2020 - Coronavirus Outbreak - Covid-19 - HEALTH SYSTEM
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Last update: 2020/03/19


Ici comme ailleurs, penser la santé publique est devenue un sujet éminemment politique qui demande désormais d'être intégré dans ces évolutions démocratiques que devraient générer notre XXIe siècle. Toute décision relative à la santé publique ne peut plus être le privilège des scientifiques, des experts, et surtout des dirigeants politiques. Les pandémies comme celle, planétaire et d'expansion brutale, du COVID-19, soulèvent deux problèmes,

- les organisations et stratégies sanitaires sont elles en mesure de réagir (anticiper) efficacement à des montées en charge relatives à des virus inconnus, ou autres catastrophes sanitaires, 

- et, compte tenu des extrêmes risques de contagion, si la santé de chacun dépend désormais de celle des autres, une solidarité à l'échelle du monde peut-elle être concevable?


"National health security is fundamentally weak around the world, it says, and nowhere is fully prepared to handle such an outbreak" (La sécurité sanitaire nationale est fondamentalement faible dans le monde entier et nulle pays n'est pleinement préparée à faire face à une telle épidémie)...

Depuis 2009, il n'y a eu que cinq déclarations d'urgence de santé publique internationale : la pandémie de grippe porcine en 2009, une épidémie de polio en 2014, l'épidémie d'Ebola en Afrique de l'Ouest en 2014, l'épidémie du virus Zika en 2015 et une autre épidémie d'Ebola en République démocratique du Congo en 2019.

En 2018, le directeur général de l'Organisation mondiale de la santé a fait taire l'assistance au Sommet mondial des gouvernements, estimant qu'une épidémie dévastatrice pouvait se déclarer dans n'importe quel pays à tout moment - et que le monde n'y serait pas préparé. Confirmation fut faite. Un rapport publié en 2019 par des chercheurs de la Nuclear Threat Initiative, de l'université Johns Hopkins et de l'Economist Intelligence Unit a classé 195 pays en fonction de leur degré de préparation pour lutter contre une épidémie majeure (Global Health Security Index) : les États-Unis apparaissait en tête de liste, devant le Royaume-Uni et les Pays-Bas, la Corée du Sud était positionné à la 9e place, la France à la 9e, l'Allemagne à la 14e, l'Espagne à la 15e et la Chine à la 51e. Mais le rapport concluait qu'aucun pays n'était totalement prêt à faire face à une pandémie. L'Indice de sécurité sanitaire mondiale fut développé avec les conseils d'un panel international d'experts de 13 pays et mobilisa plus de 100 chercheurs... Nous voyons aujourd'hui les limites de telles estimations....


La pandémie du Covid-19 révèle dramatiquement l'état des systèmes sanitaires de notre planète, ou du moins des écarts importants entre pays riches, moyens, pauvres, mais aussi, plus subtilement, des conceptions très disparates notamment au sein des pays les plus aisés. Tous les hôpitaux du monde doivent en ce XXIe siècle faire face à une multitude de défis dans le domaine des soins de santé, notamment prendre en compte les  progrès de plus en plus rapides dans la science médicale, faire face à de nouveaux risques sanitaires, maîtriser des coûts de fonctionnement toujours plus élevés, intégrer des réglementations de plus en plus strictes. La spécialisation devient de plus un enjeu considérable (cardiologie, oncologie), ainsi aux Etats-Unis, les 19 hôpitaux de la Mayo Clinic, répartis dans cinq États, avec un personnel de plus de 4 800 médecins et scientifiques et plus de 4 000 chercheurs à plein temps, accueillent chaque année, environ 1,3 million de personnes atteintes de cancer et originaires de 138 pays. Le système de santé de Cleveland, renommé pour ses transplantations d'organes, comprend 18 établissements qui accueillent 7,9 millions de visites de patients provenant de 185 pays. L'hôpital Johns Hopkins, fondé en 1889 à Baltimore, est au centre de l'histoire et du développement de l'enseignement médical américain et compte 1 162 lits et plus de 2 400 médecins traitants à temps plein. 

Hors ces territoires d'exception, l'OMS dresse un constat des plus alarmistes des systèmes de santé depuis des années, tandis que le libéralisme mondialisé de nombre de dirigeants ré-orientent leurs politiques nationales vers une efficience économique qui vise à encourager les élites et les grandes entreprises, grandes pourvoyeuses de richesse pour la théorie dite du ruissellement. La croissance démographique, le vieillissement des sociétés et l'évolution des maladies aurait du entraîner une demande accrue de travailleurs de la santé au cours des prochaines années, principalement dans les pays à revenu moyen et élevé. Si les dirigeants français constituent un parfait exemple de ces politiques de désagrégation sanitaire, d'autres pays connaissent des difficultés pour les choix structurels qui ont été historiquement implantés, ainsi des répartitions politiques et économiques régions/Etats que l'on rencontre en Italie ou en Espagne. 

A ce constat, affligeant, s'ajoute la confusion des données et informations temps réel qui émanent tout autant de la communauté médicale et de santé publique que des responsables politiques. L'OMS appelle ainsi le 25 mars cette communauté à coopérer pour fournir des informations précises, impartiales et suffisamment détaillées sur la propagation de COVID-19, pour informer les mesures de confinement et la recherche en santé publique. Une gouvernance internationale se révèle une nécessité absolue compte tenu de l'insuffisance tragique de nombre de responsables politiques et experts innombrables qui peuplent les plateaux de télévisions du monde entier...
C'est dans ce contexte que le Covid-19 s'est répandu et a révélé tant un manque dramatique d'équipements sanitaires qu'une totale inadaptation des stratégies de santé mises en oeuvre. Un virus qui, compte tenu des pénuries en matière de protection, frappe, de plus, des milliers de professionnels de la santé et entrave la capacité de lutter contre l'épidémie. L'OMS tente de compenser en distribuant des millions de kits de tests et appelle à la coopération internationale… 


"The World Health Organization is warning of a potential shortage of personal protective equipment as coronavirus spreads" - La caractéristique de cette épidémie est qu'elle provoque plus de cas d'hospitalisation que d'autres à cause des virus respiratoires et cela peut ainsi bloquer tous nos systèmes de santé. Dans ce contexte, la mise à disposition équipement de protection pour le personnel de santé s'est imposée comme l'une des grandes questions auxquelles les gouvernants se doivent de répondre, et qui n'a été ni anticipée ni gérée à ce jour correctement, partout une pénurie effective est dénoncée. Tout le personnel impliqué dans la prise en charge du COVID-19 doit porter un équipement de protection individuelle (EPI, ou personal protective equipment, PPE), soit un masque de protection, des lunettes de protection, une blouse chirurgicale munie de poignets et de manches imperméabilisées, des gants non stériles.

L'épidémie du nord-ouest de l'Italie a été identifiée pour la première fois le 20 février, lorsqu'un patient d'une trentaine d'années admis dans une unité de soins intensifs de Lodi a été testé positif au nouveau coronavirus. Moins de 24 heures plus tard, le nombre de patients infectés déclarés, dont aucun n'avait eu de contact avec le patient de référence ou ceux identifiés ailleurs en Italie, est passé à 36. Le 21 février, le gouvernement lombard et les responsables sanitaires locaux ont constitué une équipe d'urgence pour tenter de gérer l'épidémie.
Médecins Sans Frontières (MSF), fort de son expérience dans quatre hôpitaux italiens, a averti, dans un communiqué de presse le 16 mars, du manque d'équipements de protection individuelle : de nombreux personnels de la santé ont ainsi exposés au virus, environ 1 700 d'entre eux (8 % du total des cas en Italie) sont maintenant infectés, et certains sont morts...


Quelles sont les données disponibles en termes de personnel de santé et de ressources hospitalières dans le monde occidental?

L'analyse du Peterson-KFF (Health System Tracker) réalisée le 27 mars 2020 fournit des informations précieuses...
Ressources hospitalières  (Hospital resources) - Le nombre d'hôpitaux et de lits d'hôpitaux et la disponibilité de la technologie médicale sont des facteurs importants à prendre en compte pour évaluer le degré de préparation des États-Unis à la pandémie de coronavirus. Dans l'ensemble, les États-Unis comptent moins d'hôpitaux et de lits d'hôpitaux par habitant que les autres pays comparables : les États-Unis comptaient 17,1 hôpitaux par million d'habitants en 2016, ce qui est inférieur à la plupart des autres pays riches et de taille similaire, et comparable à la capacité de l'Italie, qui est de 18 hôpitaux par million d'habitants. La Corée du Sud avait 73,9 hôpitaux par million d'habitants en 2016.
La disponibilité de lits d'hôpitaux peut, de même, à terme, limiter la capacité d'un système de santé à traiter les patients nécessitant des soins. Les États-Unis disposent de 2,8 lits d'hôpital pour 1 000 personnes, ce qui est similaire à la capacité en lits du Canada et du Royaume-Uni (les deux pays ont 2,6 lits pour 1 000 personnes), mais moins que d'autres pays aussi riches. L'Italie et l'Espagne ont également un nombre similaire de lits d'hôpitaux (3,2 et 3,0 lits pour 1 000 personnes, respectivement). En revanche, la Corée du Sud comptait 12 lits d'hôpital pour 1 000 personnes en 2016. 

Healthcare workforce - Les États-Unis comptent moins de médecins en exercice par habitant (2,6 pour 1 000 habitants) que la plupart des autres pays occidentaux et de taille comparable. Les États-Unis comptent également moins de médecins pour 1 000 habitants que l'Italie (4,0) et l'Espagne (3,9), deux pays qui ont déjà vu leurs effectifs débordés par la crise du COVID-19. L'Italie a connu la plus grande épidémie en dehors de la Chine, et l'Espagne suit les États-Unis en ce qui concerne le nombre de patients confirmés atteints de COVID-19. Mais les États-Unis comptent en moyenne un peu plus d'infirmières autorisées à exercer pour 1 000 habitants que les pays riches et de taille similaire. La Suède, la Belgique, l'Australie, les Pays-Bas et le Canada comptent en moyenne 15,3 infirmières autorisées pour 1 000 habitants, tandis que les États-Unis en comptent 17,5. Les États-Unis comptent également plus d'infirmières diplômées que l'Italie (7,4 pour 1 000 habitants) et l'Espagne (6,2 pour 1 000 habitants), deux pays qui ont été durement touchés par la pandémie. La Corée du Sud - qui a également été fortement touchée par une augmentation soudaine du nombre de personnes atteintes de COVID-19 - compte 20,5 infirmières diplômées pour 1 000 personnes. Les Etats-Unis comptent de même plus d'employés hospitaliers par habitant que la plupart des autres pays comparables (près de la moitié de ces employés hospitaliers sont du personnel non clinique).

Santé des groupes à risque (Health of at-risk groups) - La répartition de la population par âge peut jouer un rôle dans la gravité de l'épidémie de COVID-19 d'un pays à l'autre. L'analyse du KFF a révélé que plus de 100 millions d'adultes américains courent un risque accru de maladie grave s'ils contractent le COVID-19, soit en raison de leur âge avancé, soit à cause d'une maladie sous-jacente (notamment les maladies cardiaques, le diabète et les maladies respiratoires chroniques). Aux États-Unis, 16 % de la population est âgée de 65 ans et plus. Cette proportion est plus élevée dans d'autres pays relativement grands et riches. La proportion de personnes âgées de 65 ans et plus est de 22,7 % en Italie, 19,3 % en Espagne, 14,3 % en Corée du Sud et 11,2 % en Chine.


Début avril, De Brooklyn à La Paz, Madrid, Paris, London, Bergamo, "Nunca pensamos que sería una pandemia como esta, que nos ha desbordado" (El Pais) - Inside New Jersey intensive care units and emergency rooms, frustrated and frightened frontline medical staff are taking on double their normal patient loads or working twice their usual hours, without the equipment they need (The Guardian) - “I feel defeated, I also feel helpless because we are working so hard, trying every treatment modality that we can, and patients are still dying" - "Parfois, je pleure en rentrant du travail. Je ne peux pas m'empêcher de penser aux patients et aux membres de leur famille qui n'ont pas pu être avec eux ou leur parler avant leur mort..."

Health care workers are at high risk of catching COVID-19 - La forte proportion de travailleurs de la santé atteints de COVID-19 en Italie fut un avertissement sévère pour le monde, et les décisions politiques trop souvent tardives.  La pandémie de COVID-19 souligne la nécessité impérieuse de renforcer les personnels de santé à l’échelle mondiale. Un nouveau rapport intitulé «The State of the World’s Nursing 2020» examine en profondeur le corps de métier le plus largement représenté parmi les personnels de santé. Il met en avant d’importantes lacunes et identifie les domaines prioritaires d’investissement (The International Council of Nurses).... 

Milo Manara
Une infirmière, une super-héroïne, qui ne recule pas face à un virus géant, et ne le laissera pas passer (Un’operatrice sanitaria, come un supereroe, in piedi davanti ad un gigantesco virus, non arretra, non lascia passare il nemico), c'est ainsi que l'italien Milo Maran,  dessinateur internationalement réputé pour l'érotisme de son trait, grand dessinateur de femmes mais aussi passionné par la Renaissance italienne (il a mis en scène Véronèse et Le Caravage), a voulu rendre hommage aux infirmières qui ont affronté avec courage et savoir-faire la pandémie du Covid-19, sans cesser d'être femmes: en France, 87% des infirmières, 91% des aides-soignantes, 97% des aides à domicile, mais aussi 76% des caissières, 71% des enseignantes sont des femmes...


Le 3 mars, que disait l'OMS/WHO? "Nous ne pouvons pas arrêter COVID-19 sans protéger nos travailleurs de la santé (We can’t stop COVID-19 without protecting our health workers). Le prix des masques chirurgicaux a été multiplié par six, celui des respirateurs N95 a plus que triplé et les blouses d'hôpital coûtent deux fois plus cher. La livraison des fournitures peut prendre des mois, les manipulations du marché sont très répandues et les stocks sont souvent vendus au plus offrant. L'OMS a expédié près d'un demi-million d'ensembles d'équipements de protection individuelle dans 47 pays, mais les stocks s'épuisent rapidement. L'OMS estime que chaque mois, 89 millions de masques médicaux seront nécessaires pour l'intervention COVID-19, 76 millions de gants d'examen et 1,6 million de lunettes de protection. L'OMS dispose de lignes directrices sur la manière de rationaliser l'utilisation des équipements de protection individuelle dans les établissements de santé et de gérer efficacement les chaînes d'approvisionnement. Nous travaillons également avec les gouvernements, les fabricants et le Réseau de la chaîne d'approvisionnement en cas de pandémie pour stimuler la production et sécuriser les approvisionnements dans les pays gravement touchés et à risque. On estime qu'à l'échelle mondiale, les stocks d'EPI doivent être augmentés de 40 %. Nous continuons à appeler les fabricants à augmenter d'urgence la production pour répondre à cette demande et garantir les approvisionnements. Et nous avons demandé aux gouvernements de mettre en place des mesures d'incitation pour que les fabricants augmentent leur production. Il s'agit notamment d'assouplir les restrictions à l'exportation et à la distribution d'équipements de protection individuelle et d'autres fournitures médicales...."
Au 29 mars, force est de constater que rien n'a été véritablement mis en place dans la plupart des pays pour garantir ces chaînes vitales de production.

La pandémie covid-19 a mis en visibilité une gestion par défaut de la pénurie minimale par les pays occidentaux et nombre de chaînes d'approvisionnement mondiales entièrement déléguées à la Chine. Encore et toujours les choix idéologiques libéraux et mondialistes compromis notre capacité à répondre collectivement à une crise sanitaire mondiale.

L'Organisation mondiale de la santé (OMS) estime que 89 millions de masques médicaux seront nécessaires chaque mois. Le 6 mars, malgré la guerre commerciale en cours entre les deux pays, les États-Unis ont accordé à la Chine des exemptions de droits de douane pour les produits médicaux, y compris les masques faciaux. Bien que les États-Unis fabriquent des masques faciaux, plus de 90 % de ceux vendus dans le pays sont produits ailleurs. Le 8 mars, une cargaison de 240 000 masques faciaux en provenance d'Allemagne et à destination de la Suisse a été bloquée par le gouvernement allemand, qui avait unilatéralement interdit la plupart des exportations d'équipements médicaux de protection le 4 mars. Au même moment, l'Italie, le pays le plus touché d'Europe, recevait 800 000 masques de l'Afrique du Sud, mais a encore besoin d'au moins 10 millions de plus. Pour la France, le 29 mars, un avion convoyant 5,5 millions de masques médicaux atterrit à l'aéroport de Roissy, 100 tonnes de matériel médical  provenant de Shangai, La France annonce le 27 mars avoir commandé «plus d'un milliard» de masques, alors que les personnels soignants attendent plus de 40 millions de masques par semaine depuis trois semaines...

Plus de 3 000 professionnels de la santé ont été infectés et des dizaines sont morts en Chine lors de l'actuelle épidémie de Covid-19. Depuis le début de la pandémie en Europe, il y a déjà plus d'un mois, et notamment en Italie, mais aussi en France et en Espagne, les critiques concernant le manque d'équipements de protection ont été constantes et la réactivité des pouvoirs publics incompréhensible. Le Covid-19 fait des ravages notamment dans la communauté sanitaire italienne. Les 29 et 30 mars, onze travailleurs de la santé sont morts et 61 ont été tués par cette pandémie, au total, 6 200 médecins sont infectés dans un pays où le nombre de décès a dépassé les 11 000. Depuis la détection du premier cas en Italie le 20 février, le nombre total de personnes infectées est de 101 739, selon les autorités italiennes. Si l'on applique les taux de mortalité du virus traité par l'Organisation mondiale de la santé (OMS) en Italie (2 à 3 %), plus de 200 personnes pourraient mourir parmi le personnel de santé...

"China’s mask diplomacy is raising concern in the West" - La Chine domine la fabrication des voitures, de l'acier, de l'électronique et d'autres produits de première nécessité, mais aussi produit la moitié des masques du monde avant que le coronavirus n'y apparaisse. Pourtant, au cours de la première semaine qui a suivi le bouclage de la ville de Wuhan en janvier, selon des données officielles, la Chine a importé 56 millions de respirateurs et de masques, principalement des masques chirurgicaux jetables portés par les professionnels de la santé et un plus petit nombre de masques respiratoires N95, qui offrent une meilleure filtration aux médecins et aux infirmières. Tout au long du mois de février, la Chine a poursuivi son mouvement d'achat auprès des pays tant occidentaux qu'émergents. Depuis la production quotidienne en Chine est passée d'environ 10 millions début février à 115 millions à la fin du mois, selon le gouvernement chinois. Mais la production de masques respiratoires N95 pose plus de problème car nécessitant un tissu spécial, mais devrait atteindre 1,66 million par jour. Depuis, le gouvernement chinois a commencé, non sans arrière pensées idéologiques, à expédier des produits vers d'autres pays dans le cadre de programmes d'aide, 250 000 masques à l'Iran, l'un des pays les plus touchés par l'épidémie, 200 000 aux Philippines, 5 millions de masques en Corée du Sud, 100 000 respirateurs et deux millions de masques chirurgicaux en Italie.

Parallèlement tous les pays européens se sont engagés dans une production nationale mais qui ne peut se substituer à des besoins d'exportations massives … L'usage des masques faciaux gagne tout l'Occident… C'est que, comme le rappelle le gouvernement de Singapour, la situation est en train de changer : "Il y a une augmentation de la transmission locale, et la possibilité de certains cas non détectés dans la communauté. Il existe également des preuves que les personnes infectées ne présentant aucun symptôme peuvent infecter d'autres personnes. C'est pourquoi l'OMS est en train de revoir ses lignes directrices sur l'utilisation des masques" et de l'étendre au grand public...

Depuis le 1er mars, la Chine a exporté 3,86 milliards de masques, 37,5 millions de pièces de vêtements de protection, 16 000 respirateurs et 2,84 millions de kits de test COVID-19, ces exportations de fournitures médicales se montent à 10,2 milliards de yuans (1,4 milliard de dollars US)....


Trois pays se partagent le marché mondial de la santé publique, un marché de 597 milliards de dollars dominé par la Chine, les États-Unis et l'Allemagne (40% du marché)

L'OMC (WTO) vient de publier le premier rapport mondial sur l'industrie de la santé liée au Covid-19 (COVID-19 and world trade : Trade in medical goods in the context of tackling Covid-19, 3 April 2020 ). "La pandémie de COVID-19 représente un bouleversement sans précédent de l'économie mondiale et du commerce mondial, la production et la consommation étant réduits dans le monde entier" (The COVID-19 pandemic represents an unprecedented disruption to the global economy and world trade, as production and consumption are scaled back across the globe). Sa principale conclusion est qu'il s'agit d'une activité très peu répandue, qui rend la plupart des pays dépendants des importations pour faire face à la pandémie : le commerce de produits décrits comme critiques et en grave pénurie dans la crise COVID-19 s'élève à environ 597 milliards de dollars, soit 1,7 % du total des échanges mondiaux en 2019, avec des droits de douane sur certains produits qui restent très élevés.

Dans l'industrie pharmaceutique, l'influence de la Chine n'est véritablement décisive que dans la production de principes actifs : les importations et les exportations de produits médicaux s'élèvent à environ 2 000 milliards de dollars, y compris le commerce intracommunautaire, qui représente environ 5 % du total des échanges mondiaux de marchandises en 2019, l'Allemagne, les États-Unis et la Suisse fournissent 35 % des produits médicaux. 

Les exportations de la Chine par rapport à l'ensemble du matériel destiné à la protection individuelle sur toute la planète ne sont pas si importantes que cela : ni plus ni moins que 17%, à rapprocher des 12,7 % de l'Allemagne et des 10,2 % des États-Unis. Le Japon (4,8 %), la France (4,5 %) et l'Italie (3,8 %) sont loin derrière. Selon l'OMC, 25% des masques que la planète achète proviennent de Chine,  50%, si l'on ajoute l'Allemagne et les États-Unis. Dans la catégorie des respirateurs et des ventilateurs, la part de marché mondial d'un pays de moins de six millions d'habitants comme Singapour est de 18 %, suivie par les États-Unis (16 %) et la Chine (10 %).

Comment se fait-il que 70 à 80 % des API utilisés en Europe proviennent de Chine, alors que celle-ci ne représente qu'à peine 5% des exportations médicales. Bien en dessous de son poids dans le commerce mondial?
C'est que l'usine mondiale  qu'est la Chine s'est spécialisée dans la fabrication de produits à bas prix et à faible valeur ajoutée, une production qui implique de plus un coût environnemental énorme que les économies avancées ne sont pas prêtes à assumer dans le cadre de leur lutte contre le changement climatique. C'est exactement la même chose que dans le cas de la fabrication de principes actifs, dont la production est très polluante. Sur  le total des exportations chinoises de produits médicaux, pas moins de 49% sont ainsi liés aux biens de protection personnelle, qu'il s'agisse de masques, de désinfectants ou de lunettes, dont tous les hôpitaux de la planète ont aujourd'hui besoin et dont les gouvernements sont obligés de payer le prix de l'or pour des produits à faible ou très faible intensité technologique : en 2018, la Chine a fourni 43 % des importations mondiales d'écrans faciaux et de vêtements de protection corporelle, ainsi que de gants et de lunettes. Un rapport publié par le New York Times estime que la Chine produit actuellement environ 116 millions de masques par jour, soit 12 fois plus qu'avant la pandémie...
En terme de consommation, les États-Unis, qui ont toujours été un important fournisseur mondial, représentent 19 % des importations mondiales, soit plus du double de l'Allemagne (9 %). La Chine, en revanche, représente à peine 6 % des achats à l'étranger, malgré son énorme poids dans l'économie mondiale. En janvier et février 2020, au début de la pandémie, l'exportation d'EPI (équipements de protection individuelle) avait diminué de 15 % en Chine par rapport à la même période en 2020...   


Pour maîtriser la pandémie COVID-19, se pose la question de la disponibilité des ressources en soins intensifs dans chacun des pays notamment pour assurer les soins d'un nombre écrasant de patients gravement malades. L'American Hospital Association (AHA) aurait prédit que si le virus COVID-19 continue à se propager comme prévu, 4,8 millions de patients devraient être hospitalisés, 1,9 million de patients COVID-19 devraient être admis dans des unités de soins intensifs et 960 000 devraient être ventilés mécaniquement. Les États-Unis comptent plus de lits d'hôpitaux de soins intensifs par habitant (34,7 pour 100 000 habitants) que la plupart des autres pays - presque 10 fois plus que la Chine (3,6) et environ trois fois plus qu'en Italie (12,5). Mais le nombre de lits de soins intensifs et de ventilateurs mécaniques dans les hôpitaux américains n'est qu'une fraction de ce qui pourrait être nécessaire dans les semaines et les mois à venir si les projections du pire scénario pour COVID-19 se réalisent, selon un rapport de la Society of Critical Care Medicine (SCCM). Quelque 62 000 ventilateurs mécaniques pleinement fonctionnels sont en service aux États-Unis...
Le nombre de lits de soins intensifs varie considérablement d'un pays à l'autre en Europe. Les ventilateurs qui aident ou remplacent les fonctions respiratoires en pompant l'oxygène dans la circulation sanguine pour les organes vitaux, constituent "le principal traitement de soutien" pour les patients en phase critique. Les hôpitaux allemands sont parmi les mieux équipés d'Europe, tant en ce qui concerne les lits de soins intensifs (intensive care beds) que la disponibilité des ventilateurs (mechanical ventilation). L'Allemagne compterait environ 28 000 lits de soins intensifs, dont 25 000 équipés de ventilateurs. La France disposerait de 7 364 lits de soins intensifs  et de 5 065 équipés de ventilateurs. Le National Health Service britannique disposerait d'environ 5 000 ventilateurs. Pour Madrid, qui compte à mi-mars la moitié des 4.334 patients atteints de coronavirus en Espagne, la disponibilité de ventilateurs est devenue une préoccupation majeure et les autorités locales de la capitale cherchent à tripler le nombre de lits de soins intensifs dans les jours à venir. 


En terme de tests, on distingue les tests biologiques PCR, qui répondent immédiatement aux problématiques de la pandémie et permettent de détecter la présence du coronavirus, et les tests sérologiques ou tests de détection des anticorps (antibody tests), des tests capables de détecter une infection passée et donc de gérer le déconfinement. Une semaine après que la séquence génétique du nouveau coronavirus soit devenue disponible le 21 janvier, des chercheurs allemands avaient conçu un test PCR qui pouvait détecter le virus dans un échantillon de patient, un test d'une grande sensibilité qui est devenu la base du test de l'Organisation mondiale de la santé (OMS) utilisé dans des pays du monde entier, dont la Corée du Sud, mais que les Centres de contrôle et de prévention des maladies (CDC) américains ont refusé d'utiliser. De plus ces tests nécessitent des systèmes automatisés complémentaires qui accélère le processus. Le test PCR est extrêmement précis lorsqu'il est effectué avec soin par des techniciens expérimentés dans un laboratoire bien équipé. Comme il détecte spécifiquement les gènes présents uniquement dans le virus Sars-CoV-2, il produit très peu de faux positifs, mais la question des faux négatifs reste ouverte. Ces tests sont donc le plus souvent utilisés pour confirmer une infection plutôt que de donner le feu vert à quelqu'un...

"How to boost coronavirus testing capacity, how come the South Koreans can do 10,000 tests a day and we can’t?” - Le nez et l'arrière de la gorge sont les deux sites où le virus se réplique. Sans test, dit-on, il n'y a qu'un moyen de connaître la gravité de l'épidémie, compter les morts. Des scientifiques chinois ont publié le code génétique du virus à la mi-janvier. Les tests sont essentiels, tant pour détecter, traiter et isoler les malades que pour connaître la progression réelle du virus.
Lutter contre la pandémie de Covid-19, et en attendant les vaccins, passe par un dépistage systématique ne cesse de répéter depuis le 16 mars l'Organisation mondiale de la Santé, qu'il faut tester tous ceux qui présentent des symptômes et rechercher et isoler tous leurs contacts, sinon à risquer une nouvelle flambée de l'épidémie une fois que les interdictions de la mixité sociale seront levées ("we cannot fight this pandemic if we don't know who is infected"). Mais l'Europe, - à part l’Allemagne qui a adopté cette stratégie depuis le premier cas sur son sol, soit le 27 janvier 2020 -, où la pandémie de Covid-19 se développe le plus rapidement, ne semble pas vouloir traquer le virus en adoptant des tests et la recherche des contacts comme l'ont fait la Chine, la Corée du Sud, Singapour et Taïwan. Avec la capacité de tester 15 000 personnes par jour, plus de 316 600 personnes ont été testées en Corée du Sud, ce qui représente plus de 6 150 tests par million d'habitants... L'Europe sanitaire a jusque-là souvent fait preuve de scepticisme, et la concurrence entre nations et laboratoires est telle que l'on ne sait effectivement la quantité de PCR en production et en stock....

Pourtant les industriels spécialistes du diagnostic se mobilisent depuis déjà quelques temps pour permettre la massification des tests du coronavirus SARS-Cov-2. Ces tests sont couramment basées sur le procédé dit de transcription inverse suivie d’une amplification en chaîne par polymérase (RT PCR), qui permet la détection de l’ARN du virus. Le processus consiste en l'inactivation du virus (10-15 minutes), l'extraction du matériel génétique (au moins 30 minutes supplémentaires) et le traitement dans la machine, qui prend généralement environ deux heures. Les microbiologistes espèrent qu'une méthode de détection moléculaire rapide sera mise sur le marché dans un mois, ce qui donnerait des résultats en une heure, comme c'est le cas actuellement pour la tuberculose ou la grippe. Massifier le nombre de tests imposent d'augmenter les capacités de production de leurs réactifs et d’autre part de développer des procédés plus rapides à mettre en œuvre.

La production des kits de tests, ne l'oublions pas, est aussi une activité commerciale qui peut devenir florissante tant l'anxiété des individus est extrême : les moteurs de recherche sur le Web implose sous les demandes autour du Coronavirus et de ses tests éventuels. Rappelons que ces tests doivent être eux-même validés et autorisés par les instances des différents service de Santé et s'inscrire dans une stratégie propre à chaque pays...

Les médecins et les infirmières de première ligne réclament de se faire tester lorsqu'ils ont des symptômes, afin de pouvoir avertir leurs interlocuteurs et protéger leurs patients. En France, les responsables de la santé ont eu pour position initiale de considérer que "si les tests systématiques ont du sens lors de la phase initiale d’une épidémie, ils deviennent inutiles lorsque celle-ci est installée sur un territoire" (propos du 18 mars). Depuis, sous la pression de l'OMS et des professionnels de la santé, cette position semble évoluer, mais sans autre précision au 21 mars : 15 018 tests ont été menés en France depuis le 24 février pour 2 039 cas confirmés, et on estime pouvoir procéder à 2 500 tests par jour.
La nation la plus touchée d’Europe, l’Italie, a choisi de tester la plupart des cas suspects sur son territoire, effectuant 148 657 diagnostics depuis l’apparition des premiers cas sur son territoire, dont 31 506 se sont révélés positifs. Contrairement à la position française actuelle, l'Espagne, qui estime détenir près de près de 14.000.000 de positifs, va commencer à tester les symptômes légers qui n'étaient plus inclus dans les statistiques (las pruebas rápidas para detectar los casos ocultos).

L'Espagne n'a effectué que 30 000 tests depuis le début de la crise. Avec plus de 50 000 personnes testées à mi-mars, le Royaume-Uni effectue 4 000 tests par jour et entend atteindre les 25 000, malgré une certaine inertie du Department of Health and Social Care qui entend traiter en priorité  les besoins cliniques, avec ceux de l'ITU (soins intensifs). La Pologne a récemment déclaré qu'environ 1 500 tests sont effectués chaque jour, et le pays s'attend à recevoir 10 000 kits de test de la Chine pour augmenter sa capacité...

Le Japon n'utilisait jusqu'à présent qu'un sixième de sa capacité à tester le coronavirus, pour un total de 32 125. Cette attitude a été dès lors contestée et la capacité nationale est passée à 7 500 par jour, pour atteindre l'objectif de 8 000 par jour d'ici la fin du mois. 

Alors que le test antigénique (PCR), détecte la présence ou l'absence dans l'organisme du nouveau coronavirus, qui provoque la maladie Covid-19, les tests d'anticorps (ou sérologiques) fonctionnent sur des échantillons de sang pour détecter l'immunité conférée par une infection passée. Les kits de test utilisent les protéines du virus comme "colle" pour piéger les anticorps présents dans le sang. Une piqûre au doigt devrait fournir suffisamment de sang pour détecter deux types d'anticorps contre le Sars-CoV-2. Les anticorps recherchés par les tests sérologiques sont les Immunoglobulines M (IgM), qui apparaissent dans les sept jours suivant l'apparition des symptômes et permettent de confirmer le diagnostic de l'infection avec précision, et les Immunoglobulines G (IgG), produites après 14 jours, une sorte de "mémoire immunitaire". Ces derniers nous protègent même si, dans le cas de Covid-19, il n'a pas encore été précisé pour combien de temps et, surtout, dans quelle mesure. La sensibilité de ces tests dépend donc de la durée qui s'est écoulée entre le début des symptômes et le moment du test. Les gouvernements, notamment le Royaume-Uni et l'Allemagne, accordent la priorité aux tests de dépistage des anticorps, car ils seront essentiels pour déterminer si les individus peuvent retourner se mélanger en toute sécurité dans la société sans transmettre ou attraper l'infection.
Les tests d'anticorps prennent plus de temps à développer parce qu'ils doivent être créés à partir de zéro. "Il a fallu prélever physiquement le sang du patient, trouver les anticorps dans ce sang (molécules plus petites que le virus), créer un anticorps reproductible en laboratoire, puis créer un test réactif qui réagira en présence de cet anticorps - qui peut être lu par les équipes de santé". Une fois mis au point et validés par les autorités de santé publique, les tests d'anticorps devraient donner des résultats plus rapidement que les tests PCR traditionnels, en quelques minutes au lieu de quelques heures...
Sur les 202 sociétés dans le monde qui produisent des kits de test Covid-19 commercialisés, 92 sont originaires de Chine, où l'épidémie est apparue et où un secteur de technologie médicale innovant est en plein essor....

 

C'est le 27 janvier, en Bavière (Allemagne), que le covid-10  a fait son apparition, chez un cadre de la compagnie Webasto ayant été en rapport indirectement avec la Chine. Par suite, le virus a également fait son apparition en Allemagne dans la population la plus jeune, les périodes de vacances hivernales aidant (selon l'Institut Robert Koch, 79% des personnes infectées ont aujourd'hui moins de 60 ans). Depuis lors, l'Allemagne est, au 29 mars, le cinquième pays au monde où les infections sont les plus confirmée avec plus de 58000 cas selon l'Institut Robert Koch, bien que le nombre de décès dus à l'épidémie, 455, selon le chiffre officiel, reste relativement faible par rapport aux autres pays (0,3 % contre 7,9 % en Italie). Malgré la robustesse  d'un système de santé qui a priori pourrait résister à l'effondrement total et disposant d'une certaine marge grâce à la détection précoce qui a  été mise en place, les virologistes et les politiciens allemands  se savent encore qu'au tout début de la fameuse courbe, le virus commençant à s'attaquer aux personnes âgées. Le nombre de positifs est très élevé, en partie parce que de nombreux tests ont été effectués, plus de 12 000 tests par jour, un demi-million de tests par semaine à ce jour. Cette stratégie devrait être complétée par un autre type de test permettant de déterminer le taux d'immunité au virus de la population....

 

Les premiers cas au Royaume-Uni ont été confirmés à la fin du mois de janvier, dans la ville de York, au nord du pays, où deux ressortissants chinois ont été testés positifs au coronavirus le 29 janvier. Le 5 mars, une femme souffrant de problèmes de santé sous-jacents est devenue la première personne au Royaume-Uni à mourir de la maladie après avoir été testée positive au coronavirus. Les chiffres du gouvernement suggèrent que Londres a généré le plus de cas confirmés en Angleterre, soit 136 au 13 mars.
Dans le Royaume-Uni, le vénéré NHS a subi des années d'austérité et de coupes budgétaires : au début du mois de mars, on comptait quelque 4 000 unités de soins intensifs dans tout le pays. Le NHS doit désormais porter ce nombre à 12 000. Quant aux équipements de protection des travailleurs de la santé, la pénurie est ici identique à celle qui règne dans les autres pays, pénurie de respirateurs, pénurie de médecins et d'infirmières. Plus de 13 000 professionnels retraités ou en congé ont été mobilisés. Le gouvernement Johnson, comme d'autres gouvernements dans le monde, a annoncé son intention d'acheter des milliers de tests de dépistage des coronavirus pour orienter la stratégie de santé, mais il est également confronté à aux mêmes difficultés d'approvisionnement et détournements frauduleux. Avec plus de 50 000 personnes testées à mi-mars, le Royaume-Uni effectue 4 000 tests par jour et entend atteindre les 25 000, malgré une certaine inertie du Department of Health and Social Care qui entend traiter en priorité  les besoins cliniques, avec ceux de l'ITU (soins intensifs).
Le 24 mars, le ministre de la santé Matt Hancock annonce que le Royaume-Uni construit un nouvel hôpital de 4 000 lits qui sera installé dans le centre Excel de Londres. Parallèlement, le gouvernement se prépare également à intensifier les tests d'anticorps qui devraient permettre de détecter les personnes ayant déjà été exposées au virus : 3,5 millions de tests ont été commandés, les travailleurs du NHS étant prioritaires pour les tests. En date du 27 mars, le Royaume-Uni a signalé 14 579 infections confirmées à Covid-19, 759 décès et testé 113 777 personnes....

Les médias américains ont reproché aux Centers for Disease Control and Prevention (CDC), le principal laboratoire de santé publique des États-Unis, de n'avoir pas su gérer assez tôt la production en masse d'un kit de test de diagnostic. Le fait de ne pas s'être fié au test de dépistage du coronavirus de l'Organisation mondiale de la santé et les problèmes liés aux kits de test, ont coûté aux États-Unis un temps précieux.
Le 29 février, l'État de Washington a confirmé la mort d'un homme qui s'était rendu au Life Care Center, près de Seattle : il est le premier décès américain officiellement attribué au virus. Les États-Unis avaient, à cette date, testé 472 personnes au total. A mi-mars, sur plus de 100.000 personnes testées à mi-mars, 12 000 se sont révélées positives. New York, l'épicentre de la pandémie, la Californie et Washington avaient effectué près de la moitié de tous les tests à l'échelle nationale, sans attendre l'approbation du gouvernement. Mais ces États ne regroupent, ensemble, qu'environ un cinquième de la population du pays. La Floride et le Texas, qui abritent chacun plus de 20 millions de personnes, n'avaient testé qu'environ 3 000 patients chacun. La Louisiane, alors que les tests se multipliaient, a connu le taux de croissance des nouveaux cas le plus rapide au monde, ce qui est largement attribué aux célébrations du Mardi Gras à la Nouvelle-Orléans. Depuis les 50 États, les cinq territoires et le district de Columbia du pays se sont engagées, après bien des difficultés, à remonter les résultats mais les critères utilisés pour déterminer qui peut et ne peut pas être testé pour le coronavirus étaient encore loin d'être unanimement définis.
Au 26 mars,  les Etats-Unis ont procédé à une augmentation fulgurante du nombre de tests par rapport à il y a seulement 10 jours, dépassant celui de la Corée du Sud et de l'Italie, deux pays qui avaient procédé à des tests plus agressifs. Toutefois, il existe d'énormes variations dans le taux de tests entre les États, les protocoles de test et les procédures de déclaration sont souvent laissés à la discrétion des médecins des services de santé publique au niveau de chaque Etat. Dans la grande majorité, les laboratoires des États ciblent des patients identifiés comme prioritaires par les Centres de contrôle et de prévention des maladies: les patients hospitalisés dont les symptômes sont compatibles avec le coronavirus, les personnes de plus de 65 ans, celles qui souffrent de maladies chroniques ou dont le système immunitaire est affaibli, celles qui présentent des symptômes dans les 14 jours suivant un contact avec un patient dont la présence du coronavirus a été confirmée et celles qui ont déjà voyagé en Chine, en Italie, en Iran ou en Corée du Sud.
De plus, les États-Unis, qui comptent le plus grand nombre de cas de coronavirus connus dans le monde (plus de 120.000 cas recensés), continuent d'accuser un retard dans les tests par habitant. Environ 65 000 tests de dépistage du coronavirus sont effectués chaque jour sur les Américains, les experts affirment qu'au moins 150 000 tests doivent être réalisés quotidiennement, afin que les patients infectés puissent être rapidement identifiés et séparés. Reste que les États-Unis doivent faire face comme tous les pays à une pénurie de kits de test et d'équipements de protection individuelle pour les travailleurs de la santé. 

La question de la stratégie vis-à-vis de l'utilisation des tests sérologiques n'est pas tranché en ce début du mois d'avril...

Le pouvoir politique  semble, une fois de plus, vouloir éviter de montrer à l'opinion ses atermoiements, des débats internes qui divisent tout autant les scientifiques. Il existe de nombreux kits sur le marché pour la détermination des anticorps , mais une approche diagnostique sérologique, valable pour de nombreuses infections (tant virales, bactériennes que parasitaires), l'est tout autant pour ce virus inconnu? Dans quelle mesure les tests actuellement disponibles sont-ils fiables ? Est-il réaliste de les faire à l'ensemble de la population en vue d'un retour progressif à la normalité?  Les autorités italiennes, pour ne citer qu'eux, expliquent très clairement que "le coronavirus responsable de l'infection par Covid-19 appartient à la famille des bêta-coronavirus humains, qui est cependant génétiquement apparentée aux alpha-coronavirus humains, qui chaque année favorisent largement les syndromes respiratoires (pour la plupart bénins) dans la population. La prévalence de sujets présentant des anticorps anti-coronavirus est donc élevée et il existe un risque que ces tests sérologiques détectent des anticorps générés dans le passé contre d'autres virus de la même famille, ce qui provoque ce que l'on appelle des faux positifs". De plus, de nombreux tests sérologiques rapides sur le marché sont qualitatifs (positifs ou négatifs), mais ne quantifient pas précisément le titre d'anticorps. Ainsi, un test qui n'est pas extrêmement spécifique donnerait peut-être une illusion d'immunité risquée. Le PCR est en cela plus sensible, c'est un test moléculaire, plus long et plus complexe à analyser, mais plus efficace même au début de la maladie. Et plus encore, à date, nul ne sait encore si les personnes séropositives sont immunisées..