Diffusion de l'Impressionnisme - Federico Zandomeneghi (1841-1917) - Giuseppe De Nittis (1846-1884) - Giovanni Boldini (1842-1931) - William Merritt Chase (1849-1916) - Childe Hassam (1859-1935) - John Henry Twachtman (1853-1902) - Richard E. Miller (1875 -1943) - Theodore Robinson (1852-1896) - Lilla Cabot Perry (1848-1933) - Frederick Carl Frieseke (1874 -1939)  - John Singer Sargent (1856-1925) - Konstantin Korovin (1861-1939) - Valentin Serov (1865 -1911) - Igor Grabar Emmanuilovich (1871-1960) - Isaac Levitan (1860-1900) -  Max Liebermann (1847-1935) - Lovis Corinth (1858-1925) - Max Slevogt (1838-1932) - Edward Cucuel), 1879 - Leo Putz (1869-1940) - George Hendrik Breitner (1857-1923) - Isaac Israels (1865-1934) - ....
Last update: 2018/10/10

L'impressionnisme français, dont les principales intuitions se développent entre 1874 et 1886,  gagne l'Europe et les Etats-Unis en une décennie, diffusé le plus souvent par des artistes ayant séjourné à Paris, ayant approché Claude Monet (1840-1926) ou fréquenté Edgar Degas (1834-1917). La grande majorité verse dans une sorte de "plein-airisme" et la théorie impressionniste va principalement être utilisée pour libérer les différents arts nationaux des servitudes académiques, et peut-être permettre d'exprimer un certain optimisme de vivre. Il est donc le plus souvent abusif de parler d'impressionnisme italien, allemand, russe ou espagnol au sens propre du terme, d'autant que l'influence d'un Degas ou d'un Manet, de leur "indépendance d'esprit", est le plus souvent omniprésente. On peut donc malgré tout identifier une diffusion de l'esthétique impressionniste en Europe et aux Etats-Unis, une liberté de regard et de coloration qui s'empare de la représentation des paysages, du quotidien ou de la femme que valorisent des trios d'artistes, le trio des italiens "parisiens" tels que Federico Zandomeneghi (1841-1917),  Giuseppe De Nittis (1846-1884), Giovanni Boldini (1842-1931), le triumvirat allemand, Liebermann (1847-1935), Lovis Corinth (1858-1925) et Max Slevogt (1868-1932), le trio américain, William Merritt Chase (1849-1916), Childe Hassam (1859-1935), John Henry Twachtman (1853-1902), les russes Konstantin Korovin (1861-1939), Valentin Serov (1865 -1911), Isaac Levitan (1860-1900), George Hendrik Breitner (1857-1923) et l'Ecole d'Amsterdam. La touche impressionniste pénètre de même les oeuvres de l'école de Glasgow, Charles Conder (1868-1909), sir John Lavery (1856-1941), exerce une certaine influence sur William MacTaggart (1835-1910) et sir George Clausen (1852-1944), et va permettre à deux excellents peintres, Philip Wilson Steer (1860-1942) et Walter Richard Sickert (1860-1942), de renouveler l'art anglais...

(John Singer Sargent, "Claude Monet Painting by the Edge of a Wood", 1885, Tate Gallery)


Italie - La technique impressionniste, la fameuse touche morcelée de Claude Monet ou de Camille Pissarro, rencontre en Italie l'obstacle des masses chromatiques des "Macchiaioli" (tachistes) qui dominaient la peinture paysagiste depuis 1860, notamment en Toscane, aussi sa transmission s'effectue essentiellement via les italiens "parisiens" tels que Federico Zandomeneghi (1841-1917),  Giuseppe De Nittis (1846-1884), Giovanni Boldini (1842-1931) qui participèrent au mouvement principalement par l'entremise de Degas.
Des Italiens parisianisés, Federico Zandomeneghi (1841-1917), qui fréquente le groupe des «Macchiaioli», et Giuseppe De Nittis (1846-1884), participent directement au mouvement impressionniste dans le sillage de Degas. Le très mondain Giovanni Boldini (1842-1931) applique avec brio le maniérisme whistlérien, mais, en Italie même, la composition par masses chromatiques des « Macchiaioli » s'oppose à la touche morcelée de Monet ou de Camille Pissarro ; l'« impressionnisme lombard », auquel appartient Filippo Carcano (1840-1914), est une adaptation du réalisme de Barbizon. Des apports impressionnistes apparaissent cependant chez Armando Spadini (1883-1925) et chez des paysagistes, tels Lorenzo Delleani (1840-1908) et Enrico Reycend (1855-1928), qui fait parfois penser à Sisley, mais c'est seulement avec le divisionnisme introduit par Vittore Grubicy de Dragon (1851-1920) qu'une technique tout à fait nouvelle s'imposera...

Frederico Zandomeneghi (1841-1917)
Petit-fils et fils de sculpteurs, né à Venise, Frederico Zandomeneghi séjourna à Florence entre 1862 et 1866 et eut de brefs contacts avec les Macchiaioli, l'un des mouvements artistiques les plus novateurs de l'Italie nouvellement unifiée, mais sans effet durable sur ses premières œuvres à caractère social, sans atteindre le pathos de Michele Cammarano, (Incoraggiamento al vizio, 1868) ou de Telemaco Signorini (La sala delle agitate al San Bonifazio in Firenze, 1865): "Impressioni di Roma" (1872) suscita l'admiration de Manet. Arrivé à Paris en 1874 (où il demeura jusqu'à sa mort), il abandonna vite ses premières tendances, se rallia aux impressionnistes et passa un contrat avec Durand-Ruel ; il est le seul artiste italien qui participera à toutes les expositions impressionnistes de 1879, 1880, 1881 et 1886. La présence de Diego Martelli à Paris, critique d'art et mécène italien, lui fut particulièrement utile, c'est lui qui confirma le peintre hésitant dans ses choix esthétiques et le libérera de l'isolement culturel dans lequel le plaçait son mauvais caractère. Ses affinités avec Degas et Renoir se révèlent dans son interprétation de petits faits de la vie moderne, dans sa peinture de personnages féminins surpris dans leur intimité et observés d'un œil aigu, préférant capturer des moments de grâce, de sérénité, de légèreté et d'élégance. S'il reste avant tout vénitien par sa palette ardente, ses stylisations et ses audaces de mise en page suscitent souvent maintes critiques et ses préférences psychologiques iront à la jeune école postimpressionniste. Reste qu'il espérait un retour triomphal dans son pays natal à l'image de ses compatriotes Giovanni Boldini et Giuseppe De Nittis...

Opere: “A letto” (1878), "The Moulin de la Galette" (1878), "Place d'Anvers, Paris" (1880, Galleria d'Arte Moderna Ricci Oddi, Piacenza), "The Tea" (1893), "The Conversation" (1895), 'Woman Drying Herself" (1898), 'Woman in Corset" (1900)…

Giuseppe De Nittis (1846-1884)
Très jeune, à Naples, il anime avec Marco De Gregorio le courant paysagiste réaliste dit "école de Resina " et peint entre 1864 et 1867 des œuvres appréciées pour l'équilibre et la finesse de leurs notations lumineuses (la Traversée des Apennins, 1867, Naples, Capodimonte). Après un séjour à Florence (1867), il vit une première fois à Paris, de 1867 à 1870, puis s'y installe définitivement en 1872 :  il peint des scènes de la vie parisienne, capturant les aspects particuliers de l'élégante société du monde. Il se fixe à Paris, où, à la suite de Gérôme, de Meissonier et de Fortuny, il se consacre à des tableaux anecdotiques et conventionnels qui lui valent un rapide succès. Il épouse deux ans après la parisienne Léontine Lucile Gruvelle, qui va grandement influencer ses choix sociaux et artistiques.
Partagé entre son désir de plaire au public et son aspiration à un art plus profond, il n'abandonne pas le paysage (Lungo l'Ofanto, 1870, Snowcapped Vesuvius Landscape, 1872), se lie avec Manet et Degas et, par son entremise, participe chez Nadar à l'exposition impressionniste de 1874 (Paesaggi presso il Bois ; Levar di luna ; Campagna del Vesuvio ; Studio di donna ; Strada in Italia). Cette année-là, il est alors à Londres où il peint des scènes de la vie de la capitale anglaise : "M. de Nittis avait obtenu, en 1878, un grand succès avec ses vues de Londres, réunies au Champ de Mars, dans la section Italienne. Quelques-unes de ces toiles étaient dignes, en effet, qu’on les prônât. Des impressions de quartiers noyés de brumes, de ponts enjambant de mornes fleuves, fouettés par la pluie, immergés par la brume, étaient détachés avec entrain. Ici, avenue de l’Opéra, toute une série de pastels va nous arrêter et nous charmer, par un amusant ragoût de couleurs vives." (Joris-Karl Huysmans, « Le Salon officiel en 1880 », L’Art moderne, 1883). L'Exposition internationale de Paris, en 1878, réserve de grands honneurs à De Nittis et  l'une de ses œuvres, "Les Ruines des Tuileries", est acquise par le gouvernement pour le Musée du Luxembourg....

Opere : "Che Freddo!" (1874, Civiche Raccolte d'Arte Moderna), The Victoria Embankment, London (1875), Along the Seine (1876), Westminster (1878), Portrait of Signora Napoletana (1879), Il salotto della principessa Matilde (1883), …

Giovanni Boldini (1842-1931)
Le critique d'art Robert de Montesquiou, modèle de des Esseintes dans À Rebours (1884,  Huysmans) et du baron de Charlus dans À la recherche du temps perdu (Proust), peint par par Whistler (1891) et Boldini (1897), définit à merveille l'art de Boldini, un portraitiste ne vise pas tant à la vérité photographique qu'à exprimer le jugement qu'il porte sur son modèle : modèle et peintre fusionnent ainsi leurs identités dans le personnage représenté (1901). Ses portraits de femmes ne sont pas que des portraits de belles femmes, il parvient à nous restituer en chacune d'elles le caractère unique de sa beauté. Autre apport, à la manière d'un Toulouse-Lautrec nous contant les nuits endiablées de la Belle Epoque, Boldini nous donne l'image, éphémère, du Beau-Monde, élégant, policé mais vain, qui peuple les Salons au tournant des XIXe et XXe siècles. 

Né à Ferrare en Italie, Boldini est initié par son père, peintre de son métier, aux techniques de la peinture et à l'iconographie traditionnelle de la Renaissance,  ses connaissances se trouveront consolidées par les études accomplies à partir de 1863 aux Beaux-Arts de Florence mais ^mus encore dans la fréquentation du Caffè Michelangelo où règnent les Macchiaioli. Vers 1867, Boldini s'installe à Paris pour admirer l'Exposition Universelle et les peintures si réalistes de Courbet, il y fait la connaissance d'Édouard Manet, d'Alfred Sisley et d'Edgar Degas, ce dernier semble incarner pour le jeune artiste italien cet idéal de «peintre aristocrate» qui le fascine depuis son enfance. Le voici en passe d'être introduit dans ce Tout-Paris qui sera par la suite son milieu social de prédilection. 

Entre 1867 et 1870, Boldini, rentré à Florence, travaille avec acharnement à une série de portraits (Monsieur Stibert, Le Peintre Cabianca, Piero Martelli). A 28 ans (1870), il s'installe à Londres, et grâce à son ami William Cornwallis-West, dans un quartier très fréquenté par les aristocrates londoniens, son talent de portraitiste s'affine dans cette expérience. Quelque temps après (1871), il s'établit définitivement à Paris, où il travaille pour le marchand d'art Goupil, et devient, en quelques années, un portraitiste « mondain » confirmé : des tableaux tels que le "Portrait de Whistler" (1897, musée de Brooklin, États-Unis) ou encore le célèbre "Portrait de Robert de Montesquiou" (1897, musée d'Orsay, Paris) confirment son prestige auprès du public et des écrivains à la mode (Boldini fut très apprécié par les frères Goncourt). La belle comtesse Gabrielle de Rasty aux poses plus ou moins provocantes ("L’amico fedele" de 1872 se révèle particulièrement suggestif) ou l'extravagante Luisa Casati Stampa (1908, "La Marchesa Luisa Casati con un levriero") peuplent le sérail artistique du peintre italien.

Vers la fin du siècle, le peintre participe régulièrement aux salons officiels, son œuvre découle d'un savant mélange de techniques conservatrices (perspective, ton local, dessin ferme) et d'approches modernes (touches larges et floues, espaces parfois indéterminés, cadrages inédits), son nom tombe rapidement dans l'oubli, sa vision singulière de l'éphémère apparence sociale semblait l'avoir emporté....

Opere : Self-portrait while looking at a painting (1865, Galleria d'Arte Moderna di Palazzo Pitti) - The Art Lover (1866, Galleria Nazionale d'Arte Moderna e Contemporanea di Roma) - Couple in Spanish Dress with Two Parrots (1872-1873) - Berthe in the Studio (1873) - Conversation at the Cafe (1877-1878) - Guiseppe Verdi in a Top Hat (1886, Galleria Nazionale d'Arte Moderna e Contemporanea di Roma) - Portrait of Countess de Leusse (1889) - Scène de fête au Moulin Rouge (1889, Musée d'Orsay) - Count Robert de Montesquiou (1897, Musée d'Orsay) - Portrait Of Ena Wertheimer (1902) - ....


Etats-Unis - Au cours des deux dernières décennies du XIXe siècle, plusieurs jeunes artistes américains, originaire pour la plupart du Midwest et passé par l'Art Institute of Chicago, viennent en France pour faire ou parfaire leurs études artistiques, fréquentent l'Académie Colarossi ou l'Académie Julian, étudient sous Emile Carolus Duran (ou Gustave Boulanger, Jules-Joseph Lefebvre), et découvrent Claude Monet et l'impressionnisme. La peinture de plein air, les audaces chromatiques et techniques de Monet, Pissarro, Degas, Renoir et plus tard Gauguin vont devenir pour eux une source d'inspiration appliquée. Si Mary Cassatt reste très proche d'un Edgar Degas, elle expose avec le groupe impressionniste français auquel elle s’intègre, c'est principalement Monet qui va constituer pour ces artistes américains la référence artistique absolue. Et lorsqu'ils regagnent leur pays, après 1896, dans leurs paysages familier et dans leur milieu, les leçons de Monet vont leur permettre de se dégager des conventions et de trouver leur propre langage pictural. On cite comme représentatif de ce mouvement "The Ten American Painters", une association d'une dizaine de peintres de style impressionnistes qui exposent en 1898 à la galerie Durand-Ruel de New York et parmi eux,  Childe Hassam, John Henry Twachtman (remplacé par William Merritt Chase en 1902), J. Alden Weir (1852-1919), Thomas W. Dewing (1851-1938), Joseph De Camp (1858-1923), Frank W. Benson (1862-1951), Willard Leroy Metcalf (1858-1925), Edmund Tarbell (1862–1938)...

Mais c'est dans la fameuse "Old Lyme art colony" (Connecticut),  une colonie d'art fondée en 1899 par le peintre américain Henry Ward Ranger à l'image de l'école française de Barbizon, que s'élabore l'impressionnisme américain ("Church at Old Lyme", Childe Hassam, 1905. Albright-Knox Art Gallery, Buffalo, New York). Dans la modeste pension de Florence Griswol se réunissent en 1900 les artistes Lewis Cohen, Henry Rankin Poore, Louis Paul Dessar, et William Henry Howe. Puis à partir de 1903, s'y impose Childe Hassam. Environ 200 peintres sont ainsi passés par la colonie au cours des 30 années suivantes…

William Merritt Chase (1849-1916)
Chef de file du mouvement impressionniste américain et fondateur renommé de la New York School of Art en 1896 (parmi ses élèves, on compte Georgia O'Keeffe, Charles Demuth, Charles Sheeler, Edward Hopper, Marsden Hartley), William Merritt Chase a très librement adapté les leçons de Monet, pétri qu'il est de culture européenne : il parcourut l'Europe de nombreuses fois, fit plusieurs séjours à Paris (1883-1888), a connu l'Ecole de de Munich et Wilhelm Leibl sans se départir tout à fait d'un réalisme américain omniprésent.

C'est au cours de la seconde moitié des années 1880 que Chase commence à alléger sa palette, quitte son premier style de Munich dominé par le clair-obscur  et utilise des coups de pinceau plus audacieux (Terrace, Prospect Park, 1886, Smithsonian American Art Museum), inspiré sans doute par John Singer Sargent (In the Luxembourg Gardens, 1879) et James McNeill Whistler (Portrait of the Artist's Mother, 1871) et ses scènes du parc de Londres. Dans les années 1890, ce sont des portraits d'hommes et de femmes riches et célèbres de New York qui lui assurent de confortables revenus (Miss Dora Wheeler, 1883, Cleveland Museum of Art, Lydia Field Emmet, 1892, Detroit Institute of Arts, Lady in Black, Anna Traquair Lang, 1911, Philadelphia Museum of Art), offrant ainsi un miroir parfait aux sentiments de puissance et de raffinement dont se sentait épris la classe dominante new-yorkaise de l'époque. Mais le nombre de ses oeuvres étant particulièrement élevé, la qualité n'est pas toujours égale....   

Works : "At Her Ease" (1884, National Academy of Design, New York); "Shinnecock Hills" (1891, Wadsworth Atheneum, Hartford, Connecticut), "Idle Hours" (1894, Amon Carter Museum, Fort Worth, Texas), "Shinnecock Landscape" (1895, Parrish Art Museum, Southampton, New York), "Hall at Shinnecock" (1895, Metropolitan Museum of Art - New York), ....


Childe Hassam (1859-1935)
Childe Hassam a expérimenté avec plus ou moins de succès de nombreux styles différents,  produit un corpus impressionnant d'œuvres (plus de 3000 oeuvres des plus diverses) avec un sens des affaires étonnant. Natif de Boston, Massachusetts, Hassam étudie dans sa ville natale ("Rainy Day, Columbus Avenue, Boston", 1885), parcourt en 1883, avec le peintre Edmund H. Garrett, Grande-Bretagne, Hollande, Espagne et Italie, séjourne  à Paris (1886-89) et suit, déjà expérimenté, les cours de l'Académie Julian (Gustave Boulanger, Jules Lefebvre). Il expose ses œuvres dans les Salons de 1887 et 1888 (Le Jour de Grand Prix, 1887-88, Museum of Fine Arts, Boston). Lorsqu'il se tourne vers l'impressionnisme, le mouvement est en cours de dissolution (Georges Seurat et Vincent van Gogh commencent à s'exprimer), déjà bien connu aux Etats-Unis, et  Hassam lui-même a toujours eu une prédilection pour la peinture en plein air des artistes anglais du XIXe siècle tels que Constable, Turner et Bonington. C'est  de retour de Paris en 1889 qu'il s'installe à New York, devient membre du groupe The Ten et se met à peindre en couleur brillante avec des touches de pigment pur (Poppies, Isles of Shoals, 1891, Brooklyn Museum). Mais il restera ancré dans l'impressionnisme et ne s'intéressera pas aux innovations ultérieures de la peinture européennes...

"The Avenue in the Rain" (1917, The White House), l'emblématique Fifth Avenue lui vaut la célébrité et ses scènes de la vie new-yorkaise, son sujet de prédilection, se caractérisent par une atmosphère lumineuse et claire. Ses paysages de la Nouvelle-Angleterre et de la campagne new-yorkaise, avec leur ciel bleu intense, leur feuillage luxuriant et leur lumière blanche scintillante, sont devenus particulièrement populaires....

Ses thèmes favoris portent sur les paysages de la Nouvelle-Angleterre, des intérieurs d'appartements ou des vues de New York (ainsi la très célèbre série sur "Manhattan pavoisé aux couleurs alliées", 1917-18, "Allies Day, May 1917" (1917, National Gallery of Art, Washington DC), "July Fourteenth, Rue Daunou" (1910, Metropolitan Museum of Art)…

Works : "Rainy Day, Columbus Avenue, Boston" (1885, Toledo Museum of Art), "Boston Common at Twilight" (1886, Museum of fine arts, Boston), "Winter in Union Square" (1889, Metropolitan Museum of Art), "Spring Morning in the Heart of the City" (1890), "Celia thaxter's Garden, Isles of Shoals, Maine" (1890, Metropolitan Museum of Art), "Broadway and 42nd Street" (1902), "Commonwealth Avenue, Boston" (1892, Terra Foundation for American Art), "Fifth Avenue in Winter" (1901, Carnegie Musum of Art), "Street in Portsmouth" (1917, Metropolitan Museum of Art) ....


John Henry Twachtman (1853-1902)
Le peintre impressionniste américain qui a produit les œuvres les plus mémorables est John Twachtman, un solitaire par tempérament dont les crises de dépression se résolvent face à la nature. Mais son œuvre est également très inégale et ne contient que quelques chefs-d'œuvre. Ses meilleures œuvres allient impressionnisme et abstraction poétique. Twachtman se rendit à Munich, en Allemagne, en 1875 pour étudier la peinture et adopta le large pinceau et la couleur chaude et sombre de l'école de Munich. En 1883, il s'installe à Paris, où il étudie à l'Académie Julian. Durant cette période, il entre en contact avec l'impressionnisme  et, encouragé par Theodore Robinson et Childe Hassam, commence à peindre en réduisant les détails, avec de larges plans plats de gris et de vert finement lavés ou des taches de couleur brisées. Comme beaucoup d'artistes à l'époque, Twachtman a été exposé au japanisme, et les pastels vénitiens délicats et évocateurs de Whistler ne sont jamais très loin.

D'abord sans succès en tant que peintre professionnel, il subvient à ses besoins après 1889 en enseignant à l'Art Students League à New York City. Cette année-là, il maîtrise son interprétation lyrique du paysage. Il peignait habituellement des scènes de la nature voilées d'une lumière fraîche et scintillante, comme "The White Bridge"(1895). Parmi ses œuvres les plus connues, mentionnons des paysages représentant des scènes d'hiver ou du début du printemps aux couleurs délicates et vives et à la construction formelle sous-jacente forte, comme la "Hemlock Pool" (Autumn, 1894). Comme l'œuvre d'autres impressionnistes américains, dont William Merritt Chase et Childe Hassam, l'art mature de Twachtman avait un fort attrait régionaliste. Il a composé plusieurs de ses peintures les plus fortes dans le paysage entourant sa ferme à Greenwich, Connecticut...

Works: "Miami Canal, Cincinnati" (1874, Philbrook Museum of Art, Tulsa), "Road Scene, Cincinnati" (1878, Private collection), "Arques-la-Bataille" (1885, Metropolitan Museum of Art - New York), "Landscape Study" (1890, Private collection), "Icebound" (1889, Art Institute of Chicago), "The Cabbage Patch" (1890-1893, Private collection), "Brook in Winter" (1893, Museum of Fine Arts, Boston), "Artist's Home in Autumn, Greenwich, Connecticut" (1895, Private collection), "The Emerald Pool" (1895, The Phillips Collection), "My Summer Studio" (1900, The Phillips Collection), "October" (1901, Chrysler Museum of Art, Norfolk)...


La fameuse "Giverny art colony" , village de Normandie dans le nord de la France, accueillit ainsi une première génération de jeunes artistes américains : dès 1883, Theodore Earl Butler (1861-1936, qui épousa Suzanne Hoschedé, belle-fille et modèle de Monet (cf. "The Woman with a Parasol", 1886, mariage représenté par Theodore Robinson, "The Wedding March", 1892). En 1884, Theodore Robinson (1852-1896). En 1887, John Leslie Breck (1859 - 1899), un temps proche de Blanche Hoschedé Monet (cf. Claude Monet, "In the Woods at Giverny: Blanche Hoschedé at Her Easel with Suzanne Hoschedé Reading", 1887, Los Angeles County Museum of Art) et Willard Metcalf (1858-1925). En 1890, Lilla Cabot Perry (1848-1933). En 1892, Lawton S. Parker (1868 -1954),  natif de Fairfield, Michigan. De 1904 to 1912, Guy Rose (1867-1925), californien d'origine, et son épouse Ethel. En 1905, Frederick Carl Frieseke (1874 -1939). En 1906, Edmund William Greacen (1876–1949), New Yorker d'origine. Karl Albert Buehr (1866–1952), d'origine allemande, étudie à Chicago et peint de 1909 à 1912 nombre de portraits féminins à Giverny. Enfin, Louis Ritman (1889-1963), né en Russie et formé à Chicago, gagne Giverny en 1911 et y passe les dix-huit étés suivants, composant comme  Frieseke de nombreux portraits féminins, et alors que la plupart des artistes américains ont déjà regagné leur pays.... En décembre 1910, six des peintres de Giverny - Frieseke, Miller, Parker, Rose, Graecen et Anderson organisent une exposition à la Madison Gallery de New York...

(Theodore Robinson - Giverny (1887, Private collection)

Richard E. Miller (1875 -1943)
Richard Edward Miller a grandi à Saint-Louis, a étudié à Paris, à l'Académie Julien, composant des scènes de la vie des cafés parisiens, peignant dans un style académique d'élégantes femmes parisiennes ("Café de la Paix", 1905, "Café de Nuit", 1906, collection of Terra Museum of American Art). Puis vers 1906, le voici dans la colonie d'art américaine de Giverny, il se lie d'amitié avec Frederick Frieseke et se tourne vers œuvres particulièrement décoratives représentant des jeunes femmes dans leurs robes de chambre ou leurs kimono ("Daydreams", 1916-1917, Sheldon Museum of Art, Lincoln, "The Necklace", 1909, "The Pool", 1910, Terra Foundation for American Art, Daniel J. Terra Collection)...

...."Reading in the Garden" (1912), "Lady reading" , Miss "V" in Green (1921), "Portrait of Shelia McManus" (1934) - À son retour en Amérique, il s'installe brièvement à Pasadena, en Californie, puis dans la colonie d'art de Provincetown, au Massachusetts…

 

Theodore Robinson (1852-1896)
Theodore Robinson, originaire d'Irasburg, Vermont, s’installe à Giverny auprès du maître, devenu sans doute son ami, en 1884, et devient un des grands peintres impressionnistes du paysage américain. Auparavant, il avait étudié auprès de  Carolus-Duran et de Jean-Léon Gérôme à Paris (1877), avait voyagé en Italie, s'était installé à New York comme peintre et enseignant, avant de revenir en France en 1884 et de peindre jusqu'en 1892 nombre de tableaux ("The Old Bridge", 1890, Museo Thyssen-Bornemisza, "La Débâcle",1892, collection of Scripps College, Claremont California, "By the River", 1887, Private Collection, "La Vachère", 1888,  Smithsonian American Art Museum..). "Summer Hillside, Giverny" (1889) montre la technique qui a valu à Robinson sa réputation en Amérique, une palette essentiellement verte, les traits nets du feuillage tacheté de lumière. Pourtant Theodore Robinson, qui avait passé tant d'années à peindre la campagne française, eut quelques difficultés à appliquer la technique impressionniste au Paysage américain. C'est lorsqu'il gagna en 1895 son Vermont natal qu'il retrouva enfin l'inspiration (West River Valley, Vermont, 1895)...

Works : Val d'Arconville (1888, Art Institute of Chicago) - "Bird's Eye View: Giverny" (1889, Metropolitan Museum of Art, New York) - The Old Mills of Brookville (1892, Metropolitan Museum of Art, New York) - …

 

Lilla Cabot Perry (1848-1933)
Native de Boston, Massachusetts, élevée dans un milieu aisé et intellectuel (Henry James et William Dean Howells furent de ses connaissances), Lilla Cabot Perry étudie la peinture fort tard, étudiant à l'Académie Julian et à l'Académie Colarossi avec le peintre anglais Alfred Stevens et vivant à Paris de 1887 à 1889. Elle va poursuivre sa formation en copiant des tableaux de maîtres anciens en Allemagne, en Italie, en Angleterre et en Espagne. C'est en 1889, à l'âge de 41 ans, que Perry découvre son premier tableau impressionniste,  et pendant neuf étés, les Perry vont louer une maison à Giverny, près de Claude Monet. De retour à Boston, elle milite fortement pour l'impressionnisme. Entre 1898 et 1901, elle réside au Japon, où son mari enseigne la littérature anglaise, et y réalise quelque 80 tableaux....

Works : "Giverny Landscape, in Monet's Garden" (1897, Private collection) - "Autumn Afternoon, Giverny" (Terra Foundation for American Art) - "Open Air Concert" (1890, Museum of Fine Arts, Boston) - "The Trio, Tokyo, Japan" (1898-1901, Harvard Art Museums) - "The Yellow Screen" (1907)....

 

Frederick Carl Frieseke (1874 -1939)
Natif de Owosso, Michigan, Frederick Carl Frieseke s'expatria en France et fut un membre influent de la colonie d'art de Giverny. Il y passera ainsi plus d'un mois en 1905 et y épousera Sarah Anne O'Bryan, dite Sadie, puis s'y réfugiera chaque été de 1906 à 1919, mais singulièrement sans contact direct avec Claude Monet. Connu pour peindre des sujets féminins, à l'intérieur comme à l'extérieur, c'est avec Pierre-Auguste Renoir qu'il montrera le plus d'affinités…

Works: "Lady in a Garden" (1912) - "Mrs. Frieseke at the Kitchen Window", 1912 - "The House in Giverny", ca. 1912 - Summer, 1914,  Metropolitan Museum of Art - "Girl in Blue Arranging Flowers - Reflections (Marcelle)", 1909 - "Nude Seated at Her Dressing Table", 1909 - "Nude in Dappled Sunlight", 1915 - "Seated Nude", 1920 - "Woman with a Mirror", 1911 Moma - "Afternoon, Yellow Room", 1910 - "Unraveling Silk", ca. 1915...

 

John Singer Sargent (1856-1925)
Peintre américain d'origine italienne qui ne vit les États-Unis qu'en 1876, John Singer Sargent est le peintre de l'élégance, immortalisant dans son atelier à Londres les riches et les privilégiés des deux côtés de l'océan Atlantique. En 1874 il se rend à Paris pour étudier la peinture avec Carolus-Duran, et commence à expérimenter les techniques des impressionnistes. En 1879, Sargent se rendit à Madrid pour étudier les œuvres de Diego Velázquez et à Haarlem pour voir celles de Frans Hals, date à laquelle il possède à merveille toute la technique nécessaire qui lui permettront d'acquérir la célébrité, via le scandale, en 1884, avec le fameux "Madame X", un portrait de Madame Gautreau, une célèbre beauté parisienne…

Works : "The Daughters of Edward Darley Boit" (1882,  Museum of Fine Arts Boston), "El Jaleo (1882, Isabella Stewart Gardner Museum, Boston), "Monet Painting at the Edge of a Wood" (1887, Tate Gallery, London), "In the Luxembourg Gardens" (Philadelphia Museum of Art)…


Russie - Le renouveau de l'art est principalement à rechercher dans le naturalisme de ces fameux peintres «ambulants»  (ou Itinérants) que sont Konstantine Alekseïevitch Korovine (1860-1939) ou Issaak Ilitch Levitan (1860-1900), exprimant un réalisme social, nationaliste et un quasi apostolat qui s'oppose tant aux sujets qu'aux méthodes de l'Académie impériale des beaux-arts de Saint-Pétersbourg entre 1863 et les années 1890 et les invite à poser leurs chevalets à l'extérieur des ateliers. Mais enfermés dans une technique restreinte et un moralisme rigide (la beauté est dans la nature, non dans l'art), nombre d'entre eux vont céder à cette liberté de touche que propose la peinture impressionniste et le contexte parisien des années qui précèdent la Révolution russe. Toutefois, plus en Russie qu'en Europe, les artistes combien ou passent par de nombreux styles, le cézanisme, le néo-primitivisme et le symbolisme...

Konstantin Korovin (1861-1939)
Korovin est sans doute le premier des peintres russes impressionnistes. Formé à Moscou, Konstantine Korovine parcourt avec Valentin Serov le nord de la Russie et la Scandinavie en 1888 et 1894 (St. Triphon's Brook in Pechenga, Galerie Tretiakov) et va rompre avec le style par trop rigide des «ambulants»  pour gagner Paris (1886, 1892 et devenir l'un des grands représentants de l'impressionnisme russe : "At a Tea Table" (1888, Tretyakov Gallery), "In a Boat (Portrait of the Artist Maria Yakunchikova and Self-Portrait)", "Paris. Boulevard des Capucines by Konstantin Korovin" (1906, The State Tretyakov Gallery )....


Valentin Serov (1865 -1911),

l'un des plus grands portraitistes russes, entendait peindre la joie de vie, le voici intégrant l'impressionnisme (il est à Paris en 1874, 1875 et 1889) dans une palette réaliste avec les célèbres portraits “The Girl with Peaches” (1887, Tretyakov Gallery), “The Girl in Sunlight” (1888), "Summer" (1895, Tretyakov Gallery), "Children. Sasha and Yura Serov" (1899, The State Russian Museum), "Portrait of Henrietta Girshman" (1907, Tretyakov Gallery), "Portrait of Princess Zinaida Yusupova" (1901-1902, The State Russian Museum, Saint Petersburg), "Portrait of Princess O. K. Orlova" (1911, The State Russian Museum, Saint Petersburg)...


Igor Grabar Emmanuilovich (1871-1960)
Natif de Budapest dans un milieu slavophile qui voit sa famille émiger en Russie, Igor Grabar étudie à l'Académie impériale des Beaux-Arts de Saint-Pétersbourg (1894, Ilia Répine), mais ne se satisfait pas du contexte académique et, de 1895 à 1900, voyage, comme nombre de peintres russes de l'époque, de Berlin, Munich à Venise, Florence, Rome et Naples, se passionne pour la Renaissance, mais c'est bien à Paris qu'il découvre Impressionnisme et Post-Impressionnisme qui permettent toutes les audaces : "Lady by Piano" (1899), "Lady with a Dog" (1899, Tretyakov Gallery). Et lorsqu'il regagne la Russie en 1901, c'est la technique impressionniste qu'il applique aux paysages :  "September Snow" (1903), "Winter. Rook Nests" (1904), "February Day" (1904, Tretyakov Gallery), "March Snow" (1904, Tretyakov Gallery), "Chrisanthemums" (1905), "The Frost" (1907, Kiev National Museum of Russian Art), "Rowan Tree" (1915) 

Isaac Levitan (1860-1900)
Isaac Ilitch Levitan est l'un des plus grands paysagistes russes, juif russe d'origine qui vécut une enfance dans des conditions extrêmes, un passé de souffrance et de dénuement qui donnera à ses oeuvres cette singularité dite "mood landscapes", une douloureuse présence instinctive dans la représentation du paysage, des lieux qui inspirent la méditation ou qui suscitent des interrogations personnes, et ce exprimé dans un langage pictural réaliste et aux couleurs chatoyantes ("Eternal Peace", 1893-1894) . "Autumn Day. Sokolniki" en 1880, acheté par le célèbre collectionneur Pavel Tretyakov, lui ouvre le chemin de la notoriété.  A l'École de peinture de Moscou (1873-1883), c'est Alexei Savrasov qui l'initie à la peinture en plein-air, et Levitan deviendra lui-même plus tard enseignant (en 1889) dans l'école qui l'a formé. On a pu parler d'impressionnisme pour évoquer son oeuvre, la proximité est réelle mais tant la technique que l'intention sont ici différentes. Toute l'œuvre de Levitan est marquée par le rêve d'éternité,  "l'éternité menaçante, où des générations se sont noyées et d'autres générations se noieront... Si horrible, si effrayante !", et la petitesse de l'humanité confrontée à l'immensité du ciel...


Les pays germaniques - L'Histoire de l'Art veut que les Français aient inventé l'impressionnisme, les Allemands l'expressionnisme. Dans la vie artistique allemande, Munich forme les artistes, la censure y est peu importante, mais c'est Berlin qui les nourrit. Jusqu'en 1893, aucune des grandes expositions d'art contemporain de Munich ne présentera une œuvre impressionniste française, et celles-ci rencontreront un climat hostile, dominent réalisme académique et idéalisme, que vient accentuer au niveau du public un patriotisme qui s'exacerbe, tandis que l'expressionnisme emporte déjà bien des vocations artistiques. A Berlin, si le style impressionniste  semble s'épanouir à la fin du siècle malgré l'opposition d'un Adolph von Menzel (1815-1905), c'est  fort modestement, dans le cadre de la Sécession de 1898 et autour de trois artistes, formés à Munich et à Paris, mais aussi à Amsterdam, - capitale artistique plus proche que Paris -, qui vont, chacun à leur manière, le représenter. Liebermann (1847-1935), surnommé " le Manet allemand ", vécut à Paris de 1873 à 1878 et devint par la suite le chef d'une génération de peintres allemands. Lovis Corinth (1858-1925) et Max Slevogt (1868-1932) s'inspirent de Paul Cézanne, Edgar Degas, Vincent van Gogh, Édouard Manet, Claude Monet et Auguste Renoir, plus qu'ils ne furent réellement impressionnistes. 

Certes Fritz von Uhde (1848-1911), à Munich, et Fritz Mackensen (1866-1953), à Worpswede, vont éclaircir leur palette mais sans se détacher d'un lourd naturalisme. Lesser Ury (1861-1931) semble traiter de manière impressionniste des paysages urbains et des scènes d'intérieur, le reflet des lampes à gaz dans les rues trempées par la pluie de la ville, la lumière des voitures, les silhouettes de piétons arpentant les trottoirs de leurs ombres (Hochbahnhof Bülowstraße, 1922). Gotthard Kuehl (1850-1915) a  vécu dix ans à Paris, mais ses tableaux n'ont jamais perdu le genre contemplatif Biedermeier (In an Orphanage, 1894). August von Brandis (1859-1947) est le peintre des intérieurs richement décorés et colorés affilié  à l'Ecole de Barbizon, à Manet et Degas (Bertha von der Kuhlen). Ernst Oppler (1867-1929) est un portraitiste célèbre qui se nourrit plus de la peinture hollandaise que française (Der Maler und Jo, 1928). Maria Slavona (1865-1931) offre des instantanés de vie merveilleusement colorés (Fonte de printemps près de Lübeck, 1913), mais sans créativité, la peinture allemande est alors effectivement en pleine transition, quittant le romantisme pour les rives de l'expressionnisme...

 

Max Liebermann (1847-1935)
Natif de Berlin, Max Liebermann est un collectionneur averti qui présente en 1896 son ami Hugo von Tschudi (1851-1911), conservateur du musée de Berlin, au marchand des Impressionnistes Paul Durand-Ruel. Il évolue d'un naturalisme inspiré par Mihály Munkácsy (Plumeuses d'oies,1872,  Nationalgalerie, Berlin) vers des effets de lumière proches de Manet et de Degas, auquel il consacre un essai en 1898. C'est que de 1873 à 1878, il a travaillé à Paris, mais comme de nombreux peintres allemands, il prendra dès cette époque l'habitude de séjourner en Hollande : il étudiera ainsi la peinture de Frans Hals, dont l'influence sur son œuvre est considérable (1879, The Preserve Makers, Museum der Bildenden Künste, Leipzig; The Flax Barn in Laren, 1887, Staatliche Museen zu Berlin). Il se rend ensuite à Munich, où il fréquente le cercle de Wilhelm Leibl, le grand réaliste allemand, puis, en 1884, il s'installe définitivement à Berlin. Lorsque Liebermann adopte une palette plus claire et s'attache à la représentation des jeux de la lumière et de l'ombre, dans ses vues de cafés en plein air, d'allées de parcs, de jardins d'orphelinats en Hollande (Le Marchand de perroquets, 1902, musée Folkwang, Essen), c'est effectivement à l'exemple des impressionnistes, mais avec un esprit très différent. Après 1900, il devient de plus en plus le peintre en vogue de la grande bourgeoisie libérale de Berlin, dont il fut alors le portraitiste attitré. En 1933, son origine juive l'oblige à se retirer de la vie publique...

Works: "A Country Brasserie, Brannenburg, Bavaria" (1894, Musee d'Orsay), "The Parrot Man" (1902, Folkwang Museum, Essen), "At the Terrace of Restaurant Jakob" (1902), "The beach at Noordwijk" (1906)…

 

Max Slevogt (1868-1932)
Vingt après Max Liebermann, Slevogt, peintre, graveur et surtout illustrateur, qui a étudié la peinture à l'académie des beaux-arts de Munich, est souvent considéré comme le fondateur de l'impressionnisme allemand. Peintre passionné dès ses débuts pour les anciens maîtres à tel point qu'il donna à ses premières oeuvres une coloration muséale, Slevogt adopta l'impressionnisme non comme orientation artistique mais comme une méthode de créativité, d'ouverture au monde. En 1889-1900, à Paris, à l'académie Julian, Slevogt va consolider son projet de s'affranchir des modèles académiques, - les tableaux d'un Édouard Manet sont des exemples emblématiques de cette liberté acquise -, mais au fond il ne propose rien de véritablement révolutionnaire si ce n'est une facture en effet plus libre, des toiles peintes à coups de brosse impétueux,  et un immense talent de coloriste (l'extraordinaire "Dance of Death", 1896). Après des débuts à Munich, il s'installe en 1901 à Berlin, où il devient professeur… 

Works : Sailboats on the Alster River in the Evening (1905, Alte Nationalgalerie, Staatliche Museen zu Berlin) - The Country House in Godramstein (1911, Angermuseum) - Summer House Garden (1912, Private collection) - Garden in Neu-Cladow (1912, Alte Nationalgalerie, Staatliche Museen zu Berlin) - Bagnoli, View from Posilip (1914, Saarland Museum) - Palatinate Landscape (1923, Museum im Kulturspeicher, Wurzburg) - Early Autumn in the Palatinate, Vineyards near Neukastel (1927, Anhaltische Genaldegalerie Dessau) ...

 

Lovis Corinth (1858-1925)
Lovis Corinth, né en en Prusse orientale, reçoit une formation cosmopolite. Jusqu'en 1911, il se consacre à une peinture symboliste aux accents post-romantiques. Sa technique se ressent alors de la fréquentation des artistes naturalistes français, tel Dagnan-Bouveret, que Corinth avait eu comme professeur lors de son séjour à Paris. Après 1911, et une crise d'apoplexie qui bouleversa son existence, sa touche et sa palette se transforment, atteignant parfois à une fougue qui préfigure l'expressionnisme. Désormais, ses longs coups de pinceau modèlent ou fragmentent les formes qu'illuminent des couleurs infiniment déclinées, la manière vaporeuse cède à une facture éclatante et agressive. En 1919, Lovis Corinth se fera construire une maison de campagne à Urfeld-Walchensee, y séjournera jusqu'en 1925, et ses tableaux de Walchensee seront particulièrement recherchés par les collectionneurs dès son vivant : "The Walchensee with a Larch Tree" (1921, Staatliche Museen zu Berlin), "The Walchensee with Mountain Range and Shore" (1925, Bayerische Staatsgemäldesammlungen, Munich), "The Walchensee, Mountains Wreathed in Cloud" (1925, Bayerische Staatsgemäldesammlungen, Munich)....

Works: After the Bath (1906, Hamburger Kunsthalle), Woman by a Goldfish Tank (1911, Österreichische Galerie Belvedere, Vienna), Woman with a Glass of Wine (1908, Von Der Heydt Museum), Storm at Capo d'Ampeglio (1912, Staatliche Kunstsammlungen Dresden), Unter den Linden, Berlin (1922, Von Der Heydt Museum, Wuppertal), ...

 

Enfin Leo Putz (1869-1940) et son ami Edward Cucuel (1875-1954), natif de San Francisco, s'initient ensemble à la peinture en plein air à partir de 1909 au château de Hartmannsberg dans le Chiemgau en Bavière, au bord du Chiemsee. Le peintre allemand Leo Putz traversa nombre de périodes, l'Art Nouveau, l' Impressionisme puis l'Expressionisme. Tous deux ont poursuivi des études à l’Académie des Beaux-Arts de Munich puis à l’Académie Julian de Paris, et tous deux participeront aux expositions de la Sécession de Munich (1897): "Calm Day" (1902), "Summer Dreams" (1907), "In the Autumn Garden" (1908), "On the River Bank" (1909), ... Par la suite,  Leo Putz traversera une période difficile de 1914 à 1923 puis gagnera l'Amérique du Sud entre 1929 et 1935, et se verra interdire d'exposition à son retour en Allemagne et choisira de fuir en Italie....

Edward Cucuel utilise la technique impressionniste pour composer des scènes idylliques en plein air mettant en scène des jeunes femmes et certaines de ses oeuvres exposées à Paris en 1912 connaîtront un franc succès; "An Afternoon on the Lake" (1918), "Lady with a Parasol", "Autumn Magic", "Afternoon Tea", "Girl in the Hammock", "Girl in a Boat"... En 1939, la Seconde Guerre mondiale le poussera à quitter  l'Allemagne pour s'installer en Californie, à Pasadena où il mènera une vie solitaire…


Dans les Pays-Bas, l'impressionnisme rencontre en 1884 l'École de La Haye (Haagse School), dominée par Jozef Israëls (1824-1911), Willem Maris (1844-1910) et Anton Mauve (1838-1888), tous trois artistes naturalistes qui peignent gens et paysages de la campagne ou de la mer et que les premiers traitements de la lumière impressionniste interpelle. C'est par leur intermédiaire que la génération suivante approfondit la leçon impressionniste, s'attache au monde environnant en jetant sur la toile leurs impressions par des coups de pinceau rapides et visibles, quoique la palette reste par ailleurs en grande majorité brune et grise : l'Ecole d'Amsterdam, qui compte dans ses rangs George Hendrik Breitner, Isaac Israëls (1865-1934), Willem Bastiaan Tholen (1860-1931), Willem de Zwart (1862-1931), Willem Witsen (1860-1923) et Johannes Theodorus Toorop (1858-1928), et les Amsterdamse Joffers, dont Lizzy Ansingh (1875–1959), Thérèse Schwartze (1851–1918) et Suze Bisschop-Robertson (1855–1922)...

George Hendrik Breitner (1857-1923) fut à Amsterdam l'élève de Willem Maris, un des plus importants représentants du mouvement naturaliste de l'école de La Haye, et cette rencontre l'incita à s'éloigner de sa formation académique antérieure pour traiter, d'un pinceau sobre et vigoureux, des scènes de rue, après s'être passionné pour la cavalerie (Cavalry, 1883-1888, Gemeentemuseum Den Haag). En 1884, il s'installe brièvement à Paris, entre en contact avec l'impressionnisme et, à son retour, il peint un étonnant "Effet de clair de lune" (vers 1887, Paris, musée d’Orsay) qui, dit-on, séduisit Vincent Van Gogh (qu'il avait rencontré en 1882). Il arpente les rues d'Amsterdam, réalise portraits et nus féminins ou en kimonos, et découvre la photographie en 1889 (plus de 2000 négatifs), lui permettant de travailler tant le mouvement que la lumière…

Works: "Horse Trams on Dam Square in Amsterdam at Night" (1890), "An Evening on the Dam in Amsterdam" (1890, Koninklijk Museum voor Schone Kunsten, Antwerp), "Geesje Kwak" (1893, Gemeentemuseum Den Haag), "Girl in a White Kimono" (1894, Rijksmuseum), "Two Girls in the Snow" (1894, Stedelijk Museum Amsterdam), "Women on the Rokin" (1895), "The Singelbrug near the Paleisstraat in Amsterdam" (1897, Rijksmuseum)...

Isaac Israels (1865-1934) étudie avec George Hendrik Breitner à la Royael Academie de La Haye entre 1880 et 1882, s'installe à Paris en 1904, dans un atelier de Montmartre à quelques mètres d'un Henri de Toulouse-Lautrec qu'il admire. Et comme Edgar Degas, il peint les motifs parisiens spécifiques, les parcs publics, les cafés, les cabarets. Par la suite, de Londres à Amsterdam, via les Indes en 1922, c'est toujours le même motif du quotidien qui l'inspirera…