Adalbert Stifter (1805-1868) - Georg Büchner (1813-1837) - Gustav Freytag (1816-1895) -Theodor Storm (1817-1888) -  Theodor Fontane (1819-1898) - Gottfried Keller (1819-1890) - Friedrich Spielhagen (1829-1911) - Wilhelm Raabe (1831-1910) - Franz von Lenbach (1836-1904) - Fritz von Uhde (1848-1911) - Gerhart Hauptmann (1862-1946) - George Hendrik Breitner (1857-1923) - ..

Last update: 12/31/2016

Après la chute de Napoléon en 1815, le Congrès de Vienne a créé en 1815 la Confédération germanique. Mais cette construction politique, sans pouvoir réel, ne correspond pas aux voeux des patriotes allemands qui souhaitent mettre fin au morcellement séculaire de l'Allemagne. C'est par la guerre qu'en définitive Otto von Bismarck, chancelier de Prusse en 1862, va réussir cette unification. L'Autriche est battue en 1866 à Sadowa et exclue du jeu. Sur les ruines de l'Empire français de Napoléon III, l'Empire allemand (IIe Reich) est proclamé (Versailles, 18 janvier 1871). Guillaume Ier en est le premier titulaire, Bismarck le premier chancelier. De 25 millions d'habitants en 1815, la Confédération passe à 38 millions en 1870. L'industrialisation et urbanisation sont alors massives et, comme dans les autres pays occidentaux, émerge une puissante classe bourgeoise, privilégiée par rapport aux ruraux et aux ouvriers. Bismarck exploite habilement deux attentats anarchistes commis en mai et juin 1878 contre l'empereur Guillaume Ier, pour tenter de détruire la social-démocratie grâce à une loi d'exception, et introduire quelques réformes sociales au profit des travailleurs, les premières en Europe : mais cette répression ne désarmera pas les socialistes: les sociaux-démocrates obtiendront un véritable triomphe aux élections de février 1890 et sera l'une des causes de la démission du chancelier. 

Dans cette période de 1850 à 1890, qui voit se réaliser l'unité de l'Allemagne sous la direction de la Prusse et s'amorcer son accession au rang de puissance mondiale, la littérature allemande semble au creux de la vague. À la génération des Lenau, Heine, Mörike, succèdent les poètes de l'école de Munich (E. Geibel, F. von Bodenstedt, V. von Scheffel), portés au pinacle par leurs contemporains et que la postérité a relégués dans un oubli compréhensible. Seule la prose narrative échappe dans une certaine mesure à ce constat de carence. Succédant à l'esthétique romantique et à la Jeune-Allemagne, elle est placée sous le signe du "réalisme". 

Naviguant entre romantisme et naturalisme, entre idylle et satire sociale, vivant à Berlin, Theodor Fontane (1819-1898) va conduire le réalisme allemand à son apogée.  Qu'ils peignent les transformations de la société bourgeoise ou des petites gens de province, c'est toujours une réalité idéalisée ou poétique qui est représentée, et cet état d'esprit sera pour Nietzsche l'occasion de ses diatribes contre l'esprit du siècle.

La littérature allemande connaît une nouvelle période d'éclat à partir de 1890, alors que l'Allemagne s'engage dans une nouvelle période politique sous l'impulsion du "jeune empereur" Guillaume II.  Plus urbanisée, plus industrialisée, mais plus prolétarisée, l'Allemagne entend prendre sa place dans le monde. Tard venu en Allemagne, le naturalisme atteint le public en 1889 avec "Avant le lever du soleil", de G. Hauptmann : si ce courant n'a qu'une existence éphémère, c'est par rapport à lui que le monde littéraire va se construire.... Les masses, quant à elles, deviennent progressivement un objet littéraire, mais non encore un sujet...

 

La dernière décennie du XIXe siècle est marquée l'arrivée progressive d'une génération d'écrivains d'importance qui vont permettre à la littérature de langue allemande d'acquérir une notoriété mondiale. Dès le début, le naturalisme scientifique et l'influence de Zola seront contrebalancés par des influences nordiques (Ibsen) ou russes (Tolstoï, Dostoïevski). Le symbolisme sera représenté par S. George et son cercle; le néoromantisme avec E. Stucken, E. Hardt ou K. G. Vollmoeller, mais aussi E. von Keyserling, R. Huch, I. Kurz ou Lou Andreas-Salomé; impressionnisme avec les premières oeuvres de H. Hesse, J. Wassermann, H. von Hofmannsthal.Thomas Mann traite des thèmes néoromantiques dans une forme réaliste inspirée de Fontane. Son frère Heinrich, grand admirateur de Zola, se fait le peintre de la société wilhelminienne.  

 


Adalbert Stifter (1805-1868)
Connu comme l'un des plus grands prosateurs allemands du XIXe siècle, Adalbert Stifter est un écrivain controversé: Thomas Mann, Robert Walser, Hermann Hesse admirait la concision, la précision la lenteur de sa prose, un Thomas Bernhard décriait son bavardage stérile et des romans il ne se passe rien . On a pu effectivement considérer qu'à privilégier, comme il le fit, les infimes évènements de la vie au détriment de la moindre remise en question politique ou sociales, Stifter soutenait une société autrichienne immobiliste, sclérosée dans l'adoration de l'ordre divin de leur monde. Il est vrai qu'il semble fuir dans ses intrigues tous les éléments perturbateurs ou subversifs comme la passion (Die Leidenschaft), l'appétit de richesse ou du pouvoir, ou même les aspirations démesurées. Né à Oberplan, petit village tchèque dans le sud de la Bohème (à l'époque partie intégrante de l'Autriche), Adalbert Stifter est placé à la mort de son père dans un internat à Linz, part pour Vienne en 1826 pour faire des études de droit et obtient des postes dans l'administration. Parallèlement il entame une carrière d'écrivain et se partage entre deux femmes, Fanny Greipl, amour d'enfance idéalisé, et Amalia Mohaupt, sa véritable femme. Venu tard en littérature, Adalbert Stifter s'impose dès ses premières nouvelles en 1840. "Der Condor" (1840), "Der Hochwald" (1841, Les grands bois), "Die Narrenburg" (1844), "Brigitta" (1844, Brigitta), Der Hagestolz (1845, L'Homme sans postérité). En 1849, il quitte Vienne pour Linz et une demeure entourée de jardins et de cactus qui surplombe la ville et l'éloigne un peu plus du monde. Il y écrit "Der Nachsommer" (1857, L'arrière-saison), son meilleur livre. Stifter se suicide à Linz en 1868.

 

"Der Nachsommer" (1857, L'arrière-saison)
Adalbert Stifter écrivit "Der Nachsommer" durant dix longues années. Heinrich Drendorf, le jeune héros du roman,  quitte sa famille et Vienne, pour découvrir le monde qui l'entoure et enrichir une vision de la vie jusque-là théorique. Il découvre "la maison des roses" du vieux Baron von Risach, haut fonctionnaire à la retraite et personnage peu commun qui va devenir pour lui un extraordinaire précepteur. Retours en arrière sur leur propre passé ou leurs interrogations les plus profondes,  observations en parallèle et quasi picturales de la nature environnante, l'un et l'autre reconstruits dans les plus infimes détails et mouvements pour réinvestir leurs existences respectives.

"Wie es sonderbar ist, dachte ich, daß ich, daß in der Zeit, in der die kleinen, wenn auch vieltausendfältigen Schönheiten der Erde verschwinden und sich erst die unermeßliche Schönheit des Weltraums in der fernen, stillen Lichtpracht auftut, der Mensch und die größte Zahl der anderen Geschöpfe zum Schlummer bestimmt ist! Rührt es daher, daß wir nur auf kurze Augenblicke und nur in der rätselhaften Zeit der Traumwelt zu  jenen Großen hinansehen dürfen, von denen wir eine Ahnung haben und die wir vielleicht einmal immer näher und näher werden schauen dürfen? Sollen wir hienieden nie mehr als eine Ahnung haben?"

 

"Comme il est singulier pensais-je qu'à l'heure où disparaissent les beautés infinies de la terre et leur nombre infini, et que point l'incommensurable beauté de l'univers dans sa splendeur muette et lointaine de la lumière, l'homme soit voué au sommeil avec la pluralité des autres créatures! Serait-ce que nous ne disposons que des courts instants fugitifs et du seul espace énigmatique des songes pour lever les yeux vers ces grandeurs que nous pressentons, et qu'il nous sera peut-être donné de contempler de plus en plus près? N'aurons-nous ici-bas qu'un pressentiment?


"Les grands bois et autres récits" (Der Hochwald, 1841, Abdias, 1843..)
"An der Mitternachtseite des Ländchens Oesterreich zieht ein Wald an die dreißig Meilen lang seinen Dämmerstreifen westwärts, beginnend an den Quellen des Flusses Thaia, und fortstrebend bis zu jenem Gränzknoten, wo das böhmische Land mit Oesterreich und Baiern zusammenstößt..."
 "On découvrira, dans ces récits, deux aspects très différents, opposés même, et étonnamment complémentaires, du génie d'Adalbert . Celui qui donne son titre au recueil, "Les grands bois", se déroule dans un monde familier à l'auteur, les monts de Bohême, les forêts profondes qui ont enchanté son existence, par ailleurs douloureuse et frustrée. L'art de Stifter (qui fut aussi un peintre de haute valeur, dont les paysages n'ont pas vieilli) est à l'image de ces horizons où les détails s'harmonisent, se fondent dans la profonde unité du destin. Or ce même homme, dont les monts de Bohême semblent fermer l'horizon (et qui, vers le sud, n'a jamais dépassé Trieste), écrit aussi "Abdias", histoire d'un juif de Tripoli, à demi nomade, drame du désert, lent et fascinant comme les contes de l'Orient, d'un pur tragique. L'œuvre de Stifter va bien au-delà de ces récits, mais ils sont au carrefour de ses hantises et de ses rêves, comme ces tables d'orientation qui donnent à rêver au promeneur." (Editions Gallimard, traduction Henri Thomas)


Georg Büchner (1813-1837)
Les deux drames de Büchner, "La Mort de Danton" (1835) et "Woyzeck" (1836-1837) ne furent véritablement connues qu'à la fin du XIXe siècle, tant il bouscule la dramaturgie classique et l'idéalisme alors en cours arc-boutés sur l'illustration et la défense des valeurs  : ici, tentent de s'exprimer une peuple situé au plus bas de l'échelle sociale, des masses populaires en quête de sens et de libération, mais sans que puisse être véritablement formulé des revendications précises, la critique sociale, globale, instinctive, reste diffuse, violente, insensée. C'est dans sa nouvelle de Lenz que Büchner relate le drame de son itinéraire intellectuel dans une Europe qui s'agite et bascule vers on ne sait quelle perspective, si ce n'est sans doute la remise en ordre social et politique des masses, par précaution : révolte et ennui. Révolte par instinct, mais terrible sentiment de vide : "La plupart des hommes prient par ennui, aiment par ennui, par ennui les uns sont vertueux, d'autres vicieux, moi je ne suis rien, je n'ai même pas envie de mettre fin à mes jours : c'est trop ennuyeux..."

Né à Goddelau, près de Darmstadt, Büchner, - fortement nourri de culture religieuse, philosophique et littéraire, un père médecin, un frère, Ludwig , dont les travaux philosophiques marquèrent l'histoire du matérialisme, - entame des études de médecine pendant le "Vormäz" (1815-1848), la période agitée qui précède la Révolution avortée de 1848 . Il appartient à cette génération d'individus (Karl Gutzkow (1811-1878), Friedrich Ludwig Weidig (1791-1837), Fanny Lewald (1811-1889), Louise Aston..) qui tentent de s'élever, à l'image de  la Jeune-Allemagne, contre les piliers de ce nouveau régime conservateur des Confédérations germaniques qui se met progressivement en place. En 1834, Büchner rédige, avec le pasteur Weidig, un premier brûlot, "le Messager de Hesse" (Der Hessische Landbote) qui appelle les masses à entrer par la violence dans l'histoire, au nom de leurs intérêts matériels. C'est l'époque du fameux, "le conflit entre riches et pauvres est le seul conflit révolutionnaire au monde", en 1835, date à laquelle Büchner écrit sa première pièce de théâtre, "Dantons Tod" : mais, menacé (Weidig est arrêté et mourra emprisonné), il doit fuir à Strasbourg. Il y poursuit des études de biologie, rédige une nouvelle, "Lenz", considérée comme l'une des plus grandes nouvelles des lettres allemandes, et dans laquelle il semble hésiter entre cet instinct qui le pousse à la révolte et un sentiment d'indifférence tant est encore obscure l'idée du matérialisme dans un monde moderne qui se construit péniblement. Jakob Lenz (1751-1792), poète et disciple de Kant, ami de jeunesse de Goethe, est le type même de l'intellectuel submergé par un sentiment de finitude absolue, tant social que philosophique, sans solution possible. Büchner devient un exilé politique, il gagne Zurich où il est reçu docteur en philosophie et s'y installe en octobre 1836. Il écrit une comédie satirique, "Leonce und Lena" et commence sa fameuse pièce, "Woyzeck", restée inachevée : il contracte le thyphus et meurt à vingt-trois ans.

 

"Dantons Tod" (La Mort de Danton, 1835)
"La mort de Danton n'est pas seulement un drame historique. C'est l'histoire d'hommes et de femmes emportés par une révolution qu'ils ne maîtrisent plus. Danton préfère mourir, entraînant ses amis avec lui, plutôt que de continuer à se battre pour une cause désormais placée sous le signe de la terreur:  je préfère être guillotiné que guillotineur." (Editions Christian Bourgeois). La scène s'ouvre sur un groupe d'amis de Danton jouant aux cartes tandis que celui-ci, aux pieds de sa compagne, Julie, s'interroge sur la superficialité des relations humaines, au fond le désir de mettre fin à la Terreur. Entre en scène le peuple, qui a faim, qui boit, qui se prostitue...

"Danton - Wenn einmal die Geschichte ihre Grüfte öffnet, kann der Despotismus noch immer an dem Duft unsrer Leichen ertsticken."

"Danton - Quand l'histoire, un jour, aura ouvert ses fosses, le despotisme pourra toujours s'asphyxier à l'odeur de nos cadavres."


"Woyzeck" (1836)
"Ce drame a pour le théâtre moderne la même importance, la même fulgurance qu'auront les Illuminations de Rimbaud pour la poésie qui viendra après lui. Büchner a puisé son sujet réaliste dans les archives judiciaires de son temps : un soldat sans grade, très pauvre et à peine éduqué, plus maltraité encore parce qu'il doit se vendre comme cobaye à un professeur de biologie, poignarde et tue Marie, sa compagne, avec qui il a un enfant, sur un soupçon de tromperie qu'attisent bêtise et médisances. Sur ce simple fil, Büchner a su rattacher en une quinzaine de courtes scènes toute la misère des relations humaines : entre hommes et femmes, entre supérieurs et inférieurs, entre bons et brutes, entre égarés par la douleur et l'avilissement de chaque jour, et sains d'esprit empêtrés dans toutes sortes d'interdits. Ces scènes de Woyzeck sont aussi une préfiguration de ce qui sera au cinéma le planséquence. Büchner a donné là comme une matrice de tout ce qui sera porté à la scène par la suite sans action ni intrigue définies à l'avance. Il a inventé la modernité au théâtre." (édition établie par Lothar Bornscheuer - Editions Christian Bourgeois)


Gustav Freytag (1816-1895)
Né à Kreuzburg, philologue de formation, libéral, Gustav Freytag est sans doute le premier des écrivains allemands à introduire le réalisme dans des oeuvres, aujourd'hui peu considérées, mais toutes conçues à la gloire de la bourgeoisie (on y retrouve les préjugés antisémites et slavophobes du XIXe) et donc d'une notoriété assez considérable à l'époque : "Bilder aus der deutschen Vergangenheit" (Tableaux du passé allemand, 1859-1867), sa comédie "Die Journalisten" (1852), son roman social "Soll und Haben" (1855).

Friedrich Spielhagen (1829-1911)
Né à Magdeburg, Friedrich Spielhagen fut l'un des romanciers les plus lus de son temps. Il décrit la société de son temps dans l'optique de la bourgeoisie libérale sans s'attarder outre-mesure sur la misère ouvrière: . On le présente donc comme un romancier réaliste Problematische Naturen, 1861 , In Reih' und Glied, 1866, Noblesse oblige, 1888), célèbre pour ses nouvelles (Sturmflut, 1876, Quisisana, 1880) , et un théoricien de ce mouvement (Beiträge zur Theorie und Technik des Romans, 1883).


Theodor Storm (1817-1888)
Theodor Storm est le premier écrivain des mentalités et des paysages de l'Allemagne de l'extrême Nord, nappes de silence où l'on erre dans une incertitude diffuse ..
Né à Husum (Schleswig), port sur la Mer du Nord, alors rattaché au Danemark, Theodor Storm, devenu avocat, est contraint de s'exiler en Prusse (le Danemark réprime alors l'agitation pro-allemande dans les duchés). Il revient à Husum après son annexion par la Prusse en 1864. Entre temps, après composé nombre de poèmes (Gräber in Schleswig, Auf der Heide), il écrit une cinquantaine de nouvelles et de contes entre 1849 et 1888, qui font de lui l'un des plus importants nouvellistes de langue allemande du XIXe siècle : "Immensee" (Le Lac aux abeilles, 1849), "Der Schimmelreiter" (L'Homme au cheval blanc, 1888) ses deux plus célèbres nouvelles, "Der Herr Etatsrat" (Monsieur le Conseiller d'Etat), "Ein Bekenntnis" (Une Confession), "Die Regentrude" (1866), "Viola tricolor" (1874), "Pole Poppenspäler" (1875), "Aquis submersus" (1877), "Carsten Curator" (1878), "Zur Chronik von Grieshuus" (1884), "Bötjer Basch" (1887), ) ...

 

"L'Homme au cheval blanc" (Der Schimmelreiter, 1888)
 Le héros, Hauke Haien, personnalité hors du commun, a voué tous ses efforts à une digue de la mer du Nord : il doit affronter non seulement les éléments naturels mais plus encore l'animosité des villageois englués dans leurs préjugés, leurs superstitions et leur médiocrité. Le récit, de type "réalisme fantastique", se termine tragiquement et le fantôme du Cavalier au cheval blanc devient le signe avant-coureur de malheur.


Theodor Fontane (1819-1898)

Effi Briest (1895) est l'une des grandes oeuvres réalistes de la littérature allemande, souvent rapprochée de "Madame Bovary" (Flaubert) ou de "Anna Karénine" (Tolstoï). Mais brosser le panorama d'une société, en l'occurrence celui de la société prussienne des années 1870-1890,  n'intéresse pas tant Fontane que d'exprimer les effets de cette réalité sur les individus. Fontane n’a trouvé ses thèmes et son style qu'après avoir largement dépassé la soixantaine : d'où sans doute cette profonde lucidité qui lui donne ce scepticisme souriant qui le caractérise, sa capacité au raccourci, le ton désabusé avec lesquels il aborde la société berlinoise de son temps et qui vont lui permettre d'acquérir un solide popularité. Fontane parvient, au travers de son extraordinaire évocation des conversations ou des évènements, à faire jaillir de cette bonne et policée société prussienne, les tensions sous-jacentes, les solitudes... "Das Herkommen bestimmt unser Tun. Wer ihm gehorcht, kann zugrunde gehn, aber er geht besser zugrunde als der, der ihm widerspricht" (Nos origines déterminent notre comportement. Celui qui leur obéit peut sombrer, mais il sombrera avec plus d'honneur que celui qui s' oppose).

Theodor Fontane est né à Neu-Ruppin, en Prusse, exerce brièvement le métier de pharmacien, profession qu'il abandonne lors de de la révolution de 1848, à Berlin,  puis se lance dans le journalisme qui le mènera peu à peu à la littérature. Entre 1852 et 1859, il fait plusieurs séjours à Londres comme correspondant du très conservateur Preussische Zeitung., puis revient à Berlin, suit la campagne du Danemark en 1864, les guerres de 1866 et de 1870-71. En 1862, il avait déjà publié un premier volume de ses "Promenades à travers la Marche de Brandebourg" (Wanderungen durch die Mark Brandenburg), dont le dernier, le quatrième, ne parut qu’en 1882. Il y montre déjà son style qui tient du reportage et du tableau de voyage, émaillé de réflexions. A partir de 1878, son oeuvre romanesque s'étoffe : 17 romans et nouvelles, dont "Vor dem Sturm" (Avant la tempête), roman historique fleuve qui se passe dans une Allemagne occupée pendant l'hiver 1812-1813, "Grete Minde" (1880), "Schach von Wuthernow" (1883). En 1882, son premier roman, "Adultera" (1882),  le consacre comme écrivain "moderne". Le sujet en est une chronique mondaine de Berlin, dont il peint les milieux d’affaires, la banque en particulier, ces fameuses années de fondation de Berlin quand la spéculation boursière faisait et défaisait les fortunes, quand la bourgeoisie d’affaires menait grand train...

À partir de 1887, Fontane donne, coup sur coup, soutenu par un succès croissant, la série de ses nouvelles et romans berlinois." Cécile" (1887) est une étude de mœurs, dans un milieu moyen, tournant autour d’un portrait de femme. "Irrungen, Wirrungen" (Errements et Tourments, 1888) est l’histoire d’une amourette entre un cadet de Brandebourg et une lingère de Berlin-Wilmersdorf. "Frau Jenny Treibel" (1892) peint, autour de l’héroïne principale qui fournit son titre au roman, la famille et les amis d’un fabricant très prospère de bleu de Prusse. C'est en 1895, que Fontane publie son roman le plus achevé, "Effi Briest" : l'histoire tourne autour d’une jeune femme, primesautière et rêveuse. "Der Stechlin" (1899), publié à titre posthume, met en évidence un nouveau climat social, aux côtés des bourgeois enrichis et des nobles de la Marche de Brandebourg, apparaissent les sociaux-démocrates ....

 

Effi Briest (1895)
"In Front des schon seit Kurfürst Georg Wilhelm von der Familie von Briest bewohnten Herrenhauses zu Hohen-Cremmen fiel heller Sonnenschein auf die mittagsstille Dorfstraße, während nach der Park- und Gartenseite hin ein rechtwinklig angebauter Seitenflügel einen breiten Schatten erst auf einen weiß und grün quadrierten Fliesengang und dann über diesen hinaus auf ein großes, in seiner Mitte mit einer Sonnenuhr und an seinem Rande mit Canna indica und Rhabarberstauden besetzten Rondell warf..."
C'est avec "Effi Briest" que Fontane rencontre le seul grand succès de son vivant, et qu'il entre définitivement dans la littérature allemande : ce court roman, un des sommets du réalisme prussien, dont l'intrigue se déroule entre 1877 et 1889, est connu pour avoir profondément influencé le Thomas Mann des Buddenbrooks et de La Montagne magique.
"Effi Briest, fille unique d'aristocrates brandebourgeois, est mariée à l'âge de dix-sept ans au baron Geert von Innstetten, de vingt ans son aîné, haut fonctionnaire ambitieux en poste à Kessin, dans une petite ville poméranienne au bord de la Baltique. Peu à peu, au cours du premier hiver dans cette région austère, dans une demeure qui se caractérise elle-même par le "vide",  Effi est gagnée par la torpeur provinciale, par une angoissante impression de solitude et d'ennui. Ni les notables de la ville ni les propriétaires des environs, d'un conservatisme rigoureux, n'ont de quoi distraire la jeune femme. Au cours du deuxième hiver passé à Kessin, et après avoir donné naissance à une petite fille, Effi se laisse séduire par un don Juan qu'elle n'aime pas vraiment, le major Crampas. Au printemps, le mari d'Effi est muté à Berlin. C'est avec soulagement qu'elle quitte Kessin. Les années passent. Bien plus tard, Innstetten découvre des lettres compromettantes...." La révélation de cette aventure six années plus tard dévoile des personnages totalement prisonniers d'une société prussienne rigidifiée à l'excès..

"Aber im Zusammenleben mit den Menschen hat sich ein Etwas gebildet, das nun mal da ist und nach dessen Paragraphen wir uns gewöhnt haben, alles zu beurteilen, die andern und uns selbst. Und dagegen zu verstoßen geht nicht; die Gesellschaft verachtet uns, und zuletzt tun wir es selbst und können es nicht aushalten und jagen uns die Kugel durch den Kopf."

"Mais, à force de vivre avec les gens, quelque chose finit par se constituer qui est là une fois pour toutes, et nous avons pris l'habitude de tout juger, les autres et nous-mêmes, en fonction des articles de ce code. Et il n'est pas question d'enfreindre cela; car alors la société nous méprise, nous nous méprisons nous-mêmes, nous ne pouvons le supporter et nous nous tirons une balle dans la tête.."

 


 Madame Jenny Treibel (Frau Jenny Treibel, 1892)

"An einem der letzten Maitage, das Wetter war schon sommerlich, bog ein zurückgeschlagener Landauer vom Spittelmarkt her in die Kur- und dann in die Adlerstraße ein und hielt gleich danach vor einem, trotz seiner Front von nur fünf Fenstern, ziemlich ansehnlichen, im Uebrigen aber altmodischen Hause, dem ein neuer, gelbbrauner Oelfarbenanstrich wohl etwas mehr Sauberkeit, aber keine Spur von gesteigerter Schönheit gegeben hatte, beinahe das Gegenteil..."

"Effi Briest et d'autres romans sont plus connus, en Allemagne comme en France, mais c'est à Jenny Treibel qu'on revient lorsqu'on veut illustrer la manière et le style de l'auteur. Ce court roman est un des mieux réussis, comme si l'auteur s'était senti particulièrement à l'aise dans ce sujet. L'intrigue est légère, un projet de mariage entre deux jeunes gens que les contraintes sociales feront échouer. Le livre se présente plutôt comme une suite de tableaux de moeurs et d'études de caractères, dans une Allemagne écartelée entre les rigueurs de la tradition prussienne et les élans de modernisme d'une société en plein bouleversement idéologique. C'est là justement où l'art de Theodor Fontane se révèle avec éclat." Madame Jenny Treibel, l'héroïne, personnifie cet antagonisme : son amour de jeunesse, le professeur Wilibald Schmidt, qu'elle ne peut oublier, représente la bourgeoisie cultivée qui mène une vie modeste, et l'homme qu'elle a épousé est issu de la bourgeoisie propriétaire. Ses deux fils vont affronter cet antagonisme dans le cadre de leurs projets de mariage. 

 

"Irrungen Wirrungen" (Errements et tourments, 1888)
"An dem Schnittpunkte von Kurfürstendamm und Kurfürstenstraße, schräg gegenüber dem »Zoologischen«, befand sich in der Mitte der siebziger Jahre noch eine große, feldeinwärts sich erstreckende Gärtnerei, deren kleines, dreifenstriges, in einem Vorgärtchen um etwa hundert Schritte zurückgelegenes Wohnhaus, trotz aller Kleinheit und Zurückgezogenheit, von der vorübergehenden Straße her sehr wohl erkannt werden konnte..."
Courte idylle d'une blanchisseuse, Lene Nimptsch, et et d'un sous-lieutenant de cuirassiers, Botho von Rienäcker dans le Berlin du printemps et de l'été 1875, idylle entre deux personnages de milieux sociaux très différents qui vont tâcher de résoudre, avec une objectivité absolue, c'est-à-dire sans faire intervenir le moindre impératif moral, l'inéluctable fin de leur liaison : à la poignante résignation de Lene s'oppose un Botho issu de la sphère supérieure de la société et qui se doit de respecter son rang et les traditions, le tout sur fond de description minutieuse des différents milieux et mentalités sociales.

"Will ich Lene heiraten? Nein. Hab' ich's ihr versprochen? Nein. Erwartet sie's? Nein. Oder wird uns die Trennung leichter, wenn ich sie hinausschiebe? Nein. Immer nein und wieder nein. Und doch säume und schwanke ich, das eine zu tun, was durchaus getan werden muß. Und weshalb säume ich? Woher diese Schwankungen und Vertagungen? Törichte Frage. Weil ich sie liebe."

"Est-ce que je veux épouser Lene? Non. Est-ce que je lui ai promis? Non. L'attend-elle? Non. Ou bien est-ce que la séparation nous sera plus facile si je la remets à plus tard? Non. Toujours non et encore non. Et pourtant, j'hésite et je balance avant de faire la seule chose qui doit absolument se faire. Et pourquoi est-ce que je reporte? D'où me viennent ces incertitudes et ces atermoiements? Question stupide. Parce que je l'aime."

 


Der Stechlin (1897)

"Im Norden der Grafschaft Ruppin, hart an der mecklenburgischen Grenze, zieht sich von dem Städtchen Gransee bis nach Rheinsberg hin (und noch darüber hinaus) eine mehrere Meilen lange Seenkette durch eine menschenarme, nur hie und da mit ein paar Dörfern, sonst aber ausschließlich mit Förstereien, Glas- und Teeröfen besetzte Waldung..."

"Dernier roman de Theodor Fontane, écrit l'année même de sa mort, en 1898, Le Stechlin est sans doute son chef-d'oeuvre. Il emprunte son titre à un lac situé au nord de l'Allemagne, dont les eaux se mettent à bouillonner lorsqu'un événement exceptionnel se produit dans le monde. Mais le Stechlin est aussi le nom d'un village et l'histoire d'une famille groupée autour d'un vieux gentilhomme campagnard. A travers tout un jeu de conversations éblouissantes, Fontane se livre à une méditation pleine d'indulgence et d'humour sur l'aristocratie, la bourgeoisie et la société prussiennes du siècle dernier. On boit du thé, on joue, on dîne, on échange des idées sur l'art, l'amour, la religion, le quotidien... Le romanesque s'installe avec le naturel et la simplicité de la vie. Fontane serait-il le Flaubert ou le Zola de la littérature allemande ? Thomas Mann le considérait comme son maître :"Aucun écrivain du passé ou du présent n'éveille en moi ce ravissement immédiat et instinctif, cet amusement spontané, cet intérêt chaleureux, cette satisfaction que j'éprouve à chaque vers, à chaque ligne de ses lettres, à chaque bribe de ses dialogues."

 


Franz von Lenbach (1836-1904)

Lenbach, formé par Piloty à l'Académie de Munich (1856-1860), parcourt l'Italie, l'Espagne, l'Egypte, acquiert son style de portraitiste en étudiant Rembrandt, Rubens, Velázquez. Il atteint une notoriété considérable par ses portraits des personnalités de son temps, tels que Wagner, Liszt, Gladstone, Yvette Guilbert, le pape Léon XIII (1885, Munich), Guillaume Ier (Leipzig), et Bismarck à partir de 1878. La plupart de ses œuvres sont présentées à Munich, dans l'ancienne demeure de l'artiste.


Gottfried Keller (1819-1890)
Né à Zurich,  élevé par une mère pauvre, dans un milieu d'artisans, dans la solitude et la dépression, Gottfried Keller suit une formation de peintre, puis se lance dans la poésie et n'est pas insensible aux idées libérales du temps, à l'image de Heine et des écrivains de la Jeune Allemagne. A Heidelberg, il rencontre en 1848 Feuerbach et se tourne vers l'athéisme.   Il s'installe à Berlin en 1849 rédige son fameux "Der grüne Heinrich" (Henri le Vert) par lequel il entre véritablement en littérature : c'est l'échec de la vocation d'un peintre qui le plonge dans la misère et au bout de laquelle il renonce à l'art : l'imaginaire cède inéluctablement et sans pathos à la réalité. De retour à Zurich, après quelques emplois administratifs, s'adonne à la littérature. Un premier recueil de nouvelles "Les Gens de Seldwyla" (Die Leute von Seldwyla) paraît en 1856, dont la nouvelle "Romeo und Julia auf dem Dorf" (Roméo et Juliette au village). Suivent "les Sept Légendes" (Sieben Legenden, 1872), il oppose à l'idéal ascétique chrétien une saine morale qui purifie la vie des sens;  la deuxième partie des" Gens de Seldwyla" (1873-1874) dont la nouvelle "Le Rire perdu";  les "Nouvelles zurichoises" (Züricher Novellen, 1878)  et "L'Épigramme" (Das Sinngedicht, 1884), considéré comme un "chef-d'œuvre de récit à tiroirs"; enfin une nouvelle rédaction de "Henri le Vert", en 1880 et son deuxième roman, "Martin Salander" (1886) achève son cycle littéraire.

 

 "Der grüne Heinrich" (Henri le Vert), 1855-1880)
"Zu den schönsten vor allen in der Schweiz gehören diejenigen Städte, welche an einem See und an einem Flusse zugleich liegen, so daß sie wie ein weites Tor am Ende des Sees unmittelbar den Fluß aufnehmen, welcher mitten durch sie hin in das Land hinauszieht..."
Vert le vêtement, vert aussi le caractère du jeune Henri, qui abandonne sa mère et son village natal pour découvrir la grand-ville, l'art de peindre et l'amour. "Henri le vert" de Gottfried Keller est un roman partiellement autobiographique mais surtout un roman de formation,  aux côtés de "Wilhelm Meister" (1796) de Goethe et "Nachsommer" (1857) de Stifter, avec toutefois une plus grande variété de thèmes et de formes que ses prédécesseurs : le contexte historique a évolué, il semble ne plus y avoir de convergence possible entre l'idéal et la réalité, la religion, l'athéisme, le politique, l'économique ouvrent à de nouvelles réflexions...


Wilhelm Raabe (1831-1910)
En 1857, la littérature allemande, sous Bismarck, semble se replier sur elle-même, loin des Flaubert, Balzac, Zola.. La solitude de Wilhelm Raabe, - autodidacte né à Eschershausen (petite ville du duché de Brunswick), passant sa jeunesse à Wolfenbüttel, devenant apprenti libraire et s'adonnant sans frein à la lecture, -  semble extrême. Loin de tous les centres culturels de l'époque, il écrit pourtant un premier roman en 1857, "Die Chronik der Sperlinggasse"  (Chronique de la rue aux moineaux). Suivent "Der Junker von Denow" (Le Hobereau de Denow, 1858), "Ein Geheimnis" (Un secret, 1860), "Die Leute aus dem Walde" (Les Gens de la forêt, 1863), "Der Hungerpastor" (Le Pasteur famélique, 1864), "Abu Telfan" (1867), "Deutscher Mondschein" (Clair de lune allemand, 1873). Il s'installe à Braunschweig en 1870, toujours plongé dans la même solitude. Les quelques écrivains comme Fontane, évoquant "Pfistersmühle" (1884) semblent partager un même constat : "c'est tout à fait Raabe ; brillant et dépourvu de goût, profond et vide.." Il lui faut attendre les années 1890, avec son roman "Stopfkuchen", pour acquérir un peu de notoriété...

 

"Stopfkuchen, Eine See- und Mordgeschichte" (Gros Gourmand, 1891)
"Es liegt mir daran, gleich in den ersten Zeilen dieser Niederschrift zu beweisen oder darzutun, daß ich noch zu den Gebildeten mich zählen darf. Nämlich ich habe es in Südafrika zu einem Vermögen gebracht, und das bringen Leute ohne tote Sprachen, Literatur, Kunstgeschichte und Philosophie eigentlich am leichtesten und besten zustande..."
C'est l'histoire d'une vie, celle de Heinrich Schaumann, dit Stopfkucken, un enfant goinfre, obèse, considéré comme un idiot, une jeunesse malheureuse vécue dans la solitude, en marge de toute société possible, famille, école : il va relever le défi de ce destin de réprouvé, sur fonds de larmes, de souffrances, mais avec un humour très particulier : pour survivre, il lui faut en effet quelques principes, s'en tenir par exemple à son appétit, dévorer ses tartines avec "un quart de mélancolie et trois quart de jouissance", la nonchalance du goinfre va se métamorphoser en une patience quasi inébranlable : il rencontre ainsi une autre âme retranchée dans la solitude, Tinchen...


Fritz von Uhde (1848-1911)
Né à Wolkenburg (Saxe), Fritz von Uhde, après une carrière militaire, travaille à Paris chez le peintre hongrois Munkácsy (1879-1880) puis se fixe à Munich pour peindre tableaux de genre, transcriptions bibliques et représentation du monde paysan sur un mode réaliste, voire sentimentaliste. On sait que sa technique picturale, claire et légère, se tourna avec facilité vers l'impressionnisme en toute fin de sa carrière.
(1883) - Arrival of the Organ Grinder -Hamburger Kunsthalle - (1885) - Man Dressing - Niedersächsisches Landesmuseum - Hanover - (circa 1887-1888) -  Christ with the Peasants - Musée d'Orsay, Paris - (1890) - Schwerer Gang (Gang nach Bethlehem) - Neue Pinakothek, München...


Gerhart Hauptmann (1862-1946)
On sait que Thomas Mann caricaturera Gerhart Hauptmann sous les traits de Mynheer Peeperkorn dans son roman "La Montagne Magique" (Der Zauberberg, 1924), un homme partagé entre la réalité et l'idéal, la rationnel et l'irrationnel, mais en fin de compte se réfugiant dans l'irrationnel pour supporter le tragique de la vie, quitte à justifier son attitude par un discours obscur et des plus sinueux...

Né à Ober Salzbrunn en Silésie, fils d'un aubergiste de Salzbrunn et descendant d'une famille de tisserands, Gerhart Hauptmann se consacre à la sculpture (1885), étudie les sciences naturelles, entreprend plusieurs voyages (Das Abenteuer meiner Jugend, 1937).

Il se fixe à Berlin et entre dans sa période dite "naturaliste", la littérature allemande se détournant du réalisme du XIXe siècle : ses deux premiers drames, "Avant le lever du soleil" (Vor Sonnenaufgang, 1889) et "Les Tisserands" (Die Weber, 1893). "Avant le lever du soleil" est une tragédie au cours de laquelle Hélène, fille cadette d'une famille de paysans silésiens dégénérés mais enrichis par la découverte du charbon dans leur sous-sol, ne peut échapper à la malédiction familiale et se donne la mort.  "Les Tisserands" (Die Weber, 1893) mettent en scène la masse des travailleurs (premier drame de masse de la littérature allemande), opposés à l'entrepreneur Dreissiger, représentant de la classe des riches parvenus. La pièce est interdite un temps, mais ne prône en fait que la résignation.

Et c'est dans cet esprit que Hauptman entre progressivement dans sa seconde période littéraire : à la réalité par trop sordide, il se tourne vers l'imaginaire, l'allégorie : "l'Assomption de Hannele Mattern", 1894 ; "la Cloche engloutie", 1897 ; "Et Pippa danse", 1906), "le Garde-barrière Thiel" (1892),   "L'Hérétique de Soana" (1918) ...


George Hendrik Breitner (1857-1923), 

"The Singelbrug near the Paleisstraat in Amsterdam" (1897, Rijksmuseum, Amsterdam)

George Hendrik Breitner, natif de Rotterdam, formé par l'un des plus importants représentants du mouvement naturaliste dit de l'école de La Haye, Willem Maris, un peintre "impressionniste naturaliste" néerlandais célèbre pour son étrange "Clair de lune" (1889, Musée d'Orsay, Paris), - révélation, dit-on,  pour Piet Mondrian parti à la découverte de l'abstraction -, et sa Série des filles en kimono ("Girl in a White Kimono", "Meisje in de witte kimono", 1893-1894, Rijksmuseum, Amsterdam) :  il pratique alors la photographie dans la composition de ses oeuvres (collection RKD, The Hague), tant pour ses scènes de rues que pour ses nus, se veut peintre du peuple et de son quotidien, de la grisaille et de l'instantané...

"Amsterdam in Winter", "Lunch Break at the Building Site in the Van Diemenstraat in Amsterdam", "The Rokin in Amsterdam" (1900-1901, Rijksmuseum, Amsterdam) - "The canal Rokin in Amterdam" - "The Dam in Amsterdam" (1898) - "An Evening on the Dam in Amsterdam" (1890, Koninklijk Museum voor Schone Kunsten, Antwerp) - "Gust of Wind" (1886-1898, Kröller-Müller Museum, Otterlo) - ....