Charlotte Brontë (1816-1855) - Emily Brontë (1818-1848) - George Eliot (1819-1880) - John Martin (1789-1854) - Philip James de Loutherbourg (1740-1812)  - Robert Southey (1774-1843) - Richard Doddridge Blackmore (1825-1900) ...
Last update: 12/24/2016

A l'ère victorienne, la femme est encore et toujours un être superficiel et immature, mais l'essor du roman et le romantisme ne seraient pas ce qu'ils sont sans ces quelques femmes qui tentent d'exprimer l'angoisse que leur inspirent les stéréotypes littéraires dans lesquelles la gente masculine les enferment; elles montrent ainsi que leur esprit est aussi riche et complexe que celui des hommes : " on suppose les femmes généralement calmes : mais les femmes sentent comme les hommes; elles ont besoin d'exercer leurs facultés, et, comme à leurs frères, il leur faut un champ pour leurs efforts" (Jane Eyre). Outre Jane Austen, Mary Shelley, Elizabeth Barrett Browning, Christina Rossetti, Emily Dickinson, Emily Brontë traite pleinement de la condition des femmes à l'heure victorienne avec "Wuthering Heights" (1847); Charlotte Brontë maîtrise à la perfection la thématique féministe dans "Villette" (1853); George Eliot confronte dans "The Mill on the Floss" (1860) le développement intellectuel des jeunes filles et les conceptions des devoirs familiaux; et à une époque où l'on considère des deux côtés de l'Atlantique que la femme est sujet à une maladie qui lui est bien spécifique, l'hystérie, l'américaine Charlotte Perkins Gilman écrira, avec "The Yellow Wallpaper" (1892), l'un des premiers textes décrivant au féminin les troubles mentaux des femmes comme la conséquence de l'oppression patriarcale. "I am no bird; and no net ensnares me; I am a free human being with an independent will" (Je ne suis pas un oiseau, et aucun filet ne m’enveloppe ; je suis libre ; j’ai une volonté indépendante..), écrira Charlotte Brontë dans "Jane Eyre" (1847).
(William Powell Frith - 1898 - The New Model - Beaverbrook Art Gallery - Fredericton, NB  (Canada - New Brunswick))

 

Charlotte Brontë (1816-1855)
Née dans un village proche de Haworth, troisième fille du Révérend Patrick Brontë et de Maria Branwell qui meurt en1821 en laissant ses six enfants à la charge du père et d'une tante maternelle. Les conditions d'existence sont telles que ne survivront que quatre enfants, Branwell, Emily, Anne et Charlotte, l'aînée, qui s'adonnent tous à l'écriture, à l'image de leur père. Charlotte et Branwell produisent ensemble une quantité fabuleuse de textes autour d'un pays imaginaire, Angria, inspiré de Swift. Charlotte devient institutrice puis préceptrice, et passe deux ans avec Emily à Bruxelles au Pensionnat Heger dans le quartier Notre-Dame aux Neiges, dirigé par Mme Heger. Mais elle s'éprend du mari de cette dernière, passion non partagée et qu'elle ne surmontera qu'avec difficultés. La mort de leur tante contraint les trois sœurs à rentrer se fixer à Haworth et à s'adonner désormais à l'écriture. En 1846 les sœurs Brontë  éditent  un premier recueil de poèmes  sous leurs pseudonymes de Currer (Charlotte), Ellis (Emily) et Acton (Anne) Bell. En 1847, Anne publie "Agnes Grey", Emily "Wuthering Heights" et Charlotte, après un premier échec, "The Professor", "Jane Eyre". Si "Jane Eyre" scandalise, son style parfaitement maîtrisé rencontre un énorme succès. Entre-temps, la tragédie s'amplifie : leur frère Branwell devient opiomane et meurt de tuberculose à l'automne 1848, maladie qui entraîne l'année suivante les deux autres soeurs de Charlotte, Emily et Anne. Charlotte parvient tant bien quel mal à surmonter ses épreuves, termine "Shirley" et surtout "Villette", publié en 1853, plus autobiographique et considéré par certains comme son chef-d'œuvre. Elle fait la connaissance du Tout-Londres littéraire, noue de solides amitiés avec ses pairs (Elizabeth Gaskell), épouse le successeur de son père à Haworth et meurt à trente-neuf ans.

"Jane Eyre" (Charlotte Brontë, 1847)
"Jane Eyre",sous la fiction d'une autobiographie, introduit un nouveau type de personnage dans la littérature, celui de la femme intelligente et rebelle, en un temps où Dickens et Thackeray préféraient les héroïnes effacées et soumises. Elle ouvre la voie à l'expression de ce sentiment d'asservissement, d'enfermement dans la sphère domestique, qu'éprouve la femme victorienne, et qui dramatiquement peut déboucher, avec la perte d'identité, sur la folie. Alors que Jane parvient à se construire pour être en capacité de défendre son indépendance, le second personnage féminin, Bertha Mason, épouse de l'employeur de Jane, Edward Rochester, vit en recluse, laisse éclater avec violence ses émotions et passions et sombre dans la folie.

Devenue orpheline dès son plus âge, Jane Eyre est recueillie par M. Reed, son oncle. Après la mort de ce dernier, sa marâtre de tante la traite durement et l'accuse de tous les vices. Lorsqu'elle entre dans sa dixième année, Mme Reed, décidée à s'en débarrasser définitivement, envoie Jane dans une pension pour jeunes filles pauvres, Lowhood, dirigée par l'abominable Mr Brocklehust, où l'on va lui enseigner les rigueurs de la vie. Mais à force de détermination, et avec l'aide d'une Providence en laquelle elle croit, devient enseignante puis gouvernante dans la demeure de Mr Rochester, le maître de Thornfield, auquel elle oppose une vive indépendance : c'est pourtant avec lui, après bien des péripéties, à la limite des convenances victoriennes, qu'elle parvient à trouver un certain bonheur.

 

"..Anybody may blame me who likes, when I add further, that, now and then, when I took a walk by myself in the grounds; when I went down to the gates and looked through them along the road; or when, while Adèle played with her nurse, and Mrs. Fairfax made jellies in the storeroom, I climbed the three staircases, raised the trap-door of the attic, and having reached the leads, looked out afar over sequestered field and hill, and along dim sky-line—that then I longed for a power of vision which might overpass that limit; which might reach the busy world, towns, regions full of life I had heard of but never seen—that then I desired more of practical experience than I possessed; more of intercourse with my kind, of acquaintance with variety of character, than was here within my reach.  I valued what was good in Mrs. Fairfax, and what was good in Adèle; but I believed in the existence of other and more vivid kinds of goodness, and what I believed in I wished to behold."

 

"Me blâmera qui voudra, lorsque j’ajouterai que de temps en temps, quand je me promenais seule, quand je regardais à travers les grilles de la porte la route se déroulant devant moi, ou quand, voyant Adèle jouer avec sa nourrice et Mme Fairfax occupée dans l’office, je montais les trois étages et j’ouvrais la trappe pour arriver à la terrasse, quand enfin mes yeux pouvaient suivre les champs, les montagnes, la ligne sombre du ciel, je désirais ardemment un pouvoir qui me fit connaître ce qu’il y avait derrière ces limites, qui me fit apercevoir ce monde actif, ces villes animées dont j’avais entendu parler, mais que je n’avais jamais vues. Alors je souhaitais plus d’expérience, des rapports plus fréquents avec les autres hommes et la possibilité d’étudier un plus grand nombre de caractères que je ne pouvais le faire à Thornfield. J’appréciais ce qu’il y avait de bon dans Mme Fairfax et dans Adèle, mais je croyais à l’existence d’autres bontés différentes et plus vives. Ce que je pressentais, j’aurais voulu le connaître."


Richard Redgrave - The Poor Teacher (1845) - Shipley Art Galler, Gateshead, Greater Newcastle - The Sempstress (1846)

 

"Who blames me?  Many, no doubt; and I shall be called discontented.  I could not help it: the restlessness was in my nature; it agitated me to pain sometimes.  Then my sole relief was to walk along the corridor of the third storey, backwards and forwards, safe in the silence and solitude of the spot, and allow my mind’s eye to dwell on whatever bright visions rose before it—and, certainly, they were many and glowing; to let my heart be heaved by the exultant movement, which, while it swelled it in trouble, expanded it with life; and, best of all, to open my inward ear to a tale that was never ended—a tale my imagination created, and narrated continuously; quickened with all of incident, life, fire, feeling, that I desired and had not in my actual existence.
It is in vain to say human beings ought to be satisfied with tranquillity: they must have action; and they will make it if they cannot find it.  Millions are condemned to a stiller doom than mine, and millions are in silent revolt against their lot.  Nobody knows how many rebellions besides political rebellions ferment in the masses of life which people earth.  Women are supposed to be very calm generally: but women feel just as men feel; they need exercise for their faculties, and a field for their efforts, as much as their brothers do; they suffer from too rigid a restraint, too absolute a stagnation, precisely as men would suffer; and it is narrow-minded in their more privileged fellow-creatures to say that they ought to confine themselves to making puddings and knitting stockings, to playing on the piano and embroidering bags.  It is thoughtless to condemn them, or laugh at them, if they seek to do more or learn more than custom has pronounced necessary for their sex."

"Beaucoup me blâmeront sans doute ; on m’appellera nature mécontente ; mais je ne pouvais faire autrement ; il me fallait du mouvement. Quelquefois j’étais agitée jusqu’à la souffrance ; alors mon seul soulagement était de me promener dans le corridor du troisième, et, au milieu de ce silence et de cette solitude, les yeux de mon esprit erraient sur toutes les brillantes visions qui se présentaient devant eux : et certes elles étaient belles et nombreuses. Ces pensées gonflaient mon coeur ; mais le trouble qui le soulevait lui donnait en même temps la vie. Cependant je préférais encore écouter un conte qui ne finissait jamais, un conte qu’avait créé mon imagination, et qu’elle me redisait sans cesse en la remplissant de vie, de flamme et de sentiment ; toutes choses que j’avais tant désirées, mais que ne me donnait pas mon existence actuelle.
Il est vain de dire que les hommes doivent être heureux dans le repos : il leur faut de l’action, et, s’il n’y en a pas autour d’eux, ils en créeront ; des millions sont condamnés à une vie plus tranquille que la mienne, et des millions sont dans une silencieuse révolte contre leur sort. Personne ne se doute combien de rébellions en dehors des rébellions politiques fermentent dans la masse d’êtres vivants qui peuple la terre. On suppose les femmes généralement calmes : mais les femmes sentent comme les hommes ; elles ont besoin d’exercer leurs facultés, et, comme à leurs frères, il leur faut un champ pour leurs efforts. De même que les hommes, elles souffrent d’une contrainte trop sévère, d’une immobilité trop absolue. C’est de l’aveuglement à leurs frères plus heureux de déclarer qu’elles doivent se borner à faire des poudings, à tricoter des bas, à jouer du piano et à broder des sacs..."



Emily Brontë (1818-1848)
Née à Thornton, en bordure des landes du Yorkshire, Emily, plus talentueuse et plus rêveuse que ses soeurs, partage son temps à lire Byron ou Milton, s'occuper du presbytère de son père après avoir accompagné Charlotte à Bruxelles, arpenter la lande et écrire nombre de poèmes souvent d'une très grande sensibilité et emprunts d'une certain mysticisme. Son unique roman, "Wuthering Heights", publié en 1847, ne connaît pas le succès que sa soeur Charlotte emporte avec "Jane Eyre". Emily Brontë s'est en effet montrée très audacieuse dans ce roman qui prend des allures de roman gothique et exprime des sentiments d'une violence extraordinaire, exacerbant l'amour fou et la haine de ses protagonistes, leur souffrance comme leur passion, dans le fameux décor des landes désolées et hostiles du Yorshire. Le manoir des Hauts de Hurlevent semble cristalliser en son antre tous les tourments alors diffus de cette bourgeoisie naissante, peur de la pauvreté, violence de classe, maltraitance familiale,  enfermement, exclusion. Et loin d'être un combat entre le bien et le mal, Emily Brontë montre, sans jugement, des êtres emportés dans leur folie et livrés à une souffrance que rien ne pourrait endiguer tant est considérable le poids des convenances sociales. Emily Brontë ne saura jamais que son oeuvre sera reconnue, plus tard, comme une oeuvre majeure de la littérature : elle meurt de tuberculose un an plus tard, le 19 décembre 1848.

 

"Les Hauts de Hurlevent" (Wuthering Heights, Emily Brontë, 1847)
Les Hauts de Hurle-vent sont des terres situées au sommet d'une colline et balayées par les vents du nord. La famille Earnshaw y vivait, heureuse, avec deux enfants, Hindley et Catherine,  jusqu'à ce qu'en 1771, M. Earnshaw adopte un jeune bohémien, Heathcliff. Ce dernier va attirer le malheur sur cette famille. Dès le début, Hindley éprouve une profonde haine pour cet intrus qui devient par ailleurs l'inséparable ami de Catherine, avec laquelle il parcourt sans fin la lande. À la mort de son vieux bienfaiteur , Heathcliff doit subir la rancoeur de Hindley, devenu maître du domaine. Humilié par sa condition subalterne, Heathcliff, qui pourtant aime passionnément Catherine, jure de se venger. Sa fureur est décuplée lorsque Catherine, au tempérament aussi passionné que le sien, épouse le riche Edgar Linton et découvre un monde de raffinement qui l'éloigne un peu plus de lui. Devenu riche et puissant, Heathcliff met en oeuvre sa vengeance et précipite les protagonistes dans la tragédie ...

 

"This time, I remembered I was lying in the oak closet, and I heard distinctly the gusty wind, and the driving of the snow; I heard, also, the fir bough repeat its teasing sound, and ascribed it to the right cause: but it annoyed me so much, that I resolved to silence it, if possible; and, I thought, I rose and endeavoured to unhasp the casement. The hook was soldered into the staple: a circumstance observed by me when awake, but forgotten. ‘I must stop it, nevertheless!’ I muttered, knocking my knuckles through the glass, and stretching an arm out to seize the importunate branch; instead of which, my fingers closed on the fingers of a little, ice-cold hand! The intense horror of nightmare came over me: I tried to draw back my arm, but the hand clung to it, and a most melancholy voice sobbed, ‘Let me in—let me in!’ ‘Who are you?’ I asked, struggling, meanwhile, to disengage myself. ‘Catherine Linton,’ it replied, shiveringly (why did I think of Linton? I had read Earnshaw twenty times for Linton) ‘I’m come home: I’d lost my way on the moor!’ As it spoke, I discerned, obscurely, a child’s face looking through the window. Terror made me cruel; and, finding it useless to attempt shaking the creature off, I pulled its wrist on to the broken pane, and rubbed it to and fro till the blood ran down and soaked the bedclothes: still it wailed, ‘Let me in!’ and maintained its tenacious gripe, almost maddening me with fear. ‘How can I!’ I said at length. ‘Let me go, if you want me to let you in!’ The fingers relaxed, I snatched mine through the hole, hurriedly piled the books up in a pyramid against it, and stopped my ears to exclude the lamentable prayer. I seemed to keep them closed above a quarter of an hour; yet, the instant I listened again, there was the doleful cry moaning on! ‘Begone!’ I shouted. ‘I’ll never let you in, not if you beg for twenty years.’ ‘It is twenty years,’ mourned the voice: ‘twenty years. I’ve been a waif for twenty years!’ Thereat began a feeble scratching outside, and the pile of books moved as if thrust forward. I tried to jump up; but could not stir a limb; and so yelled aloud, in a frenzy of fright. "

"Cette fois, je me souvenais que j’étais couché dans le cabinet de chêne et j’entendais distinctement les rafales de vent et la neige qui fouettait. J’entendais aussi le bruit agaçant et persistant de la branche de sapin, et je l’attribuais à sa véritable cause. Mais ce bruit m’exaspérait tellement que je résolus de le faire cesser, s’il y avait moyen ; et je m’imaginai que je me levais et que j’essayais d’ouvrir la croisée. La poignée était soudée dans la gâche : particularité que j’avais observée étant éveillé, mais que j’avais oubliée. « Il faut pourtant que je l’arrête ! » murmurai-je. J’enfonçai le poing à travers la vitre et allongeai le bras en dehors pour saisir la branche importune ; mais, au lieu de la trouver, mes doigts se refermèrent sur les doigts d’une petite main froide comme la glace ! L’intense horreur du cauchemar m’envahit, j’essayai de retirer mon bras, mais la main s’y accrochait et une voix d’une mélancolie infinie sanglotait : « Laissez-moi entrer ! laissez-moi entrer ! – Qui êtes-vous ? » demandai-je tout en continuant de lutter pour me dégager. « Catherine Linton », répondit la voix en tremblant (pourquoi pensais-je à Linton ? J’avais lu Earnshaw vingt fois pour Linton une fois). « Me voilà revenue à la maison : je m’étais perdue dans la lande ! » La voix parlait encore, quand je distinguai vaguement une figure d’enfant qui regardait à travers la fenêtre. La terreur me rendit cruel. Voyant qu’il était inutile d’essayer de me dégager de son étreinte, j’attirai son poignet sur la vitre brisée et le frottai dessus jusqu’à ce que le sang coulât et inondât les draps du lit. La voix gémissait toujours : « Laissez-moi entrer ! » et l’étreinte obstinée ne se relâchait pas, me rendant presque fou de terreur. « Comment le puis-je ? dis-je enfin ; lâchez-moi, si vous voulez que je vous fasse entrer ! » Les doigts se desserrèrent, je retirai vivement les miens hors du trou, j’entassai en hâte les livres en pyramide pour me défendre, et je me bouchai les oreilles pour ne plus entendre la lamentable prière. Il me sembla que je restais ainsi pendant plus d’un quart d’heure. Mais, dès que je recommençai d’écouter, j’entendis le douloureux gémissement qui continuait ! « Allez-vous-en ! criai-je, je ne vous laisserai jamais entrer, dussiez-vous supplier pendant vingt ans. – Il y a vingt ans, gémit la voix, vingt ans, il y a vingt ans que je suis errante. » Puis j’entendis un léger grattement au dehors et la pile de livres bougea comme si elle était poussée en avant. J’essayai de me lever, mais je ne pus remuer un seul membre, et je me mis à hurler tout haut, en proie à une terreur folle."



John Martin (1789-1854)
Alors que Byron, qui meurt en1826, incarne pour les soeurs Brontë, toutes les audaces vis-à-vis des convenances, que Walter Scott est l'écrivain de fiction par excellence, le peintre John Martin (1789-1854) est de ceux qui exerce une directe sur leur imagination (trois gravures du peintre ornaient les murs du presbytère de Haworth), l'une de ses spécialités étant les tableaux apocalyptiques tirés de l'Ancien Testament.
Né à Haydon Bridge, dans le Northumberland, John Martin trouve son style et débute véritablement sa carrière en 1820  avec "Belshazzar's Feast", oeuvre inspirée par la lecture d'un poème du même titre de Thomas Smart Hughes (Yale Center for British Art, New Haven, Connecticut).

Comment ce décorateur de porcelaine a-t-il pu se muer en paysagiste cosmique et fantastique? Les oeuvres de Philip James de Loutherbourg (1740-1812), né à Strasbourg, installé à Londres depuis 1771, et promoteur du "Eidophusikon" (A Moving Pictures, representing Phenomena of Nature) et celles de Turner ("Snow Storm: Hannibal and His Army Crossing the Alps", Tate Gallery, London) semblent avoir joué le rôle de révélateur...

(The Cutting-Out of the French Corvette 'La Chevrette' / Bristol Museum & Art Gallery; The Landing of British Troops at Aboukir, 8 March 1801 / National Galleries of Scotland, Scottish National Portrait Gallery; An Avalanche in the Alp 1803 / Tate)

Sont évoquées de John Martin, "The Destruction of Pompeii and Herculaneum" (1821, Tate Britain - London), "The seventh plague" (1823, Museum of Fine Arts - Boston), "The fall of Nineveh" (1833), "The Deluge" (1834 - Yale Center for British Art, New Haven, Connecticut), "Manfred and the Alpine Watch" (1837 - The Whitworth - University of Manchester), "The Death of Moses", "The Death of Jacob" (1838), "The Last Man" (1839, Walker Art Gallery, Liverpool), "The Eve of the Deluge" (1840, Buckingham Palace), "The Assuaging of the Waters" (1840), "The Destruction of Sodom and Gomorrah" (1852, Laing Art Gallery - Newcastle-upon-Tyne), "The Great Day of His Wrath" (1853, Tate Britain - London).


Les sœurs Brontë constituent un univers très singulier dans la littérature, partagées entre un monde victorien pour qui la femme doit être cette "nature plaisante, délicate et éveillée" qui a reçu pour éducation de "prendre plaisir à être la compagne que peut souhaiter un homme", la lande sauvage des "Pennine" (West Yorkshire) où se tient la fameuse ruine de "Top Withens", non loin d'Haworth, porte du "Brontë Country", la ferveur religieuse fantasmée des gravures de John Martin (Le Festin de Balthazar, Le Déluge, Josué commandant au soleil de s'arrêter). Un certain Robert Southey (1774-1843), poète romantique reconnu de ses pairs, est emblématique de l'esprit dominant, et quelque fût son talent, est de ceux qui recommandent à Charlotte Brontë d'abandonner la littérature, qu'une femme de devoir ne peut tenter d'aborder.

 

"The Pennine Way", "the Lake District", mais aussi "Exmoor" sont en fond de toute la littérature anglaise du XIXe siècle. Dans le Sud-Ouest de l'Angleterre, au fond des comtés du Devon et du Somerset, Exmoor, devenu parc touristique renommé, un des hauts-lieux du romantisme anglais qui inspira nombres d' écrivains. Samuel Taylor Coleridge conçut "The Rhyme of the Ancient Mariner" (1797) en parcourant la  côte de la Valley of Rocks de Lynton à Lynmouth, partageant avec William Wordsworth ces longues et sauvages promenades, de Porlock Weir à Culbone (Kubla Khan) , Broomstreet Farm, Yenworthy. Percy Bysshe Shelley et Mary y vinrent en 1812 pour vivre quelques temps à Lynmouth. Enfin, et surtout, la région puise sa célébrité dans le roman de Blackmore, - "Lorna Doone, "A Romance of Exmoor", - dont les personnages de Lorna Doone, Carver et John Ridd attirent nombre de lecteurs dans cette si sauvage contrée...

 

Richard Doddridge Blackmore (1825-1900)
Richard Doddridge Blackmore fonde dans les années 1860 un véritable mythe en la personne de Lorna Doone, , une version idyllique de la Femme, Femme-Nature source d'inspiration morale et sauvant l'Homme du vice et de la brutalité, sur fonds de vie rurale et d'aventures épiques. La jeune reine Victoria, en 1837, accède au trône d'une monarchie alors déconsidérée par le souvenir d'un George IV corrompu et d'un Guillaume IV, le "Sailor King", qui vécut avec une actrice irlandaise, Dorothea Jordan, et affronta la fameuse Crise de la Réforme électorale qui marqua les débuts de l'affaiblissement de la Chambre des lords : débute alors un temps d'intense activité intellectuelle sur fond de profonde mutation sociale et industrielle. Lorsque Blackmore écrit (entre 1867-1868) et publie Lorna Doone (1869), l'époque victorienne est à son apothéose et le roman connaît un véritable engouement. Si l'histoire se déroule au XVIIe siècle, Blackmore fait renaître la légende populaire des Doone, à l'image des romans écossais de Walter Scott, les paysages romantiques et l'inspiration lyrique des grands sentiments, et forge ainsi sa réputation de "dernier victorien" et ultime apôtre du romantisme anglais.
Né au presbytère de Longworth, près d'Oxford, Blackmore passa toute son enfance dans le pays des Doone, à Exmoor. Il y développe un lyrisme passionnée pour la Nature et une vision très christianisée de la providence. Epileptique et époux d'une femme de santé délicate, Lucy Maguire, Blackmore ne parvient pas à se stabiliser professionnellement : il est tour à tour "lawer", "schoolmaster", "horticulturist", pour finalement se consacrer à l'écriture : "Clara Vaugham" (1864), "Cradock Nowell" (1866). Les romans qui suivront "Lorna Doone" ne connaîtront pas le succès escompté : "The Maid of Sker" (874), "Slain by the Doones", et son dernier roman, "Dariel" (1897).. "I have fallen away during the last month, having taken obstinate chills, & caring neither to eat nor drink, nor speak. All my energy & spirit are abated, & often I know not where I am".

"Lorna Doone, A Romance of Exmoor" (1867)
Histoire d'amour et synthèse des genres victoriens en vogue, l'épopée historique de Walter Scott, les thèmes pastoraux ponctués d'intrigues mélodramatiques proches du roman à sensation, le roman retrace, dans le Devon du XVIIe siècle, le destin de Lorna, kidnappée et élevée par les Doone, un clan de redoutables et nobles écossais menée par Sir Ensor et tombés dans la déchéance et le brigandage, convoitée par le brutal héritier des Doone, Carver, sauvée par John Ridd, un jeune fermier qu'elle avait connue auparavant et dont le père avait été assassiné par les Doone. Lorna découvrira au terme de l'histoire, et le secret de son origine et le bonheur après maintes péripéties.

 


George Eliot (1819-1880)
Les romans de George Eliot sont des invitations à penser, à "regarder attentivement la furtive destinée des êtres humains" dans la complexité de l'existence : personnages et situations se déroulent sous nos yeux, rien ne nous est imposé, il revient au lecteur de formuler ses propres conclusions...
D'un même mouvement, George Eliot renonce à la foi évangéliste de son père et en reconstruit une version laïque avec un souci d'authenticité naturelle et une finesse de l'analyse psychologique qui lui donne cette immense  notoriété  littéraire qu'on lui reconnaît dès la publication de Middlemarch, en 1871-1872. L'ouvrage est publié alors que viennent de disparaître Thackeray (1863), l'auteur de "Vanity Fair" et Dickens (1870), celui de "Great Expectations". George Eliot prolonge ces grandes fresques sociales mais en nous restituant ici ces petites communautés campagnardes qui vivaient encore dans une relative autarcie:  elles sont ici toutes imprégnées de ses souvenirs d'enfance, de lieux, de personnages, de situations qu'elle a pu connaître, et  au travers desquelles se construit cette "humanité ordinaire" à laquelle elle aspire, capable de surpasser la fragilité de notre volonté, de dépasser nos intérêts égoïstes et nos petits drames obscurs, pour cette "sublime impulsion" qu'est le dévouement à l'autre, cette "métamorphoses irrationnelles du devoir" que Mary Ann Evans a si bien connue. Si modestes soient-elles, si médiocres peuvent-elles nous sembler, les actions de chacun ont des répercussions inévitables sur cette vie en société si particulière qu'est la vie provinciale,  la trame des échecs, des petits drame obscurs, et des efforts consentis pour les résoudre, servent de levain à une société plus chaleureuse...

George Eliot, pseudonyme de Mary Ann Evans, passe son enfance dans une ferme du Warwickshire,  région préservée de la révolution industrielle qui apparaîtra sous le nom de Loamshire dans plusieurs de ses romans, où son père travaille comme régisseur. Elle reçoit une éducation religieuse très conformiste (calviniste) et la mort de sa mère l'oblige à quitter l'école à dix-sept ans pour aider son père, et ce jusqu'à sa trentième année. Mais elle rencontre Charles Bray, libre penseur, partisan de l'éducation universelle et du syndicalisme naissant, et, en 1842, elle annonce à son père son athéisme rationaliste. A la mort de ce dernier (1849), elle s'émancipe totalement, se nourrit de Comte, de Spencer, qu'elle rencontra, traduit David Friedrich Strauss, Spinoza, Feuerbach, devient directrice adjointe de la Westminster Review, découvre le journalisme littéraire et affiche son union libre avec le journaliste et biographe de Goethe, George Henry Lewes, ayant par ailleurs femme et enfants, qui l'encourage à écrire.
Elle se consacre donc à l'écriture à près de quarante ans et publie successivement des nouvelles, "Scènes de la vie du clergé" (1858), inspiré de souvenirs d'enfance et de la vie provinciale, puis passe au roman : "Adam Bede" (1859), dans lequel le héros, charpentier de village, hésite entre une jeune frivole, qui finira infanticide, et la jeune méthodiste qu'il épousera; "Le Moulin sur la Floss" (1860), qui n'est pas sans évoquer le lien privilégié qui l'unissait, enfant, à son frère Isaac; "Silas Marner" (1861), histoire d'un homme trahi qui sombre dans l'avarice et que fait se racheter une enfant; "Romola" (1863), roman historique situé dans la Florence du Quattocento; "Felix Holt" (1866), histoire d'un conflit entre un jeune ouvrier et un propriétaire terrien à propos d'une jeune femme; enfin "Middlemarch (1871-1872) qui remporte un succès triomphal, elle a cinquante-trois ans. "Daniel Deronda" (1876), son dernier roman conte le chassé-croisé de deux quêtes d'identité, celle d'Eliot, fils adoptif d'un aristocrate, qui se découvre Juif, et Gwendolen, fille authentique d'aristocrate déchu, se vend. Dix-huit mois après la mort de Lewes (1878), elle épouse, à 62 ans, John Walter Cross, de près de vingt ans son cadet, et meurt peu après.

Middlemarch (Middlemarch, A Study of Provincial life, 1871-1872)
George Eliot explore dans une petite ville de province les tensions entre mariage et vocation à travers deux personnages, Dorothée Brooke, intelligente et philanthrope, et Tertius Lydgate, un médecin talentueux mais naïf. "Dorothea eut soudain l'idée que Mr Casaubon souhaitait l'épouser ; elle en éprouva une sorte de gratitude respectueuse. Quelle bonté de sa part ! On eût presque dit qu'un messager ailé apparaissait sur son cheval pour lui tendre une main secourable." L'idéalisme et l'inexpérience conduisent Dorothea Brooke à épouser le sombre Révérend Edward Casaubon, un vieux pédant, qu'elle souhaite aider dans sa recherche, mais le mariage tourne très vite au désastre lorsqu'elle perce à jour la véritable nature de son époux. L'écart est trop important entre les deux personnages, pourtant, incarnant Dorothea est intimement persuadée, jusqu'à l'excès, qu'elle a un destin à accomplir, un rôle à tenir, malgré les obstacles, fussent-ils infranchissables : l'héroïsme existe dans les gestes les plus insignifiants, et cet idéalisme exacerbé est aussi partagé par le jeune médecin dont l'histoire est liée à celle de Dorothée, le Dr. Lydgate, qui lui aussi a fait avec son mariage un mauvaix choix. La trame de l'histoire se poursuit et s'étend au microcosme de cette société provinciale, des relations entre individus soumises aux mariages, aux rapports de force, au pouvoir de l'argent. Dororthea s'y débat avec ses failles et ses mauvaix choix, essayant de bien vivre et de bien aimer...

"Miss Brooke had that kind of beauty which seems to be thrown into relief by poor dress. Her hand and wrist were so finely formed that she could wear sleeves not less bare of style than those in which the Blessed Virgin appeared to Italian painters; and her profile as well as her stature and bearing seemed to gain the more dignity from her plain garments, which by the side of provincial fashion gave her the impressiveness of a fine quotation from the Bible,—or from one of our elder poets,—in a paragraph of to-day's newspaper. She was usually spoken of as being remarkably clever, but with the addition that her sister Celia had more common-sense.
Nevertheless, Celia wore scarcely more trimmings; and it was only to close observers that her dress differed from her sister's, and had a shade of coquetry in its arrangements; for Miss Brooke's plain dressing was due to mixed conditions, in most of which her sister shared. The pride of being ladies had something to do with it: the Brooke connections, though not exactly aristocratic, were unquestionably "good:" if you inquired backward for a generation or two, you would not find any yard-measuring or parcel-tying forefathers—anything lower than an admiral or a clergyman; and there was even an ancestor discernible as a Puritan gentleman who served under Cromwell, but afterwards conformed, and managed to come out of all political troubles as the proprietor of a respectable family estate. Young women of such birth, living in a quiet country-house, and attending a village church hardly larger than a parlor, naturally regarded frippery as the ambition of a huckster's daughter..."

"Miss Brooke avait ce genre de beauté que rehausse encore la simplicité de la mise. Elle avait la main et le poignet assez délicatement modelés pour porter avec grâce des manches tout unies, comme celles de la Vierge des peintres italiens ; son profil, aussi bien que sa taille st son maintien, semblait emprunter une dignité plus grande à la sévérité de son costume ; aussi toute sa personne offrait-elle, à côté des modes provinciales, le même contraste qu’une belle citation de la Bible, ou de nos vieux poètes, au milieu d’une colonne de journal. On parlait d’elle généralement comme d’une jeune fille remarquablement douée, mais on ajoutait que sa sœur Célia avait plus de bon sens.
Célia n’avait pas plus de recherche dans sa mise ; ce n’était qu’aux yeux des observateurs attentifs que sa robe différait de celle de son aînée et respirait dans ses plis comme un parfum de coquetterie. La simplicité de miss Brooke tenait, comme celle de sa sœur, à plusieurs causes. L’orgueil d’être des « ladies » y entrait pour quelque chose : si la famille des Brooke n’était pas précisément aristocratique, elles n’en étaient pas moins de bonne race, et en remontant à une ou deux générations, vous ne leur eussiez pas trouvé un ancêtre ayant manié l’aune ou ficelé des paquets, pas un d’un rang inférieur à celui d’homme d’Église ou d’officier de marine. Un de ces ancêtres notamment, gentilhomme puritain au service de Cromwell, avait été assez avisé pour se trouver, au sortir des troubles politiques, propriétaire d’un respectable domaine de famille. En raison de leur naissance, ces jeunes femmes, habitant une paisible maison de campagne et fréquentant une église de village à peine plus grande qu’un salon, considéraient la toilette comme une recherche bonne pour des filles de petit marchand, cherchant à se grandir. "


"Le Moulin sur la Floss" (The Mill on the Floss, 1860)
"Ce sommet de l'histoire du roman anglais (qui en compte d'ailleurs beaucoup) date de 1860. Le thème principal en est l'amour tragique entre un frère et une sœur, qui se brouillent de longues années pour se réconcilier dans la mort. Entre-temps, la jeune fille a été amoureuse d'un infirme, puis du fiancé de sa cousine : mal lui en prendra.
Le meilleur du livre est dans la peinture poétique de l'existence quotidienne la plus humble, dans «le sentiment de la question mystérieuse de la vie humaine et de la vie de la nature, des mystères sublimes auxquels nous participons en le sachant aussi peu que la fleur qui pousse» (Marcel Proust). " (Editions Gallimard) C'est en effet la sensibilité avec laquelle George Eliot restitue le monde de l'enfance, sans doute pour une part de sa propre enfance, qui fera la popularité du roman.  De plus, le récit se déroule dans l'Angleterre des années 1830, alors que le pays se transforme de fond en comble et que l'argent supplante la propriété en terme de pouvoir et de reconnaissance sociale.

"They sat mutely gazing at each over : Maggie with eyes of intense life looking out from a weary, beaten face - Tom pale with a certain awe and humiliation. Thought was busy though the lips were silent : and though he could ask no question, he guessed a story of almost miraculous divinely-protected effort. But at last a mist gathered over the blue-grey eyes, and the lips found a word they could utter : the old childish - "Magsie!"
Maggie could make no answer but a long deep sob of that miraculous wondrous happiness that is one with pain."

"Ils étaient assis et se regardaient sans rien dire, Maggie dont le visage las et meurti s'animait d'un regard intense, Tom, qu'un certain mélange de crainte et d'humiliation avait rendu pâle. Sa pensée s'activait, même si ses lèvres restaient muettes, et bien qu'il ne pût poser de question, il se sentait en présence d'un effort qui tenait du miracle et de la providence divine. Enfin ses yeux gris-bleu s'embuèrent et ses lèvres trouvèrent un mot à prononcer, le nom d'autrefois, du temps de l'enfance ; "Magsie!"
Pour toute réponse, Maggie laissa échapper un de ces longs et profonds sanglots, où le plus merveilleux bonheur ne fait qu'un avec la souffrance."


" Silas Marner" (Silas Marner, 1861)
"Histoire d'un tisserand, d'un «cœur simple» qui meurt et renaît à l'amour, Silas Marner nous introduit au cœur le plus profond, savoureux et sensible, de l'Angleterre rustique, avec ses commères, ses auberges, ses libertins de village et ses illuminés." (Editions Gallimard)

"Daniel Deronda" (Daniel Deronda, 1876)
"Daniel Deronda est le dernier roman de George Eliot, la plus grande romancière de l'époque victorienne, connue pour ses positions féministes et la profondeur de ses analyses psychologiques. George Eliot ne s'y limite plus à l'exploration d'un microcosme géographique et social, mais présente des catégories sociales nouvelles, tout en s'ouvrant largement sur le monde. Située dans un passé proche du temps de la narration, l'histoire est traversée par les mouvements nationalistes de l'époque.
Ce roman moderne et cosmopolite, qui entraîne le lecteur de Londres à Gênes en passant par les villes d'eaux allemandes, est aussi un roman expérimental, jouant parfois avec la chronologie, et présentant une synthèse inattendue entre deux intrigues, l'histoire anglaise et l'histoire juive, racontant le destin de deux héroïnes fort différentes, la blonde Gwendolen et la brune Mirah, entre lesquelles le cœur du héros balance." (Editions Gallimard) On a pu voir dans ce roman une dénonciation de l'antisémistisme dans la société victorienne : Daniel Deronda, riche et compatissant, secourt une jeune juive, Mirah Lapidoth et découvre ses propres origines juives. Sa vie va se lier inextricablement à Gwendolen Harleth, piégée dans un mariage malheureux.