Amadeo Modigliani (1884-1920) - Jeanne Hébuterne  (1898-1920) - Anna Zborowska (1885-1978) - Moïse Kisling (1891-1953) - Alice Prin (1901-1953) - Tsuguharu Foujita (1886-1968) - Marc Chagall (1887-1985) - Boris Grigoriev (1886-1939) - Chaïm Soutine (1893-1943)...

Last update: 11/11/2016 

Au début du XXe siècle, Au début du XXe siècle, toute une génération d'artistes, venus des quatre coins du monde, s'installe à Paris, 1905-1913 est une période de fermentation comme il en a peu existé dans l'histoire de l'art, les lieux sont connus, Montmartre et le Bateau-Lavoir, puis Montparnasse, et les ateliers précaires de La Ruche au numéro 2 du passage de Dantzig, dans le 15e arrondissement de Paris, ou la colonie d'artistes du 7 rue du Delta. L'Italien Modigliani, arrivé à Paris en 1906, le Lituanien Chaim Jacob Lipchitz, en 1909, le Russe Chagall et le Polonais Moïse Kisling , en 1910, le Slave Soutine et le Russe Kikoïne, en 1912, le Japonais Tsuguharu Foujita, en 1913, tous se révèlent des artistes farouchement indépendants, en marge de tous les mouvements d'avant-garde, quoique marqués par l'abstraction naissante et un désir de couleurs vives, tels que fauvisme, cubisme, futurisme. Tous ont en commun un même goût pour la poésie et le roman, et tous semblent, à des degrés divers, rongés de l'intérieur qu'ils compensent par une production acharnée. Mais ils portent déjà en eux leur propre fin, artistes exaspérés tout en émotion et en révolte, ils n'engendreront ni écoles ni disciples ....

 

Modigliani est devenu un mythe qui a suscité un nombre incalculable de biographies et d'études, dans le monde entier, mais, si nous reprenons les paroles de Jeanne, sa fille, une biographie de Modigliani "n'existe pas et n'existera jamais". En une petite dizaine d'années (1910-1920), Modigliani mène une existence d'ivresse et de passion et peint une multitude de portraits et une longue suite de nus féminins qui semblent tous dégagés une vision désabusée, certes, tragique peut-être, mais que l'on ne peut s'empêcher de rapprocher d'un Sandro Botticelli, peintre de la "grâce inquiète" au XVe siècle, peintre qui, au-delà du visage, entend exprimer plus une pensée qu'un simple portrait, "comme la morne acceptation de la vie …"

Amadeo Modigliani (1884-1920)

"Pouvons-nous nous renfermer dans le cercle d'une morale étroite? L'homme qui ne sait pas tirer de son énergie de nouveaux désirs, et presque un nouvel individu, destinés à toujours démolir tout ce qui est resté de vieux et de pourri, pour s'affirmer, n'est pas un homme, c'est un bourgeois, un épicier..." (à Oscar Ghiglia). En 1906, Paris compte 2,73 millions d'habitants, ses boulevards ont été dessinés par le baron Haussmann, plus de 9600 lampes à arc éclairent la cité, et dans huit années éclatera la Première Guerre mondiale. Vincent Van Gogh est mort en 1890, Paul Gauguin en 1903, Paul Cézanne en 1906, et le Salon d'Automne de 1905 voit s'exposer Henri Matisse, André Derain. Originaire de Livourne, en Toscane, Modigliani arrive à Paris au début de 1906, à 22 ans, s'installe à Montmartre, rue Caulaincourt, à proximité du Bateau-Lavoir, il y côtoie Picasso, Derain, Apollinaire, Diego Rivera, Max Jacob, mais changera souvent de domicile. Fauves et cubistes exposent, mais Modigliani préfère fréquenter les cafés, rencontre le Dr Paul Alexandre qui lui fait connaître l'art nègre et le soutiendra jusqu'en 1914. C'est l'époque de : The Jewish Woman (1907-1908,  Private collection), Nude Suffering (1908, Private collection), Nude with Hat (1907-1908, Hecht Museum), Woman in a Yellow Jacket (1909, Private collection), Portrait of Dr. Paul Alexandre (1909, Private collection)...

En 1909, Modigliani s'installe à Montparnasse, au 14 de la cité Falguière et se lie avec le roumain Constantin Brancusi arrivé à Paris en 1904 et qui deviendra l'un des sculpteurs les plus influents du début du XXᵉ siècle. Bien des personnages atypiques animent ce petit monde qui gravite autour de Montparnasse : Victor Libion, le créateur de La Rotonde en 1911, à l'angle du boulevard du Montparnasse et du boulevard Raspail, qui veut que les artistes se sentent bien chez lui, une Rotonde qui servit de refuge à nombre d'entre eux durant la guerre, Rosalie, ancien modèle de Bouguereau, qui accueille les artistes dans sa petite crèmerie du 3 rue Campagne-Première....

En 1913-1914, Modigliani rencontre Kisling, Foujita et Soutine, et se remet à la peinture.

En 1914, Modigliani rencontre une journaliste anglaise, "les yeux verts, le verbe haut, avide d'hommes et d'alcool", Béatrice Hastings : la liaison (1914-1916) de l'artiste avec la journaliste l'entraîne sur la voie d'une existence qui deviendra de plus en plus déréglée. En 1915, la fin de la terrible guerre aidant, Max Jacob présente à Modigliani le marchand de tableaux Paul Guillaume, grand ami de Derain et spécialiste de l'art nègre. Paul Guillaume loue un atelier sur la butte de Montmartre et prend en charge un Modigliani qui va produire une toile tous les six jours, dit-on. Il réalise nombreux portraits :  Portrait of a Young Girl (1910, Private collection), Portrait of Paul Alexandre (1913, Musée des Beaux-Arts de Rouen), Portrait of Diego Rivera (1914, Private collection), Beatrice Hastings (1915, Galleria d'Arte Moderna di Milano), Chaim Soutine (1915, Private collection), Lola de Valence (1915, Metropolitan Museum of Art, New York), Madame Pompadour (1915, Art Institute of Chicago), Pierre Reverdy (1915, Private collection), Portrait of Juan Gris (1915, Metropolitan Museum of Art, New York), Portrait of Moise Kisling (1915, Pinacoteca di Brera), Raymond Radiguet (1915, Private collection)....

En 1916, Modigliani, dont l'état de santé s'aggrave, se lie avec Léopold Zborowski, qui s'occupera de la diffusion de son œuvre. En 1917, Modigliani peint encore et toujours ceux qui l'entourent, Zborowski, Anna, Lunia Czechowska, et réalise sa première série de nus, des nus qui anticipent les différentes étapes du désir, invitation, anticipation, satisfaction, et quand Modilgiani peignait un nu, il voulait, dit-on, qu'on le laisse seul. En décembre 1917, Zborowski organise la première exposition personnelle de Modigliani. Cendrars préfacera le catalogue avec un poème… C'est l'époque de : Nude on a Couch (1915, Private collection), Woman with Velvet Ribbon (1915, Musée de l'Orangerie), Beatrice Hastings (1916, The Barnes Foundation), Bride and Groom (1915-1916, Museum of Modern Art, New York), Female Nude (1916, The Courtauld Gallery, London), Leopold Zborowski (1916, Private collection), Lolotte (1916, Musée National d'Art Moderne de Paris)...

Quand il rencontre Jeanne Hébuterne (1917) à l'académie Colarossi, elle a 19 ans, Modigliani retrouve d'abord un peu de stabilité. Jeanne inspire (avec Lunia Czecowska) les plus belles œuvres des dernières années, et le caractère maniériste de l'allongement des lignes (du cou en particulier) se généralise. Indifférent aux théories, Modigliani ne fit qu’effleurer le fauvisme, l’expressionnisme ou le cubisme, courants qui départagent les artistes de son temps. Ainsi son œuvre, bien que parfaitement cohérente avec elle-même, est-elle inclassable stylistiquement ou même historiquement….

La vie de Modigliani est à la fois bien et mal connue. Modigliani est devenu le héros de la bohème, incarnant à lui seul toutes les passions, toutes les folies de l’artiste maudit, au gré de la fantaisie de ses biographes Modigliani recherche en effet une certaine beauté abstraite, synthèse de son idéal formel et de son expérience du modèle , on a parlé d'art nègre pour décrire ses caractéristiques si singulières, des yeux en amande sous des sourcils fortement arqués, la ligne longue et forte du nez. Ainsi la mise en page est-elle presque toujours semblable: les personnages sont en général vus de face, assis, les mains croisées; toute l’attention est concentrée sur le visage; les fonds unis, indéfinis, servent de repoussoir, le corps n’étant souvent que trop sommairement esquissé. Ce qui préoccupe Modigliani, c’est l’effet plastique de la ligne, son relief, plus sculpture que peinture; le modelé n’est que très légèrement indiqué et la couleur réservée, harmonieuse, sans épaisseur, car elle n’est là que pour "agrémenter" le dessin...

Les oeuvres de Modigliani sont exposées principalement à The Barnes Foundation (Reclining Nude from the Back, 1917; Young Redhead in an Evening Dress, 1918; Hanka Zabrowska, 1919), Philadelphia Museum of Art (Portrait of a Polish Woman, 1919), The Metropolitan Museum of Art, New York (Flower Vendor, 1919; Jeanne Hébuterne, 1919; Reclining Nude, 1917), The Art Institute of Chicago (Portrait of a Woman, 1917), le Musée d'Art Moderne de la Ville de Paris (Lunia Czechowska, 1919; Woman with Blue Eyes, 1919), Museu de Arte Moderna de São Paulo (Self Portrait, 1919), Solomon R. Guggenheim Museum, New York City( Yellow Sweater, 1919), Tate Modern, London (Portrait of a Girl, 1917), The National Gallery of Art, Washington DC (Portrait of Chaim Soutine, 1917; Portrait of Madame Kisling, 1917), The Museum of Modern Art, New York (Reclining Nude, 1917)...

En 1917, Jeanne Hébuterne a 19 ans et rejoint son peintre paysagiste de frère à Paris. Elle sert de modèle à Léonard Foujita. Et c'est la même année qu'elle rencontre Modigliani par l'entremise de Chana Orloff, une sculptrice russe. Les témoignages et photographies de l'époque révèlent une Jeanne Hébuterne, belle et énigmatique jeune femme au teint pâle, cheveux châtain et regard vert et mélancolique (on sait que Modigliani les peindra toujours en bleu), une bouche charnue : l'attrait passionnel est immédiat avec Modigliani, mais la réputation de ce dernier, émigré juif, bohème, peintre, alcoolique et toxicomane, oblige Jeanne Hébuterne à rompre avec sa catholique de famille. De leur relation naît en 1918 une fille, Giovanna. Jeanne Hébuterne devient en 1919 son modèle préféré : "Les Yeux bleus, Portrait de Jeanne Hébuterne" (1918, Philadelphia Museum of Art), "Portrait de Jeanne Hébuterne (1918, Pasadena, Norton Simon Museum), "Portrait de Jeanne Hébuterne" (1919, Kurashiki, musée d'art Ohara), ...
Elle ne se relèvera pas de la mort de Modigliani à 36 ans, le 24 janvier 1920, et le 26 du même se suicide, enceinte, en se jetant du 5e étage de l'appartement de ses parents, à Paris. Elle avait alors 22 ans...

 

 

Le "Portrait de Paulette Jourdain" est une des dernières oeuvres peintes par Modigliani, en 1919. Native de Bretagne, Pauline "Paulette" Jourdain (1904-1997) a tout juste une quinzaine d'années quand elle arrive à Paris et est employée comme domestique puis comme assistante du marchand de Modigliani, Léopold Zborowski. Peinte dans son atelier au coin du 8 rue de la Grande Chaumière, c'est un tableau aux couleurs riches, présentant la jeune fille "en majesté"....

Anna Zborowska (1885-1978)

Elle fut l'un des modèles attitrés d'Amedeo Modigliani entre 1906 et 1919 : "Anna Zborowska" (1917, Galerie nationale d'art moderne et contemporain, Rome), "Madame Zborowska" (1918, Tate), "Hanka Zborowska assise sur un divan" (1917, Museum of Modern Art), "La robe bleue"... Elle posa aussi, et aux mêmes dates, pour Félix Vallotton, Tsugouharu Foujita, Maurice Utrillo. Elle épousa le poète et marchand d'art Léopold Zborowski (1889-1932) qui rencontra Modigliani par l'entremise de Soutine en 1916 et qui fut pour lui un considérable soutien. Dans une cinquantaine de feuilles découvertes depuis peu, publiées sous le titre de "Trois ans avec Modigliani", Anna Zborowska raconte les débuts du peintre, sa rencontre avec son mari, la Rotonde, les nuits d'ivresse, les modèles nus courant dans l'appartement..

(1915) - Portraits de Picasso, Juan Gris, Paul Guillaume - (1917) Portrait de Chaim Soutine - (1918) Portrait de Léopold Survage...



Moïse Kisling (1891-1953)

Dans ses portraits, Kisling s'attache à créer une atmosphère et à faire ressortir la beauté nouvelle de la femme moderne,  le regard, traité avec minutie, exprime souvent la tristesse ou l'angoisse. Élève de J. Pankiewicz, à l'Académie de Cracovie, il se rend à Paris en 1910 et s'installe rue Joseph-Bara à Montparnasse, reçoit beaucoup, notamment Modigliani, Soutine, Derain, Gris, Picasso. La diversité de ces contacts peut expliquer l'éclectisme de ses premiers tableaux, où coexistent assez harmonieusement la mise en page disciplinée du Cubisme et la couleur (Nature morte au pichet, 1913, Genève, Petit Palais, fondation Ghez). Engagé dans la Légion étrangère, blessé et réformé (1915), Kisling réside entre 1917 et 1920 dans le Midi (Marseille, environs de Toulon, Sanary) ; il y exécute des portraits (Jean Cocteau, 1916, id. ; l'Homme à la pipe, 1916, id.) et des paysages d'une stylisation assez naïve. Le somptueux "Nu au divan rouge "(1918), à la fois expressionniste et décoratif, illustre bien le syncrétisme de son art. Une exposition chez Duret, en 1919, affirme son succès et Kisling devient le peintre des " années folles ". 

Si l'artiste subit, comme tant d'autres, l'ascendant de Derain après la guerre, il ne renonça pas à ses premiers acquis, notamment à la couleur. Ses nombreuses figures féminines, portraits et nus, souvent empreintes d'une nostalgie proche de celle de Modigliani, occupent une place non négligeable dans l'iconographie de l'après-guerre (la Rousse, 1929; Jeune Fille au châle polonais, 1928, Paris, M.N.A.M.). Kisling vécut à New York de 1941 à 1946.

 


Kiki de Montparnasse

Durant les années folles, tous se retrouvaient autour d’expositions et de soirées folles : celles de la baronne d’Oettingen, du bal nègre avec Youki et surtout avec Kiki, reine de ces soirées. Cette jolie brune volcanique, au sourire éclatant s’appelait en réalité Alice Prin (1901-1953). Sa beauté et sa gentillesse en firent la coqueluche des artistes désargentés. Elle avait débuté en chantant à la terrasse de la Rotonde et dans une boîte à la mode, le Jockey. De nombreux peintres la prirent comme modèle : Modigliani, Soutine, Picasso, Foujita, Derain..... Parmi tous ses amants, Man Ray, le photographe-cinéaste américain l’immortalisa sur pellicule dans un court métrage de 1928, appelé « l’étoile de mer » d’après un poème de Robert Desnos. Quand survint la Seconde Guerre mondiale, Kiki de Montparnasse vit la fin de sa gloire, et bascula dans la misère, alcoolique et droguée, elle mourut en 1953.


Leonard Foujita (Tsuguharu Fujita, 1886-1968)

Né à Tokyo d’un père général médecin de l’armée japonaise au temps de l’empereur Mutsuhito, Tsuguharu Foujita débarque en 1913 à Montparnasse, en pleine effervescence cosmopolite du monde artistique: il a 27 ans, une solide formation classique, il est pétri de culture traditionnelle et lettrée, mais totalement excentrique et ouvert au vaste monde, et n’a aucune difficulté à créer des liens dans les milieux les plus variés et à savoir faire parler de lui  : d’origine aristocratique, il cultive une allure de dandy, fréquente Apollinaire, Diego Rivera, Desnos, Picasso, Modigliani, Van Dongen, Soutine, Derain, Kisling, et Braque, Man Ray et Kiki de Montparnasse, ... Sa première exposition personnelle, en juin 1917 à la galerie Chéron, près des Champs-Élysées, fut un triomphe et ses 110 aquarelles se sont vendues instantanément. Au Salon d'Automne de 1922, le portrait nu de Kiki de Montparnasse sur fond ivoire (Nu couché avec Toile de Jouy) porte un succès lucratif. Opportuniste, il découvre Deauville en 1925,  attire curieux et  actualités cinématographiques de Pathé ou Gaumont, entre Mistinguett et Suzy Solidor, ou photographié en 1927 avec son chat par l'autrichienne Dora Kallmus. 

Une existence mouvementée et frivole , des thématiques très simples à base de nus, d'autoportraits, de chats, de poupées et d'enfants, qui contrastent totalement avec son goût pour l'art de la Renaissance et son style, des fonds lisses et satinés, la précision et la finesse du trait, l'utilisation de teintes grisées sur un blanc opale, un mélange d'huile de lin, de craie broyée ou de plomb blanc et de silicate de magnésium qui fascine les spectateurs, les aplats de couleur des estampes japonaises auxquels s'ajoutent des arabesques proches de celles de Modigliani, au total un rendu des formes tout en douceur et grâce...

Foujita non seulement s'immerge totalement dans les milieux parisiens et dans l'art occidental, qu'il soit médiéval ou d'avant-garde, mais il aime les femmes : en 1917, il rencontre Fernande Barrey (1892-1960) au Café de la Rotonde, belle de nuit  et modèle d'Amedeo Modigliani et de Soutine, - qui l'incitèrent à peindre -, il l'épouse mais se sépare en 1928, Fernande ayant une liaison avec son cousin Koyanagi. Succédant à Kiki (1901-1953), c'est Lucie Badoud (1903-1964), qu'il surnomma Youki (Neige rose), qui rentre dans sa vie en 1929, ménage à deux qui se transforme en ménage à trois, partagé avec l'écrivain surréaliste Robert Desnos. En 1931, Foujita fuit  avec Madeleine Lequeux en Amérique du Sud, on la surnomme la «Panthère» (elle est danseuse au Casino de Paris), il la rebaptise «Mady Dormans», elle le suit au Japon mais décédera d'une overdose à Tokyo en juin 1936...

En 1930, Foujita peint quatre tableaux , "Le Salon à Montparnasse", "La Dompteuse au lion", "Trois femmes", "Le Triomphe de la vie sur la mort", suit un "Autoportrait" (1936, Masakichi Hirano Art Foundation), le peintre s'éloigne du raffinement et de l’élégance de ses œuvres antérieures pour une crudité burlesque...

En 1933, Foujita regagne le Japon, il est enrôlé en 1940, est nommé peintre officiel de l'armée de la Grande Guerre d'Asie et subit la tragédie des combats et massacres de masse ("Mort lumineuse aux îles Attu", Attsu-tô gyokusai, 1943; "Nos frères de Saipan fidèles jusqu'à la mort", Saipan-tô dôhô shinsetsu o mattô su), et lorsqu'il revient en France, en 1949, protégé par le général MacArthur et de riches collectionneurs américains, il n'est  plus tout à fait le même. En 1955, sa rupture avec l'Asie est définitive et il acquiert la nationalité française. Une nuit de 1959, dans la basilique Saint-Remi de Reims, une illumination mystique le porte au catholicisme et c'est dans la conception de la chapelle Notre-Dame-de-la-Paix, à Reims, qu'il jettera ses dernières forces ...


Marc Chagall (1887-1985)

Né dans l'actuelle Biélorussie, au sein d'une famille juive hassidique, Moishe Zakharovitch Shagalov ,  arrive en août 1910, francise son nom et devient Marc Chagall. Il occupe d'abord un atelier impasse du Maine, puis s'installe en 1912 à la Ruche. Il pénètre rapidement dans le milieu artistique de Paris, fait la connaissance de Delaunay et fréquente les vendredis de Canudo, directeur de la revue Montjoie, où il rencontre La Fresnaye, Gleizes, Metzinger, Marcoussis, Lhote, Le Fauconnier. Il se lie également avec Cendrars et Apollinaire, et les deux poètes s'enthousiasment pour sa peinture. Chagall emprunte au Cubisme et à la conception luministe de Delaunay une manière nouvelle de présenter les rapports formels : "Moi et le village" (1911, New York, MOMA), "À ma fiancée" (1911, musée de Berne), "À la Russie, aux ânes et aux autres" (1911-12, Paris, M.NAM), "Le soldat boit" (1912-13, New York, Guggenheim Museum). Au cours de sa première année à Paris, en 1911, Chagall peint à de multiples reprises Vitebsk. La représentation créative de sa ville natale entremêle réalité et fantaisie, et à travers la figuration de la population paysanne juive, associée à une iconographie faisant la part belle à l'harmonie entre l'homme et l'animal, elle devient l'instrument privilégié par lequel Chagall préserve son lien avec les lieux de son enfance. Par l'entremise de Guillaume Apollinaire, Chagall rencontre Walden à Paris en 1912, puis expose à Berlin au premier Salon d'automne allemand (1913) et à Der Sturm (juin-juillet 1914). 

Chagall revient à Paris en septembre 1923, décide de ne pas rejoindre le mouvement surréaliste et modifie son style en élimant les séquelles du cubisme et en procédant, d'une part, à la fusion des noirs et des blancs, et, d'autre part, à l'interpénétration des tons. 

 

(Chagall, Quelques impressions sur la Peinture française) "Je suis arrivé à Paris comme poussé par le destin. A ma bouche affluaient des mots venus du coeur. Ils m'étouffaient presque. Je bégayais. Les mots se pressaient à l'extérieur, anxieux de s'éclaircir de cette lumière de Paris, de se parer d'elle. Je suis arrivé avec des pensées, des rêves qu'on ne peut avoir qu'à vingt ans, mais peut-être ces rêves se sont-ils arrêtés en moi pour longtemps.

D'habitude, on pourrait dire qu'on ne va pas à Paris avec des bagages tout faits. On y va, délesté, pour étudier, et on en repart avec du bagage - parfois. Je pouvais certes m'exprimer dans ma ville lointaine, dans le cercle de mes amis. Mais j'aspirais à voir de mes propres yeux ce dont j'avais entendu parler de si loin : cette révolution de l'oeil, cette rotation de couleurs, lesquelles spontanément et savamment se fondent l'une dans l'autre, dans un ruissellement de lignes pensées, comme le voulait Cézanne, ou librement dominantes comme l'a montré Matisse. Cela, on ne le voyait pas dans ma ville. Le soleil de l'Art ne brillait alors qu'à Paris, et il me semblait et il me semble jusqu'à présent qu'il n'y a pas de plus grande révolution de l'oeil que celle que j'ai rencontrée en 1910, à mon arrivée à Paris. Les paysages, les figures de Cézanne, Manet, Monet, Seurat, Renoir, Van Gogh, le fauvisme de Matisse et tant d'autres me stupéfièrent. Ils m'attiraient comme un phénomène de la nature. Loin de mon pays natal, ses clôtures se profilaient dans mon imagination sur le fond de ses maisons. Je n'y voyais aucune des couleurs de Renoir. Deux, trois taches sombres. Et, à côté d'elles, on aurait pu vivre une vie sans l'espoir de trouver ce langage artistique libéré qui doit respirer de lui-même comme respire un homme.

A Paris, je ne visitai ni académie, ni professeurs. Je les trouvais dans la ville même, à chaque pas, dans tout. C'était les commerçants du marché, les garçons de café, les concierges, les paysans, les ouvriers. Autour d'eux planait cette étonnante "lumière-liberté" que je n'ai jamais vue ailleurs. Et cette lumière, facilement, passait sur les toiles des grands maîtres français et renaissait dans l'art. Je ne pouvais m'empêcher de penser : seule cette "lumière-liberté", plus lumineuse que toutes les sources de lumière artificielles, peut faire naître des toiles scintillantes, où les révolutions de la technique sont aussi naturelles que le langage, le geste, le travail des passants dans la rue."

 


Boris Grigoriev (1886-1939)

Né à Moscou, Boris Grigoriev, peintre d'avant-garde et satiriste, séjourne à Paris en 1913 puis en 1921 pour connaître la notoriété en 1926 et finir ses jours, après un détour au Chili et aux Etats-unis ( Faces of Russia), à Cagnes sur mer...

Works : Bistro, Paris (Tretyakov Gallery, Moscow) , The Concierge (1918, Tretyakov Gallery, Moscow), Parisian Café (1913, State Russian Museum, St Petersburg), Fair in Brittany (1914, Tretyakov Gallery, Moscow), A Model (1926, Metropolitan Museum of Art, New York), Mother (1915, The State Russian Museum, Saint Petersburg), Night Scene in Paris (1913, The Pushkin State Museum of Fine Arts), Parisian Cafe (1914, Tretyakov Gallery, Moscow), Portrait of A.A. Korovin (1916, The State Russian Museum, Saint Petersburg), Portrait of Painter N.V. Remizov with his Wife (1932-1933, The State Russian Museum, Saint Petersburg), Portrait of Vsevolod Meyerchold (1916, The State Russian Museum, Saint Petersburg), The Street of Blondes (1917, Museum of the Russian Academy of Arts, St. Petersburg), Woman Reading (1922, Metropolitan Museum of Art, New York)...


La mort de Modigliani (1920) marque un renouvellement de ce qu'on appelle l' "école de Paris". Les conditions matérielles apparaissent alors plus favorables pour les peintres, alors qu'une nouvelle génération de peintres affluent vers Paris, de Russie notamment après une étape à Berlin : Mané-Katz, en 1921, Zygmund Menkès et Max Band, en 1923, retour de Chagall en 1923, Abraham Mintchine, Constantin Terechkovitch en 1920, André Lanskoy et Serge Charchoune en 1921, Jean Pougny en 1923, Serge Poliakoff. Ces peintres sont beaucoup moins novateurs que leurs aînés et plus aisément intégrés à la vie artistique, bénéficiant du soutien de leurs coreligionnaires, critiques ou directeurs de galerie….