. Ces villes asiatiques, considérablement moins étendues que nos pays occidentaux, disposent de systèmes de surveillance et de traçage (contact tracers) que nous pourrions jugés incompatibles avec nos libertés individuelles, des systèmes de surveillance construits patiemment et qui intègrent la gestion de la santé publique avec des lois qui portent sur les maladies infectieuses. Singapour ne comptait mi-mars que 266 cas, Taiwan une centaine de cas, Hong Kong  168 cas, et toutes les trois peu de décès. Le 31 décembre, lorsque l'OMS a été informée d'une pneumonie inconnue en Chine, les fonctionnaires taïwanais ont commencé à monter à bord des avions en provenance de Wuhan pour détecter les symptômes de fièvre ou de pneumonie chez les passagers avant de les laisser atterrir (quelque 2,7 millions de Chinois visitaient habituellement l'île de Formose). Cela reflète les dures leçons apprises lors de la crise du SRAS (syndrome respiratoire aigu sévère) qui a fait plus de 70 morts dans la nation asiatique en 2003-2004. À Singapour, plus de 2000 personnes sont testées quotidiennement (notamment ceux qui sont atteints de pneumonie ou de maladies graves) et tous les détails des lieux où les porteurs du virus ont vécu et travaillé sont immédiatement publiés en ligne, ce qui permet à chacun de réagir et de se protéger. Tous les contacts des patients sont mis en quarantaine, plus de 5000 personnes ont été ainsi isolées. Parallèlement les frontières sont renforcées - Singapour est une plate-forme internationale qui reçoit tous les ans plus de 18M de visiteurs - pour se protéger contre toute nouvelle vague d'infections importées. Taiwan, Hong Kong et Singapour furent parmi les premiers pays à interdire dès le 1er février tout voyageur en provenance de Chine continentale, des scanners thermiques mesurant systématiquement la température de tous ceux qui entraient dans le pays. Le lourd bilan du SRAS (severe acute respiratory syndrome) de février à mai 2003 explique bien des choses...

Contrairement à la Chine, toute action collective à l'encontre du Coronavirus ne peut, au Royaume-Uni, être conçue qu'avec l'adhésion de la population. Un contrôle trop strict de la propagation du virus par des mesures d'éloignement sociales trop rigoureuses pourrait conduire à son retour dans le futur. D'où le choix d'une première stratégie dite "herd immunity" visant à renforcer l'immunité collective de la population britannique en laissant se propager naturellement la pandémie. Mais l'expérience de l'Italie est venue quelque peu modifier ce plan d'action, le nombre de patients pouvant être hospitalisés en soins intensifs et le délai de résolution s'avérant par projection inacceptable et la réalité de l'immunité non avérée. Reste qu'il n'est pas dans la tradition du Royaume-Uni de fermer le pays, avec des quarantaines de masse et un isolement social total, d'où sans doute une gestion pragmatique de l'épidémie qui sera mis en oeuvre..

Au 18 mars, 56 221 personnes au Royaume-Uni avaient été testées pour le coronavirus et le nombre de tests est passé d'un peu plus de 1 000 par jour à la fin du mois de février à plus de 6 000 par jour à la mi-mars, avec un objectif de 25 000 tests par jour. Mais le Royaume-Uni n'a pas à ce jour procédé à une surveillance de masse et ne recherche pas activement les personnes qui ont été en contact avec des cas d'infection....

"Millions are under lockdown in Europe" - Le "confinement" (Lockdown) fait débat dans le monde entier. Si un grand nombre d'infections sont passées inaperçues, les tentatives d'isolement des personnes infectées pour ralentir la propagation du virus peuvent s'avérer plus complexes que prévues. Notamment la science des comportements évoque l'attitude des fameux "contributeurs conditionnels", qui restent en attente de voir comment la majorité se comporte, attitudes renforcées par la logique égocentrique des réseaux sociaux. Le confinement de masse est la stratégie choisie, après la Chine (pour un périmètre bien défini), par l'Espagne, l'Italie, le Danemark, la France, la Belgique. D'une toute autre culture politique, cette stratégie n'est pas dans l'esprit de l'Allemagne, de la Grande-Bretagne ou des Etats-Unis. Car "quiconque impose une telle interdiction doit également dire quand et comment il la lèvera" (muss auch sagen, wann und wie er es wieder aufhebt). On ne connaît pas non plus l'évolution du SRAS-CoV-2, notamment en Chine, on ignore tout de son potentiel d'immunisation. Que se passera-t-il lorsque le pays lèvera inévitablement ses mesures de contrôle les plus strictes et relancera son économie. Nous ne le savons pas... La mise en place de tests massifs est à ce jour incontournable...

De plus, toute pandémie génère une mortalité collatérale , la raréfaction du lien social accompagnant toutes les opérations de confinement. Et pourtant, engagé dans un mouvement global que ponctue les chiffres quotidiens de la pandémie,  chaque société de part le monde est désormais placée dans l'obligation d'agir, et chaque gouvernant de proposer à la population une stratégie de survie...


"The World Health Organization is warning of a potential shortage of personal protective equipment as coronavirus spreads" - La caractéristique de cette épidémie est qu'elle provoque plus de cas d'hospitalisation que d'autres à cause des virus respiratoires et cela peut ainsi bloquer tous nos systèmes de santé. Dans ce contexte, la mise à disposition équipement de protection pour le personnel de santé s'est imposée comme l'une des grandes questions auxquelles les gouvernants se doivent de répondre, et qui n'a été ni anticipée ni gérée à ce jour correctement, partout une pénurie effective est dénoncée. Tout le personnel impliqué dans la prise en charge du COVID-19 doit porter un équipement de protection individuelle (EPI, ou personal protective equipment, PPE), soit un masque de protection, des lunettes de protection, une blouse chirurgicale munie de poignets et de manches imperméabilisées, des gants non stériles. L'épidémie du nord-ouest de l'Italie a été identifiée pour la première fois le 20 février, lorsqu'un patient d'une trentaine d'années admis dans une unité de soins intensifs de Lodi a été testé positif au nouveau coronavirus. Moins de 24 heures plus tard, le nombre de patients infectés déclarés, dont aucun n'avait eu de contact avec le patient de référence ou ceux identifiés ailleurs en Italie, est passé à 36. Le 21 février, le gouvernement lombard et les responsables sanitaires locaux ont constitué une équipe d'urgence pour tenter de gérer l'épidémie.
Médecins Sans Frontières (MSF), fort de son expérience dans quatre hôpitaux italiens, a averti, dans un communiqué de presse le 16 mars, du manque d'équipements de protection individuelle : de nombreux personnels de la santé ont ainsi exposés au virus, environ 1 700 d'entre eux (8 % du total des cas en Italie) sont maintenant infectés, et certains sont morts...


Interrogations et doute subsistent parce que cette crise dramatique et singulière voit émerger la question des libertés fondamentales et nous observons des pouvoirs qui consacrent l'essentiel de leur créativité à développer de nouvelles formes de contrôle de la population. 

Le constat répandu : les pays asiatiques (Seoul, Singapour) ont limité la contagion en identifiant les sujets positifs et en suivant leurs déplacements. Avec une innocence et des justifications qui posent question. Et une population qui semble consentir, mais que vaut un consentement dans un contexte dramatique de peur généralisé. Globalement l'angoisse redouble l'angoisse. "Il est évident que les Italiens sont prêts à sacrifier pratiquement tout, les conditions de vie normales, les relations sociales, le travail, même les amitiés, les affections et les croyances religieuses et politiques au danger de tomber malade" (È evidente che gli italiani sono disposti a sacrificare praticamente tutto, le condizioni normali di vita, i rapporti sociali, il lavoro, perfino le amicizie, gli affetti e le convinzioni religiose e politiche al pericolo di ammalarsi) écrit le philosophe Giorgio Agamben (1942) le 17 mars.

De fait, nombre de gouvernements cherchent désormais, - ou s'interrogent -, des experts et des solutions applicatives pour contrôler les mouvements de personnes, les lieux qu'elles ont fréquentés, les contacts qu'elles ont eus, à l'image de Singapour et de la Corée du Sud. Corona 100m, en Corée du Sud, envoyait des messages à la population sur la manière de se comporter contre l'épidémie, notamment en suivant leurs déplacements afin qu'ils puissent comprendre où les personnes infectées se sont déplacées, avec qui elles sont entrées en contact, ce qu'elles faisaient. Une Corée qui utilise les enregistrements des caméras de sécurité, le GPS des téléphones portables (un GPS qui par ailleurs manque de précision) et même l'historique des achats par carte de crédit pour suivre la population. Singapour, pour éviter une escalade des infections, a lancé TraceTogether, une application qui devance toutes celles qui sont testées dans d'autres pays d'Asie ou d'Europe et qui, au lieu d'utiliser le GPS pour localiser les sources possibles d'infection, utilise Bluetooth pour transformer le téléphone portable en une sorte de radar qui se connecte pendant quelques millisecondes aux autres téléphones se trouvant sur son chemin...
Ainsi nombre de pays s'interrogent, et non sans surprise nous voyons des opérateurs telecom offrir sans réserve aux gouvernants les données personnelles qu'ils manipulent quotidiennement. Si la Communauté de Madrid a, par exemple, lancé une application web pour aider les citoyens à effectuer des auto-évaluations des symptômes possibles du coronavirus et à fournir des informations et des conseils pertinents en fonction de leur éventuelle condition, certains Etats entendent aller plus loin, Israël (mais les citoyens sont habitués aux solutions d'urgence), l'Italie ("Individuare, nei prossimi 3 giorni, le migliori soluzioni digitali disponibili sul mercato per app di telemedicina e strumenti di analisi dati, e coordinare a livello nazionale l'analisi, l'adozione, lo sviluppo e l'utilizzo di queste soluzioni per il monitoraggio e contrasto alla diffusione del Covid-19"), la France, etc. Sans compter ces applications ("Houseparty") qui, exploitant la solitude du confinement et la logique virtuelle des réseaux sociaux, collectent à tout va des données personnelles innocemment mises à disposition par d'innombrables utilisateurs (des millions de téléchargement sur Android)...

"When choosing between alternatives, we should ask ourselves not only how to overcome the immediate threat, but also what kind of world we will inhabit once the storm passes. Yes, the storm will pass, humankind will survive, most of us will still be alive — but we will inhabit a different world..." - Et quand bien même les règlements européens sur la protection des données, le General Data Protection Regulation, prévoient des dérogations encadrées et temporaires dans le domaine de la sécurité et des urgences sanitaires, il reste, pour citer l'historien israélien Yuval Noah Harari, que "de nombreuses mesures à court terme prises en temps d'urgence deviennent alors permanentes" (Financial Times, 20 mars):
"L'humanité est aujourd'hui confrontée à une crise mondiale. Peut-être la plus grande crise de notre génération. Les décisions que les gens et les gouvernements prendront au cours des prochaines semaines façonneront probablement le monde pour les années à venir. Elles façonneront non seulement nos systèmes de santé, mais aussi notre économie, notre politique et notre culture. Nous devons agir rapidement et avec détermination. Nous devons également tenir compte des conséquences à long terme de nos actions. Lorsque nous choisissons entre différentes solutions, nous devons nous demander non seulement comment surmonter la menace immédiate, mais aussi quel genre de monde nous habiterons une fois la tempête passée. Oui, la tempête passera, l'humanité survivra, la plupart d'entre nous seront encore en vie - mais nous habiterons un monde différent. De nombreuses mesures d'urgence à court terme deviendront un élément incontournable de la vie. C'est la nature des situations d'urgence. Elles accélèrent les processus historiques. Des décisions qui, en temps normal, pourraient prendre des années de délibération, sont prises en quelques heures. Des technologies immatures et même dangereuses sont mises en service, car les risques de ne rien faire sont plus grands. Des pays entiers servent de cobayes dans des expériences sociales à grande échelle. Que se passe-t-il lorsque tout le monde travaille à domicile et ne communique qu'à distance ? Que se passe-t-il lorsque des écoles et des universités entières se connectent à Internet ? En temps normal, les gouvernements, les entreprises et les conseils d'administration des établissements d'enseignement n'accepteraient jamais de mener de telles expériences. Mais ce n'est pas le cas en temps normal. En cette période de crise, nous sommes confrontés à deux choix particulièrement importants. Le premier est entre la surveillance totalitaire et l'autonomisation des citoyens. Le second est entre l'isolement nationaliste et la solidarité mondiale..."


Des interrogations et des doutes subsistent parce que la récession économique, voire le chaos total, semble inéluctable et que sortir de la pandémie aura des conséquences inévitables sur l'avenir et l'existence de chacun d'entre nous, et ce à l'échelle de notre planète. Le risque demeure qu'on théorise la libre détermination de la liberté des salariés et des citoyens contribuables par les employeurs et les pouvoirs publics...

Pourra-t-on réellement concilier la nécessité de maîtriser la pandémie et de sauvegarder l'économie? Pourra-t-on réellement concilier la nécessité de maîtriser la pandémie et de sauvegarder l'économie? C'est le fameux retour à l'État-providence par des gouvernants en panne d'imagination, mais qui pour l'heure ne signifie rien, l'Etat-providence a fait long feu, ce n'est plus au pouvoir à distribuer les bons et mauvais points, à prendre des mesures d'une manière unilatérale, a minima soutenir les services de santé et organiser la protection des plus exposés et concevoir des stratégies supra-nationales…

Pour l'heure, une avalanche de moyens budgétaires et financiers va creuser progressivement les déficits budgétaires et accroître la dette de tous les pays. Première fissure : le 20 mars la Commission européenne suspend le pacte de stabilité et avec elle, les règles de discipline budgétaire imposées aux Etats qui partagent l'euro : les gouvernements européens semblent ainsi pouvoir injecter dans l'économie autant que nécessaire pour lutter contre la récession qui s'annonce....
Reste que L'inquiétude se nourrit tant aux propos incohérents de nos dirigeants, - "Peu importe le coût?", vraiment? "L'économie sera préservée"? Comment ? - qu'au spectacle d'un monde qui voit les nations s'entre-déchirer pour survivre politiquement et économiquement en plein drame sanitaire. Le gel progressif, pour ne pas dire parfois la destruction, de secteurs entiers de l'économie, aggravé par les mauvaises décisions prises antérieurement, les jeux financiers, la mise au chômage partiel ou technique d'une grande partie de la population, l'endettement abyssal qui redevient désormais une seconde nature de nos politiques économiques, l'illusion du maintien de la production via le télétravail, laissent un paysage de destruction qu'il sera difficile de reconstruire rapidement. Et si une nouvelle vague de pandémie se produit, et si, compte tenu de l'état de notre planète, nous subissons de nouvelles ruptures climatiques ou virales dès cette année, dès l'année suivante, aurons-nous les moyens de l'endiguer?

Comment des gouvernants osent-ils affirmer que l'Etat prendra en charge la totalité des pertes subies, l'Etat ce ne sont pas des gouvernants, mais des peuples qui paient concrètement taxes et impôts et vendent leur force de travail, et se retrouvent le plus souvent prisonnier d'une logique socio-économique qu'ils n'ont pas réellement choisie. Ce sont bien les citoyens qui seront sollicités fortement lorsque la crise prendra fin, ce sont bien les salariés qui seront mis à contribution pour réactiver les entreprises, c'est bien "le peuple d'en-bas" à qui les gouvernants demanderont abnégation totale, retrouvant la fameuse stratégie d'effort national des temps anti-démocratiques les plus reculés. Les fameux assouplissements du code du travail décidés par le pouvoir politique français pour organiser la vie économique dans le contexte Covid-19 sont symptomatiques des orientations à venir : il s'agit globalement de permettre aux employeurs de disposer plus librement de leurs salariés... Les citoyens-salariés-contribuables ne répondront que dans un contexte de démocratie apaisée et plus juste, et s'ils ont la certitude que ce monde peut s'humaniser… Pendant ce temps, les entreprises technologiques chinoises utilisent leur participation à la plus grande crise sanitaire mondiale pour stimuler le déploiement de solutions dites "HealthTech"... 

Mais on peut espérer, il le faut, que cette reconstruction s'opèrera  dans un nouvel esprit, plus social, plus humain, moins inégalitaire, moins technocratique, pour tout dire une démocratie rénovée. Des gouvernants qui ont mené des stratégies politiques à l'inverse de ce qui semble désormais s'imposer peuvent-ils réellement rester en place? Et de plus, le coût de cette reconstruction risque de remettre en question bien des engagements, souvent contestés,  relatifs à notre environnement et à la survie de notre planète Terre, le monde va sans doute évoluer, l'humain peut-être pas...