Jane Austen (1775-1817) - Maria Edgeworth (1767-1849) - Walter Scott (1771-1832) - John Constable (1776-1837) - John Sell Cotman (1782-1842) - Thomas Lawrence (1769-1830) - Henry Raeburn (1756-1823) - Robert Burns (1759-1796) - David Wilkie (1785-1841) ...

Last update 12/18/2016 

Between the 18th and 19th centuries, as romantism entered the literary scene, two new genres were born in England: the "novel of morals", which, far from the excesses of passion, plunged its gaze into the attitudes and behaviours of "good society", the authors of which were overwhelmingly women.... and in the faraway Scotland, the"historical novel", which will reach all of Europe... Entre los siglos XVIII y XIX, cuando el romanticismo entró en la escena literaria, nacieron en Inglaterra dos nuevos géneros: la "novela de la moral", que lejos de los excesos de la pasión, sumergió su mirada en las actitudes y comportamientos de la "buena sociedad", cuyos autores eran predominantemente mujeres.... y en la lejana Escocia, la"novela histórica", que llegará a toda Europa...

George III (1738-1820) monte sur le trône en 1760 et affronte les débuts de la révolution industrielle, celle des villes où s'amasse une population misérable, les actes d'enclosure qui font disparaître la petite propriété rurale et la classe des cultivateurs libres au profit des grands domaines, la perte des colonies de Nouvelle-Angleterre, menant à la création des États-Unis, de longues guerres contre la révolution française, puis l'empire napoléonien. William Pitt le Jeune (1759-1806) domine de sa personnalité toute cette période. En 1811, la folie du roi amène la création d'une régence en faveur de son fils aîné, le futur George IV.
Entre le XVIIIe et le XIXe siècles, alors que les romantismes entrent au devant de la scène littéraire, deux genres nouveaux viennent à naître, en Angleterre, le "roman des moeurs", qui, loin des débordements passionnels, plonge son regard dans les attitudes et les comportements de la "bonne société", et dont les auteurs sont en grande majorité des femmes... et dans la lointaine Ecosse, le '"roman historique", qui va gagner toute l'Europe ..

(Gilbert Stuart - 1804 - Elizabeth Patterson Bonaparte)

 

John Constable - circa 1809 - East Bergholt House  - Tate Britain - London.

 

Jane Austen (1775-1817)
Loin des agitations révolutionnaires et des guerres napoléoniennes qui déchirent alors le continent et des romantismes qui s'emparent du paysage littéraire, loin des drames, du pittoresque  ou des histoires touffues que goûtent tant les lecteurs de son temps, Jane Austen porte un regard réaliste et simple, sans remise en question mais sans complaisance, sur la vie quotidienne, sentimentale, de la petite noblesse provinciale du Royaume-Uni du début du XIXe siècle.

Dans "Orgueil et préjugés" (1813), Jane Austen résume toute la superficialité de la société qui s'impose alors : "Pourquoi sommes-nous sur terre, sinon pour fournir quelque distraction à nos voisins, et en retour, nous égayer à leurs dépens?" ("For what do we live, but to make sport for our neighbours, and laugh at them in our turn?")
Septième enfant et seconde fille de pasteur, ayant vécu toute sa vie dans le comté d'Hampshire (Steventon), sur la côte sud de la Grande-Bretagne, en face de l'île de Wight. Jane Austen mène à l'ombre de ses frères une vie de vieille fille rangée, sans évènements marquants, dévorant tous les auteurs d'une époque qui mêle sentimentalisme et réalisme social : Samuel Richardson (1689-1761), Samuel Johnson (1709-1784), Henry Fielding (1707-1754), Charlotte Lennox (1730-1804). En 1795, après de nombreuses tentatives littéraires, elle se lance dans un roman épistolaire intitulé "Elinor et Marianne", qui devient en 1811, révisé, "Raison et sentiments" (Sense and Sensibility), puis son chef d'oeuvre, "Orgueil et préjugés" (Pride and Prejudice, 1813), "Mansfield Park" (Mansfield Park, 1814), "Emma" (Emma, 1816). "Northanger AbbeyNorthanger Abbey", écrit en 1803, et "Persuasion" seront publiés à titre posthume en 1818. "The Watsons", enfin, est un roman inachevé dont Jane Austen débuta la rédaction en 1804. Peu connue du grand public, la reconnaissance littéraire de Jane Austen ne prendra effet qu'au début du XXe siècle.

 

Dans sa campagne anglaise, façon Constable, la gentry vit hors des agitations de l'histoire et n'a pour seules préoccupations, l'amour, la consolidation des fortunes familiales, l'élévation sociale par le mariage. Jane Austen, installée à Bath, qu'elle n'aimera guère, depuis 1801, retrace ainsi avec une technique narrative très fine, mais non sans ironie, la naissance du sentiment amoureux, les hésitations, les élans du coeur. Si à l'ombre des préjugés et des conventions, les intrigues se nouent et se dénouent sans tragédie excessive, bien des vanités et bien des illusions s'écroulent lorsque les personnages ouvrent enfin les yeux sur leurs propres illusions : "There are few people whom I really love, and still fewer of whom I think well. The more I see of the world, the more am I dissatisfied with it; and every day confirms my belief of the inconsistency of all human characters, and of the little dependence that can be placed on the appearance of merit or sense" (Pride and Prejudice).

(Adèle Romany - 1807 - A family portrait in a river landscape)

A la veille des révolutions industrielles et économiques qui bouleverseront les peuples et les consciences individuelles, et alors que les échos de Waterloo et Trafalgar annoncent la montée en puissance de l'empire britannique, Jane Austen décrit une société qui influence fortement les individus par les conventions sociales, et dans lequel la femme ne peut sauver sa fortune, et donc sa liberté, que par le mariage, "the road to marital bliss" qu'elle n'emprunta jamais.

Si ses héroïnes sont toutes soumises aux contraintes et aux influences sociales de leur époque, Jane Austen les dépeint avec une infinie subtilité : Fanny Price (Mansfield Park), traitée en parente pauvre,  est douce et bonne; Elinor Dashwood (Raison et Sentiments), fait passer les devoirs avant les sentiments; Marianne Dashwood (Raisons et Sentiments) donne libre cours à toutes ses émotions; Anne Elliot (Persuasion) montre le visage de la femme bouleversée par le retour de son ancien amour; Catherine Morland (L'Abbaye de Northanger) se prend littéralement pour une héroïne gothique; enfin, Emma Woodhouse (Emma) joue les entremetteuse mais ignore les sentiments de ses protagonistes...

 

“I had not seen "Pride and Prejudice," till I read that sentence of yours", écrira Charlotte Brontë : "and then I got the book. And what did I find? An accurate daguerreotyped portrait of a common-place face; a carefully fenced, highly cultivated garden, with neat borders and delicate flowers; but no glance of a bright, vivid physiognomy, no open country, no fresh air, no blue hill, no bonny beck. I should hardly like to live with her ladies and gentlemen, in their elegant but confined houses.”

 

L'Abbaye de Northanger (Northanger Abbey, 1803)
Catherine Morland [Northanger Abbey] est l'un des trois romans majeurs que Jane Austen écrivit avant sa vingt-cinquième année et qui n'a été publié qu'en 1818, un an après sa mort. C'est l'histoire d'une jeune et naïve provinciale de bonne famille envoyée à Bath prendre les eaux, pour faire l'apprentissage du monde, et qui interprète tout ce qui l'entoure à travers Les Mystères d'Udolphe de Mrs. Radcliffe, alors qu'elle se lie d'amitié avec la jeune et inconstante Isabelle Thorpe et son frère, le présomptueux John qui se pose rapidement en prétendant de Catherine. Elle y rencontre également Henry Tilney et sa charmante soeur Eléonore. Catherine n'est pas insensible au charme de Henry. Aussi, quand le père d'Henry invite Catherine à passer quelques jours dans sa maison, elle est au comble du bonheur ...

 

Raison et sentiments (ou Le Coeur et la Raison) (Sense and Sensibility, 1811)
"The more I know of the world, the more I am convinced that I shall never see a man whom I can really love. I require so much!", écrit ici Jane Austen.  "Sense and Sensibility est le premier roman que publia Jane Austen (1811). Le livre procède, si l'on considère le titre, d'une opposition entre deux traits fondamentaux : le bon sens et la sensibilité, qui seraient incarnés par deux sœurs, Elinor et Marianne. Mais l'une et l'autre sont bien pourvues de ces deux qualités, si Elinor possède plus de jugement, et si Marianne, en adepte du romantisme, a tendance à cultiver les élans de sa sensibilité. Notamment lorsqu'elle tombe aveuglément amoureuse du héros de ses rêves, Willoughby, un homme superficiel, tourné vers l'argent, qui va la décevoir profondément. La sage, la raisonnable Elinor, qui l'avait mise en garde, avait-elle donc raison? Et le secret du bonheur serait-il dans l'usage du jugement? C'est l'être isolé affrontant la société, qu'analyse Jane Austen. La raison consiste à s'ajuster au monde, et non à le braver, à observer des règles qu'on ne peut changer, plutôt qu'à cultiver des rêves et des états d'âme condamnés à rester sans réponse. " (Gallimard)

 

"Marianne Dashwood was born to an extraordinary fate. She was born to discover the falsehood of her own opinions, and to counteract, by her conduct, her most favourite maxims."

 

"Marianne Dashwood était venue au monde pour jouir d'un destin extraordinaire. Elle était née pour découvrir la fausseté de ses propres opinions et pour contredire par sa conduite ses maximes les plus chères"

 



Orgueil et préjugés (Pride and Prejudice, 1813)
"A lady's imagination is very rapid; it jumps from admiration to love, from love to matrimony in a moment", écrit ici Jane Austen. "Orgueil et préjugés est le roman le plus populaire de Jane Austen. L'histoire en est simple : Elizabeth Bennet, qui se croit dédaignée par Darcy, jeune homme riche et hautain, s'amourache d'un bel officier, Wickham.Au roman sentimental et de coup de foudre, Jane Austen substitue celui qui décrit l'évolution d'une psychologie plus complexe, où se mêlent la raison, le sentiment de gratitude, la méfiance à l'égard des «premières impressions». L'abondance des menus événements fait l'un des charmes du roman britannique. Elle se combine avec la finesse d'une analyse entièrement intégrée à la description du comportement, et avec un humour discret, mais toujours présent. " (Gallimard) Fière de ses privilèges et de son rang social, Mrs. Bennett, mère de cinq filles, veut à tout prix les marier... Elle n'hésite pas à faire la cour à son nouveau voisin, Mr. Bingley, jeune homme riche qu'elle aurait aimé donner comme époux à sa fille aînée Jane. S'ébauche une idylle entre Jane et Mr. Bingley, qui pourrait bien aboutir à un mariage. Elisabeth, soeur cadette de Jane, se réjouit de cet amour naissant. Mais c'est sans compter le dédain et la méfiance de l'ami intime de Bingley, Mr. Darcy qui, n'appréciant pas les manières de Mrs. Bennett et de ses filles, empêche Bingley de se prononcer. Elisabeth de tempérament fort et franc, consciente de la valeur et du mérite de son milieu, affronte Mr. Darcy...

 

Mansfield Park (1814)
Bien des amateurs de Jane Austen n'apprécièrent que peu ce roman et son personnage principal, Fanny Price. "Fanny Price souffre d'une disgrâce majeure – Jane Austen l'annonce d'emblée – elle est pauvre. Elle n'est en outre ni jolie ni brillante, mais timide et effacée. Recueillie par charité à Mansfield Park, la splendide demeure de sir Thomas Bertram, Fanny y est négligée, voire maltraitée. Mais elle va effectuer une ascension inattendue. Et cette évolution semble reposer sur ses seuls mérites, sa rigueur, son jugement infaillible, son indépendance d'esprit.
On a dit que ce roman était l'une des œuvres majeures de la littérature occidentale, l'une des premières à se pencher sur la personnalité au sens moderne du terme. Jane Austen y excelle à confronter diverses sphères sociales, à peindre des personnages dont les qualités ne sont qu'un vernis, tandis que Fanny, sa discrète héroïne, observe, résiste et ne transige pas. " (Gallimard)

 

Emma (1815)
En 1816, Emma est le quatrième et dernier roman qui paraît du vivant de Jane Austen et retrace les manipulations d'"une héroïne que je serai la seule à aimer vraiment": "I may have lost my heart, but not my self-control", écrit-elle. "Emma Woodhouse n'a jamais été amoureuse. Elle revendique hautement le célibat, mais elle adore marier les autres. Il y a de multiples intrigues dans Emma : celles que la jeune fille invente, celles qu'elle fomente, celles qui existent et qu'elle ne voit pas, celles qu'elle contrecarre, celles qu'on lui suggère. Partant d'un groupe limité de jeunes gens, le roman parcourt l'ensemble des couples possibles selon une logique combinatoire assez comique qui évoquerait presque l'arbre des probabilités. Pour le lecteur français, ce roman brillant et drôle, centré sur les manigances d'une «marieuse», les dégâts «collatéraux» qu'elle suscite, la manière dont l'amour frappe, la manière dont on y succombe – ou dont on cherche à s'en préserver –, peut évoquer le meilleur des comédies de Marivaux, qui se donnait pour tâche de débusquer l'amour des niches où il se cache dans le cœur humain, et la finesse de Musset. " (Gallimard)

"..Though now the middle of December, there had yet been no weather to prevent the young ladies from tolerably regular exercise; and on the morrow, Emma had a charitable visit to pay to a poor sick family, who lived a little way out of Highbury.
Their road to this detached cottage was down Vicarage-lane, a lane leading at right-angles from the broad, though irregular, main street of the place; and, as may be inferred, containing the blessed abode of Mr. Elton. A few inferior dwellings were first to be passed, and then, about a quarter of a mile down the lane rose the Vicarage; an old and not very good house, almost as close to the road as it could be. It had no advantage of situation; but had been very much smartened up by the present proprietor; and, such as it was, there could be no possibility of the two friends passing it without a slackened pace and observing eyes.—Emma's remark was—
"There it is. There go you and your riddle-book one of these days."—Harriet's was—
"Oh, what a sweet house!—How very beautiful!—There are the yellow curtains that Miss Nash admires so much."
"I do not often walk this way now," said Emma, as they proceeded, "but then there will be an inducement, and I shall gradually get intimately acquainted with all the hedges, gates, pools, and pollards of this part of Highbury."
Harriet, she found, had never in her life been within side the Vicarage, and her curiosity to see it was so extreme, that, considering exteriors and probabilities, Emma could only class it, as a proof of love, with Mr. Elton's seeing ready wit in her.
"I wish we could contrive it," said she; "but I cannot think of any tolerable pretence for going in;—no servant that I want to inquire about of his housekeeper—no message from my father."
She pondered, but could think of nothing.

"..Bien que l’on fût déjà au milieu du mois de décembre, le mauvais temps n’avait pas encore interrompu les promenades des deux jeunes filles. Le lendemain Emma décida d’aller faire une visite à une famille pauvre qui demeurait un peu au delà de Highbury. Pour s’y rendre il fallait passer par Vicarage Lane où s’élevait le presbytère : c’était une vieille maison d’apparence modeste, située presqu’en bordure de route et à laquelle le propriétaire actuel s’efforçait de donner un cachet d’élégance et de confort. Arrivées à cet endroit les deux jeunes filles ralentirent le pas pour regarder la façade. Emma dit :
– C’est ici que vous êtes destinée à venir habiter un jour ou l’autre !
– Oh ! quelle jolie maison, dit Harriet, voici les rideaux jaunes que Mlle Nash admire tant !
– Je passe rarement par ici, dit Emma, mais à un moment donné j’y serai particulièrement attirée : toutes les haies, les grilles, les mares de cette partie d’Highbury me deviendront familières. » Harriet n’avait jamais franchi le seuil du presbytère et ne chercha pas à dissimuler sa curiosité.
– Je ne demanderais pas mieux que de réaliser votre désir, dit Emma, mais je ne puis imaginer aucun prétexte plausible pour entrer : pas d’enquête à faire sur un domestique ; j’aurais alors une raison pour interroger la femme de charge ; pas de message de mon père…



After a mutual silence of some minutes, Harriet thus began again—
"I do so wonder, Miss Woodhouse, that you should not be married, or going to be married! so charming as you are!"—
Emma laughed, and replied,
"My being charming, Harriet, is not quite enough to induce me to marry; I must find other people charming—one other person at least. And I am not only, not going to be married, at present, but have very little intention of ever marrying at all."
"Ah!—so you say; but I cannot believe it."
"I must see somebody very superior to any one I have seen yet, to be tempted; Mr. Elton, you know, (recollecting herself,) is out of the question: and I do not wish to see any such person. I would rather not be tempted. I cannot really change for the better. If I were to marry, I must expect to repent it."
"Dear me!—it is so odd to hear a woman talk so!"—
"I have none of the usual inducements of women to marry. Were I to fall in love, indeed, it would be a different thing! but I never have been in love; it is not my way, or my nature; and I do not think I ever shall. And, without love, I am sure I should be a fool to change such a situation as mine. Fortune I do not want; employment I do not want; consequence I do not want: I believe few married women are half as much mistress of their husband's house, as I am of Hartfield; and never, never could I expect to be so truly beloved and important; so always first and always right in any man's eyes as I am in my father's."
"But then, to be an old maid at last, like Miss Bates!"
"That is as formidable an image as you could present, Harriet; and if I thought I should ever be like Miss Bates! so silly—so satisfied—so smiling—so prosing—so undistinguishing and unfastidious—and so apt to tell every thing relative to every body about me, I would marry to-morrow. But between us, I am convinced there never can be any likeness, except in being unmarried."
 "But still, you will be an old maid! and that's so dreadful!"
"Never mind, Harriet, I shall not be a poor old maid; and it is poverty only which makes celibacy contemptible to a generous public! A single woman, with a very narrow income, must be a ridiculous, disagreeable, old maid! the proper sport of boys and girls; but a single woman, of good fortune, is always respectable, and may be as sensible and pleasant as any body else. And the distinction is not quite so much against the candour and common sense of the world as appears at first; for a very narrow income has a tendency to contract the mind, and sour the temper. Those who can barely live, and who live perforce in a very small, and generally very inferior, society, may well be illiberal and cross. This does not apply, however, to Miss Bates; she is only too good natured and too silly to suit me; but, in general, she is very much to the taste of everybody, though single and though poor. Poverty certainly has not contracted her mind: I really believe, if she had only a shilling in the world, she would be very likely to give away sixpence of it; and nobody is afraid of her: that is a great charm."
"Dear me! but what shall you do? how shall you employ yourself when you grow old?"

Après quelques instants de silence, Harriet reprit :
– Je me demande, Mademoiselle Woodhouse, comment il se fait que vous ne soyez pas mariée ou sur le point de l’être, séduisante comme vous l’êtes !
Emma se prit à rire et répliqua :
– Admettons que je le sois, en effet, Harriet : ce n’est pas une raison suffisante pour me pousser au mariage. Non seulement je ne suis pas à la veille de me marier, mais encore je n’ai guère l’intention de me marier jamais.
– Vous le dites, mais je ne puis le croire.
– Il faudrait pour me faire changer d’avis, que je rencon-trasse quelqu’un de très supérieur à tous ceux que j’ai eu l’occasion de voir jusqu’ici (M. Elton, naturellement, est hors de cause) et à dire vrai je ne désire pas rencontrer ce phénix : je préfère ne pas être tentée. Je ne puis que perdre au change et si je me décidais à me marier, j’en aurais probablement du regret par la suite.
– Vraiment, je ne m’explique pas qu’une femme parle de la sorte !
– Je n’ai aucune des raisons habituelles qui incitent les femmes à se marier. Si je m’éprenais de quelqu’un, alors ce serait tout différent ; mais, jusqu’à présent je suis demeurée indemne et je crois vraiment qu’il n’est pas dans ma nature de m’enthousiasmer. Sans le mobile de l’amour, je serais bien sotte d’abandonner une situation comme la mienne : je n’ai besoin ni d’argent, ni d’occupations, ni d’importance sociale ; bien peu de femmes mariées sont aussi maîtresses dans leur intérieur que je le suis à Hartfield ; je ne puis espérer tenir ailleurs une place plus prépondérante ; suis-je sûre de trouver chez un autre homme une approbation aussi complète de tous mes actes que celle que je trouve chez mon père ?
– Sans doute. Mais, au bout du compte, vous finirez par être une vieille fille comme Mlle Bates !
– Voici une terrible évocation, Harriet, et si je croyais jamais ressembler à Mlle Bates, si je devais devenir si sotte, si sa-tisfaite, si souriante, si bavarde, si peu distinguée, je prendrais un mari demain ! Mais je suis convaincue qu’il ne pourra jamais y avoir entre nous d’autre ressemblance que celle toute fortuite d’être restées célibataires.
– Et cependant vous serez une vieille fille, ce qui est épouvantable !
– Ne vous tourmentez pas, Harriet, je ne serai jamais une vieille fille pauvre ; et c’est la pauvreté seule qui rend méprisable aux yeux du public l’état de célibat ! Une femme seule avec un petit revenu est assez souvent ridicule ! Mais une femme seule nantie de bonnes rentes est toujours respectable et rien ne s’oppose à ce qu’elle soit aussi intelligente et aussi agréable que n’importe qui. Cette distinction n’est pas aussi injuste qu’elle paraît au premier abord, car un revenu mesquin contribue à rétrécir l’intelligence et à aigrir le caractère. Ce que je dis ne s’applique pas néanmoins à Mlle Bates, trop banale et trop sotte pour me plaire, mais dont le coeur est excellent : je crois vrai-ment que si elle ne possédait qu’un shilling elle en distribuerait la moitié.
– Mais que ferez-vous ? Comment emploierez-vous votre temps quand vous serez vieille ?



Persuasion (1818)
"I hate to hear you talk about all women as if they were fine ladies instead of rational creatures. None of us want to be in calm waters all our lives", écrit ici Jane Austen. "La très jeune Anne Elliot s’est laissé persuader de rompre ses fiançailles avec Frederick Wentworth, ce dernier n’étant ni assez riche ni assez titré. Il lui faudra traverser plus de sept années de douloureuse inexistence – long automne où elle pense à jamais rester enfermée – avant qu’une seconde chance lui soit offerte. C’est ce bonheur, inattendu et complet, survenant après qu’on l’a cru à jamais perdu, qui fait de Persuasion, dernier roman achevé de Jane Austen, en général jugé comme mélancolique, un livre au contraire profondément satisfaisant, un rêve d’accomplissement en forme de revanche sur la vie. " (Gallimard)
 Veuf et père de trois filles, le baronnet Walter Eliot est ruiné. Il doit laisser sa propriété en location pour se retirer à Bath. Sa fille Elisabeth le suit tandis que ses deux autres filles restent dans la région, Anne toujours célibataire à 28 ans trouvant refuge chez sa soeur Mary. Les nouveaux locataires de la propriété arrivent, il s'agit de l'amiral Croft et de sa femme. Celle-ci a un frère, le Capitaine Wentworth, qui a été fiancé il y a quelques années avec Anne. Celle-ci n'avait pas donné suite à cette liaison, suivant l'avis de son amie, Lady Russell, qui trouvait le capitaine d'un rang inférieur indigne d'Anne. Mais les années ont passé, le capitaine rend visite à sa soeur, il a réussi et s'est enrichi, il cherche à se marier. Anne n'a pas oublié Wentworth...

 

".. Anne had not wanted this visit to Uppercross, to learn that a removal from one set of people to another, though at a distance of only three miles, will often include a total change of conversation, opinion, and idea. She had never been staying there before, without being struck by it, or without wishing that other Elliots could have her advantage in seeing how unknown, or unconsidered there, were the affairs which at Kellynch-hall were treated as of such general publicity and pervading interest; yet, with all this experience, she believed she must now submit to feel that another lesson, in the art of knowing our own nothingness beyond our own circle, was become necessary for her;--for certainly, coming as she did, with a heart full of the subject which had been completely occupying both houses in Kellynch for many weeks, she had expected rather more curiosity and sympathy than she found in the separate, but very similar remark of Mr. and Mrs. Musgrove--"So, Miss Anne, Sir Walter and your sister are gone; and what part of Bath do you think they will settle in?" and this, without much waiting for an answer;--or in the young ladies' addition of, "I hope we shall be in Bath in the winter; but remember, papa, if we do go, we must be in a good situation--none of your Queen-squares for us!" or in the anxious supplement from Mary, of "Upon my word, I shall be pretty well off, when you are all gone away to be happy at Bath!"
She could only resolve to avoid such self-delusion in future, and think with heightened gratitude of the extraordinary blessing of having one such truly sympathising friend as Lady Russell.
The Mr. Musgroves had their own game to guard, and to destroy; their own horses, dogs, and newspapers to engage them; and the females were fully occupied in all the other common subjects of house-keeping, neighbours, dress, dancing, and music. She acknowledged it to be very fitting, that every little social commonwealth should dictate its own matters of discourse; and hoped, ere long, to become a not unworthy member of the one she was now transplanted into.--With the prospect of spending at least two months at Uppercross, it was highly incumbent on her to clothe her imagination, her memory, and all her ideas in as much of Uppercross as possible..."

 

"... Anna n’avait pas besoin de cette visite pour savoir qu’un changement de société amène un changement total de conversation, d’opinions et d’idées.

Elle aurait voulu que les Elliot pussent voir combien leurs affaires, traitées avec une telle solennité à Kellynch, avaient ici peu d’importance. Cependant elle sentit qu’elle avait encore besoin d’une leçon, car elle avait compté sur plus de curiosité et de sympathie qu’elle n’en trouva.

On lui avait bien dit : « Ainsi, miss Anna, votre père et votre soeur sont partis ? » Ou bien : « J’espère que nous irons aussi à Bath cet hiver ; mais nous comptons loger dans un beau quartier. » Ou bien, Marie disait : « En vérité ! comme je m’amuserai seule ici pendant que vous serez à Bath ! »


Anna se promettait de ne plus éprouver à l’avenir de telles déceptions, et pensait avec reconnaissance au bonheur inexprimable d’avoir une amie vraie et sympathique comme lady Russel.
Cependant elle trouvait très juste que chaque société dictât ses sujets de conversation.

 

Les messieurs Musgrove avaient leur chasse, leurs chevaux, leurs chiens, leurs journaux. Les dames avaient les soins d’intérieur, la toilette, les voisins, la danse et la musique. Anna, devant passer deux mois à Uppercross, devait meubler son imagination et sa mémoire avec les choses d’Uppercross. Elle ne redoutait pas ces deux mois. Marie était abordable et accessible à son influence. Anna était sur un pied de bonne amitié avec son beau-frère ; les enfants l’aimaient presque autant et la respectaient plus que leur mère. Ils étaient pour elle une source d’intérêt, d’amusement et d’occupation..."



Au milieu du XVIIIe siècle l'aquarelle s'impose en Angleterre : plus maniable et moins coûteuses que la peinture à l'huile traditionnelle, cette nouvelle technique de représentation se répand dans toute la société britannique qui recherche alors de plus en plus pour donner une âme à leur foyer familial ou à leur environnement intime des paysages naturels, des monuments, des souvenirs de voyages, autant que possible connus d'eux-mêmes ou de leur entourage. On estime que cet âge d'or de l'aquarelle se situe entre le premier voyage de John Robert Cozens (1752-1797) dans les Alpes et en Italie en 1776,  les vues de montagne de Francis Towne (1740-1816),  à la mort de Turner en 1851, dernier grand virtuose de l'aquarelle. Au milieu de l'époque victorienne, l'art de l'aquarelle n'est plus qu'un simple élément de décoration et perd cette intensité émotionnelle que l'on recherchait alors.
Parmi les oeuvres de John Robert Cozens, on note "Vue sur le Reichenbach" (1776, Rhode Island Museum of Art, Providence), "Lac de Nemi et Genzano" (vers 1778, Whitworth Art Gallery, Manchester), "Intérieur du Colisée" (1778, City Art Gallery, Leeds).

Rattaché à la fameuse Norwich School, un John Sell Cotman (1782-1842), avec sa "Greta Bridge" (1805, British Museum, Londres) non seulement simplifie à l'extrême ses paysages, mais recherche systématiquement dans les gorges étroites et éboulis de rocher, comme dans les ruines et monuments gothiques, un effet d'étrangeté, un éclairage inhabituel qui donnent à "ressentir" à qui les contemple: "Ruins and Houses, North Wales" (1800-1802, Tate Britain - London), "Town Hall, King's Lynn, Norfolk" (1820, Lynn Museum), "Mountain Landscape" (Colchester and Ipswich Museum).

John Constable franchit une étape supplémentaire en faisant de l'aquarelle le medium absolu du "paysage de l'âme" : le ciel est pour lui véritablement ce "véhicule du sentiment" qu'il partage si intensément avec son public d'alors. L'absence quasi total de personnages dans ses paysages au cadrage si singulier, où le ciel "dévore" campagnes, collines et villages, est symptomatique de ce qu'en attendent le peintre et son public...


John Constable (1776-1837)
"We see nothing truly until we understand it" ("On ne voit vraiment quelque chose que si on le comprend.") -  John Constable expose avec une intense émotivité, au détriment du détail, une Angleterre rurale et paisible livrée aux caprices d'un ciel mouvementé, les vallées fraîches et fertiles du Suffolk, les bords de la Stour, les ciels chargés de la Manche, la cathédrale de Salisbury... A la fin du XVIIIe siècle, alors que Reynolds ou Gainsborough ne conçoivent le paysage que comme décor, Constable choisit de peindre la nature pour elle seule, pour son atmosphère, ses reflets d'eau et les jeux de lumière du ciel ("The sky is the source of light in Nature and it governs everything"), représentant des personnages fondus en elle dans leurs occupations quotidiennes : Le Moulin de Dedham (1820, Musée Victoria and Albert , Londres),  Stratford Mill (1819-1820 , Yale Center for British Art),  Salisbury Cathedral from Lower Marsh Close (1820, National Gallery of Art - Washington DC), Salisbury Cathedral from the Close (1829, Victoria and Albert Museum - London), View of Salisbury (1820, Musée du Louvre), La Charette de foin (1821, National Galerie de Londres), The White Horse (1818-1819, National Gallery of Art - Washington DC), The Opening of Waterloo Bridge (1832, Tate Britain - London), Hampstead Heath with a Rainbow (1836, Tate Britain, London) ...

Si Delacroix et les paysagistes français de l'école de Barbizon l'admirèrent sans réserve, il n'eut guère de véritable influence en Angleterre.

"I associate my 'careless boyhood' with all that lies on the banks of the Stour. Those scenes made me a painter and I am grateful – that is, I had often thought of pictures of them before ever I touched a pencil... " ("Ce que je préfère peindre, ce sont les endroits que je connais; peindre, c’est pour moi la même chose que sentir, et j’associe mon "enfance insouciante" avec tout ce qu’on voit sur les bords de la Stour; ces lieux ont fait de moi un peintre, et je leur en suis reconnaissant.")


David Wilkie (1785-1841)
"UNTIL the beginning of the nineteenth century Scotland cannot be said to have produced any artist of original talent to compare with those of England". Grand Portraitiste et peintre de genre né à Cults, près d'Édimbourg, David Wilkie eut un destin exceptionnel : il meurt au large de Gibraltar après avoir quitté son Ecosse natale pour Londres, connu une immense notoriété dès avec "The Chelsea Pensioners Reading the Waterloo Despatch" (1817-1821, Londres, Wellington Museum), parcouru le continent de 1825 à 1828 et fait évoluer sa peinture au contact de la peinture espagnole ("The Defence of Saragossa" (1828, Windsor Castle), "The Entrance of George IV at Holyroodhouse" (1828-1830, Holyrood House, Edinburgh), "Josephine and the Fortune Teller" (1837, Edinburgh, N. G.), "The Peep-o'-Day Boys' Cabin, in the West of Ireland" (1835, Tate Britain), "The Bride at her Toilet on the Day of her Wedding" (1838, Edinburgh, N. G.)), été nommé peintre ordinaire du roi à la mort de Lawrence et anobli en 1836, et voyagé en Terre sainte en 1840-41 ("Sultan Abd-ul-Mejid, Sultan of Turkey" (1841, Londres, Buckingham Palace)) pour s'imprégner des paysages qui composeront ses toiles religieuses ...

(David Wilkie - Autoportrait - 1804-1805 - National Galleries of Scotland)

Turner consacre à David Wilkie sa célèbre toile, "Burial at Sea" (1842, Londres, Tate Gal.) qui donne tout son relief à une existence et à talent hors du commun quoique méconnu de nos jours. "The Blind Fiddler" (1807, Tate London), "Blind Man's Buff" (1811, Tate London), "Boys Digging for Rats" (1812, Royal Academy of Arts, Burlington House), "The Letter of introduction" (1813, Edinburgh, N. G.), "Distraining For Rent" (1815, Edinburgh, N. G.), "The Penny Weddling", (1818, Londres, Buckingham Palace), "Reading the news" (1820, Laing Art Gallery, Newcastle-upon-Tyne), "The Cottage Toilet" (1824, The Wallace Collection, London), "The Highland Family" (1824, Metropolitan Museum of Art, New York) plongent dans une réalité écossaise observée et saisie au vol ...


Robert Burns (1759-1796)
Fils d'un pasteur d'Alloway (Ayrshire) et ayant vécu toute sa vie en Ecosse, Robert Burns est le plus célèbre des poètes de la littérature écossaise, le "Burns Country" couvre la route qui conduit de son village natal, sur la côte ouest de l'Ecosse, à Edinburgh, en passant par the Ayrshire coast, Culzean Castle et Bothwell Castle. Objet d'un véritable culte, Burns est l'héritier emblématique d'une très longue tradition de poètes écossais qui tentent de subsister après cette tragique bataille de Culloden qui en 1746 mit fin définitivement à tout espoir d'indépendance écossaise : c'est sous des trombes d’eau et dans la boue que les 5000 Écossais de l’héritier de la dynastie des Stuart, le prince Charles Edward, furent massacrés par les 8000 hommes du duc de Cumberland.

Fils d'un modeste métayer, Burns grandit en autodidacte, lisant tant les classiques anglais, comme Pope, ou à la mode, comme Sterne ou Ossian, que les poètes écossais, tel que Robert Fergusson (1750-1774) ou les ballades populaires de son pays. Burns écrit dans une langue hybride, mêlant anglais et dialecte écossais, langue qui lui permet de triompher en 1786 avec ses "Poems". Déiste, anticalviniste, provocateur autant que lui permet la censure, sa  vie est jalonnée d'aventures sentimentales, tragiques ou scabreuses, avant son mariage avec Jean Armour en 1788, et de beuveries à en mourir à 37 ans : "Tam o’ Shanter" (1790), qui constitue le première oeuvre littéraire écossaise d'envergure, conte l'histoir d'un fermier, Tam, qui, un jour de marché, s'attarde dans la taverne d'Ayr et, sur le chemin du retour, est la proie de visions surnaturelles. Ses autres poèmes ou chansons, "Auld Lang Syne" (1788), "A Man's A Man For A' That" (1795), "On Seeing One On A Lady's Bonnet, At Church" (1786), "The Cotter's Saturday Night" (1785), "To A Mountain Daisy" (1786), "Scotch Drink" (1785) sont parmi ses poèmes les plus connus et ceux qu'apprécièrent les élites d'Edinburgh pour leur joie de vivre débridée et rebelle à toute autorité, notamment anglaise. Sa célèbre "Holy Willie's Prayer" est une violente satire dénonçant l'hypocrisie calviniste.

(Alexander Nasmyth - Robert Burns - Rozelle House Galleries)

Oh Tam, had you but been so wise,
As to have taken your own wife Kate’s advice!
She told you well you were a waster,
A rambling, blustering, drunken boaster,
That from November until October,
Each market day you were not sober;
During each milling period with the miller,
You sat as long as you had money,
For every horse he put a shoe on,
The blacksmith and you got roaring drunk on;
That at the Lords House, even on Sunday,
You drank with Kirkton Jean till Monday.
She prophesied, that, late or soon,
You would be found deep drowned in Doon,
Or caught by warlocks in the murk,
By Alloway’s old haunted church.

Ah, gentle ladies, it makes me cry,
To think how many counsels sweet,
How much long and wise advice
The husband from the wife despises! ....

Tam O' Shanter
When the peddler people leave the streets,
And thirsty neighbours, neighbours meet;
As market days are wearing late,
And folk begin to take the road home,
While we sit boozing strong ale,
And getting drunk and very happy,
We don’t think of the long Scots miles,
The marshes, waters, steps and stiles,
That lie between us and our home,
Where sits our sulky, sullen dame (wife),
Gathering her brows like a gathering storm,
Nursing her wrath, to keep it warm
This truth finds honest Tam o' Shanter,
As he from Ayr one night did canter;
Old Ayr, which never a town surpasses,
For honest men and bonny lasses...
 



... Now Tam, O Tam! had they been queans,
    A' plump and strapping in their teens!
    Their sarks, instead o' creeshie flainen,
    Been snaw-white seventeen hunder linen!-
    Thir breeks o' mine, my only pair,
    That ance were plush o' guid blue hair,
    I wad hae gien them off my hurdies,
    For ae blink o' the bonie burdies!
    But wither'd beldams, auld and droll,
    Rigwoodie hags wad spean a foal,
    Louping an' flinging on a crummock.
    I wonder did na turn thy stomach...

 

Ah, Tam! Oh, Tam! Avec de belles jeunes filles,
Plantureuses et bien bâties, dans la fleur de l'âge,
Portant chemises de lin fin blanc, comme neige
Au lieu de crasseuses flanelles, on eût compris!
Ces pantalons qui m'habillent, ma seule culotte,
Qui furent jadis peluchés, en beau poil bleu,
Je les aurais ôtés de mes fesses et donnés
Pour un simple coup d'oeil à ces jolies poulettes!
Mais de vieilles harpies rabougries et grotesques,
Si laides qu'à les voir un poulain serait sevré,
Sautant et bondissant sur leur bâton crochu :
Voilà qui aurait dû te soulever le coeur...

 


Auld Lang Syne (Robert Burns, 1788)

    Should auld acquaintance be forgot,
    And never brought to mind?
    Should auld acquaintance be forgot,
    And auld lang syne!
    - Chorus.-For auld lang syne, my dear,
    For auld lang syne.
    We'll tak a cup o' kindness yet,
    For auld lang syne.
     And surely ye'll be your pint stowp!
    And surely I'll be mine!
    And we'll tak a cup o'kindness yet,
    For auld lang syne.
    For auld, &c.
    -  We twa hae run about the braes,
    And pou'd the gowans fine;
    But we've wander'd mony a weary fit,
    Sin' auld lang syne.
    For auld, &c.
    -  We twa hae paidl'd in the burn,
    Frae morning sun till dine;
    But seas between us braid hae roar'd
    Sin' auld lang syne.
    For auld, &c.
    -  And there's a hand, my trusty fere!
    And gie's a hand o' thine!
    And we'll tak a right gude-willie waught,
    For auld lang syne.
    For auld, &c.

 

 

Peut-on oublier les vieilles connaissances,
  sans jamais se souvenir d’elles ?
  Peut-on oublier les vieilles connaissances,
  et le bon vieux temps jadis ?
  - Refrain - Au nom du bon vieux temps, mon cher,
  Au nom du bon vieux temps,
  Buvons encore un verre de l’amitié
  Au nom du bon vieux temps.
  Certainement paieras-tu ta pinte
  et m'offriras-tu la mienne !
  Buvons encore un verre de l’amitié
  Au nom du bon vieux temps.
  Refrain - Nous avons tous les deux parcouru les rives,
  et cueilli les belles marguerites/pâquerettes.
  Mais nous avons tant vagabondé le pied las
  depuis le bon vieux temps jadis.
  - Nous avons tous les deux pataugé dans les torrents,
  du matin jusqu’au diner.
  Mais le grondement des vagues nous a séparé
  depuis le bon vieux temps jadis.
  - Refrain - Levons notre verre mon fidèle ami !
  Et trinquons !
  En buvant avec zèle une bonne rasade,
  Au nom du bon vieux temps.



Thomas Faed  (1826-900) -  "Sir Walter Scott and his Literary Friends at Abbotsford"
Trois de ses tableaux, "The Silken Gown", "Faults on Both Sides", et "The Highland Mother" sont à la Tate Gallery et deux autres, "Highland Mary" et "The Reaper" sont accrochées à Aberdeen Art Gallery. Son œuvre la plus connue, "The Last of the Clan", complétée en 1865, est à la Kelvingrove Art Gallery and Museum à Glasgow.

Walter Scott (1771-1832)
Walter Scott, né à Edimbourg, avocat, juriste, traducteur de Goethe, recueille les ballades de sa contrée natale (The Minstrelsy of the Scottish Border, 1802; The Lady of the Lake, 1810). Au même moment, l'anglo-irlandaise Maria Edgeworth (1767-1849), qui entretint une longue correspondance avec Walter Scott, écrit sans doute le prototype du roman historique : "Castle Rackrent". Le contexte est alors au retour des temps médiévaux en Ecosse comme dans les pays allemands : James Macpherson (Poèmes d'Ossian, 1760), Thomas Percy (Reliques of Ancient English Poetry, 1765), George Ellis (Specimens of the Early English Poets, 1790). Scott s'attache à reconstituer la culture nationale et invente le "roman historique" : éclipsé un temps par Byron, son influence sur toute l'Europe s'étend progressivement de 1820 à 1870.

En quatorze ans, il écrit vingt-sept ouvrages, crée un genre total qui non seulement restitue les moeurs, les évènements du passé national, allie imagination, amours malheureux, haines de clans, paysages saisissants, et sens dramatique qui se livre jusque dans le détails des situations et intrigues : Waverley (1814), Guy Mannering (1815), The Black Dwarf (1816), Rob Roy (1817), The Heart of Midlothian (1818), The Bride of Lammermoor (1819), Ivanhoe (1820), Kenilworth (1821), Quentin Durward (1823).

Dans toute l'Europe, le roman historique fait des émules : "Cinq-Mars" (Vigny, 1826), "Les Chouans" (Balzac, 1829), "El Doncel de don Enrique el Doliente" (Mariano José de Larra, 1834), "Les Fiancés" (I Promessi Sposi, Manzoni, 1823), "Tarass Boulba" (Gogol, 1834), "La Fille du Capitaine" (Pouchkine, 1836), "Chronique du règne de Charles IX" (Mérimée, 1829), "Notre-Dame de Paris" (Hugo, 1831)...
Par suite, ruiné par la faillite de son éditeur, Scott est obligé de décupler son activité dans ses ultimes années, publiant notamment 'The Life of Napoleon Buonaparte'(1827), 'The Fair Maid of Perth '(1828) et  'Letters on Demonology and Witchcraft' (1830).
(Henry Raeburn, R.A., P.R.S.A. - 1822 - Walter Scott - Scottish National Portrait Gallery)

 

Waverley, or ’T is Sixty Years Since (1813)
Publié anonymement, le roman, premier roman historique en langue anglaise, remporte un énorme succès et vaut comme archétype des romans de Walter Scott. Ici, comme Balzac l'écrivit, Scott reconstitue un évènement qui se déroula en 1745 - le soulèvement des partisans des Stuarts en Ecosse sous Georges II - mais puise dans son environnement toute la matière d'un roman qui foisonne de personnages, de descriptions, de dialogues, et que sous-tendent des intrigues finement construites.

"The clansmen on every side stript their plaids, prepared their arms, and there was an awful pause of about three minutes, during which the men, pulling off their bonnets, raised their faces to heaven and uttered a short prayer; then pulled their bonnets over their brows and began to move forward, at first slowly. Waverley felt his heart at that moment throb as it would have burst from his bosom. It was not fear, it was not ardour: it was a compound of both, a new and deeply energetic impulse that with its first emotion chilled and astounded, then fevered and maddened his mind. The sounds around him combined to exalt his enthusiasm; the pipes played, and the clans rushed forward, each in its own dark column. As they advanced they mended their pace, and the muttering sounds of the men to each other began to swell into a wild cry.
At this moment the sun, which was now risen above the horizon, dispelled the mist. The vapours rose like a curtain, and showed the two armies in the act of closing. The line of the regulars was formed directly fronting the attack of the Highlanders; it glittered with the appointments of a complete army, and was flanked by cavalry and artillery. But the sight impressed no terror on the assailants.
‘Forward, sons of Ivor,’ cried their Chief, ‘or the Camerons will draw the first blood!’ They rushed on with a tremendous yell.
The rest is well known. The horse, who were commanded to charge the advancing Highlanders in the flank, received an irregular fire from their fusees as they ran on and, seized with a disgraceful panic, wavered, halted, disbanded, and galloped from the field. The artillery men, deserted by the cavalry, fled after discharging their pieces, and the Highlanders, who dropped their guns when fired and drew their broadswords, rushed with headlong fury against the infantry."

"De tous les côtés les montagnards se dépouillèrent de leurs plaids et apprêtèrent leurs armes. Il y eut ensuite une pause solennelle d'environ trois minutes, pendant laquelle ces hommes, ôtant leurs bonnets, levèrent les yeux au ciel et firent une courte prière. Après quoi, remettant leurs bonnets sur le front, ils commencèrent à s'avancer, d'abord assez lentement. Waverley sentit alors battre son coeur,comme s'il eût voulu s'élancer hors de sa poitrine. Ce n'était pas de la crainte, ce n'était pas de l'ardeur, mais un mélange de l'une et de l'autre, une impulsion nouvelle et d'une profonde énergie, qui glaça et consterna d'abord son esprit, puis lui donna la fièvre et le rendit comme fou. Le bruit qui se faisait autour de lui contribua à exalter son enthousiasme : les cornemuses jouaient, et les clans se précipitaient en avant, chacun formant une sombre colonne. A mesure qu'ils avançaient, ils accéléraient le pas, et le sourdmurmure des paroles, que ces guerriers échangeaient entre eux, finit par s'unir en une formidable clameur.
Ace moment, le soleil, qui venait d'apparaître au-dessus de l'horizon, dissipa le brouillard. Les vapeurs s'élevèrent comme un rideau, et montrèrent les deux armées sur le point de se joindre. La ligne des troupes régulières faisait face à l'attaque des montagnards,et brillait de tout l'éclat d'une armée complètement équipée, flanquée de cavalerie et d'artillerie. Mais cette vue n'inspira aucune terreur aux assaillants.
- "En avant, fils d'Ivor, s'écria leur chef, ou bien les Camérons feront couler le premier sang!"
Ils se précipitèrent en avant avec un hurlement effroyable. Le reste est bien connu. La cavalerie, qui avait ordre de charger en flanc les montagnards, essuya leur fusillade irrégulière pendant qu'ils s'avançaient au pas de course ; saisie d'une panique honteuse, elle hésita, s'arrêta, se débanda et s'enfuit au galop. Les artilleurs, abandonnés par la cavalerie, prirent la fuite après la première décharge, et les montagnards, qui jetèrent leurs fusils après avoir tiré, dégainèrent leurs sabres et attaquèrent l'infanterie avec une aveugle fureur."

 



 

 

L'époque encourage encore le portrait au dépens du paysage,

la représentation de soi est tant recherchée que le nombre de portraitistes ne cesse pour un temps d'augmenter, rémunération oblige...

Thomas Lawrence (1769-1830)
Thomas Lawrence, né à Bristol et peintre précoce, fut le plus grand portraitiste mondain de la Régence anglaise (1811-1820) et pour un temps de l'Europe entière : mais il très sensiblement le reflet de toute une époque charnière au cours de laquelle la mondanité se pare de quelques reflets romantiques des plus flatteurs en se gardant bien d'approfondir toute intériorité. Pourtant en 1790, Lawrence donne avec le portrait de Miss Farren (Elizabeth Farren's portrait, Metropolitan Museum) une orientation plus originale et plus profonde que celle établie par Joshua Reynolds (1723-1792), son prédécesseur auprès de la Cour : bref moment, et la critique aura beau jeu par la suite de lui reprocher sa facilité et sa volonté de brillance par trop superficielle. La mort de son rival John Hoppner, survenue en 1810, lui permit pourtant de garder sa prépondérance, d'accumuler distinctions et dettes (il avait en effet une certaine propension à vivre au-dessus de ses moyens), et de devenir un temps le portraitiste attitré de toutes les Cours européennes : il fut ainsi reçu aux Tuileries en 1825 pour exécuter le portrait de Charles X. Parmi différents portraits qui ont acquis une certaine référence, John Angerstein avec sa femme (1792, Louvre), d'Arthur Atherley (1792, Los Angeles, County Museum of Art), le portrait de Margaret, Countess of Blessington (1822, Londres, Wallace Coll.) et celui de John Nash (1827, Oxford, Jesus College) laissent entrevoir un ton plus personnel...

Thomas Lawrence (1769-1830)

Portrait of Elizabeth Farren, c.1790 - Metmuseum - 1804 - Miss Laura Dorothea Ross - Tate Britain - London - 1804 - Mrs Siddons -  Tate Britain - London - 1806 - Maria Woodley (1772–1808), Mrs Walter Riddell - Kingston Lacy - National Trust - 1809 - Henrietta Maria Hill (c.1773–1831), Marchioness of Ailesbury Attingham Park - National Trust -  1822 - Margaret, Countess of Blessington -  The Wallace Collection - London -  circa 1817 - Portrait of Mrs James Fraser of Castle Fraser - Mr and Mrs John Julius Angerstein - 1792 - Musée du Louvre - Lady Maria Conyngham, 1824–25  - Metropolitan Museum of Art

 

John Constable (1776-1837) 

1804 - The Bridges Family - Tate Britain - London - 1816 - Mrs Mary Fisher -  Fitzwilliam Museum - University of Cambridge - circa 1808 - Jane Anne Inglis, nee Mason Government Art Collection - UK


Henry Raeburn (1756-1823)

Né à Stockbridge, près d'Édimbourg, portraitiste de renom au toucher exceptionnel, revendiquant plus de 1000 tableaux, Raeburn relance l'art écossais au XIXe siècle, peint la haute société sans artifice et devient en 1822, portraitiste du roi George IV pour l'Écosse : ses personnages ne sont pas de simples "masques  mondains", il est de ceux, rares à l'époque, qui restituent un caractère, un message, une intention, et la singularité de l'Ecosse, en arrière-fonds ...

Henry Raeburn (1756-1823)

1790 - Portrait of Sir John and Lady Clark - 1793-1795 - Miss Eleanor Urquhart - National Gallery of Art - Washington DC - 1795 - Reverend Robert Walker Skating on Duddingston Loch - Scottish National Gallery - Edinburgh - 1805 - Mr and Mrs Robert Campbell - Kelvingrove Art Gallery and Museum - Glasgow - 1810 - Adam Rolland of Gask II - Art Institute of Chicago - 1816 - Alexander Maconochie of Meadowbank -  Metropolitan Museum of Art - New York - circa 1787-1790 - Mrs Downey - Tate Britain - London - circa 1790 - Adam Ferguson (1723-1816) - University of Edinburgh Fine Art Collection - circa 1790-1795 - John and Betty Johnstone and Miss Wedderburn - National Gallery of Art - Washington DC - circa 1790-1798 - Portrait of Mrs E. Bethune - The State Hermitage Museum - St Petersburg - circa 1795 - Portrait of Mrs. Andrew (Elizabeth Robinson) Hay -  Joslyn Art Museum - Omaha, Nebraska - circa 1796 - Mrs H.W. Lauzun - Tate Britain - London - circa 1808-1809 - The Drummond Children Metropolitan Museum of Art - New York - circa 1810 - Justina Camilla Wynne, Mrs Alexander Finlay of Glencorse (1785-1814)  Scottish National Gallery - circa 1810 - Mrs. Anne Hart  Gemäldegalerie - Staatliche Museen zu Berlin - circa 1811 - Frances Harriet Wynne (1786-1860), Mrs Hamilton of Kames  Scottish National Gallery. - circa 1815-1820 - Self-Portrait -  Scottish National Gallery - Edinburgh ...