2020 - Coronavirus Outbreak - Covid-19 - SRAS-CoV-2  - Politics
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Last update : 03/01/2020


L'apparition du Covid-19, - son extrême contagiosité, sa diffusion planétaire -, voit surgir trois débats politiques distincts,

- la remise en question de stratégies politiques par trop libérales et mondialisées, il semble possible de reconstruire de "nouveaux jours meilleurs", 

- la contestation de dirigeants politiques, qui n'ont pas fait preuve de la maîtrise attendue ("depuis fin janvier, on savait que ça viendrait. Les chinois étaient parfaitement clairs sur la nature de la pandémie, février a été un mois de préparation perdu").

- Mais c'est aussi intensifié un débat singulier entre politiques, économistes, et virologistes qui acquièrent avec le développement de cette pandémie inconnue une légitimité particulière...
Ainsi l'épidémiologiste Neil Ferguson, de l'Imperial College, exerce depuis le début de cette crise une influence majeure sur de nombreux gouvernements, tant allemand que britannique. La modélisation épidémiologique alimente la prise de décision politique. Le renforcement des mesures de distanciation tant  en France qu'au Royaume-Uni ont été décidé sur la base des projections d’une équipe de scientifiques britanniques menée par Neil Ferguson. Quelles que soient les stratégies mises en œuvre, le nouveau coronavirus aura des répercussions "profondes" et de longue durée sur nos destins, et aucune mesure ne peut nous garantir contre un éventuel rebond de l’épidémie. Quant à l’alternative du  laisser-faire», qui a tenté tant le Royaume-Uni que les Etats-Unis, conduirait à quelques 510 000 et 2,2 millions de morts respectivement au Royaume-Uni et aux Etats-Unis, avec un pic de mortalité fin mai début juin. 

Pour nombre d'experts et de dirigeants, d'hommes de pouvoir aux manettes des principaux leviers de nos démocraties, le politique entre, sous la pression du Covid-19, dans un dilemme qu'il faut rapidement dénouer. Les performances du DAX et du Dow Jones sont ainsi étalonnées par rapport aux taux d'infection ou de mortalité du Covid-19. Revient l'éternelle question, face au risque collectif de l'effondrement d'une société entière, d'une économie entière globale, ou peut-être pire encore, face à une soif irrationnelle de changement profond de la société, et donc non maîtrisée, et donc dangereuse, il faut accepter la propagation du virus, en espérant une immunisation partielle rapide de la population. Cette approche peut être partagée tant par nos experts et nos hommes de pouvoir, tant politique qu'économique ou financier, que par une part de la population inquiète par une éventuelle remise en question de son pouvoir d'achat et environnement de consommation. Si les vies humaines ne doivent jamais être mises en concurrence, l'un des scénarios le plus "humain" serait de parvenir à détendre la pression exercée sur les systèmes de santé, tester en masse et dé-confiner en permettant un accompagnement sanitaire des plus exposés. Pics, dépistage, confinement, tout un nouveau langage envahit nos pensées, courbes, projections et plateaux peuplent nos représentations, mais cette recension quotidienne et planétaire de la pandémie ne nous offre qu'une image tronquée du drame dans lequel nous tentons de survivre, l’Espagne, comme la France et l’Italie, n’ont pas, par exemple, testé les personnes décédés en dehors des hôpitaux, excluant ainsi de nombreuses victimes des chiffres de décès nationaux, tout comme les victimes collatérales...

Nous sommes en guerre, disent certains dirigeants qui jouent les hommes d'Etat, Emmanuel Macron et Donald Trump. Est-ce exact ? Ecoutons Alain Touraine : ici, ce que nous observons principalement, c'est une guerre sans combattants, en fait "nous vivons dans un monde sans acteurs", les Etats-Unis ont abandonné le rôle de leader mondial et choisi à leur tête un étrange personnage hors toute règle. Quant à  l'Europe, "si vous regardez les pays les plus puissants, personne ne réagit, il  n'y a personne de premier plan": "il n'y a aujourd'hui ni acteurs sociaux ni politiques, ni mondiaux, ni nationaux, ni de classe. Par conséquent, ce qui se passe est le contraire d'une guerre, avec d'un côté une machine biologique et de l'autre, des personnes et des groupes sans idées, sans direction, sans programme, sans stratégie, sans langage. C'est le silence...".
Jamais, poursuit le sociologue, on a peut-être ressenti un tel vide. "Ce qui m'impressionne le plus maintenant, en tant que sociologue ou historien du présent, c'est que cela fait longtemps que je n'ai pas ressenti un tel vide. Il y a une absence d'acteurs, de sens, d'idées, d'intérêt même : la seule préférence du virus est vers les anciens. Il n'existe pas non plus de remède ou de vaccin. Nous n'avons pas d'armes, nous sommes à mains nues, nous sommes enfermés seuls et isolés, abandonnés. Nous n'avons pas besoin d'être en contact et nous devons nous enfermer chez nous. Ce n'est pas la guerre !" (Alain Touraine, le 29 mars, interview El Pais)....


Le Premier ministre français a exalté le 28 avril, reprenant les mêmes termes que le président français,  l'efficacité du confinement, un confinement à la française, strict, "un instrument efficace pour lutter contre le virus, pour contenir la progression de l’épidémie, pour éviter la saturation de nos capacités hospitalières et, ce faisant, protéger les Français les plus fragiles". Le mois de mai 2020 permettra un jugement plus nuancé, d'autant que ce confinement sera reconnu par les autorités  comme susceptible d'entraîner des "effets délétères", tant économiques, sociaux, que psychologiques et, par nombre de ceux qui le vivront comme infantilisant et répressif.  Le mois de mai 2020 va permettre de distinguer trois catégories de stratégies différentes dites de "confinement" (lockdown), suivant le degré de confiance et de liberté individuelle consenti à des citoyens qui, rappelons-le, vivent en démocratie.
1) la Suède, reconnue pour son modèle libertaire, et conforté comme modèle par l'OMS le 5 mai. La différence majeure dans l'approche suédoise est la confiance dans la population. a déclaré M. Ryan (Chief Executive Director of the World Health Organization Health) : "Ce qu'elle a fait différemment, c'est qu'elle s'appuie beaucoup sur sa relation avec ses citoyens. Elle a vraiment fait confiance à ses propres communautés pour mettre en œuvre cette distance physique". Cette confiance, combinée à des contrôles stratégiques et à une communication claire, pourrait servir de modèle aux autres pays qui assouplissent les restrictions de verrouillage pour s'adapter en toute sécurité à une nouvelle normalité. a déclaré M. Ryan : "Si nous voulons atteindre une nouvelle normalité, la Suède représente à bien des égards un futur modèle" ("If we are to reach a new normal, in many ways Sweden represents a future model")...
2) un groupe de pays reconnaissant quoiqu'il arrive une prépondérance aux libertés individuelles (l'Allemagne, le Royaume-Uni, les Pays-Bas, les USA, le Danemark, la Norvège, la Grèce, l'Autriche),
3) des pays instaurant une stratégie de confinement "dure', la France, l'Espagne, l'Italie, la Belgique. L'Espagne, l'Italie et la Belgique connaissent tous trois une structure politique régionale complexe qui peut expliquer la lenteur de leurs réactions, l'effet de surprise passé, des antagonismes régionaux sont présents et le pouvoir central n'a pas toute latitude notamment en matière de santé. A cela s'ajoute une instabilité politique, très profonde en Espagne. La France n'a pas, a priori ces handicaps, elle est une des plus grandes puissances du monde, jouit d'un système de santé reconnu, un hyper-président, s'appuyant sur une majorité absolue est au pouvoir depuis mai 2017 : la responsabilisation individuelle et le dialogue démocratique semblent pourtant avoir disparu depuis quelques années du pays des Droits de l'Homme… 


Combien de cas de Covid-19 furent nécessaires pour provoquer la première intervention des Etats?,

question que se pose le journal ABC en ce 31 mars, et question qui fait débat dans nombre de pays, dont l'Espagne, lorsque par exemple le correspondant du Guardian écrit que "le gouvernement socialiste de Pedro Sánchez a réagi tardivement et maladroitement", que les sondages en France s'interroge sur la réactivité de leurs gouvernants, ou que le rédacteur en chef de la revue médicale The Lancet accuse le premier ministre britannique de "jouer à la roulette" avec la santé publique. Tous les pays ont été amené à prendre, avec plus ou moins de détermination, un même ensemble de mesures  dites de confinement :  isolement des personnes présentant des symptômes, quarantaine à domicile des membres de la famille,  distanciation sociale,  politique générale réduction de trois quarts des contacts, fermeture d'écoles et d'universités, arrêt des activités non essentielles, fermeture des frontières, réduction des possibilités de transport, etc.

En Espagne, il a fallu attendre que 1639 personnes soient infectées et 10 morts, pour que les premiers établissements soient fermés,  à Madrid, principal foyer de la tragédie, au Pays Basque et à La Rioja. Et l'état d'alarme (confinement) ne fut mis en oeuvre que le 14 mars alors que 4 231 cas avaient été confirmés et 120 décès relevés.
L'Italie, après être devenue une source majeure d'infection pour l'agent pathogène Covid-19, a été un autre pays fortement critiqué pour sa gestion de la pandémie de coronavirus mais le gouvernement de Giuseppe Conte a agi plus rapidement que le gouvernement espagnol. Le 31 janvier, avec deux cas de contagion (deux touristes chinois), le conseil des ministres a déclaré l'état d'urgence. Un mois plus tard, les premières mesures sont intervenues en Italie le 21 février alors que deux foyers d'infection sont signalés, l'un en Lombardie et l'autre en Vénétie, avec un nombre initial de 17 cas, et 2 décès confirmés, des mesures qui vont concerner environ 50 000 personnes autour de la ville de Codogno. Le 8 mars, alors que l'on compte 5 800 pour 233 morts, était annoncée l'expansion de la zone de quarantaine au nord de l'Italie, touchant ainsi seize millions de personnes. Le 10 mars, alors que le pays confirmait 9 172 cas de contamination et 463 morts (doublant en 48 heures), ces mesures de quarantaine étaient étendues à tout le pays. Dans la soirée du 11 mars, alors que le pays compte 12 462 contaminés et 827 morts, le Premier ministre renforce les mesures de quarantaine jusqu'au 3 avril.

La France comme le Royaume-Uni n'ont pas fait mieux. La France a commencé à mettre en place des mesures alors que 6 500 infections et 148 décès avaient été dénombrés. Lors de la prise de décision du confinement, le 17 mars, ont compte 7730 cas confirmés et175 décès. Le Royaume-Uni reste quant à lui l'objet de nombre de critiques, le 12 mars le Premier ministre britannique privilégie la théorie de "l'immunité de masse" et le "laisser-faire" , avant de modifier sa stratégie, de fermer les écoles et les restaurants avec 3 983 cas, puis d'ordonner la mise en quarantaine du pays lorsque celui-ci atteint les 5 687 personnes infectées et 669 morts.

L'Allemagne n'a pas plus rapidement imposé des mesures restrictives que l'Espagne, une première série de mesures n'ont été mises en oeuvre qu'après avoir atteint les 4 838 personnes infectées (600 de plus qu'en Espagne) et les 12 décès (108 de moins qu'en Espagne), mais le pouvoir ici n'a pas fait l'objet de la moindre critique et son taux de mortalité est le plus faible de l'Europe :  c'est que l'Allemagne a contrôlé très rapidement tous les individus qui ont été testés positifs et reconstitué les chaînes de contact. A la frontière de l'Espagne, le Portugal a déclaré l'état d'urgence le 19 mars, avec 642 cas et 2 décès, et semble avoir pu compter sur une population qui a très rapidement changé ses habitudes. L'Autriche a attendu le 16 mars et 1132 cas et 3 décès pour fermer ses frontières et imposer progressivement le confinement.

La stratégie du gouvernement britannique a quant à lui provoqué de nombreuses études et modélisations relatives à l'impact probable de multiples mesures de santé publique sur le ralentissement et la suppression de la propagation du coronavirus : "encouraged all to do their part to halt the spread of new infections by “flattening the curve.."
Dans le 9e rapport du Centre collaborateur de l'OMS pour la modélisation des maladies infectieuses au sein du Centre MRC pour l'analyse des maladies infectieuses mondiales (Imperial College London, Neil Ferguson, 17 mars et 30 mars) le constat est le suivant : "les stratégies politiques visant à atténuer l'épidémie pourraient réduire de moitié le nombre de décès et de deux tiers la demande de soins de santé de pointe, mais cela ne suffira pas à éviter que les systèmes de santé ne soient débordés. Des interventions plus intensives et plus perturbatrices sur le plan social seront donc nécessaires pour supprimer la transmission à de faibles niveaux. Il est probable que de telles mesures - notamment une distanciation sociale à grande échelle - devront être mises en place pendant de nombreux mois, peut-être jusqu'à ce qu'un vaccin soit disponible" (“We use the latest estimates of severity to show that policy strategies which aim to mitigate the epidemic might halve deaths and reduce peak healthcare demand by two-thirds, but that this will not be enough to prevent health systems being overwhelmed. More intensive, and socially disruptive interventions will therefore be required to suppress transmission to low levels. It is likely such measures – most notably, large scale social distancing – will need to be in place for many months, perhaps until a vaccine becomes available.”). Les différentes stratégies regroupées sous le terme générique de confinement mais dont l'axe central est la distanciation sociale et l'hygiène individuelle (Dynamic social distancing could maintain health system capacity and also allow periodic psychological and economic respite for populations), permet de  réduire la demande sur le système de soins de santé  et de protéger les personnes les plus exposées au risque de maladie grave. Une phase de trois à quatre mois semble nécessaire au-delà de laquelle, lorsque les mesures seront progressivement levées, s'annonce une période critique  dont ignorons tout ...


Italia

"La scienza da sola non basta: serve anche il buon Dio" (Matteo Salvini, la Repubblica, 4 avril, La science seule ne suffit pas : le bon Dieu est tout aussi utile)  -

Les deux premiers cas de Covid-19 ont été détectés en Italie dans la région nord de la Lombardie le 20 février, la région la plus moderne, la plus industrialisée et la plus prospère du pays. Le 20 mars, le nombre de personnes infectées dans tout le pays avait atteint 47 021 et le nombre de décès avait atteint le chiffre de 4 032, dépassant la Chine, considérée comme le point zéro. L'Italie est devenu l'objet de toutes les attentions de l'Occident, et notamment de ses voisins européens, le premier en effet de cette partie du monde à subir une brutale et soudaine diffusion de la pandémie Covid-19 et à élaborer et mettre en place une stratégie pour en contenir la propagation. La décision italienne de confinement de certaines de ses régions puis du pays tout entier a semé la peur dans toute l'économie européenne. Mais la coordination entre le gouvernement central et les 20 régions italiennes, notamment avec celles qui sont les plus touchées par le coronavirus est le point faible de l'Italie. C'est ainsi que la Lombardie, qui compte le plus grand nombre de cas positifs et de décès, s'est tournée  vers le président du Conseil des ministres transalpin pour confiner la région. C'est ainsi que lors du week-end du 21 mars, alors que le gouvernement central annonçait ses décrets-lois, les régions et conseils municipaux de toute l'Italie approuvaient, au cours du même week-end, de nouvelles mesures qui venaient s'ajouter sans aucune coordination.
De plus, cette Italie socialement confinée, économiquement immobilisée, en l'attente désespérée d'un signe de stabilisation de cette propagation, est un pays dans lequel la classe politique est totalement désunie. La coalition de droite, dirigée par le leader souverainiste de la Ligue, Matteo Salvini, est quasiment en rupture avec l'exécutif du premier ministre, Giuseppe Conte, qui gère, seul, la crise à l'aide de décrets-lois  (non approuvée en l'absence de réunion des Chambres) et doit naviguer entre urgence sanitaire, fermeture du pays et préservation de l'économie. L'absence de dialogue est telle  que le chef de l'État italien, le président de la République, Sergio Mattarella, a dû intervenir et tenter d'ouvrir un dialogue ("l'opposition devrait être impliquée dans la gestion de la crise"), en vain. De plus, on reproche au gouvernement sa gestion médiatique de la crise, souvent désordonnée et confuse...
Pour l'heure, Conte, qui n'appartient à aucun parti, naviguant entre coalition de souveraineté de droite et coalition européiste de gauche, a adopté le ton institutionnel et conciliant du parfait chef du gouvernement : après le premier décret qui date du 23 février et celui du 11 mars, qui prévoit la fermeture de toutes les activités commerciales, et de nombreuses apparitions télévisées, la côte de popularité de Conte n'a cessé d'augmenter alors qu'il annonce des mesures sans précédent de restrictions sévères à la liberté des citoyens, au grand dam de Matteo Salvini. Mais il faut ajouter que les enquêtes faites au niveau de tous les vecteurs sociaux effectués en Italie montre que désormais tous les sujets de politique intérieure ont disparu au profit d'une seule préoccupation, "suivre scrupuleusement les instructions du gouvernement" (giusto e doveroso seguire scrupolosamente le indicazioni del Governo)...

Ce 1er avril, l'Italie a dépassé les 13 000 décès de personnes atteintes du coronavirus Covid-19, enregistrant 13 155 décès, soit 727 de plus en 24 heures. Au total, il y a 110.576 cas confirmés dans le pays, dont 80.572 sont actifs, selon le dernier rapport de la protection civile. Parmi eux, 60 %, soit 48 134, sont en isolement à leur domicile, tandis que les 40 % restants (32 438) sont hospitalisés, et parmi eux, 4 035 sont en soins intensifs. Mais le taux de contagions semble ralentir...

Au 10 avril, en Italie, depuis le début de l'épidémie de Coronavirus, au moins 147 577 personnes ont contracté le  virus (+3 951 de plus qu'hier pour une croissance de 2,7%), dont 18 849 décédés (+570) et 30 455 guéris et 98 273 sujets positifs. Les patients hospitalisés présentant des symptômes sont au nombre de 28 242, dont 3 497 (-108, -3%) en soins intensifs, un chiffre en baisse constante depuis six jours, et 66 534 sont en isolement à domicile. Lombardia (56.048), Emilia-Romagna (19.128), Veneto (13.421) et Piemonte (15.012) constituent les foyers les plus importants de la pandémie.
Lors de sa conférence de presse du 10 avril, le premier ministre semble avoir brisé toute idée d'unité nationale, il est vrai peu partagée, et pris à parti, "la voix parfois rauque, le doigt pointé vers la caméra" (la voce a tratti roca, il dito puntato verso la telecamera) ses principaux opposants, le Secrétaire fédéral de la Lega Nord et la Présidente des Fratelli d'Italia: "«Come fai a collaborare con una opposizione che ti chiama traditore dello Stato?" (Comment pouvez-vous collaborer avec une opposition qui vous traite de traître à l'État ?).

Adossée à sa primauté institutionnelle, la charge du pouvoir est particulièrement féroce et laissera des traces : "Soffiano sul fuoco, aizzano un Paese dove la tensione sociale e il disagio economico sono già altissimi" (Ils soufflent sur le feu, ils attisent un pays où les tensions sociales et le malaise économique sont déjà élevés), et reprend la célèbre terminologie utilisée par d'autres pouvoirs - on pense à la France -, la fameuse "transparence" (operazione trasparenza) du discours politique et de la légitimité de l'action inspirée par la Science ou l'OMS  : "Non posso lasciare che la figura del presidente del Consiglio venga delegittimata. Avevo fatto un appello alle opposizioni, ma quello che è successo rischia di indebolire non Giuseppe Conte o il governo, ma l’intera Italia, perché è un negoziato difficilissimo.." (Je ne peux pas laisser la figure du Premier ministre être délégitimée. J'avais lancé un appel à l'opposition, mais ce qui s'est passé risque d'affaiblir non pas Giuseppe Conte ou le gouvernement, mais toute l'Italie, parce que c'est une négociation très difficile).

Et reprenant comme partout, en ces temps crises où l'opinion s'en remet à l'Etat protecteur pour ne pas sombrer, les terminologies nationalistes (union, concorde, pacte national) impose l'image d'une péninsule frappée par le virus et qui doit lutter pour survivre et espérer quelque aide de l'Union Européenne : "Vogliamo salvarci dal virus e morire di fame?" (Voulons-nous nous sauver du virus et mourir de faim ? ).. L'Italie entend d'autre part gérer la levée du confinement en deux étapes, à partir du 4 mai, une ouverture progressive et dépendante de la courbe épidémique...

«Da gennaio c’è un piano segreto: troppo drammatico per dirlo», le gouvernement italien, répond le , directeur général de la planification de la santé au Corriere della Sera le 21 avril, n'a pris aucun retard dans sa prise de décision, dès janvier un document contenant trois scénarios pour l'Italie avait été rédigé, dont l'un est trop dramatique pour être divulgué sans provoquer la panique des citoyens : "La linea è stata non spaventare la popolazione e lavorare per contenere il contagio..."

"Noi denunceremo" (Nous voulons la justice) 

L 'état d'exception n'existe pas, a rappelé la présidente de la Cour constitutionnelle italienne : "Les principes constitutionnels sont des fenêtres ouvertes sur la réalité : ils restent des principes mais ils se déclinent d'une manière différente" -  Un groupe Facebook italien de près de 50 000 personnes, recherchant un impact autant national qu'international, et relayé par des médias tels que The New York Times ou The Guardian, soutenu par Linkiesta et le ministère public de Bergame (Lombardie) , s' est constitué mi avril partie civile contre les autorités responsables de nombre d'erreurs constatées lors de cette tragédie, et notamment la responsabilité du "parti euro-populiste" du premier ministre : la courbe de la propagation de la pandémie s'infléchit, - les chiffres officiels indiquent qu'il y a plus de 26 000 morts, mais il faudrait en ajouter 10 000 autres -, mais la colère des proches des morts augmente. Pourquoi y a-t-il eu tant d'erreurs dans la gestion du Covid-19 et lesquelles auraient pu être évitées? Le journal numérique Linkiesta appelle cette nouvelle étape, qui accompagne la levée du déconfinement, "la phase de criminalisation de la contagion" (La fase tre sarà la criminalizzazione del contagio) commence déjà à prendre forme, la machine est en marche, avec l'inventaire des erreurs, la transformation des torts en crimes, l'indignation de la population et le désir de voir les responsables poursuivis le plus rapidement possible, la pandémie va devenir un grand processus collectif : "La macchina si è già messa in moto: con l’inventario degli errori, la trasformazione dei torti in delitti, la pubblica indignazione e il desiderio di veder perseguiti i responsabili il più presto possibile la pandemia si trasformerà in un grande e collettivo processo" ...


España
“No es que no queramos, es que no podemos” (Ce n'est pas que nous ne voulons pas, c'est que nous ne pouvons pas)...

La crise du Covid-19 s'est dramatiquement abattue sur une Espagne déjà marquée par une instabilité politique d'une intensité rarement vécue dans son histoire : des scrutins à répétition (élections générales de novembre 2019, les deuxièmes en six mois), un mouvement indépendantiste catalan qui par son aveuglément cannibalise tous les débats politiques (les trop lourdes condamnations, le 14 octobre 2009, des principaux responsables à l’origine du référendum illégal sur l’indépendance de 2017),  l’incapacité des partis à surmonter leurs divisions qui a vu le parti d'extrême droite Vox devenir la troisième formation du Parlement. Au dernier jour du mois de mars, force est de constater que l'Espagne mène 17 batailles disparates contre le coronavirus, pour reprendre un titre du journal El Païs (España libra 17 batallas dispares contra el coronavirus), chacune des communautés s'organise indépendamment l'une de l'autre, tant en terme de personnel médical que transfert de patients ou de stratégie de tests)... 

Et de fait, si le premier ministre et la coalition PSOE-Podemos, si fragile, au pouvoir ne parvient pas à gérer correctement cette période particulièrement dramatique, l'Espagne pourrait entrer dans une extrême radicalisation politique et sociale qui pourrait menacer un pays qui peine déjà fortement à maintenir cohérence et équilibre entre ses 17 Communautés Autonomes..

Au 1er avril, l'Espagne dépasse les 100 000 infections et enregistre plus de 800 décès pour la cinquième journée consécutive. Le nombre de décès quotidiens a de nouveau atteint un sommet de 864 en 24 heures et le total dépasse les 9 000. Plus de 51 000 personnes ont été hospitalisées depuis le début de la crise. En Espagne, près d'un décès sur deux est déjà dû à des patients atteints de coronavirus. Mais, petit signe encourageant, les admissions aux soins intensifs n'ont augmenté que de 5 %. ...

"Todo lo que puedo ofrecer es sacrificio, resistencia y moral de victoria" (Pedro Sanchez) , (Tout ce que je peux offrir, c'est le sacrifice, la résistance et le moral de la victoire) - Le coronavirus de Wuhan a connu une évolution exponentielle en Espagne en un mois et demi seulement. Le 5 janvier, l'Espagne débat avec passion de l'investiture de Pedro Sanchez, tandis que l'OMS publie une déclaration discrète sur un nouveau virus qui ne présente pas pour l'instant de transmission durable entre humains. Le 7 janvier, le nouveau coronavirus est identifié pour la première fois en Chine, des cas décrits comme des "pneumonies rares" qui se produisent depuis décembre. Wuhan se trouve à 8 640 kilomètres de Milan et Barcelone se trouve à 500 km de la capitale italienne. Les premiers gros titres de la presse espagnole viendront le 25 janvier, lorsque le ministère de la santé confirmera qu'il étudie deux cas suspects : Fernando Simón, directeur du Centre de coordination et d'urgences sanitaires du ministère de la Santé, fait ce jour sa première apparition pour tenir une conférence de presse quotidienne : "No es imposible que vengan personas potencialmente infectadas, pero el número no es suficientemente alto como para pensar que va a haber una importación importante de casos" (Il n'est pas impossible que des personnes potentiellement infectées viennent, mais le nombre n'est pas assez élevé pour penser qu'il y aura une importation importante de cas)...

Le premier cas de Covid-19 a été signalé en Espagne le 31 janvier, un touriste de nationalité allemande testé positif sur l'île canarienne de La Gomera, après avoir contracté le virus dans son pays d'origine. Le même jour, les évacués espagnols de Wuhan sont arrivés à Madrid. Tous étaient asymptomatiques et ont passé 12 jours en quarantaine à l'hôpital Gomez Ulla de Madrid. Aucun d'entre eux n'a développé la maladie. Le 9 février, deuxième cas de coronavirus en Espagne, un patient britannique admis à l'hôpital universitaire Son Espases de Majorque. Le 12 février, annulation du Mobile World Congress, qui devait se tenir à Barcelone fin février. La décision est motivée par le retrait de certaines des plus importantes entreprises qui devaient participer. "En Espagne, il n'y a pas de virus et la maladie ne se transmet pas", explique Fernando Simón le 23 février (En España ni hay virus ni se está transmitiendo la enfermedad)...

"Le virus circule en Espagne depuis plusieurs jours et nous ne l'avions pas détecté", a expliqué ce jour-là le chef du service des maladies infectieuses d'un grand hôpital (El virus lleva varios días circulando por España y no lo habíamos detectado)... - Deux autres semaines se sont écoulées jusqu'à ce que le troisième positif soit connu. Le 24 février, l'Espagne enregistre le troisième cas positif de coronavirus, un médecin italien qui passait ses vacances dans un hôtel de Tenerife : une quarantaine massive confine près d'un millier de personnes pendant plusieurs jours dans l'hôtel. Le 25 février, le coronavirus est détecté pour la première fois dans la péninsule, à Madrid, Barcelone et Castellón. Le 26 février, détection de la première personne infectée localement, un homme de 62 ans, originaire de Séville, qui n'avait pas voyagé dans une zone à risque. Mais la contagion est venue d'une troisième personne qui avait rencontré à Marbella, un couple de Shanghai. "Le système de santé espagnol est bien préparé pour faire face à ce qui s'en vient", explique le président de la Société espagnole d'épidémiologie (La mortalidad del coronavirus es relativamente baja y la transmisibilidad, aunque no desdeñable, tampoco es explosiva. No vamos a ver hospitales colapsados con miles de enfermos. El sistema sanitario español está sobradamente preparado para hacer frente a lo que viene)....

"El 90 por ciento de los casos en nuestro país son importados" - C'est le 4 mars que le premier décès associé au coronavirus en Espagne est confirmé, un homme de 69 ans mort le 13 février à Valence et qui a été détecté lors d'une autopsie ultérieure. La situation est sous contrôle, réaffirme le ministère de la santé, il n'y a pas nécessité de suspendre les événements et les rassemblements, et le leader de l'opposition (PP) transmet un message de confiance dans le système national de santé. Le 7 mars, un enterrement organisé à Vitoria deux semaines plus tôt est devenu le plus grand épisode de propagation de coronavirus enregistré en Espagne, plus de 60 personnes infectées, dont 38 vivent à Haro et Casalarreina (La Rioja) et 25 autres à Álava....

C'est le 9 mars que tout change, s'accélère rapidement et semble échapper à tout contrôle. Le ministère de la santé suppose qu' "il existe manifestement une sorte de transmission communautaire" (obviamente hay algún tipo de transmisión comunitaria) dans deux communautés autonomes, Madrid (qui a doublé le nombre de cas en 24 heures, pour atteindre 469) et le Pays Basque (qui en compte 149), ce qui nécessite des mesures supplémentaires, telles que la fermeture de toutes les écoles et universités de Vitoria. Le nombre de décès s'élève à 28, plus de 1 200 cas sont confirmés positifs, 28 décès.

Entre le 10 et 15 mars, le ministère de la santé fait passer le scénario de "confinement" à "confinement renforcé". De 14 heures le dimanche 8 à la même heure le dimanche 15, le nombre de cas a été multiplié par 12 (7 753) et le nombre de décès par 16 (288). Le gouvernement espagnol a réagi lorsque la croissance de la propagation s'est avérée exponentielle : le retard tient à ce que la photo des positifs et des morts que nous voyons maintenant nous dit ce qui se passait il y a dix jours et même un mois, souligne le directeur du Centre de coordination des alertes et des urgences sanitaires du ministère de la Santé.
Le 10 mars, un "confinement renforcé" (contención reforzada) est mis en place dans les zones de forte transmission que sont  Madrid, Vitoria et Labastida, puis Igualada et trois autres municipalités de Barcelone. Les Fallas de Valence sont reportées. La Rioja et Vitoria ferment également toutes leurs écoles. La pandémie progresse rapidement : on compte 19 décès dans six communautés, ce qui porte à 55 le nombre total de décès dus au coronavirus: le 12 mars toutes les communautés autonomes décident de fermer leurs centres éducatifs. Après la Chine, l'Italie, la Corée du Sud et l'Iran, l'Espagne est déjà le cinquième pays au monde en termes de nombre de cas et le quatrième en termes de décès. L'IBEX 35 subit la plus forte chute de son histoire, à l'instar du reste des marchés boursiers du monde. Les rayons sont vidés dans certains supermarchés. et commence à poindre la crainte que le système de santé ne s'effondre...

 La “gran crisis de nuestras vidas” - Au 07 avril, alors que commence la 4e semaine de confinement, l'Espagne est devenue le deuxième pays au monde avec le plus grand nombre de cas (plus de 146.000) et a atteint le taux de mortalité virale le plus élevé de la planète avec plus de 13.000 décès, soit 28 pour 100 000 habitants. Le "vieillissement de la population", avec une forte proportion de maladies chroniques, et l'impact du virus dans les résidences, sont quelques-unes des raisons qui peuvent expliquer le nombre élevé de décès en Espagne par rapport à d'autres pays.
Mais on observe un certain ralentissement des effets négatifs de la pandémie, et parallèlement les réflexions sur le déconfinement ont malgré tout débuté. La plupart des experts s'accordent à dire que le nombre de personnes infectées en Espagne est bien supérieur aux 140 510 déclarés au 7 avril, l'estimation se situant autour de 5% de la population (2,35 millions de personnes). Un plan de dépistage est mise en place par le ministère de la santé portant sur un échantillonnage épidémiologique de 62 400 personnes (quelque 30 000 familles) sur 3 semaines pour mesurer l'écart entre les chiffres officiels et la propagation réelle du virus et concevoir à partir de là les mesures de sortie de cette crise qui a déjà fait 13 798 morts en Espagne. De plus, le gouvernement entend mener deux actions principales, effectuer des tests massifs  sur les porteurs de coronavirus ne présentant pas de symptômes et travaillant dans des secteurs clés, puis préparer des infrastructures destinées à isoler les positifs qui ne nécessitent pas d'hospitalisation et qui n'infectent pas les personnes qui leur sont proches…. L'Espagne devrait lentement revenir à une "vie normale" à partir du 26 avril, selon le gouvernement...

Ce 9 avril, dans un contexte qui voit le nombre de décès dus aux coronavirus diminuer chaque jour en Espagne, avec 683 nouvelles victimes en 24 heures (au total 15 238 morts, 152 446 infectés et 52 165 guéris, et dans le monde, 1,5 million de personnes infectées et 89 000 morts), que l'extension de l'état d'alerte a été prolongé jusqu'au 26 avril. Les partis d'opposition ont maintenus leurs critiques, "les Espagnols méritent un gouvernement qui ne leur ment pas" (Los españoles merecen un Gobierno que no les mienta), a déclaré le leader du PP, qui a remis en question les chiffres officiels sur la contagion et les décès, tout comme le président de Vox qui a demandé la démission du président (la peor gestión del mundo). "Esta pandemia se está instrumentalizando políticamente, especialmente en Cataluña" (Miquel Porta). "Nous pensons que le peuple espagnol ne comprendrait pas qu'au cours d'une crise de cette dimension, nous ne pouvons pas mettre de côté les différences idéologiques et les reproches" (Creemos que los españoles no entenderían que durante una crisis de esta dimensión no podamos aparcar las diferencias ideológicas y los reproches), a surenchérit la ministre des finances et porte-parole du gouvernement...

Le président du gouvernement s'est dit convaincu qu'il y aurait encore un prolongement du confinement de 2 semaines, jusqu'au 10 mai inclus. Pendant ce temps l'exécutif prépare un plan de déconfinement "progressif, échelonné et dur" avec une rapidité qui dépendra de la contagion. L'Espagne a enfin rappelé que "L'UE est en danger s'il n'y a pas de solidarité. L'austérité et les réductions ne sont pas la voie à suivre"....

"Reflejo de una gestión caótica, improvisada y sin consenso" - L'Espagne, déjà morcelée avant cette pandémie, louvoyant politiquement sans aucune majorité, a navigué depuis dans les limites encore inexplorées d'un ordre politique et constitutionnel devenu caduque. Nombre d'experts juridiques avertissent avec une inquiétude grandissante que le gouvernement, promulguant une cascade de règlements contenant des dizaines de lois et de dispositions qui affectent les droits et libertés fondamentaux, a dépassé les pouvoirs qui lui sont conférés par l'état d'alerte, décrété le 14 mars. Le Congrès n'a fait que valider une situation dramatique qui invite à rechercher quoiqu'il en coûte un semblant d'unité nationale… Le 29 avril, face aux critiques renouvelées de l'opposition, le président du gouvernement assume devant le parlement ses erreurs, "todos los errores en la gestión de la crisis del coronavirus en primera persona" et demande aux communautés autonomes à "partager l'autocritique" (compartan la autocrítica)...


ALLEMAGNE

Pays le plus peuplé d'Europe (80 millions d'habitants) depuis la réunification le 3 octobre 1990, l'Allemagne est un état fédéral comportant 16 Länder. Gouvernement fédéral et Lânder se partagent pouvoirs et décisions. La chancelière Angela Merkel doit rechercher non seulement l'assentiment des Länders dans nombre de domaines, dont la santé, mais gérer information et coordination entre les différentes régions. Ainsi, alors que le 22 mars, la chancelière entend expliquer la nécessité de mettre en pratique la distanciation sociale (Kontaktverbot) en Allemagne pour ralentir la propagation du Covid-19, l'État fédéral de Rhénanie-du-Nord-Westphalie l'a déjà mise en pratique. Autre dimension dont le pouvoir fédéral doit tenir compte dans toute prise de décision ou incitations, celle des grands acteurs économiques et financiers qui parfois participent au pilotage du pays. Enfin, le temps est aussi, en Allemagne comme ailleurs, aux différences de positions entre scientifiques, ainsi Alexander Kekulé, virologiste munichois de l'université de Halle-Wittenberg, n'est plus conseiller du gouvernement, c'est désormais une valeur montante et iconoclaste, Christian Drosten, qui murmure à l'oreille d'Angela Merkel et de Jens Spahn, ministre fédéral de la Santé ...

Le 27 janvier, le premier Covid-19 est découvert en Bavière. Angela Merkel demande la collaboration des citoyens face à la crise du coronavirus le 18 mars avec un ton qui tranche avec des dirigeants politiques tels que le président français, expérience oblige sans doute:  "Pour quelqu'un comme moi, pour qui la liberté de voyage et de circulation était un droit durement acquis, de telles restrictions ne peuvent être justifiées que par une nécessité absolue. Dans une démocratie, elles ne devraient jamais être décidées à la légère et seulement temporairement - mais elles sont indispensables pour sauver des vies en ce moment" (Für jemandem wie mich, für die Reise- und Bewegungsfreiheit ein schwer erkämpftes Recht waren, sind solche Einschränkungen nur in der absoluten Notwendigkeit zu rechtfertigen. Sie sollten in einer Demokratie nie leichtfertig und nur temporär beschlossen werden - aber sie sind im Moment unverzichtbar, um Leben zu retten). L'Allemagne, comme de nombreux autres démocraties, ont toujours fait appel à la responsabilité individuelles. 

Mais ce qui monte progressivement comme débat entre les représentants du gouvernement, les économistes et les politiciens de l'opposition, c'est la grande question de la durée de cette situation extraordinaire, et la pression pour définir une stratégie de sortie de la crise monte progressivement. Les questions ne sont pas uniquement économiques et financières (on estime à 25 à 30 milliards d'euros de coûts pour chaque semaine d'arrêt en Allemagne), mais le comportement de la pandémie après levée du confinement soulève aussi d'énormes interrogations. La pandémie du Covid-19 met parfaitement en évidence deux visions du monde pour l'heure totalement antinomique, l'être humain ou l'économie. Alexander Dibelius, "Handelsblatt", soulève ainsi une question qui remet en cause notre éthique : "Est-il juste que dix pour cent de la population - réellement menacée - soit épargnée, mais que 90 %, y compris l'ensemble de l'économie nationale, soit extrêmement gênée - avec pour conséquence peut-être dramatique que la base de notre prospérité générale soit massivement et durablement érodée ?" (st es richtig, dass zehn Prozent der – wirklich bedrohten – Bevölkerung geschont, 90 Prozent samt der gesamten Volkswirtschaft aber extrem behindert werden – mit der unter Umständen dramatischen Konsequenz, dass die Basis unseres allgemeinen Wohlstands massiv und nachhaltig erodiert?). 

"Die Pandemie läuft weiter und wird auch noch einige Wochen unterwegs sein" - L'Allemagne, "la plus grande unité de soins intensifs d'Europe", se prépare, en ce dernier jour du mois de mars, à l'effondrement de son système de santé : l'inquiétude grandit face à la progression  constante de la pandémie dans le pays le plus peuplé de l'Union européenne, qui, avec près de 64 000 cas confirmés, devient le cinquième pays le plus touché au monde. Avec 28 000 lits de soins intensifs, l'Allemagne dispose de l'un des systèmes de santé les plus solides au monde pour faire face à l'impact de l'épidémie de coronavirus et les associations médicales estiment qu'il n'y a, au 31 mars, que 1 218 patients dans l'unité de soins intensifs à et que 951 seulement ont besoin d'une ventilation assistée. Comme dans tous les pays européens, la situation varie énormément selon les régions. A date, 61 913 cas de personnes infectées par le coronavirus ont été signalés, soit 4 615 cas de plus que la veille, 583 décès, soit 128 cas de plus. Mais, ce qui alimente particulièrement les craintes, c'est que jusqu'à présent, les personnes touchées sont surtout des personnes qui n'appartiennent pas aux groupes à risque" (Lothar Wieler, Präsident des Robert-Koch-Instituts) : "mais si le nombre d'infections dans les maisons de soins ou les hôpitaux augmente, nous devons craindre que les chiffres évoluent..." Et alors que seulement 41 % des Allemands considèrent la maladie comme dangereuse, Lothar Wieler ne cesse de rappeler : "Ich möchte alle Menschen bitten, diese Krankheit ernst zu nehmen (Je voudrais demander à tous les gens de prendre cette maladie au sérieux)....

Au 7 avril, l'Institut Robert Koch en Allemagne recense au total 99 225 cas de COVID-19 et 1 607 décès, les 16 États fédéraux sont concernés, dont la Bavière, le Bade-Wurtemberg et à Hambourg. La plupart des cas (70 %) sont âgés de 15 à 59 ans. Certains foyers en maisons de retraite sont sous surveillance pour un nombre de décès relativement élevé. Le nombre de cas, d'hospitalisations et de décès en Allemagne continue d'augmenter. Le RKI évalue actuellement le risque pour la santé de la population allemande dans son ensemble comme étant élevé et très élevé pour les groupes à risque...


UK
"What’s happening in other countries doesn’t necessarily mirror what’s happening here in the U.K. and that is why we’re following the scientific evidence in the way that we are" (Boris Johnson, 9 mars)

Les premiers cas au Royaume-Uni ont été confirmés à la fin du mois de janvier, dans la ville de York, au nord du pays, où deux ressortissants chinois ont été testés positifs au coronavirus le 29 janvier. Le 5 mars, une femme souffrant de problèmes de santé sous-jacents est devenue la première personne au Royaume-Uni à mourir de la maladie après avoir été testée positive au coronavirus. Les chiffres du gouvernement suggèrent que Londres a généré le plus de cas confirmés en Angleterre, soit 136 au 13 mars.
Le Premier ministre britannique, Boris Johnson, conservateur, après avoir, dans l'adversité, remporté le référendum de 2016 sur Brexit, avec sa fameuse formule "Get Brexit Done", a repris le contrôle de la gestion de la pandémie avec d'autres phrases aussi lapidaires, "stay at home and save lives". Cette reprise de contrôle s'est faite après bien des tergiversations, des hésitations, mais la progression de la pandémie du Covid-19 a provoqué une certaine panique du gouvernement britannique, qui a fini par suivre les traces d'autres pays comme l'Italie, la France et l'Espagne. Une crédibilité politique entamée par une attitude initiale qui semblait ne pas prendre au sérieux cette pandémie, puis par le choix discuté et discutable privilégiant la fameuse théorie de l'immunité collective (herd immunity) défendue tant par des politiques que par des scientifiques (Why rely on nudge theory to fight a virus ?, 14 mars), enfin par l'annonce (27 mars) que Johnson lui-même, son ministre de la santé Matt Hancock, son conseiller médical en chef Chris Whitty et d'autres membres de l'exécutif aient été infectés par le virus et mis en quarantaine. 

Le Royaume-Uni est un exemple significatif de cette stratégie initiale de nombres de responsables politiques de certains pays fondant leurs décisions sur des hypothèses d'un panel discutable de scientifiques : ainsi le Scientific Advisory Group for Emergencies (Sage), le groupe d'experts scientifiques  qui va conseiller un premier temps le gouvernement, étaient principalement constitués par des modélisateurs mathématiques et des spécialistes du comportement...

De plus, le 1er ministre a sans doute voulu reconduire une stratégie qui lui a permis de conduire le Brexit, la métaphore de la nation courageuse capable à elle-seule de faire face à l'adversité, mais le Brexit n'est pas une pandémie. La nation triomphant politiquement de l'adversité fut aussi la première démarche qui s'impose au président américain : des vertus des valeurs nationales, de la grandeur de l'Amérique ou du Royaume-Uni face aux restes du monde. Avec une certaine sous-estimation de la valeur des deux principaux pays européens emportés brutalement par la pandémie, des pays supposés incompétents, corrompus. Pourtant l'Italie a mis en place certaines des réglementations les plus strictes en matière de voyages à l'encontre de la Chine, bien avant la plupart des autres pays européens et compte plus de lits d'hôpitaux par habitant que les États-Unis. L'Espagne a l'une des populations les plus saines et l'espérance de vie la plus longue au monde, ses professionnels de la santé sont assez bons pour fournir une partie considérable de la main-d'œuvre du NHS....

Le 12 mars, Boris Johnston annonce le début officiel de ce que l'on a appelé la "phase de retardement" (delay phase) avec pour objectif de de retarder et d'aplatir le pic de l'épidémie jusqu'à l'été pour permettre au NHS de faire face au nombre de cas aigus et aux besoins en soins intensifs. Les mesures comprenaient l'auto-isolement des personnes présentant des symptômes mineurs de type grippal, la limitation des grands rassemblements, l'encouragement du travail à domicile lorsque cela était possible, la fermeture des écoles. La décision politique se base, comme dans la plupart des pays, sur une modélisation épidémiologique, mais cette modélisation en est encore à ses balbutiement. La fameuse théorie de l'immunité collective (herd immunity) qui est alors privilégiée se base sur l'hypothèse que la libre propagation de la pandémie aboutira progressivement à une immunité collective au sein de la population et protégera ainsi les plus vulnérables. Cette approche semblait être conçue pour gérer la propagation du virus et éviter de submerger les services de santé, mais la modélisation épidémiologique actualisée suggérait par ailleurs qu'il fallait encore s'attendre à un nombre impressionnant de 250 000 décès. 

Mais le 16 mars, confronté à la progression exponentielle de la propagation du virus et à l'exemple dramatique de l'Italie, le gouvernement de Johnson annonçait qu'il renforçait les mesures de contrôle. C'est aussi ce 16 mars que le premier ministre dirige la première conférence de presse quotidienne sur le coronavirus, déclarant que le gouvernement conseillait désormais à tous les résidents du Royaume-Uni d'éviter les contacts sociaux non essentiels et de voyager dans la mesure du possible. Le vendredi 20 mars, cette recommandation a été étendue à la fermeture de tous les bars, pubs, cafés et restaurants du Royaume-Uni. A partir du même jour, toutes les écoles d'Angleterre, d'Ecosse et du Pays de Galles ont été fermées jusqu'à nouvel ordre.

Après un week-end qui, comme dans d'autres pays, montre une totale absence de prise de conscience de la part d'un nombre importants de citoyens, le 23 mars, le Premier ministre décide de placer le Royaume-Uni sous confinement (lockdown), déclarant que la police aura désormais le pouvoir d'infliger des amendes aux personnes qui se rassemblent en groupes de plus de deux ou qui sont à l'extérieur pour des raisons non essentielles. Le NHS est allé jusqu'à identifier les 1,5 million de personnes les plus vulnérables et leur a envoyé des lettres leur enjoignant de s'isoler pendant 12 semaines. En date du 27 mars, le Royaume-Uni signalait 14 579 infections confirmées à Covid-19, 759 décès, et avait testé 113 777 personnes...

Ce 1er avril, le Royaume-Uni a connu une de ses pires journées  de l'épidémie, avec 536 décès supplémentaires, soit un total de 29 474 cas et de 2 352 décès. tandis que le premier ministre déclare que "la situation va s'aggraver avant de s'améliorer - mais elle va s'améliorer" (the situation is going to get worse before it gets better, but it will get better), Donald Trump a qualifié de "catastrophique" la stratégie originale de Boris Johnson. Le gouvernement britannique est soumis à une pression croissante pour effectuer beaucoup plus de tests : "Fix Testing Fiasco Now" titre le Daily Mail ce début d'avril, après que The Guardian ait titré "Absolutely wrong': how UK's coronavirus test strategy unravelled". Comment le Royaume-Uni, qui fut l'un des premiers pays à mettre au point un test précis pour détecter la présence du virus chez les patients, n'a au final ni suivi la voie de la Corée du Sud ni celle de l'Allemagne, pour finalement se retrouver en capacité de ne réaliser que 6000 tests par jour? Au lieu d'utiliser un réseau de laboratoires publics et privés, le Royaume-Uni a d'abord utilisé un seul laboratoire en capacité de ne traiter qu'environ 500 tests par jour alors que le coronavirus commençait à se répandre dans le monde. Le Royaume-Uni a progressivement recruté d'autres laboratoires dans le pays, annonçant le 11 mars qu'il avait effectué 25 000 tests au total et qu'il visait 10 000 par jour. Le 14 mars, les responsables annonçait que la stratégie de contact et de traçage pour lutter contre la propagation du virus prenait fin, sauf pour les personnes se trouvant dans des endroits à haut risque comme les prisons ou les maisons de soin. Jusque-là l'opinion avait soutenu les efforts du gouvernement pour contenir le nouveau coronavirus mais l'augmentation du nombre des décès a introduit le doute.  Le 2 avril, seules 2 800 personnes, sur un effectif de plus d'un million de personnes du Service national de santé, avaient été testées… Le problème, commente The Time, tient en partie au système de santé britannique centralisé et financé par l'État, qui est assez efficace pour organiser les traitements hospitaliers, mais peu efficace pour augmenter rapidement la capacité de dépistage : les entreprises du secteur privé et les instituts universitaires affirment que leurs offres d'aide ont été ignorées jusqu'à présent...

"Britain suffered another grim day in its coronavirus crisis today as officials recorded another 980 deaths in the home nations" - Ce 10 avril, La Grande-Bretagne a connu un nouveau jour sombre dans sa crise du coronavirus, les autorités ont enregistré 980 décès supplémentaires portant le nombre de victimes britanniques à 8 958. La maladie a été diagnostiquée chez 5 706 personnes supplémentaires au cours des dernières 24 heures, ce qui signifie qu'un total de 70 783 personnes ont été testées positives. Un nombre record de 19 116 tests ont été réalisés. L'Angleterre a enregistré 866 nouveaux décès parmi les patients infectés hospitalisés, tandis que 114 autres décès ont été confirmés aujourd'hui en Écosse, au Pays de Galles et en Irlande du Nord. Cette décision intervient après qu'un conseiller gouvernemental de haut niveau ait averti aujourd'hui que la Grande-Bretagne ne saura pas avant des semaines si le confinement imposé le 23 mars peut être assoupli. Le gouvernement plaide auprès des Britanniques pour qu'ils restent chez eux pendant ce jour férié et l'été qui s'annonce : le ministre de la santé a rapelé qu'il fallait le personnel du NHS qui "se bat jour et nuit" (battling day and night) pour sauver des personnes : ils ont besoin que vous restiez chez vous.." (They need you to stay at home)...

"Boris Johnson is the wrong man in the wrong job at the wrong time" (The Guardian) - Le 19 avril, l’hebdomadaire conservateur Sunday Times porte un jugement extrêmement sévère sur la gestion gouvernementale des semaines précédant le confinement au Royaume-Uni.  Alors que le pays commençait à sombrer, que le virus était en train de se propager, que la Bourse s'effondrait, le Premier ministre mettait en œuvre le Brexit, remaniait son exécutif, omettait d'assister en janvier et février aux réunions du comité d'urgence du Cobra sur le coronavirus,  et prenait 12 jours de vacances pour gérer sa vie privée et chercher le meilleur moment pour annoncer publiquement ses fiançailles et la grossesse de sa petite amie. Trois semaines plus tard, le Royaume-Uni entrait en période en confinement, il était sans doute déjà trop tard. "The government spent much of the weekend defending itself against criticism that it was too slow to order restrictions to suppress the coronavirus pandemic. That will all come out in due course in the wash, but the urgent question now is when and how to get out of the debilitating lockdown..."


France
En France, en ce début du mois d'avril 2020, la popularité d'Emmanuel Macron ne cesse de progresser, au fond rien d'étonnant, le phénomène est observé dans toute l'Europe, dans les démocraties les crises favorisent le plus souvent un accroissement notable du conservatisme, du nationalisme, et du sécuritarisme. Constat d'autant plus paradoxal que l'action du même exécutif dans la gestion de la crise est fortement critiqué, signe d'une certaine incohérence. La France a plongé dans cette pandémie du Covid-19 après avoir connu deux années de troubles sociaux et de clivages profonds sous la politique du président Macron et de sa majorité absolue à qui l'on reproche son absence de véritable dialogue, son arrogance, ses certitudes idéologiques, une idéologie essentiellement technocratique qui pioche au gré des circonstances ses éléments dans les corpus politiques de gauche et aujourd'hui de droite. Cette attitude ne s'est pas modifiée au cours du traitement politique et social de cette pandémie. Une brève comparaison entre les décisions et interventions des différentes démocraties européennes, l'Allemagne, le Royaume-Uni, l'Espagne, l'Italie montre certes un certain manque de réactivité dans la traduction politique de cette pandémie, souvent par incrédulité d'une telle menace ou par volonté de préserver le tissu économique. Mais on peut toutefois reconnaître une singularité française d'attitude : un pouvoir emprunt d'une idéologie technocratique qui compense son manque d'épaisseur politique par des certitudes indiscutables et une auto-célébration perpétuelle : "nous avons pris les mesures les plus fortes et les plus rapides possibles; nous avons adopté (..) les mesures de restrictions sociales quelques jours avant nos partenaires européens" (Macron Repubblica, 27 mars).

Entre le 21 janvier, date à laquelle le Ministre de la Santé déclare  que "le risque d’introduction du virus en France est faible, mais il ne peut pas être exclu", et le 29 février, date à laquelle les contaminations vont véritablement débuter en France, la menace intérieure est encore diffuse : le 15 février, date du premier mort hors d'Asie et en Europe, à l'hôpital Bichat, des foyers se développe dans l'Oise, la Haute-Savoie, puis le Morbihan, du Haut-Rhin, le pays passe au stade 2 et les rassemblements sont interdits. Mais alors que le 28 février l'OMS relève le risque d'épidémie mondiale de coronavirus à un niveau "très élevé" et décrit les actions menées en Chine, et que l'on compte une augmentation de 75% dans le pays, le premier ministre annonce à la suite d'un conseil des ministres «exceptionnel dédié au Covid-19 l’utilisation de l’article 49.3 de la Constitution afin d’adopter sans vote la réforme des retraites.
Le 6 mars voit l' amplification d'un foyer épidémique dans le Grand Est qui va propager le virus sur tout le territoire, le seuil symbolique des 1.000 cas est dépassé. Le 11 mars, alors que l'OMS déclare que l'épidémie est une pandémie, le directeur général de la Santé annonce que le virus "circule de plus en plus activement dans des territoires de plus en plus nombreux" et que l'on doit se préparer à un scénario italien. La seule mesure prise est  d'interdire les rassemblements "non essentiels à la vie sociale, civique ou économique" de plus de 50 personnes. 

"Moi je suis pas tellement un théoricien du drame, c’est très dur ce que l’on vit, mais on a en nous une forme de résilience et de capacité à se réinventer" (E.M., 6 mai, la France compte 263 décès supplémentaires en 24 heures, 2 712 patients en réanimation,  26 643 décès depuis le 1er mars) - Les 10 premiers jours du mois de mars, du 6 mars au 16 mars, peuvent être considérés en France comme une période charnière : le 10 mai, le président français déclarera, "le confinement est un succès", et ajoutera singulièrement, pour s'exonérer sans doute de toute théorie du "naufrage", "je ne suis pas un , "Quand Robinson part, il ne part pas avec des grandes idées de poésie ou de récit. Il va dans la cale chercher ce qui va lui permettre de survivre. Du fromage, du jambon, des choses très concrètes". Tandis que son premier ministre déclarera le 25 avril : "Je ne laisserai personne dire qu'il y a eu du retard sur la prise de décision s'agissant du confinement"...
Mais comment deux pays de taille similaire, la France et l'Allemagne, s'interroge une revue américaine, situés l'un à côté de l'autre et ayant des niveaux de richesse et de ressources comparables, arriveront ils à des stratégies et à des résultats aussi différents, l'un engageant le pays dans un confinement strict dont le succès revendiqué est totalement indémontrable, le second choisissant une voie médiane, subtil équilibre entre pouvoir fédéral et länder  privilégiant le plus possible les libertés individuelles pour une issue positive indéniable, et moins d'impacts humains et économiques? La réponse dépend en grande partie de la manière dont leurs gouvernements respectifs ont réagi à la crise. Si la France a connu les premiers cas confirmés du Covid-19 sur le continent, le gouvernement n'a pas pris de mesures décisives pendant des semaines pour imposer des mesures strictes de distanciation sociale ou promouvoir des tests à grande échelle. L'Allemagne, en revanche, a immédiatement commencé à tester et à suivre les personnes présentant des symptômes. Aucune action décisive fut engagée durant le mois de février et jusqu'à la mi-mars... 
"Vous avez vu d'autres pays ou d'autres régions qui ont tout fermé. (…) Mais « si on ferme toutes les écoles, il y en a beaucoup qui ne pourront plus venir travailler. (…) Et donc 15 jours ou même 8 jours après, on devra dire qu'on rouvre les écoles pour que les soignants viennent travailler. Les gens vont dire: pourquoi vous rouvrez les écoles s'il fallait les fermer il y a 15 jours? Et là on crée la panique.." - Le 6 mars, le président français assistait à une représentation théâtrale, en partie pour montrer que la vie pouvait continuer sans être perturbée, tandis que le Bulletin de Santé Publique France indiquait alors 613 cas confirmés dont 9 décès, des cas confirmés dans toutes les régions métropolitaines, 98 171 cas confirmés dans le monde parmi lesquels 3 385 décès. Et alors que le gouvernement italien décidait le confinement de la Lombardie avant de l’étendre le lendemain à l’ensemble du pays, le 6 mars toujours, après avoir visité un établissement pour personnes âgées et s'être attablé avec certaines d'entre elles, le président français appelait à respecter des « mesures de bon sens » et à protéger les plus fragiles. Le 11 mars, le gouvernement décidait d’interdire les visites dans les EHPAD, mais le 12 mars, le président affirmait que « les scientifiques » considéraient que rien ne s'opposait à ce que les Français, « même les plus vulnérables », se rendent aux urnes. L'ère des contradictions débutait...

Le 12 mars, première intervention d’Emmanuel Macron : devant 25 millions de téléspectateurs, un record pour une déclaration officielle, face à «la plus grave crise sanitaire depuis un siècle», qui a fait désormais 79 morts pour plus de 3.600 cas, est annoncé la fermeture de toutes les crèches, écoles, collèges, lycées et universités jusqu'à nouvel ordre. Mais les élections municipales sont maintenues. "Nous sommes au début d'une épidémie d'un virus inconnu, je ne peux absolument pas vous affirmer les yeux dans les yeux aujourd'hui que je sais exactement quelle sera l'ampleur de l'épidémie", reconnaît le ministre de la Santé le 13 mars (79 morts recensés, + 23 %, 3.661 cas déclarés, +27 %). Le stade 3 est déclaré le 14 mars (91 morts recensés, + 14 %, 4.500 cas déclarés, +23 %). Le Premier ministre pointe l' «accélération de la diffusion du virus et dans certains territoires une augmentation très importante des personnes en réanimation». Cette première étape semble clôturer des semaines de discordances gouvernementales et installer un sentiment de contrôle de la crise. Mais la période s'achève avec un premier tour contesté des élections municipales le 15 mars et un sentiment d'inachevé : tous les pays doivent prendre les mesures les plus audacieuses pour arrêter la COVID-19, demande l'OMS (17/03)...

Le 17 mars, la France entre officiellement en confinement - Les contaminations ont marqué une nouvelle progression de 1097 cas et 27 décès en 24 heures, portant le bilan officiel à 175 décès et 7730 cas depuis le début de l’épidémie en France, dont 2.759 personnes hospitalisées, et près de 700 en réanimation.
Après des semaines d’atermoiements, et alors les médecins sonnent l'alarme depuis des jours, l’exécutif ; mais pour ce faire, le président Macron tente d'endosser les habits d'un père de la Nation et adopte un ton martial quelque peu suranné, artificiel : "Nous sommes en guerre. J’appelle tous les acteurs politiques, économiques, sociaux, associatifs, tous les Français à s’inscrire dans cette union nationale qui a permis à notre pays de surmonter tant de crises par le passé. Nous sommes en guerre et la Nation soutiendra ses enfants qui, personnels soignants en ville, à l’hôpital, se trouvent en première ligne dans un combat qui va leur demander énergie, détermination, solidarité. Ils ont des droits sur nous. Nous leur devons évidemment les moyens, la protection. Nous serons là. Nous leur devons, des masques, du gel, tout le matériel nécessaire. Et nous y veillons et y veillerons...." Boris Johnson adoptera une position similaire, en invoquant le langage de la guerre pour dire aux Britanniques que nous allons "gagner la bataille" et battre l'ennemi, une rhétorique ampoulée qui pour la chancelière allemande déstabiliserait plus les Allemands que les motiver, en quoi la guerre motive-t-elle par ailleurs. Le 11 avril, le président allemand Frank-Walter Steinmeier prendra le contre-pied la rhétorique particulièrement désuète et sans envergure du président français, lors d'une rare allocution télévisée, assurant que la pandémie de Covid-19 "n'est pas une guerre" mais constitue un "test de notre humanité"...

L'intervention d'Emmanuel Macron du 16 mars est suivie par 35 millions de spectateurs alors que l'on compte 6.633 cas (+1210) et 148 décès (+21), et que plus de 169 710 cas d'infection et 6 640 morts sont dénombrés dans 142 pays. Dans ce prolongement, le chef de l'Etat décide de suspendre toutes les réformes en cours, la réforme des retraites et la réforme de l'indemnisation chômage notamment : «Parce que nous sommes en guerre, toute l'action du gouvernement et du Parlement doit être désormais tournée vers le combat contre l'épidémie. De jour comme de nuit, rien ne doit nous en divertir. C'est pourquoi j'ai décidé que toutes les réformes en cours seraient suspendues à commencer par la réforme des retraites».
L'Italie s'était déjà engagée dans une mise en oeuvre progressive d'une stratégie de confinement, le 21 février autour de deux foyers d'infection, le 8 mars sur toute la partie nord, alors que l'on compte 5 800 pour 233 morts, enfin sur l'ensemble du pays le 10 mars, alors que le pays confirmait 9 172 cas de contamination et 463 morts. L'Espagne a déclaré l'état d'urgence le 13 mars, avec 4 231 cas confirmés et 120 décès....  

Technocratie et Science ne peuvent se comprendre l'un l'autre, d'où sans doute l'une des grandes difficultés du pouvoir en France face à la pandémie. Tandis que le président de la république appuie ses décisions sur son comité scientifique, le 1er ministre et le ministre de la Santé s'abritent derrière les préconisations de l'OMS pour légitimer leur action. La composition de ce comité scientifique fera d'autant plus débat que les désaccords entre scientifiques sont visibles de part le monde. Le 24 mars, un nouveau comité d'experts apparaît afin d'accentuer la lutte contre le coronavirus (le CARE) : "C’est grâce à la science et à la médecine que nous vaincrons le virus. Je réunis aujourd’hui nos meilleurs chercheurs pour progresser sur les diagnostics et les traitements. Notre effort de recherche est totalement mobilisé dans la lutte contre le COVID-19" (Macron). Quant à l'observance des avis de l'OMS, citons par exemple, une intervention du 14 février, sans conséquence apparente au niveau français: "Suite à la détection du virus COVID-19 en Chine en décembre 2019, les pays de la Région européenne de l’OMS ont activé un plan national afin que les systèmes de santé et d’autres systèmes soient non seulement préparés à l’importation de ce nouveau virus, mais aussi prêts à intervenir. En d’autres termes, les responsables de la santé publique peuvent réagir rapidement à la notification de cas suspects et identifier les contacts à haut risque ; les hôpitaux disposent de l’équipement et des recommandations nécessaires pour gérer les cas tout en protégeant le personnel de santé et les autres patients contre l’infection ; et le public comprend le niveau de risque posé par le virus et la manière de réduire autant que possible ce risque" (Maladie à coronavirus (COVID-19) : priorité à la préparation dans la Région européenne)... 


La Gestion politique des masques - Le discours traitant de la gestion des masques est devenue en France emblématique des atermoiements d'un pouvoir politique rapidement, trop rapidement débordé, et qui, au lieu de s'en tenir à la transparence dont il se réclame, s'est enferré dans un discours confus, inaudible.

Le 3 mars, l'OMS met en garde "Nous ne pouvons pas arrêter COVID-19 sans protéger nos travailleurs de la santé (We can’t stop COVID-19 without protecting our health workers). Le prix des masques chirurgicaux a été multiplié par six, celui des respirateurs N95 a plus que triplé et les blouses d'hôpital coûtent deux fois plus cher. La livraison des fournitures peut prendre des mois, les manipulations du marché sont très répandues et les stocks sont souvent vendus au plus offrant. L'OMS a expédié près d'un demi-million d'ensembles d'équipements de protection individuelle dans 47 pays, mais les stocks s'épuisent rapidement. L'OMS estime que chaque mois, 89 millions de masques médicaux seront nécessaires pour l'intervention COVID-19, 76 millions de gants d'examen et 1,6 million de lunettes de protection..." - Le 22 févier, le gouvernement français affirme avoir commandé plusieurs dizaines de millions de masques et demandé aux fabricants d’accélérer leur production, pour atteindre environ un million de masques par jour. L’Italie et la Grande-Bretagne en fabriquent aussi, mais se heurtent au même problème de rupture de stock. Force est de constater que le 4 mars,  rien n'a été véritablement mis en place dans la plupart des pays pour garantir ces chaînes vitales de production.

Dès la fin du mois de janvier, la cellule de veille scientifique sur le Covid-19 mise en place par l’académie de médecine française indiquait que des études chinoises montrait que "près de cinquante pour cent des cas de transmission sont asymptomatiques. Cela veut dire que la plupart des gens qui ont été contaminés ne l’ont pas été par des personnes malades. Toute personne qui sort dans la rue devrait être considérée comme un porteur qui s’ignore et mettre un masque sur son visage pour éviter de contaminer ses voisins...". La pénurie en masques va faire débat début du mois de mars mais est connu depuis fin janvier au niveau gouvernemental.

 Les personnels de santé réclament plus de 40 millions de masques et de matériels de protection par semaine depuis le 3 mars, mais l'hexagone ne produit que  8 millions pour la même période. Nous sommes à la veille de l' amplification d'un foyer épidémique dans le Grand Est qui va propager le virus sur tout le territoire, au 3 mars, 4 morts sont recensés et 212 cas déclarés.

Le 17 mars, Emmanuel Macron martelait le message suivant : "Nous sommes en guerre et la Nation soutiendra ses enfants qui, personnels soignants en ville, à l’hôpital, se trouvent en première ligne dans un combat qui va leur demander énergie, détermination, solidarité. Ils ont des droits sur nous. Nous leur devons évidemment les moyens, la protection. Nous serons là. Nous leur devons, des masques, du gel, tout le matériel nécessaire. Et nous y veillons et y veillerons. Nous avons décidé avec les scientifiques de réserver les masques en priorité pour l’hôpital et la médecine de ville et de campagne, en particulier les généralistes et les infirmières, désormais en première ligne aussi dans la gestion de la crise. Des masques seront livrés dans les pharmacies dès demain soir, dans les vingt-cinq départements les plus touchés, mercredi pour le reste du territoire national...". Le ministre de la Santé surenchérit le 17 mars, "Nous avons assez de masques aujourd'hui pour permettre aux soignants d'être armés face à la maladie et de soigner les malades, mais en fonction de la durée de l'épidémie, nous ne savons pas si nous en aurons suffisamment à terme" (France-Inter). Au 19 mars, le ministre de la Santé explique que la France a finalement passé "les commandes publiques les plus massives qui soient" auprès de "quatre grandes entreprises sur le territoire national" capables de confectionner les masques. Il leur a été demandé "de fonctionner jour et nuit, H-24 et sept jours sur sept". Le 28 mars, la confusion et l'opacité politique est à son comble lorsque le ministre de la Santé explique : "C’est parce que nous avons dès le début considéré que la disponibilité en masques allait être une difficulté, qu’il a été décidé, dès le mois de janvier, de recourir à l’importation de masques, avant même l’apparition de premiers cas sur notre territoire national"...

Force est donc de constater que la situation ne s'améliore pas dans les deux semaines qui suivent, l'inquiétude est palpable dans les couloirs des hôpitaux. La pandémie covid-19 a mis en visibilité une gestion par défaut de la pénurie minimale par les pays occidentaux et que nombre de chaînes d'approvisionnement mondiales ont été entièrement déléguées à la Chine. Madrid annonce le 24 mars l’achat à la Chine de 550 millions de masques et de 5,5 millions de tests. C'est alors, qu'à l'image de nombre de pays, la France se lance le 28 mars dans la mise en place d'un pont aérien avec la Chine, pour acheminer en toute sécurité des cargaisons de masques : «plus d'un milliard» de masques, notamment à la Chine, premier fabricant mondial de masques...

Le nombre de décès liés au coronavirus est passé en France de 2.000 à 3.000 en quatre jours et le nombre de personnes hospitalisées est proche de 22.800. Le 31 mars, Emmanuel Macron se rend dans une usine de masques FFP2 située en périphérie d'Angers (Maine-et-Loire), alors que la protestation vis-à-vis de la pénurie de masques pour le personnel de soignant dit de première ligne ne faiblit pas. L'heure n'est toujours pas à quelque regret quoiqu'un début d'explication semble émerger, aveu involontaire d'une grande faiblesse dans l'anticipation : "Nous le savons, les difficultés que nous avons rencontrées sont liées à la très forte augmentation de la consommation que nous avons de ces masques. Nous sommes passés de 4 millions par semaine à 40 millions par semaine pour les soignants à peu près et cela a mis une forte tension sur le stock existant. Le Premier ministre et le Ministre de la Santé y sont revenus il y a quelques jours, en début de crise qui était de 140 millions de masques disponibles et avec au fond une certitude qui avait présidé aux choix passés qui était que ces masques, on pouvait les importer très facilement, qu’ils étaient produits en très grande qualité à l’autre bout du monde, souvent en Chine, parfois ailleurs et qu’il n’y avait pas lieu de stocker massivement des milliards et des milliards de masques..."
Le ministre de la santé s'était livré le 21 mars à une autre logique d'explication, un héritage malheureux - la France s'était équipée d'un milliard de masques chirurgicaux et 600 FFP2, mais ces stocks n'ont "pas été renouvelés dans la durée" et se sont "réduits année après année" - puis la décision dès le mois de janvier de "recourir à l'importation de masques en provenance de tous les pays producteurs", avant de travailler "jour et nuit" à l’augmentation de la production.  Le gouvernement avait donc conscience, dès le début de la pandémie, des difficultés à venir, simple problème de communication?

Dans le discours du chef de l'Etat, l'explication cède très rapidement le pas à cette attitude d'autocongratulation permanente qui caractérise le discours politique du pouvoir : "Les masques, c'est une bataille essentielle, le Gouvernement a fait toute la transparence et mobilisé depuis le premier jour et nous continuons d'avancer...". Quitte à reconstruire le récit de l'homme providentiel qui transforme une déficience coupable en opportunité : il s'agit désormais de garantir à la France une «indépendance pleine et entière» dans la fabrication de masques «d'ici la fin de l'année» pour ne plus dépendre, comme aujourd'hui, d'autres pays comme la Chine. Une absence de totale transparence dans la gestion des masques est entièrement occultée, effacée du récit politique par une simple phrase : «Notre priorité, aujourd'hui, est de produire davantage en France» : "Avant la crise, nous produisions en France 3,3 millions de masques par semaine. Fin avril, nous serons à plus de 10 millions. Nous aurons plus que triplé en quelques semaines et nous continuerons cet effort pour continuer la multiplication de nos capacités de production. Et je veux que d'ici la fin de l'année, nous ayons obtenu justement cette indépendance pleine et entière..." Des interrogations qui se poursuivront "le monde d'après"... 
Et donc en cette fin de mois d'avril, après un mois de propagation exponentielle du Covid-19 et un trou d'air de communication politique, nous entrons dans une nouvelle ère : "Nous allons en parallèle de ce travail qui est nécessaire pour équiper nos soignants dans les meilleurs délais et pour dépendre de moins en moins de nos importations, continuer à produire plus de masques, parce que je pense aussi à toutes celles et ceux qui sont exposés aux services à domicile, à nos transporteurs, à nos pompiers, à nos forces de l'ordre, à nos caissiers et caissières, aux guichets, à toutes les professions qui sont aujourd'hui exposées qui, je le sais, ont souvent une angoisse et attendent, des masques..."

Décisions prises dans un contexte économique mondial tendu depuis la Chine a imposé des restrictions sur toutes les exportations de matériel médical, des tests de diagnostic aux masques, aux combinaisons de protection, aux blouses médicales, aux respirateurs et aux thermomètres infrarouges. Le nombre d'entreprises chinoises autorisées à exporter les masques et les combinaisons de protection ne dépasse pas la centaine. Et le gouvernement fédéral américain ayant pratiquement vidé tout a son stock d'urgence de fournitures médicales de protection telles que des masques, des blouses et des gants, est entré depuis fin mars sur le marché : et les fabricants chinois donnent la priorité aux acheteurs américains, qui paient plus cher...
... Et Le 1er avril, le ministre de la santé, sur le podium des personnalités politiques préférées des Français, affirme, encore et toujours,  avoir toujours été parfaitement transparent quant à la disponibilité de ces fournitures...

Le 3 avril, le Directeur de la Santé change de discours : l'Académie de médecine ayant préconisé le port obligatoire du masque, celui-ci recommande désormais à tout un chacun de porter un masque pour les sorties pendant la période de confinement et lors de sa levée, "même en tissu", "cela n'empêche pas de respecter les mesures barrières". Il y a un mois, le port du masque était totalement déconseillé par le même interlocuteur ("Je vois énormément de masques dans la rue, des personnes qui n'ont aucune raison d'en porter et d'être exposés à des malades", 17 mars), la crise du masque s'achève en France dans une médiocre tragi-comédie....

La crise ou tragi-comédie du masque rebondit, notamment en France, début avril avec la question de l'extension du port de ce masque à l'ensemble de la population.

Au 4 avril, la Chine produit 200 millions d'unités par jour, soit 20 fois plus qu'en février, et d'ici la fin du mois, ce chiffre pourrait atteindre 260 millions, la course aux masques gagne toutes les populations occidentales, dans une confusion absolue...
"Le port d'un masque médical est l'une des mesures de prévention visant à limiter la propagation de certaines maladies respiratoires, dont le 2019-nCoV, [depuis lors rebaptisé SARS-CoV-2] dans les zones touchées" - L'Organisation mondiale de la santé n'a donné aucune autre directive sur l'utilisation des masques que celle  qui recommandait  de ne les porter que si l'on est infecté, pense avoir contracté le nouveau coronavirus, avoir des symptômes tels que la toux ou les éternuements ou si l'on prend soin d'une personne suspectée d'être infectée par le nouveau coronavirus. La question de la pénurie reste toutefois un frein éventuel à toute consigne ferme : "Le port de masques médicaux lorsqu'il n'est pas indiqué peut entraîner des coûts inutiles, une charge d'approvisionnement et créer un faux sentiment de sécurité qui peut conduire à négliger d'autres mesures essentielles telles que les pratiques d'hygiène des mains". Encore faut-il distinguer les masques chirurgicaux (protection de la bouche et du nez) des masques respiratoires (FFP) recommandés pour le secteur médical. En Chine, il est obligatoire de les porter sous peine de sanctions et le gouvernement japonais, après une légère recrudescence des cas, a annoncé qu'il enverrait des masques dans les foyers. Dans de nombreux pays asiatiques, les cicatrices du SRAS ont sensibilisé les gens au port du masque, bien que celui-ci soit également largement utilisé comme une forme de barrière contre une contamination élevée ou une simple grippe. Avant le coronavirus, au contraire, en Occident, l'utilisation de ce matériel de protection était considérée comme quelque chose de culturellement et typiquement asiatique...

Le 13 avril, pour conclure un récit des plus chaotique, l'allocution du président français évoquant une levée du confinement le 11 mai, va clore à sa manière le débat comme s'il n'y avait pas eu la moindre équivoque, transparence oblige : "En complément des « gestes barrière » que vous connaissez bien et qu'il vous faudra continuer à appliquer, l'Etat à partir du 11 mai en lien avec les maires devra permettre à chaque Français de se procurer un masque grand public. Pour les professions les plus exposées et pour certaines situations, comme dans les transports en commun, son usage pourra devenir systématique. Ce sera possible grâce à nos importations et grâce à la formidable mobilisation d'entrepreneurs et de salariés partout sur le territoire pour produire massivement ce type de masques...."

Le début du XXIe siècle voit le premier pont aérien humanitaire de la Chine vers l'Europe : l'avion-cargo ukrainien Antonov An-225, le plus gros avion du monde, aucun autre avion au monde ne peut en transporter autant, 250 tonnes, avec sept millions de masques...

Aujourd'hui, en pleine crise pandémique, République tchèque (à noter la faible propagation du virus, 3 330 cas et 32 décès au 2 avril, dans un pays de 10 millions d'habitants), Slovaquie et Autriche rendent le masque obligatoire hors de chez soi ou dans certains contextes sociaux, les Etats-Unis le recommandent, l'Allemagne ou l'Italie prévoient déjà un scénario post-confinement dans lequel le port de masques est soit recommandé, soit obligatoire. Pourquoi tant de réticences de la part des experts, alors qu'ils reconnaissent que la mesure peut avoir de petits avantages ?
La pression sociale est réelle, contre l'Etat. Montrer son visage était la marque d'une société libre, désormais couvrir sa bouche et son nez devient une liberté que l'on oppose éventuellement aux instructions de l'État. Que l'utilisation de masques soit nécessaire ou non, les citoyens exigent déjà des mesures concrètes de la part de leurs gouvernements, et ce malgré les risques de pénuries...
"Y si nos equivocamos al no usar mascarilla? " -  Les virologistes et les épidémiologistes refusent de faire une recommandation générale, mais reconnaissent que pour prévenir la propagation du virus "plus il y a de barrières, mieux c'est" (cuantas más barreras, mejor). C'est l'avis du Centre européen de contrôle des maladies le 11 avril. En Espagne, le département de la santé recommande le 10 avril le port du masque malgré la pénurie de fournitures et les distribuera dans le métro. L'Espagne, pour approvisionner à date correctement les hôpitaux et les forces de sécurité de l'État, doit fournir plus de huit millions de masques chaque jour, soit environ 250 millions par mois. Si le même effort devait être consenti pour l'ensemble de la population, près de 1 000 millions de masques par mois seraient nécessaires, soit plus de 30 millions de masques par jour. En Catalogne, la Generalitat va distribuer des masques dans les pharmacies.  "Mascherina sì o mascherina no, questo è il dilemma" - Si le ministère de la santé italien reprend l'approche globale de l'OMS, aucun consigne n'a véritablement été donnée. La Lombardie, par exemple, a approuvé une ordonnance qui oblige toute personne quittant la maison à porter un masque, ou encore un foulard ou une écharpe sur le nez et la bouche. En Val d'Aoste, il est obligatoire de se rendre au supermarché et, en général, d'ouvrir des magasins. En Toscane, l'obligation débute le 7 avril. Des régions comme la Sicile et la Campanie semblent aller dans la même direction. De plus en plus de personnes en Allemagne veulent se protéger du virus avec des masques respiratoires et des protège-dents. L'Institut Robert Koch (RKI) affirme que le port d'un masque pourrait réduire le risque de transmission de virus à d'autres personnes...
En France, pays de la centralisation et d'une puissante publique omnisciente et omniprésente, la situation est toujours plus obscure. Les autorités politiques et sanitaires ont dès le début de la pandémie condamné le port du masque pour le grand public. Le 27 janvier dernier, le directeur de la santé expliquait : "On recommande le port du masque pour les personnes malades et on recommande des équipements de protection uniquement pour les soignants." Le 17 mars, il renchérissait, "Les masques sont une denrée rare. C’est un bien précieux, et il faut vraiment le réserver aux situations où il est utile". Mais le 3 avril, l'Académie de médecine recommande l'obligation du port d'un masque "grand public" ou "alternatif" aux masques médicaux pour les sorties pendant la période de confinement et lors de sa levée. Le même jour, le directeur général de la santé reconnaît pour la première fois que le port d’un masque par le grand public peut avoir un intérêt : Nous encourageons le grand public, s’il le souhaite, à porter des masques et en particulier des masques alternatifs (autres que chirurgicaux ou FFP2)". Entretemps, la situation semble s'être détendue quant à la fourniture des protections pour le personnel de santé....


La Gestion politique des Tests. L'OMS a alarmé le monde dès le début du mois de mars. En fait, au 3 avril, après deux mois de pandémie dans le monde, et alors que le million de cas dits confirmés a été franchis, la confusion, l'absence de transparence politique sur l'état des lieux en terme de tests est quasi générale dans tous les pays, et l'opinion profondément troublée. Ainsi, un graphique du Financial Times place l'Espagne au deuxième rang mondial des pays les plus testés après la Suisse le 25 mars, plus de 7 500 par million d'habitants, soit 355 000 tests de diagnostic donné par le gouvernement, chiffre qui n'a jamais et ne sera jamais confirmé par les autorités. En attendant, 86% des cas asymptomatiques et non détectés sont responsables de 79% des infections confirmées (Science) : pour sortir de la crise, l'idée d'une combinaison de mesures de confinement, de distanciation sociale et de dépistage de masse des personnes potentiellement infectées semble s'imposer au monde scientifique. Des tests d'autant plus stratégiques qu'ils conditionnent toutes les hypothèses d'une sortie de confinement, et qu'ils signifient pour tous la possible fin d'un  cauchemar.
Le 16 mars, l'OMS préconisait les tests de masse tant que les scientifiques n'auront pas mis au point un vaccin: «Nous avons constaté une augmentation rapide des mesures de distanciation sociale, telles que la fermeture d'écoles et l'annulation de manifestations sportives et autres rassemblements. Mais nous n'avons pas constaté une augmentation de la même intensité en ce qui concerne les prélèvements, l'isolement et la recherche des contacts - épine dorsale de la réponse à la pandémie (…) Le moyen le plus efficace de prévenir l'infection et de sauver des vies est de briser les chaînes de transmission. Et pour ce faire, nous devons mettre en place un dépistage et isoler les personnes infectées. On ne peut pas éteindre un feu les yeux bandés. De même, nous ne pouvons pas arrêter cette pandémie si nous ne savons pas qui est infecté.»

Le politique semble résister à la mise en oeuvre de la stratégie préconisée par l'OMS. Le ministre italien de la santé campe, à l'encontre de nombreux médecins, sur une position largement reprise par ses homologues européens : «Nous ne recommandons pas ce type d'approche, elle n'est pas utile. Le prélèvement n'est pas suffisant, c'est la photographie d'un instant. L'incubation du virus dure 14 jours, et la personne qui fait le prélèvement durant cette période n'a que l'illusion d'avoir résolu le problème. La solution est l'isolement : c'est la seule façon de s'assurer qu'il ne sera pas positif, sinon nous avons l'illusion de la négativité, mais peut-être qu'il pourrait être positif deux jours plus tard» (Corriere della Sera). Et le membre italien de la direction de l’OMS va jusqu'à déplorer fin février que l’Italie ait effectué «trop de tests», plus de 11 085 la dernière semaine de février, des tests menés sur «des personnes sans symptômes». Dans les jours qui ont suivi, le gouvernement italien a pris, par circulaire, de nouvelles dispositions pour demander à ce que ne soient testés que les cas potentiellement suspects. Ce sera la position de la plupart des pays...
En fait, ce qui fait question, et qui est un des nombreux non-dits du politique à propos de cette pandémie, c'est que les dirigeants ne semble pas savoir comment articuler ces mesures au niveau de l'ensemble de la société. D'abord de quels tests parle-t-on, tests PCR, tests antigènes rapides, ou tests d'anticorps?  Chacun de ces tests, élaborés pays par pays, - et l'offre abonde -, sans véritable concertation internationale, fait l'objet de certification de la part des autorités sanitaires. Ensuite ce qui pose problème, c'est la capacité à tester les patients, la rapidité de ces tests. Ce n'est pas la capacité de production qui pose problème par exemple au niveau des tests PCR, mais celle du traitement en laboratoire. Cette capacité de production doit être toutefois sécuriser au niveau de sa chaine logistique  d'approvisionnement tant la tension mondiale est importante (écouvillons, réactifs, automates, etc). Enfin, le traitement en laboratoire s'appuie sur une infrastructure. La stratégie coréenne de lutte contre l'épidémie , la référence en matière de tests, est basée sur des mesures de quarantaine et un recours massif aux prélèvements, même sur des patients asymptomatiques (jusqu'à 20 000 par jour). Les tests sont effectués dans la rue et à domicile. Mais pour ce faire, la Corée du Sud a auparavant investi dans l'amélioration de son infrastructure de 79 centres de santé qui lui a permis de réaliser 15 000 à 20 000 tests PCR par jour, 431 743 tests depuis le début de l'épidémie le 3 janvier. 

Les responsables de la santé publique en Allemagne ont estimé que les laboratoires effectuent jusqu'à 500 000 tests de dépistage des coronavirus par semaine, données non confirmées mais qui montrent que leur capacité d'analyse s'est rapidement accrue. Mais le débat reste ici publique et révèle les difficultés de gérer correctement cette situation. La Fédération professionnelle des médecins de laboratoire allemands reconnaît en fin du mois de mars l'impossibilité d'effectuer des tests de détection des coronavirus à grande échelle dans la population générale. L'Allemagne alerte de plus sur le fait que le matériel de test, comme les kits d'échantillonnage et les réactifs pour les laboratoires, se raréfient chaque jour dans le monde. Manquant d'équipement,  l'Italie n'a effectué que 47 000 tests fin mars, soit 783 tests par million d'habitants, mais des régions comme l'Emilia-Romagna commence depuis le 2 avril un dépistage sérologique tous les personnels de santé et les services sociaux publics et privés de la région. L'Espagne, qui se refuse au début du mois d'avril à communiquer sur le nombre de tests réalisés, a réalisé un effort important, mais inégal, pour effectuer des tests PCR, certaines régions comme La Rioja, la Cantabrie ou les Asturies font des tests en nombre très significatifs, sans doute plus de 20.000 tests par jour, mais le nombre de tests de diagnostic effectués ne croît pas aussi vite que l'épidémie. Au 31 mars, les États-Unis, qui ont tardé à réagir à la crise , avaient testé plus d'un million de personnes, soit l'équivalent de 3 058 personnes par million d'Américains, mais ici aussi la vitesse de propagation de l'épidémie requiert un effort de production considérable. Au Royaume-Uni, alors que le 18 mars, le ministère de la santé déclare qu'il va procéder à l'augmentation du nombre de tests pour atteindre 10 000 par jour d'ici la semaine suivante et atteindre 25 000 par jour dans les quatre semaines à venir, force est de constater quinze jours plus tard, qu'il n'a toujours pas atteint ses objectifs, la communication politique est ici, comme ailleurs, fortement contestée. 

Au 2 avril, exception faite d'annonces non détaillées et datées et des descriptifs sur les différents tests possibles, l'état des lieux en France est totalement opaque. Dès le 23 février s'installait en France le discours du ministre de la santé qui faisait part quotidiennement de son souhait d’accroître les capacités en matière de tests diagnostiques «pour atteindre une capacité de plusieurs milliers d’analyses par jour et sur tout le territoire, contre quatre cents aujourd’hui». Le référentiel de suivi de ces fameux tests a considérablement évolué entre le stade 2 déclenché le 29 février et le stade 3, au 17 mars, des tests retracés entre laboratoires hospitaliers (du 24 février au 27 mars, 195 408 tests réalisés) et laboratoires de biologie médicale (au 31 mars, 28 846 tests réalisés) mais uniquement traités dans le cadre d'une surveillance virologique, sans plus. Dans son communiqué du 1er avril 2020, l’Institut Robert Koch indique que, en Allemagne, durant la semaine du 23 au 29 mars, 143 laboratoires ont répondu avoir effectué 354 521 tests, nombre plus élevé puisque le pays dispose de 200 à 300 laboratoires...

Au 2 avril, exception faite d'annonces non détaillées et datées et des descriptifs sur les différents tests possibles, l'état des lieux en France est totalement opaque. Dès le 23 février s'installait en France le discours du ministre de la santé qui faisait part quotidiennement de son souhait d’accroître les capacités en matière de tests diagnostiques «pour atteindre une capacité de plusieurs milliers d’analyses par jour et sur tout le territoire, contre quatre cents aujourd’hui». Le référentiel de suivi de ces fameux tests a considérablement évolué entre le stade 2 déclenché le 29 février et le stade 3, au 17 mars, des tests retracés entre laboratoires hospitaliers (du 24 février au 27 mars, 195 408 tests réalisés) et laboratoires de biologie médicale (au 31 mars, 28 846 tests réalisés) mais uniquement traités dans le cadre d'une surveillance virologique, sans plus. Dans son communiqué du 1er avril 2020, l’Institut Robert Koch indique que, en Allemagne, durant la semaine du 23 au 29 mars, 143 laboratoires ont répondu avoir effectué 354 521 tests, nombre plus élevé puisque le pays dispose de 200 à 300 laboratoires...

Au vendredi 27 mars, l'opinion cherche toujours quelques repères pour savoir et espérer, la stratégie de tests est toujours en question : ainsi, relève-t-on, la France pratique moins de 5 000 tests par jour, l’Allemagne en réalise 23 000. Le ministère de la Santé table sur 20 000 tests par jour dès avril, son homologue germanique annonce vouloir passer à plus de 70 000. Les tests sont de plus réalisés en Allemagne à partir d'une suspicion de SRAS-CoV-2, en France chez les tous les personnes hospitalisées qui ont des formes graves, les professionnels de santé et les foyers, notamment dans les EHPAD, avec une capacité espérée de 20 000 tests/j au 03 avril. L'Allemagne vise les 200.000 tests/jour.

Auparavant, la parole politique avait repris le thème de la transparence....

Le 25 mars Emmanuel Macron se met en scène à Mulhouse, "aux côtés des femmes et des hommes mobilisés en première ligne pour protéger les Français du COVID-19", indique le service de communication de l'Elysée. Outre l'annonce que, "à l’issue de cette crise un plan massif d’investissement et de revalorisation de l’ensemble des carrières sera construit pour notre hôpital" et le soutien réitéré à l'ensemble des hommes et femmes qui luttent contre la pandémie, Emmanuel Macron, comme souvent, plonge une fois de plus dans une polémique inutile et emprunte de contradictions évidentes avec la réalité ressentie : "Je vois dans notre pays les facteurs de division, les doutes, toutes celles et ceux qui voudraient aujourd'hui fracturer le pays alors que nous ne devons avoir qu'une obsession : être unis pour combattre le virus.  J’en appelle à cette unité, à cet engagement : être unis.  Vous avez un Gouvernement qui est à la tâche, œuvrant pour trouver les solutions et se battant. Le ministre de la Santé reviendra dans les prochains jours, comme il l'a déjà fait et comme il le fait constamment sur les sujets les plus sensibles, en toute transparence. Le sujet des masques, des respirateurs, des tests et des traitements pour apporter toutes les explications, toutes les demandes d'informations légitimes, mais sans que nous ne cédions à aucune forme de division sans que jamais nous ne céderons au flot de fausses informations. Nous n'avons qu'une priorité : battre le virus..."

Le 29 mars, on compte une augmentation de 2.599 cas par rapport à la veille (40.174 au total), 292 décès de plus (2.606 morts au total), 19 354 personnes hospitalisées,  dont 4 632 en réanimation, soit 359 patients de plus en 24 heure. Ce 29 mars, le Premier ministre et le ministre de la Santé mènent une opération-vérité, "je veux vous dire les choses avec clarté et franchise: le combat ne fait que commencer, les 15 premiers jours d'avril seront encore plus difficiles que les 15 jours qui viennent de s'écouler". Le Ministre de la santé rappelle la commandé de "plus d'un milliard" de masques notamment à la Chine, celle de 1000 respirateurs supplémentaires à Air Liquide, souhaite augmenter le nombre de lits en réanimation à "14 à 14.500", contre 5.000 initialement. 

Ces décisions d'acquisitions de masse surviennent alors que le marché mondial entre dans une extrême tension, des décisions prises au moment où la Chine  a décidé de limiter les licences d'exportation à une poignée de distributeurs agréés. La production de tests de diagnostic des coronavirus ne concerne ainsi qu'une vingtaine d' entreprises, dont cinq seulement peuvent fabriquer les "tests rapides", tandis que les autres se consacrent à la PCR - les tests les plus fiables, mais qui doivent passer par un laboratoire....

C'est non sans surprise que ce même 29 mars, on semble assister à un véritable changement de stratégie en matière de tests. Une avalanche assez confuse de chiffes et de dates cibles sont ainsi communiqués par le pouvoir : on apprend que 12.000 tests PCR dits "classiques" sont actuellement réalisés chaque jour en France, que l'on atteindra les 30.000 tests PCR d'ici la fin de semaine, 50.000 tests classiques et 30.000 tests rapides par jour d'ici fin avril. D'autre part,  la France a passé commande de 5 millions de tests rapides pour permettre d'augmenter les capacités de dépistage de l'ordre de 30.000 tests supplémentaires par jour au mois d'avril, 60.000 au mois de mai et plus de 100.000 tests par jour au mois de juin.

Mais parallèlement, on sait que, dans le monde entier, entreprises et laboratoires se sont lancés dans une véritable course pour produire des tests de détection des anticorps COVID-19. En France, le discours politico-sanitaire est toujours aussi confus : on attend toujours de la part des gouvernants français, ce 3 avril, les éléments d'une véritable stratégie en matière de tests ('Nous réalisons aujourd'hui 9 000 tests par jour et nous allons l'augmenter de 10 000 tests par jour  supplémentaires qui seront réalisés d'ici fin de cette semaine puis 10 000 nouveaux tests par jour qui seront réalisés la semaine prochaine", seule évocation du 11 avril..)...

L'Allemagne, l'Italie, l'Espagne, le Royaume-Uni organisent depuis le début du mois d'avril des enquêtes nationales de séroprévalence qui visent à comprendre quel pourcentage de la population a contracté le coronavirus sans présenter de symptômes (les fameux asymptomatiques) ou en présentant des symptômes légers (les paucisintomatiques), l'idée est de connaître la propagation réelle de l'infection. Tous ces pays ont décrit dans les médias avec précision les stratégies qu'ils comptent mener, et les questions qui se posent encore quant à la fiabilité ou la pertinence d'une mise en oeuvre massive de tests. Le débat n'est pas tranché à date.

Côté français, le directeur de la santé se limite, dans chacun de ces points quotidiens, à rappeler que des tests sont encours.

Fidèle à sa gestion court terme, à la fameuse théorie de la "ré-évaluation permanente" vantée par le ministre de la santé, en France, et pour reprendre les propos d'un commentateur le 4 avril, en fait tout simplement la France n'a pas les moyens, à date, de son déconfinement...

Globalement, au 12 avril, alors que nombre de pays se posent la question critique de la levée du confinement, la confusion relativement aux tests sérologiques et à un éventuel "passeport d'immunité", évoqué en Italie, au Royaume-Uni, en Allemagne ne cesse de faire débat. Un journal français titre ainsi la même journée "la France renforce ses capacités de tests du coronavirus" et "La fiabilité bien trop aléatoire des éventuels passeports immunitaires", montrant ainsi à quel point le politique prend le relai d'un scientifique encore plongé dans une certaine incertitude :"une maladie vraiment insidieuse, donc les fausses certitudes sont maintenant la pire chose qui puisse arriver" (Klaus Hurrelmann). Le politique, encore et toujours, ne peut se permettre cette incertitude, et c'est là sans doute l'une des grandes difficultés de cette crise pandémique. Plus la durée du confinement dure, sans perspective tangible, plus l'opinion se laisse gagnée par l'épuisement voire le mécontentement. La question des tests sérologiques et de leur stratégie de mis en oeuvre devient ainsi la sujet politique et social le plus déterminant, alors que les "plateaux" de nouveaux cas constatés et de décès semblent s'esquisser...

Les autorités françaises ont donc choisi, comme d'autres pays, de ne tester systématiquement que les personnes qui présentent des symptômes et pensent être malades. Dans son allocution du 13 avril, le président français évoque une date de levée du confinement, date à laquelle, après deux mois de pandémie, nous pourrons enfin être testés, ou presque : "Le 11 mai, nous serons en capacité de tester toute personne présentant des symptômes. Nous n'allons pas tester toutes les Françaises et tous les Français, cela n'aurait aucun sens. Mais toute personne ayant un symptôme doit pouvoir être testée.." . On nous dit par ailleurs que 50% à 70% des cas sont asymptomatiques. Evoquons les paroles du ministre de la santé le 12 mars : "80% des gens ne font pas ou peu de symptômes, donc c’est un virus qui est asymptomatique ou bénin chez l’immense majorité des Français". Mais au total de quel type de tests parle-t-on, autant le raisonnement au niveau des tests PCR s'entend, autant il ne tient pas vis-à-vis des tests sérologiques. L'ambiguïté.

Le discours est donc plus politique que médical….

Le 14 avril, le ministre de la Santé illustre parfaitement cette constante "défense et l'illustration de la politique française", une "transparence" qui vaut évidence, mais transparence n'est pas vérité... : "Nous avons fait le choix, et nous sommes le seul pays à le faire, de donner toutes les informations, y compris lorsque ces informations sont incomplètes", rappelle le ministre de la Santé. Le cas des tests est emblématique. "Le site de Santé publique France publie chaque jour le nombre de tests réalisés à l'hôpital et en ville. Si vous lisez bien, sur les tests réalisés en ville, c'est à partir d'un échantillon de 3 grands laboratoires, mais il y a plus de laboratoires." Donc au 14 avril, le ministre de la Santé estime que la France pratique, chaque semaine, environ 150.000 tests par jour selon les estimations. "Nous sommes en train d'aller vers les 200.000 tests par semaine. L'Allemagne, qui est le pays qui teste le plus, est un peu en dessous des 300.000 tests par semaine". Discours d'une transparence équivoque, qui révèle une profonde attitude défensive...

Extrait du Figaro du 15 avril 2020 : "Après la prise de parole d'Emmanuel Macron, l'heure est aux clarifications de la part du gouvernement. Dernière en date, celle du ministre de la Santé pour défendre la stratégie sanitaire définie par l'exécutif, notamment en matière de tests. «Tester tout le monde sans symptômes, c'est partir à la pêche à des informations extrêmement évolutives et très peu informatives», a résumé Olivier Véran mercredi à la sortie du conseil des ministres, revenant sur une déclaration d'Emmanuel Macron. Le chef de l'État avait affirmé dans son allocution de lundi que «tester toutes les Françaises et tous les Français, ça n'aurait aucun sens. Mais toute personne ayant un symptôme doit pouvoir être testée…"

Nous sommes donc le 15 avril, le premier cas a été détecté en France le 24 janvier, le confinement a démarré le 17 mars...

 

UK Covid-19 antibody tests - Au 8 avril, le Royaume-Uni effectue actuellement environ 14 000 tests par jour par écouvillonnage pour confirmer si les patients sont actuellement porteurs de Covid-19, des tests de diagnostic qui prennent du temps et doivent être traités en laboratoire. Mais sans test d'anticorps, les experts estiment qu'il sera difficile pour le gouvernement d'atteindre son objectif de 100 000 tests par jour pour les patients, le personnel du NHS et les travailleurs clés tels que les soignants. Mais les autorités britanniques, désormais attentives à plus de transparence, ne prévoient pas pouvoir disposer de tests d'anticorps d'ici la fin du mois d'avril, voire début mai : aucun des tests testés jusqu'à présent n'était suffisamment précis. Et aucun pays ne dispose d'un test d'anticorps valide en usage à date. Paradoxalement, une pénurie d'échantillons de sang provenant de personnes ayant récupéré du Covid-19 freine également le développement d'un test d'anticorps au Royaume-Uni :  il y a 5 semaines, le pays ne possédait aucun patient guéri ayant des anticorps de longue durée contre le virus...

"Test sierologici in Italia su 6 fasce d’età" - En Italie, le président du Conseil supérieur de la santé relaie le 11 avril une circulaire publiée le 3 avril par le ministère de la santé qui entend organiser des  tests sérologiques pour une partie de la population, en vue d'une réouverture progressive du pays. Il s'agit de réaliser une évaluation épidémiologique de la circulation virale (taux de séroprévalence). Le pionnier du dépistage des anticorps à l'échelle nationale est le Premier ministre de la région de Vénétie, qui avait annoncé le 31 le début d'une phase expérimentale d'une analyse sanguine, validée par les universités de Padoue et de Vérone, qui viserait les travailleurs de la santé et les maisons de retraite.  Mais certaines décisions locales commencent aussi à apparaître. A Robbio, une ville de 6 000 habitants dans la province de Pavie, le maire a proposé à tous ses citoyens de se soumettre à la prise de sang et toutes les éprouvettes ont été confiées à un laboratoire privé milanais qui utilise le même réactif approuvé par les universités de Vénétie: sur les 1 000 personnes qui ont été testées jusqu'à présent, 10 % ont développé des anticorps spécifiques au Covid-19 après avoir contracté le virus, dont 80 % étaient asymptomatiques, ce qui par extrapolation indiquerait près de 6 millions d'Italiens positifs au test d'immunité. Faire 60 millions de prélèvements serait un effort économique énorme pour le système de santé et sans doute inutile car le résultat serait trop aléatoire, l'essentiel est de le limiter aux sujets présentant les symptômes les plus graves et de se consacrer ensuite à une application nationale de l'analyse sanguine, répondent certains responsables sanitaires.

Robert Koch-Institut startet bundesweite Antikörper-Studien - Wie weit ist das neue Coronavirus SARS-CoV-2 in Deutschland tatsächlich verbreitet? - Les chercheurs allemands veulent réaliser des centaines de milliers de tests d'anticorps contre les coronavirus au cours des prochaines semaines, rapporte Der Spiegel. Les personnes dont le test de dépistage des anticorps (Serologische Untersuchung) est positif pourraient recevoir un "certificat d'immunité" (Immunitätsbescheinigung) qui leur permettrait de quitter prématurément le confinement. Pour se faire l'Institut Robert Koch va lancer des études sur les anticorps à l'échelle nationale, les anticorps peuvent être en effet détectés au plus tôt une à deux semaines après l'infection et les tests de laboratoire correspondants ne sont disponibles que depuis peu. Parmi ces études, on cite des tests sérologiques sur les donneurs de sang effectués à partir du 13 avril, dont les premiers résultats sont attendus début mai 2020; des études séroépidémiologiques sur plusieurs sites particulièrement touchés ("hotspots") qui devrait commencer à la mi-avril 2020, les premiers résultats étant attendus en mai; enfin une étude séroépidémiologique représentative de la population nationale devrait commencer à la mi-mai 2020, et les premiers résultats sont attendus en juin 2020....

La notion de "certificat" ou de "passeport" d'immunité fait toutefois en Allemagne débat, débat politique, une telle notion peut être considérée comme foncièrement anti-constitutionnaliste : comment peut-on traiter priver de liberté ceux qui ne bénéficieraient pas d'un tel passeport en raison de l'absence d'une immunité dont ils ne sont sans doute pas responsables...

En Espagne, le gouvernement distribue depuis le 11 avril 979.200 tests de détection rapide d'anticorps dans les Communautés autonomes, qui viennent s'ajouter au lot de plus d'un million déjà distribué ces derniers jours. Selon le ministère de la santé, la livraison des cinq millions d'unités acquises restantes sera effectuée dans les prochains jours. Le ministère de la santé insiste sur le fait que la PCR est la technique de diagnostic de référence et que les tests de détection rapide d'anticorps, dont la fiabilité a été étudiée au Centre national de microbiologie avec des échantillons de patients de plusieurs hôpitaux, leur servent de complément...


La gestion politique unités de soins intensifs - La saturation des capacités d'hospitalisation est un risque majeur qui accompagne la propagation de la pandémie. Toute une régulation des flux de malades et de leur orientation vers l’une ou l’autre des capacités mobilisées et disponibles a été ainsi mise en oeuvre. Au centre de cette dramatique question, la disponibilité de lits de soins intensifs et de réanimation (intensive care units). L'Allemagne dénombre 28 000 lits en soins intensifs, 6 lits pour 1 000 habitants, l'un des taux les plus élevés des pays de l'OCDE, après le Japon et la Corée.  La France compte 5 500 lits en soins intensifs (3,1 lits pour 1000 habitants), l'Italie, 5 100 lits portés à 7 500. Au Royaume-Uni, les modélisateurs britanniques  indiquent qu'il faut désormais augmenter le taux de 6 lits pour 100.000 habitants à 200.
A Wuhan, 5 % des patients ont eu besoin de l'unité de soins intensifs et 2,3 % d'un respirateur. Les quelques 160 000 respirateurs que comptent les hôpitaux américains ne pourraient absorber les 2,3 % des millions d'Américains qui devraient être infectés. Ces lits requièrent des  appareils de monitorage, des respirateurs permettant d'assurer la ventilation artificielle et des systèmes régulés de perfusion intra-veineuse. Les principaux fabricants mondiaux de respirateurs sont allemands (Draeger et Löwenstein) suédois (Getingue), américains (GE Healthcare, Medtronic), chinois (Mindray) et se sont déjà mobilisés depuis plusieurs mois pour alimenter le marché chinois, après avoir absorbé une demande croissante en terme de soins à domicile. Des respirateurs qui requièrent des chaînes optimisées d'approvisionnements en composants. 

Le 31 mars, Emmanuel Macron semble, à l'instar d'autres pays comme le Royaume-Uni, l'Espagne, l'Italie, les Etats-Unis, se saisir de la question centrale des respirateurs : "Une initiative a été montée durant ces derniers jours. Et autour d'Air Liquide, un consortium industriel français vient de se constituer qui réunit : Air Liquide, Schneider Electric, Valeo et PSA. Ce consortium va permettre de produire d'ici mi-mai 10 000 respirateurs. Des respirateurs lourds comme des respirateurs plus légers. Les respirateurs lourds, qui sont particulièrement attendus feront l'objet de premières livraisons dans les prochains jours environ 250 dans les prochains jours. Puis ce consortium montera justement, montera en volume et en production pour pouvoir fournir 10 000 respirateurs français d'ici mi-mai..."
Le challenge est particulièrement délicat. General Motors, Airbus, McLaren et Dyson ont proposé leur expertise technique à l'État de New York, qui à lui seul a déclaré avoir besoin de 30 000 respirateurs supplémentaires, mais tous savent que ces appareils hautement spécialisés nécessitent de lourds processus de fabrication et de contrôle...


La gestion politique des résidences pour seniors - La gestion politique de l'impact de la pandémie sur les résidences de personnes âgées révèle une dramatique insuffisance des autorités tant en termes de stratégies que de moyens. Cette pandémie a frappé dans un contexte déjà sinistré. En France, depuis janvier 2018, le secteur de la prise en charge des personnes âgées est en France est en pleine crise, crise des moyens dans les quelques 7400 Ehpad et 10 600 structures médico-sociales, et crise globale de la place des seniors dans une société qui remet en cause à des fins d'optimisation économique le modèle des retraites. Alors que le Covid-19 se diffuse, le Syndicat national des établissements et résidences privées pour personnes âgées déclare le 3 mars que "les Ehpad sont prêts, nous avons des masques pour 15 jours à 4 semaines"... 

Une communication politique purement technocratique relaie la brutale réalité d'une mortalité qui touche essentiellement les personnes les plus vulnérables, en l'occurrence les vulnérabilité les personnes les plus âgées ("Les infections à Covid-19 ont de très lourdes conséquences chez les personnes âgées"). La moyenne d'âge des personnes décédées en France du Covid-19 est de 81,2 ans (Santé Publique France). 79,5 ans en Italie, avec un âge moyen des personnes dont le test est positif supérieur à 60 ans. En Allemagne, si l'âge moyen des personnes dont le test est positif est d'environ 45 ans, l'âge moyen des personnes qui meurent de COVID-19 est toujours d'un peu plus de 80 ans.

"When Covid-19 enters a care home it will kill those it infects"

Toute l'Europe traverse des épisodes dramatiques liés à la diffusion du Covid-19 dans les maisons de retraite et équivalent... 

En France, un tiers des morts Covid-19 ont été constatés dans les Ehpad..

En France, 728 000 personnes fréquentent un établissement d'hébergement pour personnes âgées ou y vivent, soit 10 % des personnes âgées de 75 ans, plus et un tiers de celles âgées de 90 ans ou plus, sans doute. Au Royaume-Uni, environ 400 000 personnes âgées vivent dans des maisons de soins (care homes) : entre le 10 mars et le 1er avril, le NHS comptera 2137 décès en Angleterre. Le ministère de la santé a publié le 25 février un "COVID-19: guidance for social or community care and residential settings" qui indique que les maisons de soins doivent surveiller chaque résident asymptomatique deux fois par jour, et isoler ceux qui déclarent des symptômes. Au 2 avril les mesures prises se révélaient toujours insuffisantes.

En Italie, le système des "maisons de retraite" (case di riposo), régionalisé, est dominé par un manque de transparence et de réglementation, autour de 3000 "Istituti di cura e case di riposo" accueillant près de 250.000 personnes. La situation a été incontrôlable pendant les premières semaines de la crise de la covid-19. L'Institut supérieur de la santé a indiqué que plus de 6 000 personnes âgées étaient décédées dans ces centres (avec plus de 340 000 places) depuis le 1er février, quelle qu'en soit la cause : 40 % d'entre elles présentaient des symptômes tels que fièvre et toux, bien que moins de 1 000 d'entre elles aient été testées pour le coronavirus. Les chiffres indiquent qu'il pourrait y avoir jusqu'à 5 000 victimes, parmi celles qui présentaient des signes et qui étaient asymptomatiques, mais on ne le sait pas précisément et, jusqu'à présent, il n'y a pas eu de comptabilisation séparée. Les autorités italiennes enquêtent sur plus de 600 résidences sur l'ensemble du territoire et ont constaté que 17% d'entre elles présentent des irrégularités. L'un d'eux est le Pio Albergo Trivulzio, à Milan (Lombardie, nord), où 150 personnes âgées sont mortes de coronavirus, sur un total de 1 000 habitants.

En Allemagne, 800 000 personnes âgées vivent dans un système de maisons de retraite (Pflegeheim) régionalisé, le plus souvent lourdement médicalisé. Le taux de mortalité lié au Covid-19 en Allemagne est à date le plus bas d'Europe. L'Institut Robert Koch a reconnu le 22 avril qu'au moins 1 491 personnes étaient mortes dans des maisons de retraite et autres établissements de soins pour personnes âgées, soit environ un tiers de tous les décès signalés ce jour-là (le chiffre global est de 5 750 le 27 avril). La résidence Hanns-Lilje à Wolfsburg et la résidence St. Nicolas à Würzburg ont été les plus touchées avec au moins 65 résidents décédés. Ce n'est que le 24 mars que l'Institut Robert Koch a recommandé que les infirmières gériatriques présentant des symptômes de grippe soient testées, , 5 832 employés ont été infectés par le virus et 19 d'entre eux sont morts.

La Belgique, qui découvrit début mars qu'elle ne possédait plus aucun stock de masques, n'a pu que constater sur les 7 207 décès recensés le 27 avril, 53% vivaient dans ces établissements. Ces chiffres ont suscité des critiques et de l'agitation dans le pays: la Belgique est désormais le leader en termes de décès par million d'habitants dans le monde. Selon les données de la fédération des maisons de retraite, 12 % du personnel et 19 % des résidents ont été testés positifs lors des quelque 20 000 tests effectués jusqu'à présent. L'absence de tests et de masques est la principale plainte depuis le début de la crise sanitaire. L'armée participe à l'aide médicale et logistique de ces centres, qui comptent plus de 150 000 places, mais leur situation reste préoccupante.

En Espagne, quelque 375 000 personnes âgées vivent dans 5.417 maisons de retraite, un secteur qui emploie environ 175 000 personnes. Un exemple dramatique, les résidences de la Communauté de Madrid, 475 maisons de retraites abritant au moins 52000 personnes âgées, la mortalité a triplé en mars lors de l'épidémie de coronavirus, environ 3 000 personnes âgées, près de 6 %, mais le manque de kits de diagnostic a empêché toute estimation quant à l'impact réel du virus. En Catalogne, après le dramatique décès de 1 047 personnes en maison de retraite (sur un nombre total de décès de 3 041) et l'absence de remontée d'informations fiables, le gouvernement catalan a fait prendre le contrôle début avril de ces établissements (4.000 residencias de anciano) par le ministère de la santé. Le 11 avril, les médias espagnoles relaient un problème grandissant : les maisons de retraite et les hôpitaux, mais aussi tous les centres de santé sociaux sont devenus à date les principaux centres d'infection du coronavirus en Espagne. Le 12 avril, l'ONG Proactiva Open Arm prête ses volontaires pour réaliser des tests de masse dans les maisons de retraite catalanes. Les médias au 16 avril avanceront, à partir des chiffres données par les Communautés mais non consolidées : en Espagne, au moins 11 600 personnes ont péries dans des résidences de services sociaux, maisons de repos ou pour personnes handicapées, des suites d'un coronavirus ou de symptômes compatibles...

En France, entre le 10 mars et le 4 avril, la transparence relative à la situation des Ehpad est loin d'être avérée, soit plus de trois semaines sans réelle stratégie mise en oeuvre, après un défaut total d'anticipation : le bilan dépassera  les 6000 morts. La mortalité était très élevée principalement chez les personnes de plus de 65 ans, il aurait sans doute fallu renforcer les mesures de protection autour des plus vulnérables et laisser les autres continuer à vivre à peu près normalement, mais aucune autorité n'a eu cette réflexion. Idéologie technocratique oblige...

Depuis le 10 mars, l'épidémie de Coronavirus touche de plein fouet l’Ehpad Les Aiguerelles de Mauguio, près de Montpellier, un établissement de 86 résidents de plein fouet, 11 décès. Depuis le 12 mars, réitéré le 20 mars, des Ehpad remontent des cas confirmés et de nombreux décès parmi leurs pensionnaires, et le bilan s'alourdit dans les semaines qui suivent. Il faut attendre le 24 mars pour entendre le directeur de la Santé confirmer que les chiffres publiés quotidiennement ne prennent pas en compte les morts dans ces établissements. Il est  temps d’«aller plus loin», déclare le 28 mars le ministre de la Santé, dans la protection des «plus de 700.000 personnes âgées en perte d’autonomie», hébergées dans «plus de 7000» structures en France. Le 29 mars, directeur général de la Santé annonçait qu'un deuxième dispositif de surveillance de la mortalité allait être mis en place dès le 2-3 avril pour suivre la mortalité dans les Ehpad. Le même jour, le ministre de la Santé préconisait "aux établissements de type Ehpad d'aller vers un isolement individuel" pour chacun de leurs pensionnaires afin d' "aller plus loin" dans la protection des personnes âgées contre le coronavirus, et demander de "tester en priorité pour le virus le personnel qui travaille au sein des Ehpad". Le 31 mars, l'autorité sanitaire de la région du Grand Est déclarait que les deux tiers de ses 620 maisons de retraite avaient été touchés par la pandémie de coronavirus et que 570 résidents étaient décédés. Ce même jour, la ville de Nancy mettait en place un dépistage systématique par prise de sang des pensionnaires et du personnel d’un Ehpad municipal, tandis que le ministre de la santé expliquait qu'  "un dépistage de tous les gens qui travaillent dans les EPHAD n'apporterait pas l'exhaustivité nécessaire".

Les premiers chiffres des Ehpad remontent le 2 et 3 avril, 14 638 cas "confirmés ou possibles" de coronavirus et 1416 décès "rattachés à l'infection Covid-19" depuis le début de l'épidémie. Le 3 avril, l’administration des soins en Ehpad ainsi que les règles régissant la contention sont revues dans l’urgence, des mesures qui ne satisfont pas la demande d'humanité des familles concernées. Face à cette absence de réactivité des autorités sanitaires, nombre de salariés volontaires se sont confinés totalement avec leurs résidents dans des maison de retraite et leur ont ainsi sauvé la vie. Des associations ont offert des tablettes pour tenter de  briser la solitude des personnes âgées en Ehpad. Des initiatives locales pour compenser l'insuffisance d'une stratégie globale des pouvoirs publics. Et les chiffres s'imposent dramatiquement. Le 6 avril, alors que le ministre de la santé annonce lancer "une vaste opération de dépistage" dans les Ehpad, on comptabilise en France depuis le début de la crise, 3.237 décès dans les Ehpad et établissements médico-sociaux sur un total de 10.328 personnes mortes du Covid-19. Et le 15 avril, le chiffre ne cessera d'augmenter dramatiquement, sur 17167 décès en France, 6524 décès en ehpad..

Le Figaro du 9 avril commente et rassure les critiques alarmistes du pouvoir en place : "il faut rappeler qu’en dehors de toute crise, les Ehpad enregistraient 150.000 décès par an en 2015, soit le quart des personnes décédées en France, selon le dernier chiffre connu de la Drees. En temps normal, un établissement enregistre 2 à 3 décès par mois. Pour autant, les Ehpad ne sont pas les mouroirs que l’on présente souvent. Ce sont aussi des remparts contre l’épidémie pour des personnes âgées dépendantes, incapables de vivre seules, qui sont prises en charge par du personnel qualifié. Pour de nombreuses familles, démunies face à la maladie et le grand âge, c’est aussi une planche de salut." Alors pourquoi le gouvernement annonce-t-il seulement le 10 avril, après deux mois de pandémie et plus de 4000 morts, une campagne de dépistage massif qui serait lancée progressivement dans les Ehpad?  La raison invoquée pour avoir tarder, on ne pouvait auparavant tester que les trois premières personnes suspectées de Covid-19....

Dépistage et protection, mais aussi mesures de confinement, en Ehpad, la solitude tue autant que le Covid sinon plus : 

le 11 mars, le Gouvernement décide de la suspension intégrale des visites de personnes extérieures à l’établissement dans les établissements d’hébergement pour personnes âgées (EHPAD, USLD). Le 28 mars, le ministre de la Santé demande « aux EHPAD de se préparer à aller vers un isolement individuel de chaque résident dans les chambres ». Pourtant le 1er avril, le CCNE met en garde : "un renforcement des mesures de confinement pour les résidents des EHPAD et des unités de soins longue durée (USLD), voire des mesures de contention pour ceux dont les capacités cognitives ou comportementales sont trop altérées pour qu’ils puissent les comprendre et les respecter, ne saurait être décidé de manière générale et non contextualisée, tant la situation des établissements diffère". Il faudra attendre le 20 avril, soit pratiquement 20 jours pour qu'un décision tant soit peu humaine soit enfin prise par les autorités qui autorisent, sous certaines conditions les visites familiales...
Encore et toujours, le poids d'une idéologie technocratique habite les autorités, on pense communiquer, on pense être de part en part transparent, mais cette transparence est tout simplement de la vacuité, lenteur, incohérence, confusion, vacuité d'une présomption de supériorité que rien ne semble entamer, reste le bilan....

 

"Half of All Coronavirus Deaths in Some European Countries Are Happening in Care Homes" (Newsweek, 13 avril) En France comme au Royaume-Uni, l'absence de réactivité des gouvernants vis-à-vis des personnes âgées peuplant les "maisons de retraite" et de "soins" (residential and nursing homes, long-term care homes) est décrite par nombre de médias comme un scandale qui n'est que le résultat prévisible d'une  négligence à long terme du secteur des soins, aggravée par les coupes budgétaires. "L'âgisme profondément enraciné qui régit les politiques d'aide sociale doit être abandonné et les personnes âgées fragiles, dont des milliers meurent de froid chaque hiver, doivent être traitées comme des citoyens à part entière ayant droit à une aide sociale de qualité. Lorsqu'elles meurent, le moins que nous puissions faire est de compter leur nombre" (Alan Walker, Professor of social policy and social gerontology, University of Sheffield; "Hundreds of UK care home deaths not added to official coronavirus toll", Robert Booth, 9 avril, cité The Guardian).
Le 13 avril, L'International Long-Term Care Policy Network, un groupe de recherche universitaire basé à la London School of Economics, a montré que près de la moitié des décès dus au Covid-19 dans cinq pays européens, Italie (53%), Espagne (57%), France (44%), Belgique (42%) et Irlande (54%),  sont concentrés dans ces "établissements de vie". On peut y ajouter les Etats-Unis, le Canada, où, comme partout, le ratio fluctue d'une province à l'autre, mais les "long-term care homes" sont impliquées dans environ la moitié des 760 décès dans tout le pays. Ces chiffres, ces taux ne sont qu'indicatifs tant les données fournies par les autorités sont incomplètes pour ne pas dire absentes.

Au Royaume-Uni, près de 400 000 personnes âgées vivent dans de tels établissements, et des rapports récents suggèrent que deux tiers d'entre elles auraient l'infection à l'intérieur, et on estime qu'il y aurait à date plus de 4 000 décès. Le gouvernement britannique a demandé le 13 avril aux 1,5 million de personnes vivant en Angleterre les plus fragiles face à l’épidémie de nouveau coronavirus de rester confinées chez elles pendant trois mois.

Mais ces chiffres dramatiques, ces taux de mortalité, aussi froids que révoltants, ne vont pas cesser d'augmenter: il faudra y ajouter les effets collatéraux de la pandémie, accentuation fatale des maladies chroniques et des impacts psychologiques, de la solitude, de la lassitude. "Les maisons de soins sont des lieux où la distance physique est presque impossible..."

Le sujet est entièrement politique, l'attitude des gouvernements particulièrement choquante, en Espagne, par exemple, le pouvoir élude la question et s'en remet aux chiffres et actions des Communautés, en France le pouvoir dénie toute responsabilité, affirme transparence et justesse de l'action….

Et il faudra attendre le 20 avril, pour que les autorités françaises décident de gérer avec plus d'humanité les ehpad...

Une voix brisée - "Als Merkel über Pflegeheime spricht, bricht ihre Stimme", titre Die Welt, le 23 avril. Environ 800 000 personnes vivent dans des maisons de retraite et de soins en Allemagne, et ici comme ailleurs dans le monde, l'absence de mesures ou des mesures prises trop tard, le manque de personnel et l'absence d'équipements de protection ont entraîné des taux de mortalité élevés. Partout les mêmes erreurs ont été reproduites, et nombre de centres se sont transformés en pièges mortels (Deutsche Stiftung Patientenschutz). "They’re Death Pits’: Virus Claims at Least 7,000 Lives in U.S. Nursing Homes", titre le New York Times le 17 avril, environ un cinquième des décès par virus aux États-Unis sont liés aux établissements de soins, le virus a fait au moins 7 000 victimes dans les maisons de retraite américaines, chiffre largement dépassé par la France. "As many as half of European coronavirus deaths came from nursing homes", surenchérit l'OMS le 23 avril, "an unimaginable tragedy", et recommande un meilleur soutien pour les "long-term care workers" surchargés, sous-payés, et ne disposant pas d'un équipement de protection individuelle suffisant pour prévenir la propagation de la maladie....


Le pouvoir politique, thaumaturgie en temps de pandémie ..

Tous les pays occidentaux frappés par cette dramatique pandémie du Covid-19 révèlent de paradoxales attitudes, des personnels de santé et de services submergés par la vague et soutenus par une grande majorité de la population, et en contrepartie l'indifférence d'une grande partie de cette même population qui n'a pour seule préoccupation que d'entretenir un égocentrisme notoire : on cherche à fuir le confinement par tous les moyens, les plus aisés bien-entendu.... Mais la singularité de la France, parmi toutes les démocraties occidentales, est de laisser se développer une propagande d'Etat particulièrement forte, proche de cette ancestrale thaumaturgie du pouvoir médiéval... 

Une population confinée subit 24 heures sur 24 une mise en scène politique orchestrée et relayée par un ensemble de médias toutes consentantes : celle d'un président, grand timonier de la nation, labourant le terrain tant sanitaire qu'économique, chacun de ses gestes et chacune de ses paroles étant parfaitement orchestrés (visites surprise en CHU ou auprès de personnages médiatisés), repris au fil de commentaires infiniment légitimistes tant s'impose à tous la symbolique de l'unité nationale, symbolique de l'Etat omniscient chargé des mêmes vertus thaumaturges que nos rois de France ou d'Angleterre censés guérir les écrouelles par le toucher : ici, le président thaumaturge se charge non seulement du présent de nos existences, après s'être félicité de ses actions passées, sans l'ombre d'une contradiction, mais nous engage dans ce monde d'après dont il ne peut être que le guide suprême… Perdus dans le drame, les incohérences et les contradictions délivrées heure par heure par le tissu médiatique, ou se repliant sur un égocentrisme sans borne, l'opinion ne dit mot, et consent, comme au temps de La Boétie, et que peut-elle dire d'autre...

Le Premier ministre britannique, atteint par le Covid-19 et qui sort de l'hopital après une semaine de soins intensifs le 12 avril, incarne plus que tout autre la figure du dirigeant politique qui absout ainsi dans sa "chair" toutes ses contradictions de gestion de la pandémie...
L'Histoire a déjà vécu cette intrigue : ainsi, la peste noire qui s’est abattue sur l’Europe au XIVe siècle et qui a ravagé la société médiévale, décimant plus d'un un tiers de la population mondial, a débouché sur un renforcement des institutions, de la royauté, de l'Etat, et une montée des individualismes avec l'apparition des portraits, encore et toujours la question du consentement au pouvoir qui se joue dans les selfies de notre existence, nous pensions être en démocratie...

Pour terminer cette recension de la "parole politique" vécue sur les mois de mars et d'avril - au mois de mai s'ouvre un nouveau chapitre consacré à l'espoir d'une levée du confinement dans tous les pays -, reprenons le discours du président français du 13 avril, un discours salué par beaucoup de commentateurs et d'opposants modérés comme la meilleure des quatre allocutions sur cette période. On veut y reconnaître un mea-culpa, une remise en question de l'action politique jusque-là entreprise, mais c'est mal connaître la nature profonde d'une idéologie technocratique qui ne peut s'imaginer s'être fourvoyé tant les chiffres parlent d'eux-mêmes, tant la transparence vaut évidence....
Ainsi s'établissent tout d'abord les premières lignes d'une justification qui vaut absolution, rythmé par deux fois, oublieux des chronologies, des incohérences, des contradictions passées...

Première évocation, un aveu de non préparation qui en fait n'est plus aveu puisque compréhensible et totalement justifiable, l'opinion n'avait sans doute rien compris : "Alors, étions-nous préparés à cette crise ? A l'évidence, pas assez mais nous avons fait face en France comme partout ailleurs. Nous avons donc dû parer à l'urgence, prendre des décisions difficiles à partir d'informations partielles, souvent changeantes, nous adapter sans cesse, car ce virus était inconnu et il porte encore aujourd'hui beaucoup de mystères..." 
Deuxième évocation de la justification, un "Soyons honnêtes" conclu par le fameux "Dès l'instant où ces problèmes ont été identifiés, nous nous sommes mobilisés", mais c'est bien le moment de cet "instant" qui pose problème politique :  "Le moment, soyons honnêtes, a révélé des failles, des insuffisances. Comme tous les pays du monde, nous avons manqué de blouses, de gants, de gels hydro alcooliques. Nous n'avons pas pu distribuer autant de masques que nous l'aurions voulu pour nos soignants, pour les personnels s'occupant de nos aînés, pour les infirmières et les aides à domicile. Dès l'instant où ces problèmes ont été identifiés, nous nous sommes mobilisés - Gouvernement, collectivités locales, industriels, associations - pour produire et pour acquérir le matériel nécessaire."
Ensuite, s'accentue un premier moment de reproche à l'égard de l'opinion, nous n'avons pas étant en capacité d'entendre, de comprendre, en fait les reproches sont totalement infondés, on pourrait noter que plus les décisions sont tardives plus on accroît les risques de ne pouvoir s'approvisionner dans les délais : "Mais je mesure pleinement que, lorsque l'on est au front, il est difficile d'entendre qu'une pénurie mondiale empêche les livraisons. Les commandes sont désormais passées. Surtout, nos entreprises françaises et nos travailleurs ont répondu présent et une production, comme en temps de guerre, s'est mise en place : nous avons réouvert des lignes pour produire et nous avons réquisitionné. D'ici trois semaines, nous aurons, imaginez-le, multiplier par cinq la production de masques pour nos soignants en France et nous aurons produit 10 000 respirateurs supplémentaires de plus sur notre sol. Ces respirateurs si précieux en réanimation. Grâce à ces efforts, nous saurons faire face et nous allons continuer à distribuer davantage d'équipements."
La séquence s'achève par une menace à peine voilée, le pouvoir, irréprochable, - la supposée remise en question de soi-même a totalement disparu - , saura sanctionner  "Mais comme vous, j'ai vu des ratés, encore trop de lenteur, de procédures inutiles, des faiblesses aussi de notre logistique. Nous en tirerons toutes les conséquences, en temps voulu, quand il s'agira de nous réorganiser." Tirer les conséquences est une constante des discours du président français….
Enfin, la plus singulière des phrases, qui sans doute en dit long sur l'inconscient qui structure tout ce discours, "ces dernières semaines, soyons aussi justes avec notre pays". Mais pourquoi faut-il être "juste" envers le pays, avons-nous quelle doute sur la "justesse" de l'opinion, l'ambiguïté encore et toujours ... : "Ces dernières semaines, soyons aussi justes avec notre pays, ont été marqué par de vraies réussites  : le doublement du nombre de lits en réanimation, ce qui n'avait jamais été atteint, les coopérations inédites entre l'hôpital, les cliniques privées et la médecine de ville, le transfert de patients, vers les régions les moins touchées, mais aussi vers le Luxembourg, la Suisse, l'Allemagne et l'Autriche, que je remercie, la mise en place de l'enseignement à distance, l'organisation de chaînes de solidarité dans nos communes, la réussite de tous ceux qui nous ont nourris durant ces semaines sans rupture, avec engagement, le rapatriement de plusieurs dizaines de milliers de ressortissants français et européens depuis des pays du monde entier et le soutien aux Français de l'étranger.... "

 En France, au 13 avril, le bilan s'élève à 13 832 morts des suites du Covid-19, si le nombre de patients en réanimation est en baisse, 353 morts supplémentaires ont été comptabilisés en milieu hospitalier, portant au total le bilan à 8 943 personnes mortes depuis le 1er mars. Le bilan concernant les établissements d’hébergement pour personnes âgées dépendantes (Ehpad) et les établissements médico-sociaux s’élève désormais à 4 889 morts. On compte 93 790 personnes contaminées depuis le début de l’épidémie (3 114 de plus qu’hier)...

Le parti soutenant le président français exprime quant à eux leur satisfecit après la prise de parole de M. Macron. « Le président a prononcé le discours que l’on attendait, parce qu’il a répondu très concrètement aux questions qui préoccupent les Français, avec beaucoup d’humilité et de lucidité. Il a tenu un discours de vérité sans rien masquer des difficultés que nous avions eues et en disant exactement ce que nous savons à ce stade et ce que nous ignorons encore », à chacun de juger...

Vendredi 17 avril, 14% des Français, 17% des personnels hospitaliers et 19% des infirmières savent ou pensent qu’ils ont été infectés par le Covid-19…. Selon cette enquête  Odoxa-MNH pour Le Figaro et France Info, pour les en protéger, les Français ne font confiance, ni au ministère de la santé (51% de défiance), ni au gouvernement (64% de défiance). Plus des trois-quarts des Français (76%) comme des professionnels hospitaliers (81%) estiment que l’Etat a failli dans sa gestion de l'épidémie...

Enfin, alors que s'amorce difficilement une stratégie de déconfinement, il semble évident qu'un autre monde est à concevoir. Le 16 avril, le président français déclarait au Financial Times que la France, avec cette pandémie, était en train de « faire l’expérience de sa vulnérabilité » et que la leçon à tirer, c’est qu’il faut désormais mettre au premier plan « l’agenda éducatif, sanitaire et climatique ». Propos singuliers. Le Journal Le Monde, le 25 avril, analysant le "Fiasco français" relatif aux tests, ajoutait qu'il était désormais "indéniable que, depuis le début de la crise, la France est apparue en retard de deux guerres. Elle a d’abord dû faire face à une pénurie de masques, que les pouvoirs publics ont, dans un premier temps, tenté de nier". C'est bien la vulnérabilité de l'idéologie technocratie que portait le président français qui apparaît en pleine lumière...

"Il est très difficile de sortir du gouvernement de la peur. Depuis le début de la crise, l'exécutif a joué de ce ressort, faire peur aux gens, pour obtenir la discipline, à défaut d'être capable de proposer une attitude individuelle responsable en l'absence de masques et de tests. Ajoutons que les médias ont joué un rôle de renforcement anxiogène. Ils étaient dans leur élément : une cause sensationnelle, émotionnelle et consensuelle... La voie royale ! Ils s'y sont engouffrés, avec un martèlement de chiffres absolus donnant l'impression d'une immense catastrophe en cours, sans fournir les éléments de proportion qui auraient permis de relativiser les choses...." (Marcel Gauchet, L'Express, 8 mai 2020)...


Les Pays-Bas
"What I hear around me, is that people are glad that they are treated as adults, not as children" (Mark Rutte) - Après la confirmation du premier cas fin février, le gouvernement de coalition s'est efforcé de contenir aux Pays-Bas la propagation du virus, porte d'entrée commerciale du plus grand port d'Europe. Face au Covid-19, il a été décidé d'adopter un "verrouillage intelligent" (intelligent lockdown), ou "ciblé" (targeted lockdown) selon lequel si une personne dans une maison présente des symptômes légers, tout le monde doit y rester; à cela se sont ajoutées, le 13 mars, la fermeture des bars, des restaurants et des cannabis cafes, la fermeture des écoles, le 15 mars, et la distanciation sociale recommandée, le rassemblements de plus de deux personnes autorisé. Voulant éviter les mesures plus strictes des États voisins, les Pays-Bas ont ainsi mis en place une stratégie qui rappelle celle du Royaume-Uni en matière d'immunité collective, mais qui reflète une société très individualiste habituée à une culture médicale non interventionniste, du berceau à la tombe. Et le gouvernement entend aussi amortir les coûts sociaux, économiques et psychologiques de l'isolement social et rendre plus gérable le retour éventuel à la normale.
Le 16 mars, quelque sept millions de personnes ont écouté le discours à la nation du premier ministre et ont semble-t-il apprécié un ton qui a su éviter la rhétorique Churchillienne tout en ne cachant rien des difficultés à venir. Sa gestion de la crise semble le positionner parmi les icônes politiques du pays (Willem Drees, Ruud Lubbers, Johan Thorbecke).
Mais le nombre de décès aux Pays-Bas semble relativement élevé pour une population de 17,2 millions d'habitants. La Belgique voisine, qui a une population plus faible (11,4 millions) et un régime de fermeture plus strict, atteint toutefois un taux de mortalité aussi élevé. Disposant de 1600 lits opérationnels dans les unités de soins intensifs, les Pays-Bas se sont efforcés d'augmenter leur capacité hospitalière pour faire face à quelque 18000 déclarées atteintes du virus (20814 en Belgique), plus de 7000 hospitalisations, 1766 décès (1632 en Belgique) depuis le début de la crise. Mais comme tous les pays, les Pays-Bas s'interrogent sur la nécessité d'appliquer des mesures plus strictes face à des milliers de personnes qui envahissent parcs et plages dès les premiers rayons de soleil... 
Depuis le 6 avril, pour aider les responsables à décider éventuellement de la levée partielle du "verrouillage intelligent", le nombre de tests de dépistage des coronavirus effectués aux Pays-Bas va considérablement augmenter et  l'institut de santé publique RIVM lancer un projet pour déterminer l'étendue de la propagation du virus. Si jusqu'à présent, les tests ne s'appliquaient qu'au personnel hospitalier et aux patients présentant des symptômes graves, ceux-ci  vont s'appliquer au personnel hospitalier dans des centres d'accueil, infirmières à domicile et personnel des maisons de retraite. 4 000 tests par jour sont actuellement effectués dans les laboratoires, mais ce chiffre est porté à 17 500 et pourrait être porté à 29 000 si nécessaire.
Les habitants des Pays-Bas ont toujours été sensibles à la lutte contre le changement climatique, et si la crise du coronavirus est venue modifiée leurs préoccupations, de nombreuses enquêtes d'opinion montrent , pour une grande majorité d'entre eux, cette pandémie peut constituer une opportunité de reconstruire le pays de manière plus durable (I&O Research)...

Enfin, au sein même de l'Union européenne, le ministre néerlandais des Finances, démocrate-chrétien et grand rival du premier ministre actuel, est de ceux qui se demandent pourquoi certains Etats membres n'ont pas de marge budgétaire pour affronter la crise sanitaire actuelle...


Suède
"It is important to have a policy that can be sustained over a longer period, meaning staying home if you are sick. Locking people up at home won’t work in the longer term. Sooner or later people are going to go out anyway" (Anders Tegnell) - La Suède est un des rares pays d'Europe à ne pas mettre en oeuvre de stratégie de confinement pour faire face à la pandémie du Covid-19, une décision qui semblait faire plus débat au niveau des experts, médecins et médias qu'au niveau des partis politiques. La situation reste toutefois tendu, le gouvernement social-démocrate et les oppositions surveillent en permanence le taux de mortalité et le différentiel d'évolution de la contagion avec ses voisins, le Danemark, la Norvège et la Finlande : ce taux, par million d'habitants, est de 37 en Suède, contre 28 au Danemark, 12 en Norvège et 4,5 en Finlande, des pays qui, moins populeux (5M), ont adopté des mesures de confinement strictes, fermant les frontières, les écoles et les magasins non essentiels, tandis que  la Finlande isolait sa principale zone urbaine autour d'Helsinki. La communauté scientifique suédoise est particulièrement partagée et la situation de Stockholm sujet de toutes les attentions, les semaines à venir pourrait modifier la stratégie initiale...
Jusque-là les citoyens âgés de 70 ans ou plus étaient encouragés à rester chez eux, mais tous les autres pouvaient sortir, à condition d'éviter les déplacements inutiles et travailler le plus possible à domicile, et respecter une certaine distanciation sociale dans les cafés ou les restaurants. Les lycées ont été fermés et les rassemblements de plus de 50 personnes interdits, mais le Premier ministre a préféré s'en remettre au sens des responsabilités civiques des Suédois, "chacun est responsable de son propre bien-être, de celui de ses voisins et de sa propre communauté locale". Le gouvernement ne parlait pas de stratégie d'immunité collective mais cherchait plutôt à garantir une propagation suffisamment lente de l'infection pour que les services de santé ne soient pas débordés dans un pays qui se caractérise par l'une des plus faible densité de population en Europe mais ne possède que 526 lits en soins intensifs, soit le chiffre le plus bas des pays de l'OCDE. La Suède, qui testé environ 36 000 personnes, pour la plupart des personnes nécessitant des soins hospitaliers, a d'autre part annoncé le 31 mars qu'elle allait engager une campagne de tests  nationale  en se concentrant dans un premier temps sur les travailleurs de la santé et les autres personnes occupant des postes clés...


Les USA
Au début du mois de mars, avec des tests extrêmement limités, seuls 70 cas avaient été signalés aux États-Unis, la plupart liés à des voyages à l'étranger. Au 12 avril, les Etats-Unis comptent le plus grand nombre de cas atteints du Covid-19 , 560.000 personnes ont été testées positives, plus de 22 000 personnes sont aujourd'hui décédées, le nombre de décès a augmenté de plus de 2 000 en un seul, plus de 82.000 sont hospitalisés. Alors que les gouverneurs de tout le pays cherchent des respirateurs, les Américains sont invités à se couvrir leur visage en public, les centres de convention et Central Park ont été transformés en centres médicaux de fortune et de nombreuses églises ont célébré Pâques sans se réunir en personne. Pour la première fois depuis la guerre de Corée, le Pentagone utilise The Defense Production Act pour augmenter la production par l'armée américaine de masques N95 de plus de 39 millions. Mais l'immunologiste et directeur du National Institute of Allergy and Infectious Diseases qui conseille le président américain pense que les nouveaux cas semblent approcher de leur pic et que le taux d'hospitalisation est en baisse...

Aucun État n'a été plus touché que New York, qui représente près de la moitié des décès liés aux coronavirus dans le pays et où de nouveaux cas continuent d'être signalés chaque jour par milliers. Les images insoutenables de drones montrant des corps enterrés sur l'île de Hart à New York, le 9 avril, ont fait le tour de la planète. Les hôpitaux étant à bout de souffle et les équipements médicaux en nombre insuffisant, l'État s'est tourné vers l'Oregon et la Chine pour l'envoi d'urgence de ventilateurs. On compte au 12 avril, dans la ville même (8M4 habitants), 103,208 cas et 6,717 décès, plus de 188.000 dans l'Etat pour plus de 9000 décès, et 33.000 hospitalisations. Les écoles de la ville de New York ne rouvriront pas cette année scolaire. Les entreprises restent fermées.  Le New Jersey est le deuxième plus grand nombre de cas connus dans le pays. Les zones urbaines et suburbaines de la plus grande partie du Midwest (Chicago, Detroit), largement épargnées par les premières semaines de propagation du virus en Amérique, ont été confrontées à une augmentation du nombre d'infections. Comme dans une grande partie du pays, les Afro-Américains ont été infectés à un taux disproportionné. Dans le Michigan, où moins de 15 % des résidents sont noirs, 40 % de ceux qui sont morts du virus étaient afro-américains (des siècles de disparités sanitaires..). La Nouvelle-Orléans, qui " a connu l'enfer et les hautes eaux", voit se propager un virus invisible qui commence à se répandre en Louisiane. Dans la région de la baie de Californie, où des règles strictes de distanciation sociale ont été mises en place au début de la pandémie, de nombreux nouveaux cas ont continué à être signalés, mais sans les pics extrêmes observés dans des endroits comme Detroit et New York. Dans la San Francisco Bay Area, le taux de nouvelles infections a été assez stable, avec une moyenne de quelques dizaines par jour depuis le 22 mars., et tout le monde est en attente de pouvoir réaliser des tests de masse. "Nous avons besoin de tests de coronavirus à grande échelle pour revenir à un semblant de normalité", a déclaré le maire de New York sur Twitter. "Nous ne pouvons pas y arriver seuls - Washington doit agir". 

Le nombre de morts est désormais un rappel solennel pour nombre de médias de l'incapacité de l'administration Trump à se préparer pendant les mois clés de janvier et février, alors qu'elle connaissait la menace d'une pandémie dès novembre. "It is what it is", répond le directeur du NIAID qui commente quotidiennement les nouvelles relatives à la pandémie et qui le 21 février conseillait aux États-Unis de s'orienter vers une distanciation sociale agressive même si cela perturberait l'économie et des millions de vies américaines (New York Times). 

"Une mauvaise saison de grippe est généralement suffisante pour mettre à rude épreuve les services de santé américains" (Jeremy Konyndyk) - Il est courant que l'on puisse s'étonner (ou dénoncer) de l'attitude des États-Unis  tout au long de cette pandémie, les difficultés de ses dirigeants notamment à accepter la réalité de la menace puis à y répondre, inacceptable, écrit-on, pour le pays le plus riche du monde et le foyer de certains de ses plus brillants esprits scientifiques. Les États-Unis, avec 330 millions d'habitants, sont la troisième nation la plus peuplée, ce qui signifie qu'ils ont un grand potentiel pour que le virus se propage plus que l'Italie ou l'Espagne, de plus le territoire est morcelé en Etats de comportements différents et les inégalités suffisamment criantes pour accentuer les effets d'une propagation brutale. Le pays devenu en quelques brèves semaines l'épicentre mondial de la crise, offrant aux médias du monde le pire comme le meilleur, ce qui ne déplaît trop à ces rivaux ancestraux, la Chine et la Russie. Mais faut-il rappeler les 100.000 morts provoqués à la fin des années 1960s par la grippe de Hong Kong (Hong Kong flu), qui tua par ailleurs 1 million de personnes dans le monde. On estime que la pandémie Covid-19 qui devrait faire des dizaines de milliers de victimes américaines...
Ici, mais pas plus qu'ailleurs, le traitement de la pandémie prend aussi des allures de thérapie politique. Elle surgit de plus dans un contexte très particulier, la nouvelle administration Trump se targue d'une économie en redressement spectaculaire qu'il est impensable de laisser sombrer, et d'autre part, voulant se distinguer de son prédécesseur, il a opéré une réduction considérable de la bureaucratie en 2018, générant une désorganisation massive : et ce sont certaines des agences, parmi les plus touchées qui sont celles chargées de répondre aux crises de santé publique. Enfin, exemple significatif, l'Agence américaine pour le développement international (USAID) avait lancé une initiative en 2009 (Predict) visant à former des scientifiques en Chine et dans d'autres pays afin de détecter une menace comme le coronavirus et de s'y préparer, travaillant ainsi avec 60 laboratoires étrangers différents, dont celui de Wuhan qui a identifié le coronavirus à l'origine de la COVID-19 : le programme s'est arrêté en septembre, faute de financement, soit environ deux mois avant que le nouveau coronavirus ne commence à se répandre en Chine....

Le président américain a donc été remarquablement lent à réagir à la pandémie, sa priorité nettement affichée étant de travailler sur un plan strictement politique, la priorité absolue : sa réélection, le mardi 3 novembre 2020. Et un trait de caractère particulier : "his faith in his own instincts". En janvier et février, son administration n'a pas vu l'intérêt politique de prendre les devants. Dès le mois de janvier, les responsables des services de renseignement américains ont commencé à alerter Trump sur un risque de pandémie (Washington Post). Le 20 janvier, un homme de 35 ans de l'État de Washington qui s'était récemment rendu à Wuhan, en Chine, est devenu le premier cas du nouveau coronavirus aux États-Unis. "Nous l'avons totalement sous contrôle", a déclaré le président Donald Trump dans une interview accordée à CNBC deux jours plus tard. "C'est une personne qui vient de Chine. Nous l'avons sous contrôle. Tout va bien se passer". Le 29 janvier, les risques potentiels d'une pandémie de coronavirus, jusqu'à un demi-million de morts et des billions de dollars de pertes économiques, étaient connus. "The Coronavirus is very much under control in the USA", réitère le président américain le 30 janvier.
Le 10 février, les États-Unis avaient enregistré 12 cas confirmés, mais la Maison-Blanche continuait à assurer au public que le pays était "en pleine forme" et que le virus "disparaîtrait" d'ici avril (“when it gets a little warmer, it miraculously goes away”). Le président se concentrait alors sur le contrôle de ses message, la protection des acquis économiques et la mise en garde des hauts fonctionnaires.  Le virus risquait aussi remettre en question les négociations commerciales avec la Chine, question qui fut par la suite transformée en désir de marquer des points contre Pékin. Le 24 février, le président twittait : "The Coronavirus is very much under control in the USA. We are in contact with everyone and all relevant countries. CDC & World Health have been working hard and very smart. Stock Market starting to look very good to me!". Le 29 février, les États-Unis annonçait leur premier décès lié à COVID-19, "a Washington state man in his 50s who had underlying health conditions", le monde recensait plus de 86.000 cas...

Le 9 mars, la Bourse de New York a subi sa pire baisse en un jour en plus de dix ans.Trump twitte : “So last year 37,000 Americans died from the common Flu. It averages between 27,000 and 70,000 per year. Nothing is shut down, life & the economy go on. At this moment there are 546 confirmed cases of CoronaVirus, with 22 deaths. Think about that!” (Rien ne s'arrête, la vie et l'économie continuent). Le 11 mars, le jour même où l'Organisation mondiale de la santé déclarait la pandémie, que l'Italie sombrait progressivement, que les Etats-Unis comptaient 1 000 cas et 28 décès, le président annonçait des restrictions sur les voyages en provenance d'Europe. Un sentiment d'incrédulité domine encore. Il a finalement accepté, à la mi-mars, de recommander la distanciation sociale dans tout le pays, une décision qui lui a d'autant plus coûté qu'elle a eu pour effet de paralyser une grande partie de l'économie, intégrant malgré lui la nécessité d'une inflexion ("cheerleader for the country"). Entretemps, le Dr. Deborah L. Birx, l'élégante et persuasive  coordinatrice mondiale du sida aux États-Unis, avait rejoint la task force qui tentait de convaincre la Maison-Blanche.

Le 13 mars, l'épidémie de COVID-19 aux États-Unis constitue une "national emergency"  : "The Secretary of HHS may exercise the authority under section 1135 of the SSA to temporarily waive or modify certain requirements of the Medicare, Medicaid, and State Children’s Health Insurance programs and of the Health Insurance Portability and Accountability Act Privacy Rule throughout the duration of the public health emergency declared in response to the COVID‑19 outbreak...". Le 16 mars, le président conseille aux Américains de s'isoler pendant 15 jours, et le 19, promulgué une loi prévoyant des congés maladie payés et des tests gratuits pour lutter contre les coronavirus. Le 26 mars, les États-Unis fugurent désormais en tête du classement mondial des cas de coronavirus, le président prolonge les mesures de distanciation sociale jusqu'au 30 avril, tandis que les gouverneurs remontent des pénuries en tests. Et c'est le 30 mars que le président met en garde contre le risque d'atteindre de 100 000 à 240 000 morts au cours de cette pandémie. Le 8 avril la Maison Blanche fait pression sur l'Organisation mondiale de la santé pour sa négligence et menace suspendre ses financements.

Le 12 avril, le président américain approuve une déclaration de catastrophe pour le Wyoming, le dernier Etat à mettre en place des mesures d'urgence. Pour la première fois dans l'histoire américaine, les 50 États font simultanément l'objet d'une déclaration fédérale de catastrophe (under federal disaster declarations)....