Secession - Max Liebermann (1847-1935) - Hugo von Habermann (1849-1929) - Max Kurzweil (1867-1916) - Franz Skarbina (1849-1910) - Max Klinger (1857-1920) - Max Kurzweil (1867-1916) - Josef Engelhart (1864-1941) - Josef Block (1863-1943) - Franz von Stuck (1863-1928) - Hans Gött (1883-1974) - Max Kurzweil (1867-1916) - Josef Engelhart (1864-1941) - Adolf Hölzel (1853-1934) - Karl Hagemeister (1848-1933) - Ernst Oppler (1867 -1929) - Paul Baum (1859-1932) - Max Arthur Stremel (1859-1928) - Emil Pottner (1872-1942) - Konrad von Kardorff (1877-1945) - Leo von König (1871-1944) - Julius Meier-Graefe (1867-1935) - Julie Wolfthorn (1864-1944)...

Last update : 11/11/2020

"Secessionskunst", première décennie du début du XXe siècle - Les années 1890-1910 voient l'art devenir l'objet d'une vive controverse dans toute l'Allemagne, - la peinture en plein air  (Freiluftmalerei) et le colorisme (Kolorismus) d'une part, et l'historicisme (Historismus) d'autre part -, la dernière décennie avant l'implosion dramatique de la 1ere Guerre mondiale, une décennie qui voit en une génération la conversion de l'économie et de la société allemande à la modernité industrielle (l'Allemagne wilhelmienne, 1870-1900). 

A l'encontre d'un système d'exposition et d'académies artistiques conservateur contrôlé étroitement par le pouvoir politique, Guillaume II à Berlin, François-Joseph Ier à Vienne, deux "attitudes" artistiques vont se constituer successivement dans le droit fil l'une de l'autre et bouleverser la scène artistique de l'Europe entière, le phénomène des Sécessions, puis l'Expressionnisme. Le terme "Sécession" a été inventé par Georg Hirth, rédacteur en chef du magazine culturel Jugend , qui a joué un rôle déterminant dans la promotion de Art Nouveau (ou Jugendstil)....

La Sécession ne génèrera pas d'oeuvres particulièrement remarquables, mais suscitera un mouvement hétéroclite de libération et de créativité artistique qui singulièrement se développe sur à peine plus de vingt ans dans la mouvance de l'impressionnisme français, - du symbolisme, de la peinture en plein air et de l'art nouveau -, mais l'enjeu est bien celui de la survie de la scène artistique successivement face à l'hostilité des Empires et de leurs fonctionnaires, puis à la première Guerre mondiale, enfin face à la la condamnation nazie de "l'art dégénéré". Les groupes expressionnistes plus radicaux, le Brucke, le Blaue Reiter, se chargeront, avec toutes les Avant-gardes du début du XXe siècle, d'écrire de nouvelles pages de l'Histoire de l'Art.

Pour l'heure, nous sommes alors dans un contexte européen global dans lequel, par exemple, en 1889, les monarchies russe, britannique et austro-hongroise refusent de participer à l'Exposition universelle de Paris dédiée à la célébration du centenaire de la Révolution française : tandis que des peintres allemands comme Liebermann, Menzel, Leibl, Trübner, von Uhde et  Adolph von Menzel ont toutes les peines du monde à persuader le pouvoir prussien d'organiser la première exposition de l'art allemand non officiel sur le sol français. Au pays de Guillaume II, roi de Prusse et empereur d'Allemagne (1888-1918), monumentaliste et militariste, un conservatisme inflexible s'appuie sur une bourgeoisie issue pour une grand part d'une  formidable industrialisation naissante, mais une industrialisation qui va progressivement entraîner l'ensemble des classes sociales dans une extrême tension du quotidien, tension dont va se nourrir un renouveau artistique aussi contrasté que décisif. Jusque-là, l'artiste est au service de l'éducation et de la représentation des classes sociales des plus aisées, vieille noblesse mais aussi banquiers et  industriels. 

L'artiste sécessionniste conjugue une individualisation extrême, celle  d'une sensibilité artistique parfois au bord de l'exaspération, et une extraordinaire curiosité, la volonté d'instaurer une véritable internationalisation des échanges artistiques : c'est que depuis les années 1874-1886, l'impressionnisme français joue sa petite musique esthétiquement subversive dans le monde entier. Les Sécessionnistes vont donc apprendre à se mobiliser collectivement pour affirmer leurs individualités respectives dans un contexte académique conservateur et une société en tension profonde.

Et c'est aux frontières de ce Sécessionnisme que se développe l'Expressionnisme, - nous sommes alors en 1910 -, un Expressionnisme qui prône la rupture et une stylistique de la rébellion individuelle, totalement étrangères à l'esprit des Sécessionnistes de 1892. En une dizaine d'années, la créativité artistique de notre vieille planète vient de franchir une nouvelle étape, il y en a eu et il y en aura bien d'autres avant le grand désert de la fin du XXe siècle...


En Allemagne, les plus importants théoriciens des sécessionnistes sont Wilhelm Trübner (1851-1917), Max Liebermann (1847-1935) et Lovis Corinth (1858-1925). Pour ces formidables artistes, les associations sécessionnistes sont des institutions expérimentales dans lesquelles s'exposent subjectivités et talents...

Munich à l'aube du XXe siècle est l'une des métropoles traditionnelles de l'art. Jugendstil, par exemple, porte le nom du magazine Jugend, qui a été fondé à Munich en 1886. Et  c'est à Munich que la peinture naturaliste en plein air, succédané allemand de l'impressionnisme avec notamment des représentations de la vie quotidienne des gens ordinaires, connaît un engouement certain avec Max Liebermann (1847-1935) et Fritz von Uhde (1948 - 1911). 

Münchener Secession", 1892

La première Sécession est fondée à Munich en 1892 : la "Münchener Secession" est dirigée par le peintre munichois Hugo von Habermann (1849-1929) et compte une centaine d'artistes, dont Franz von Stuck, le réaliste Bruno Piglhein (1848-1894), le peintre de l'immense "Panorama der Kreuzigung Christi" (1886, mais détruit en 1892), le peintre animalier Heinrich Zügel (1850-1941), l'architecte Peter Behrens (1868-1940), Lovis Corinth (1858-1925), Adolf Hölzel (1853-1934), Wilhelm Trubner (1851-1917) et Max Liebermann. Ils entendent remplacer les idéaux artistiques traditionnels alors enseignés dans les académies,  incarnés notamment par le  prince peintre munichois et grand portraitiste Franz von Lenbach (1836-1904), par des formes d'expression modernes et contemporaines tels que la peinture en plein air et le colorisme, le symbolisme et l'Art nouveau, la systématisation ultérieure de l'impressionnisme que seront le pointillisme et le divisionnisme. La Sécession de Munich revendique des expositions plus tournées vers les élites que de masse, une internationalisation au lieu du principe de la nationalité, la qualité au lieu de la quantité, et une autodétermination artistique au lieu d'une administration culturelle institutionnalisée. L'association type de la Sécession est en fait conçue à l'image parisienne de la Société des Indépendants qui s'est opposée à la politique de la Société nationale des beaux-arts. Mais le groupe de Munich, contrairement aux Sécessions de Vienne ou de Berlin, n'entend pas quitter l'association officielle des artistes (Munchner Kunstlergenossenschaft) : le but n'est pas de rompre mais de garder la plus grande ouverture d'esprit... 

"Wilhelm Leibl and Sperl on the hunt, 1890–1895, oil on canvas, Neue Pinakothek" - A noter, cette même année 1892, la formation d'un autre collectif dissident, le "Luitpold-Gruppe", de tendance plus modérée, réalisme et régularité formelle, dans lequel on retrouve près d'une quarantaine de peintres, dont Hugo Bürgel (1853-1903), son président, Gabriel von Hackl (1843-1926),  - Max Slevogt, Franz Marc et Leo Putz furent parmi ses nombreux élèves -, Walter Firle (1859-1929), Fritz Baer (1850-1919), Karl Marr (1858-1936), Arnold Gerstl (1888-1957), Johann Sperl (1840-1914) et Wilhelm Leibl (1844-1900), tous relégués dans l'ombre de l'histoire de l'art...

"Selbstbildnis"(1900) - Hugo von Habermann (1849-1929), co-fondateur et 2ème président de la Sécession de Munich en 1892, 1er président en 1904, , est un personnage à part. En 1870, il est officier dans la guerre franco-prussienne en France et peint son premier tableau, "Ährenlesende Ruth und Boas". En 1874, il est l'élève du le peintre d'histoire Karl Theodor von Piloty. En 1886, c'est en réaliste sensible à Degas et Manet qu'il se fait connaître : "Ein Sorgenkind“, "Morgendämmerung in der Krankenstube", Berlin, Nationalgalerie. Puis il se tourne presque exclusivement à partir de 1902 vers de singulières représentations de la femme à la lumière d'une redécouverte des Maîtres anciens, proposant une gamme de couleurs assez inédites et des poses jugées parfois excentriques : "Salome", 1897, "Frauenbildnis mit Pelz und Perlenkette", "Frauenbildnis im grünen Dolman"...

L'exposition internationale organisée à Munich à partir de juillet 1893 remporte immédiatement un grand succès auprès du public et de la scène artistique, quelques 4000 visiteurs viennent admirer quelques 876 oeuvres des plus éclectiques, réalisées par 297 artistes. Franz von Stuck (1863-1928), peintre symboliste qui influencera une génération de peintres, de Josef Albers à Paul Klee, membre fondateur de la Sécession de Munich, fait sensation avec son tableau "Die Sunde" (Neue Pinakothek de Munich), Max Slevogt expose "Die Ringerschule" et Richard Riemerschmid, "Abendhimmel" (München Lenbachhaus), Arnold Böcklin, "Centaurenkampf", Childe Hassam, Courbet, Gotthardt Kuehl, Max Klinger, Max Lieberman, Franz Skarbina, Hans Thoma, Fritz von Uhde...

"Die Münchener Neue Secession"Le conservatisme aidant, l'association de la Sécession de Munich se scinde en 1901, lorsque plusieurs de ses membres créent le groupe Phalanx ( Wassily Kandinsky), puis en 1913, avec la fondation de la "Münchener Neue Secession", rassemblant des artistes principalement expressionnistes, puis, après la Première Guerre mondiale, des artistes post-expressionnistes et apparenté à  la Nouvelle Objectivité. Entretemps, la Sécession aura fondé sa propre galerie en 1906, la dotant d'une collection d'art. 

Munich devient la métropole de l'art de toute l'Europe, attirant de nombreux peintres internationaux qui participent aux expositions. Le nombre de visiteurs est également énorme. De nombreux autres groupes sont fondés dans les années suivantes, comme Der Blaue Reiter à Munich en 1911-1912. En 1938, le régime nazi assure la dissolution de la Sécession de Munich... 

 

Parmi les membres fondateurs de la Neue Secession de Munich exposant au début des années 1910-1920, on peut noter Hans Gött, Walter Püttner (1878-1953), Adolf Schinnerer (1876-1949). Exposent sur cette formidable scène pour la première fois, nombre de peintres qui prennent la route de l'expressionisme ou de la Nouvelle Objectivité, Carlo Mense (1886-1965), Alfred Kubin (1877-1959), Georg Schrimpf (1889-1938),  Max Unold (1885-1964), Walther Teutsch (1883–1964), Hans Lasser (1891-1932)... 

Hans Gött (1883-1974) est accepté dans la Neue Secession de Munich en 1919 et participe régulièrement aux expositions du Glaspalast. En 1904, il avait fréquenté l'Académie des Beaux-Arts de Munich. En 1907, il poursuivait ses études à Paris à l'Académie Colarossi puis à l'Académie Matisse - mais restera attaché à la peinture de Paul Cézanne. Il était de ces jeunes artistes allemands du Café du Dôme attirés par la tourbillonnante vie parisienne, de jeunes peintres nés près de dix ans après la première exposition impressionniste et qui découvraient le post-impressionnisme, le fauvisme, la peinture de Matisse, comme les expressionnistes Rudolf Levy (1875-1944), Franz Nölken (1884-1918), Hanns Bolz (1885-1918), Hans Purrmann (1880-1966), ou le post-impressionniste Walter Alfred Rosam (1883-1916), Hanns Bolz (1885-1918), Oskar Moll (1875-1947) et sa femme, la sculptrice Marg Moll (1884-1977), qui fréquenta tant Matisse que Fernand Léger. Hans Gött retournera à Munich en 1910 et ne se départira pas d'une conception classiciste du paysage et du corps, Paul Cézanne l'emportant sur Matisse....  


"Wiener Secession" , 1897

La "Wiener Secession" est fondée le 3 avril 1897, sous la direction de Gustav Klimt. Des oeuvres telles que "Die Sünde", de Franz Stuck en 1893 (Neue Pinakothek, Munich) et  "Judith und Holofernes", de Gustav Klimt en 1901 (Österreichische Galerie Belvedere, Vienne) constituent à la fin du XIXe de véritables scandales pour les milieux artististiques globalement tous conservateurs. Le collectif des artistes composant la "Wiener Secession"  se veut une alternative à la "Wiener Künstlerhaus", l'association de la plus ancienne association d'artistes en Autriche et chef traditionnel reconnu de la scène artistique autrichienne. Parmi ses membres fondateurs figurent avec Gustav Klimt (1862-1918), Josef Hoffmann (1870-1956) et Joseph Maria Olbrich (1867-1908), les deux grands architectes de l'Art Nouveau, "l'artiste aux mille talents" Koloman Moser (1868-1918), Max Kurzweil (1867-1916), Josef Engelhart (1864-1941), Oskar Kokoschka (1886-1980), Egon Schiele (1890-1918), Wilhelm List (1864-1918) et Ernst Stöhr (1860-1917), peintre, poète et musicien, tous des artistes dont l'influence sur le modernisme au XXe siècle est considérable. La Sécession publie le luxueux magazine "Ver Sacrum" (das Officielle Organ der Vereinigung Bildender Künstler Österreichs) jusqu'en 1903. 

En 1898, la Sécession s'est ouverte par une exposition dans laquelle 528 œuvres ont été présentées. 70 000 visiteurs et des œuvres vendues pour une valeur de 100 000 florins (une somme considérable à l'époque) témoignent de son grand succès. L'exposition de référence se situe en 1900 : la "VIII. Ausstellung der Vereinigung Bildender Künstler Österreichs Secession" (1900), sous la direction artistique de Josef Hoffmann, Koloman Moser, et Leopold Bauer. Elle accueillit des œuvres d'artistes allemands, anglais, belges, mais le cosmopolitisme reste un danger permanent pour les conservatismes de l'époque, qu'ils fussent allemands ou autrichiens. Si la Sécession a existé jusqu'en 1939, les scissions la vide progressivement de toute substance, notamment en 1905, lorsque Gustav Klimt, Josef Hoffmann ou Koloman Moser refusent d'abandonner le concept d’œuvre d'art totale...

 

Josef Engelhart (1864-1941), "Loge im Sofiensaal", peintre, sculpteur, illustrateur, a étudié dans les académies des beaux-arts de Vienne et de Munich (1883-87), a beaucoup voyagé à travers l'Europe (Venise, Paris, Madrid) pour recruter des  artistes en soutien de la Sécession de Vienne à laquelle il resta longtemps fidèle (1911). Au sein de celle-ci, il fut un peintre plus traditionnaliste que les stylistes qui entouraient Gustav Klimt, s'adonnant à des portraits de femmes et privilégiant  des études très vivantes sur le quotidien de la rue de la capitale autrichienne. Il fut par la suite peintre de guerre en 1916 et 1917. Resté fidèle à la peinture figurative réaliste, Josef Engelhart démissionna de la Sécession en 1926, ne parvenant pas à s'adapter aux dernières tendances et évolutions de la scène artistique autrichienne...

 

Max Kurzweil (1867-1916), "Lady in Yellow Dress" (1899), peintre autrichien qui exposa à Paris en 1894 et fut cofondateur de la Sécession viennoise en 1897, créa vers 1900, deux tableaux de grand format, œuvres majeures et deux facettes de sa pratique de la couleur et de la lumière, vert-bleu avec "Martha Kurzweil am Ufer in Pont-Aven", portrait de sa femme au bord d'un étang forestier près de Pont-Aven, et "Dame im gelben Kleid", et jaune éclatant avec la "Dame im gelben Kleid". Son existence fut brève, il se suicide en 1916 avec son élève et maîtresse, Helene Heger...


"Berliner Secession" , 1898

A Berlin, jusqu'aux années 1890, à l'exception de l'Exposition internationale d'art de 1891, pendant plus de cent ans, la section des beaux-arts de l'Académie royale des arts a organisé et dirigé les expositions d'art académiques. Mais en 1893, c'est sur ordre du Kaiser Wilhelm II qu'est organisée la première grande exposition d'art de Berlin (Große Berliner Kunstausstellung)...

La "Berliner Secession" est fondée en 1898 par 65 artistes, Max Liebermann en est le premier président. L'association s'oppose à la "Königliche akademische Hochschule für bildende Künste", alors dirigée par le peintre de tableaux historiques Anton von Werner (1843-1915). Cette Sécession s'est constituée très progressivement :  autour de la la "Grande exposition internationale d'art" à Berlin organisée par la puissante VBK (Verein Berliner Künstler). Sous l'impulsion de Watler Leistikow (1865-1908), Franz Skarbina (1849-1910), Max Liebermann (1847-1935), et Max Klinger (1857-1920), se forme en février 1892 une "association libre pour l'organisation d'expositions d'art" (Vereinigung der XI) réunissant près de onze artistes, sur le modèle du groupe d'artistes bruxellois Les Vingt (qui existait depuis 1883). Si la Sécession de Berlin ne présente pas l'unité stylistique de celle de de Vienne, partisane de Jugenstijl, et si l'artiste sécessioniste revendique sa liberté, son individualité, il va privilégier une attitude qui entend éviter tout affrontement : dans le contexte sécessionniste, l'artiste qui entend défendre sa créativité personnelle va principalement rechercher avant tout le soutien d'un collectif, et c'est bien le nombre qui permettra de s'affirmer, et non l'individualité, loin de la démarche expressionniste. La condamnation et fermeture de l'exposition d'Edvard Munch en novembre 1892 (55 toiles), jugée "scandaleuse" ("abstoßend, hässlich und gemein") par des membres de la Verein Berliner Künstler (Association des artistes berlinois) en constitue un premier déclencheur. Au fond, ce qui choque dans l'oeuvre d'Edvard Munch c'est bien qu'il ose peindre le monde intérieur, l'art n'est plus le reflet de ces fameux "piliers de la société" tant dénoncés par les tenants de la Neue Sachlichkeit des années 20... 

 

"Promenade in Karlsbad" (Kunstamt Charlottenburg Berlin),

Franz Skarbina (1849-1910), réaliste avec Adolph Menzel, dans le Paris impressionniste en 1877 et au début des années 1880 (Edouard Manet, Auguste Renoir, Alfred Sisley, Berthe Morisot),  l'un des fondateurs du groupe des "Elf" à Berlin en 1892, co-fondateur de la Sécession de Berlin en 1898...

 

 

Max Klinger (1857-1920), natif de Leipzig, grand voyageur séjournant à Rome (1889), à Paris (1883, 1887), co-fondateur du groupe d'artistes berlinois "XI" en 1892, fit sensation à l'exposition de l'Académie de Berlin en 1878 avec deux séries de dessins à la plume, "Série sur le thème du Christ" et "Fantasmes sur la découverte d'un gant" (Ein Handschuh), suffisamment audacieuses pour provoquer un déchaînement d'indignation : dix dessins gravés en trois éditions de 1881 qui racontent l'étrange parabole d'un jeune homme malchanceux et de son obsession pour un gant de femme (Galerie nationale de Berlin), fétichisme et obsession.

Toute son oeuvre est à cette image, un art visionnaire, symbolique, lié à celui d'Arnold Böcklin, avec des références et des contenus anciens-mythologiques et chrétiens ("Kreuzigung" (Crucifixion) de 1890, "Christus im Olymp" (Christ sur le mont Olympe) de 1897), une imagination vive, souvent morbide, qui influença Giorgio de Chirico et l'expressionniste Käthe Kollwitz. Dans une Allemagne dominée par le réalisme,  il fut peintre, : "Das Urteil des Paris" en 1887, provoqua une nouvelle tempête de protestations en raison de son rejet de tous les attributs conventionnels (Österreichische Galerie Belvedere). Il fut graveur, alliant symbolisme, réalisme et romantisme, Goya et Daumier, dans ses fameux portfolios de gravures, 14 grands cycles, comprenant 265 planches, portant sur l'amour (Eva und die Zukunft, 1880,Eine Liebe, 1887), la prostitution ( Ein Leben 1884) , la mort (Vom Tode), la pauvreté, le sexe et la violence. Puis il abandonna progressivement la gravure au profit de la sculpture : ses sculptures sont adaptées à la polychromie grecque récemment découverte et il utilise des pierres de couleur, cf "Die neue Salome" (La nouvelle Salomé) de 1893, "Kassandra" (1886-1895), la statue monumentale d'un "Beethoven" assis (1886-1902, Leipzig, Neues Gewandhaus). Il fut aussi pianiste, fréquenta le compositeur Max Reger et surtout  Johannes Brahms (Brahms Fantasies, 1894). Ses œuvres peuplent les collections de l'Art Institute of Chicago, du Musée d'Orsay à Paris, et de la National Gallery of Art à Washington, D.C., parmi beaucoup d'autres. À la demande de la Sécession libre, Käthe Kollwitz prononce en 1920 une oraison funèbre devant la tombe de Max Klinger...

En novembre 1893, un nouveau salon libre est organisé en marge de celui de la VBK, le Freie Berliner Kunstausstellung, exposant les travaux des onze artistes auxquels s'ajoutent ceux d'Adolf Brütt, Max Kruse, Reinhold Lepsius, Lesser Ury. Dans la lignée éditoriale de la revue Jugend à Munich, la revue Pan est créée en avril 1895 à Berlin par une coopérative d'écrivains et d'artistes fédérée autour du romancier Otto Julius Bierbaum (1865-1910), du poète Richard Dehmel, des historiens d'art Julius Meier-Graefe, Alfred Lichtwark (1852-1914), et Eberhard von Bodenhausen (1868-1918).

En 1898, l'empereur refuse de récompenser une femme, Käthe Kollwitz, pour ses eaux-fortes "Les tisserands", d'après la pièce de Gerhart Hauptmann, alors que proposée par le jury de la Große Berliner Kunstausstellung à laquelle participe Liebermann. Le rejet par le même jury d'un paysage de Walter Leistikow en 1898 provoquera le départ de soixante-cinq artistes de l'Association des artistes berlinois, base de la fondation de la Sécession de Berlin. Max Liebermann en assure la présidence avec Paul Cassirer (1871-1926), jusqu'en 1901, formidable mécène, marchand et éditeur d'art pour qui l'expérience de la 1ere Guerre mondiale sera un véritable calvaire. Mais il faut noter que cette créativité sécessioniste puis expressionniste n'aurait sans doute pas été possible sans le soutien et la mobilisation avant la Première Guerre mondiale de cercles de collectionneurs et de marchands d'art s'engageant non seulement économiquement  pour leur propre compte mais offrant au public des scènes artistiques renouvelées... 

Max Liebermann (1847-1935) - En 1879, le jeune peintre avait créé le scandale dans toute la Bavière avec "Der zwölfjährige Jesus im Tempel" plus pour des raisons de représentation religieuse à la limite de l'antisémitisme que pour son style. Dix années plus tard, en 1889, Liebermann se rend à Katwijk : il y peint "Frau mit Geißen in den Dünen" et prend pour la dernière fois la classe sociale comme sujet. Max Liebermann est l'un des grands intermédiaires de cette période charnière et de la transition entre époque wilhelminienne (celle qui mène de  l' unification de 1871 jusqu'à la Première Guerre mondiale et clôt l' Empire allemand), et République de Weimar. Il a quitté une inspiration naturalistes à thème social pour gagner Paris en 1873, étudier l'École de Barbizon en 1874 et les impressionnistes français à partir de 1880, les Pays-Bas en 1875, la lumière de l'Italie en 1878, pour atteindre ce que l'on a dénommé un "luminisme impressionniste" ("Holländische Nähschule", 1876, "Altmännerhaus in Amsterdam", 1880, "Freistunde im Waisenhaus", 1881, Städelsches Kunstinstitut de Francfort-sur-le-Main, "Allee in Overveen", 1895), avant de revenir à un naturalisme de "plein air" ("Flachsscheuer in Laren", 1897, "Terasse im Restaurant Jacob in Nienstedten an der Elbe", 1902, Hamburger Kunsthalle, "Das Atelier des Künstlers"). Une inspiration qui le détache certes de l'art académique allemand, lui permet d'accompagner une génération de jeunes artistes aux styles bien différents, mais le cantonne a contrario dans une perspective qui lui rendra totalement incompréhensible l'esthétique de la révolte expressionniste, une esthétique de la sérénité et une théorie de la couleur, et non pas une passion dévorante, la représentation esthétique d'une classe sociale, assumée ou non, et non pas la subjectivité d'une révolte existentielle et politique...

 

1e exposition de la Sécession en mai 1899...

Dès 1898, rejoignent la Sécession de Berlin Julie Wolfthorn (1864-1944), Dora Hitz (1856-1924), Käthe Kollwitz (1867-1945), Ludwig Dettmann (1865-1944), Josef Block (1863-1943), Otto Heinrich Engel (1866-1949), Oskar Frenzel (1875-1915), le néo-impressionniste Curt Herrmann (1854-1929), le sculpteur Fritz Klimsch (1870-1960). La Sécession construit ses propres locaux d'exposition sur Kantstraße 12 (Charlottenburg) présentera à son inauguration 330 peintures et gravures et 50 sculptures, 187 exposants. C'est donc le 19 mai 1899 que se tient la première exposition organisée par Sécession de Berlin. Liebermann a réussi à y convier des artistes de Munich, de Darmstadt, de Stuttgart, de  la colonie d'artistes de Worpswede, mais aussi Arnold Böcklin, Hans Thoma, Max Slevogt et Lovis Corinth qui exposent pour la première fois dans la capitale. Les débats sont animés et le succès de l'exposition dépasse toutes les attentes avec ses 2000 visiteurs . Les expositions de la Sécession deviennent ainsi, sous la direction de Liebermann, un événement artistique européen et Berlin s'installe comme une capitale de l'art moderne...

 

Internationalität - L'ouverture est à l'international : en 1900, l'exposition accueillera  Camille Pissarro, Auguste Renoir, Giovanni Segantini et Whistler, en 1902, Kandinsky, Manet, Monet et Munch. L'impressionnisme et le postimpressionnisme français sont alors des incontournables et source de décadence pour l'art allemand du point de vue des milieux conservateurs, une opinion singulièrement partagée par les expressionnistes et qui peut expliquer la grande part d'incompréhension sécessioniste à leur égard. L'expressionnisme émerge en effet en plein bouleversement des esthétiques européennes : le fauvisme et le cubisme en France et le futurisme en Italie ont émergé presque simultanément avec l'expressionnisme allemand, tous privilégient la primauté de la couleur et la simplification de la représentation à l'encontre du naturalisme mais aussi de l'impressionnisme. Mais seul l'artiste expressionniste assume délibérément une radicalité politique et sociale aussi désespérée. Esthétiquement, Henri Matisse, Maurice de Vlaminck et André Derain ont joué un rôle majeur dans le développement de l'expressionnisme. Celui-ci a également été influencé par des peintres tels que Paul Cézanne, Paul Gauguin et Vincent van Gogh. Le peintre belge James Ensor et le Norvégien Edvard Munch, entre autres, sont considérés comme des précurseurs de l'expressionnisme...

 

S'affranchir des modèles académiques, pour quelle alternative? - En 1901, Max Slevogt (1868-1932) grand admirateur des œuvres de Manet, rejoint la Berliner Secession. Max Liebermann, d'environ vingt ans plus âgé, l'incite à s'affranchir des modèles académiques, mais sans proposer autre chose que de franchir une certaine liberté de style, une liberté qui s'exprime par la couleur, ainsi ses trois versions du portrait du baryton portugais Francisco d’Andrade, "Das Champagnerlied" (1901-1902, Staatsgalerie, Stuttgart ; Nationalgalerie, Berlin ; Kunsthalle, Hambourg), inspirées d'une oeuvre d'Édouard Manet, "Jean-Baptiste Faure dans Hamlet" de 1877. La composition ne sera pas aussi aboutie. Reste "Danse avec la mort" (1896), ... ce n'est que dans l'illustration de livres, la partie la moins connue de son œuvre, que sa fantaisie trouvera au bout du compte à s'extérioriser pleinement...

S'affranchir des modèles académiques? La Sécession de Munich a réhabilité les peintures de paysage, l'Europe était traversée par des mouvements similaires, Gustave Courbet (1819-1877), Jozef Israëls (1824-1911) et l'école de La Haye (Haagse School, 1870-1920), Jean-François Millet (1814-1875), Camille Corot (1796-1875) et l'école de Barbizon, en forêt de Fontainebleau (1825-1875), James Guthrie (1859-1930)et l'école de Glasgow (Glasgow School, 1870-1890), Wilhelm Leibl (1844-1900) et l'école de Munich, et Adolf Menzel (1815-1905) : le mouvement se poursuit avec les artistes qui vont exposer à Berlin... 

La peinture réaliste de paysage, une "realistische Freilichtmalerei" (1828-1890) teintée de romantisme, avait initié le mouvement et trois peintres, trois styles particulièrement dissemblables, sont considérés comme des précurseurs en la matière, le berlinois Carl Blechen (1798 -1840), le plus romantique, le portraitiste munichois officiel et mondain de la fin du XIXe siècle Franz Seraph von Lenbach (1836-1904) et Hans Thoma (1839-1924), adepte d'un naturalisme magique. En cette deuxième moitié du XXe siècle, les peintres de Barbizon (1830-1870), les impressionnistes (1874-1886) en France, les écoles de Skagen (1870-1920) au Danemark, et de Worpswede (1889-1910), en Basse Saxe travaillent à une extraordinaire nouvelle étape dans la perception et la représentation de notre monde... 

A partir de 1901, la « Sécession de Berlin » va servir de cadre et de ferment à ce fameux style «plein air» allemand (Freilichtmalerei), proche de l'inspiration impressionniste,  loin du sombre formalisme de la peinture académique du XIXe siècle, avec un célèbre trio, Max Liebermann, Max Slevogt et Lovis Corinth (das "Dreigestirn des Deutschen Impressionismus"), - le Landesmuseum Hannover possède la plus importante collection de ce  «Triumvirat de l'impressionnisme allemand» -, bientôt suivis par nombre d'artistes sécessionistes ou non. D'importantes colonies d'artistes entre 1880 et 1905, à l'image de Worpswede, Willingshausen, mais aussi Dachau, au nord-ouest de Munich, la plus renommée et souvent rapprochée de l'école de Barbizon, en France, par son importance : ces colonies ont accueilli, deux vagues d'artistes, celle de paysagistes plus classiques, entre 1840 et 1880 (Carl Spitzweg, 1808-1885), puis dans les années 1880, en plus de notre célèbre trio,  Lovis Corinth (1858-1925), Max Liebermann (1847-1935), Max Slevogt (1868-1932), les expérimentations de toute une génération de la peinture allemande de plein air,  ainsi Heinrich von Zügel (1850-1941), Robert von Haug (1857-1922), Bernhard Buttersack (1858-1925) et Otto Strützel (1855-1930), Leopold von Kalckreuth (1855-1928), Eugen Kirchner (1865-1938), Ignatius Taschner (1871-1913) et Fritz von Uhde (1848-1911). C'est un moment charnière, particulièrement innovant, jusqu'à son déclin définitif, au moment de la fin de la République de Weimar et de la naissance du mouvement de la «nouvelle objectivité» (Neue Sachlichkeit)... 

"Die Danziger Bucht bei Zoppot" (1900) - Lovis Corinth a pris ses pinceaux dans la station estivale du Tyrol et plus tard dans le Walchensee, mais le paysage n'est qu'un thème parmi d'autres pour Lovis Corinth, le nu, le portrait, la mythologie dominent son extraordinaire et torrentueuse production. Plus d'une génération plus âgée que les expressionnistes, la longue et prolifique carrière de Lovis Corinth (1858-1925) s'étend de la tradition académique de la fin du XIXe siècle à l'impressionnisme allemand et à l'expressionnisme, un expressionnisme qu'il jugera par trop influencés par des courants étrangers comme le fauvisme français et l'art primitif, partagea toutefois avec eux la violence du trait et la brutalité de la mort (Kain, 1917, Tod und Greis, 1922)...

"Die Blumenterrasse in Wannsee nach Norden", "Spitalgarten in Edam", 1904, Max Liebermann a préféré peindre des paysages d'abord en Hollande(Noordwijk ) et plus tard dans son propre jardin au Wannsee à Berlin...

"Herbstabendstimmung" (1897), Max Slevogt, l'artiste le plus jeune et le plus polyvalent de ce trio, a trouvé ses motifs à Neukastel, près de Francfort, dans le Palatinat, à Capri ou en Égypte (1914, 19 tableaux exposés à l'Albertinum de Dresde), mais a de même thématisé des scènes d'histoire, de littérature et de musique, sensible à la recherche graphique d'un Manet, l'impressionnisme n e peut à lui seul le définir. Parcours singulier d'un artiste qui poursuit ses études à Munich entre 1884 et 1889, éclaircit sa palette après un séjour en Italie, - il y goûte le plein-air -, puis à Paris. Il tente un retour à Munich mais ne parvient pas à véritablement exposer ("Nach dem bade", 1892) : Berlin, plus ouvert que Munich? C'est en effet à Berlin que Slevogt obtient reconnaissance, Max Liebermann et le marchand d'art Paul Cassirer lui ouvre la capitale...

L'œuvre d'Adolf Hölzel (1853-1934), qui vint à Dachau avec ses amis Ludwig Dill (1848-1940) et Arthur Langhammer (1855-1901), marque l'apogée et la fin de la grande période des peintres paysagistes à Dachau, la fin de la peinture en plein air et de l'impressionnisme paysager en Allemagne. À Munich, c'est encore et toujours Fritz von Uhde qui l'initiera à l'impressionnisme. Avec Von Uhde, Ludwig Dill et Arthur Langhammer, il participe à la création d'une école d'art, la Dachauer Malschule, près de Dachau, qui, de 1888 à 1905, attirera des étudiants de toute l'Europe pour ses méthodes d'enseignement novatrices. Il a participé à la création de la Sécession de Munich et de la Sécession de Vienne et est l'auteur d'un essai, "Über Formen und Massenvertheilung" (Sur les formes et la distribution de masse), publié dans Ver Sacrum. Puis Adolf Hölzel répondra à une sollicitation de l'Académie de Stuttgart en 1905 et partira à la recherche de nouvelles formes d'expression en théorie et en pratique : habité par la théorie des couleurs (Wilhelm von Bezold), il fera ses premiers pas expérimentaux  vers la peinture abstraite plusieurs années avant Wassilij Kandinsky (1866-1944). Solitaire, il meurt dans l'obscurité en 1934, à Stuttgart. Le déclenchement de la Première Guerre mondiale en 1914, qui a vu de nombreux artistes appelés au service militaire, a également considérablement affaibli la colonie et tout un état d'esprit...

"...das Licht, das ewig wechselt“  ("...la lumière qui change éternellement", 1884)- Karl Hagemeister (1848-1933), membre fondateur de la Sécession de Berlin en 1898, pratiqua des années d'étude solitaire à tenter d'exprimer la nature de sa région natale, la Marche de Brandebourg,  recherchant, sans jamais l'avoir réellement découverte, une expression artistique totalement indépendante de celle que semblait privilégier ses contemporains. Natif de la ville insulaire ville insulaire de Werder an der Havel, de formation classique, le peintre étoffe sa recherche esthétique en découvrant la sphère des couleurs de Philipp Otto Runge (Die Farbenkugel, 1810), étudie les Vieux Maîtres aux Pays-Bas (Anvers, Haarlem, Rotterdam et Amsterdam) avec Carl Schuch et Wilhelm Trübner (1874), séjourne en Italie (Venise, 1875-1876 ), s'intéresse au réalisme de Wilhelm Leibl, puis en parcourt les paysages de la Marche de Brandebourg, peint selon la nature ses nombreux lacs, ses marais et prairies, en compagnie de son ami viennois Carl Schuch (1878-1881). 

1884 marque la rupture de Karl Hagemeister avec la peinture en tons sombres du cercle de Leibl et de Carl Schuch : il découvre, à Paris, l'école de Barbizon (1884), et Manet, et Courbet (La plaque d'huîtres), s'ouvre à lui de nouvelles perspectives artistiques : "Je me suis rendu compte que ce n'était pas la tonalité qui était l'essentiel pour les peintures, mais la lumière, qui change éternellement" (Ich erkannte, dass nicht die Tonigkeit die Hauptsache für Bilder sei, sondern das Licht, das ewig wechselt). Sa palette s'éclaircit, la lumière tend à devenir une force créatrice. La nature semble maintenant se prêter parfaitement à des "études intimes du paysage" (intimen Landschaftsstudien), il s'agit montrer quelque chose d'intangible, même instable dans sa forme et sa coloration, comme la lumière, le vent ou les nuages," laisser l'environnement avoir un effet sur moi pendant longtemps en silence et me saturer entièrement de l'humeur qui se répand autour de moi à partir de la condition atmosphérique présente... La volonté de réduire les détails le conduira à des représentations végétales décoratives, l'eau y est souvent présente. Il participe à la grande exposition d'art de Berlin (1891-1896) et devient membre à part entière de la Sécession de Berlin (1899-1913). À partir du début des années 1890, il se consacre plus intensément à la peinture au pastel, restant, dira-t-il, un peintre sans prétention, un peintre qui ne sera reconnu qu'en 1912 : "Der Zweck ist doch der, nicht ein Bild zu machen, sondern ein seelisches Erlebnis hinzuschreiben" (Le but n'est pas de faire un tableau, mais d'écrire une expérience mentale)...

Protagoniste involontaire de la naissance de la Berliner Secession, Walter Leistikow (1865-1908) est représentatif de l'évolution des sensibilités esthétiques du moment : paysagiste, interprète des lacs et des pinèdes brandebourgeois, il vogue vers le Réalisme de l'école d'Achenbach (Briqueterie à Eckernförde, 1887, Dresde), puis rencontre l'incontournable Edvard Munch et Ludwig von Hofmann (1861-1945), maître perdu dans l'intemporel à la frontière du symbolisme, et Paris en 1893. Au cours des années 1890, il se convertit à un lyrisme naturaliste et symbolique simplifiant les paysages et supprimant toute figuration. Des peintres comme Liebermann et Corinth sont à l'opposé d'une telle conception. Liestekow se suicidera le 24 juillet 1908 sur la rive du Schlachtenseel à Berlin... 

Ernst Oppler (1867 -1929), qui a vécu à Munich à partir de 1892, non loin de Lovis Corinth, et qui,  contrairement à nombre de ses contemporains, ne s'est pas installé à Paris mais à Londres en 1894, à l'invitation de James McNeill Whistler, où il reste jusqu'en 1897, devient en 1895 membre de la Sécession de Munich, puis de la Sécession de Berlin grâce à l'implication de Max Liebermann. Il est est sans doute l'un des premiers membres de la Sécession de Berlin à enrichir l'art du portrait via ses étonnants autoportraits. Entre 1901 et 1905, le voici qui s'adonne à la peinture de paysages et son style va ainsi évoluer sous l'influence de la méthode du plein air, la lumière gagne une colorisation plus intense. Il rencontre en Flandre et aux Pays-Bas,des peintres qui comme lui, cherchent leur voie au gré des rencontres et des paysages parcourus, le Teufelsmoor près de Worpswede, l'île de Hiddensee ou Murnau et l'île de Frauenchiemsee dans les contreforts des Alpes, la solitude des paysages du Dachauer Moos, une lande de plaine au nord-ouest de Munich, qui s'étend de Fürstenfeldbruck jusqu'au Freisinger Land le long de l'Amper : Emil Pottner, Paul Baum, Konrad von Kardorff.

Le style de Paul Baum (1859-1932), devenu membre de la Sécession de Berlin en 1902, s'est développé au contact de l'école de Barbizon et il est  l'un des rares peintres allemands acquis au pointillisme, avec Max Arthur Stremel. C'est avec ce dernier qu'en 1890, lors d'un passage à Paris, Baum découvrira les œuvres des impressionnistes Claude Monet, Camille Pissarro et Alfred Sisley, avant de compléter sa formation à Knokke, en Belgique, avec le peintre pointilliste belge Théo van Rysselberghe (1894), puis à Dresde et le sud des Pays-Bas.

Max Arthur Stremel (1859-1928), membre de la Sécession de Munich, du Deutscher Künstlerbund aux expositions duquel il a participé à partir de 1904, et de la Sécession de Berlin à partir de 1907, a séjourné à Paris de 1879 à 1887, y fut l'élève du singulier peintre hongrois Mihály von Munkácsy, qui s'était fait une brillante réputation d'opposant à l'impressionnisme entre 1876 et 1886, mais son amitié avec Fritz von Uhde (1848-1911), grand passeur de l'impressionnisme pour nombre de peintres allemands, l'oriente vers un naturalisme plus coloré rapidement gagné par le pointillisme d'un Camille Pissarro. Emil Pottner (1872-1942), céramiste et peintre autrichien qui disparu en 1942 dans le sinistre camp d'extermination Maly Trostinez (Belarus).

Konrad von Kardorff (1877-1945), qui étudia à l'académie des arts de Munich de 1894 à 1897, rejoint la Sécession de Berlin et sa peinture semble évoluer, à travers un autoportrait de 1900, puis, lors de ses participations aux expositions de la Sécession libre en 1916...

En 1901, Wilhelm Trübner (1851-1917), proche du maître réaliste Wilhelm Leibl (1844-1900)auquel il adjoint des influences naturalistes puis impressionnistes, rejoint la Sécession berlinoise, de même que la future expressionniste Käthe Kollwitz. En 1906, c'est le tour d'August Kraus (1868-1934), en 1907 de Max Beckmann (1884-1950), Bernhard Pankok (1872-1943), Hans Purrmann (1880-1966) et Emil Rudolf Weiß (1875-1942). En 1908, d' Ernst Barlach (1870-1938), Wassily Kandinsky (1866-1944) et Emil Orlik (1870-1932). En 1909, de Lyonel Feininger (1871-1956), la Sécession de Berlin compte alors 97 membres. Suivent en 1910, Rudolf Großmann (1882-1941), en 1911, de Hans Meid (1883-1957)... 

Wilhelm Trübner (1851-1917), comme nombre de ses artistes dits sécessionnistes, ne peut être rattaché à une classification précise de l'histoire de l'art, ils ont expérimenté au gré de leurs rencontres et de leurs voyages. Wilhelm Trübner est à Londres en 1884,  à l'Exposition universelle de Paris en 1889 avec "Kartoffelacker bei Wessling", expose en 1891 près de 80 œuvres au Kunstverein de Munich, il devient membre de la Sécession munichoise lors de sa fondation en 1892, rejoint sa filiale "Freie Vereinigung München" en 1893, . travaille à la Städelschule de Francfort pendant plusieurs mois en 1896, rencontre les peintres Lang, Steinhausen et Thoma, s'adonne aux paysages, portraits (équestres) et nus,  et en 1903 est nommé professeur à l'académie des arts de Karlsruhe. Partant du réalisme de Leibl, formé par Rubens et Hals, il a, dans les années 1870, réalisé de remarquables portraits, puis, se tournant vers le paysage, s'il a côtoyé l'impressionnisme, s'en est très rapidement démarqué, retenant un certain rendu de la lumière mais privilégiant la forme, la monumentalité et l'intemporalité.  Au début des années 1890, le travail au pinceau s'est élargi et la palette de couleurs, dominée par des tons de vert finement ajustés, s'est éclaircie. Dans la dernière décennie de sa carrière, une certaine abstraction par la couleur se fait jour dans ses paysages du lac Starnberg et du lac de Constance, du Taunus et de l'Odenwald, mais sans en franchir la frontière...


Die Neue Secession, 1910...

Le Catalogue de l'exposition de 1910 organisée sous l'égide de Max Liebermann, Max Slevogt, Leo von König, Lovis Corinth, Hans Baluschek, George Mosson, Karl Walser, Max Beckmann, et des sculpteurs August Gaul, Max Kruze, Fritz Klimsch, rend hommage à Edouard Manet et constate que "les tempéraments ont évolué vers des individualités autonomes" (Temperamente zu abgeschlossenen Individualitäten entwickelt haben), avec plus de 300 tableaux exposés, les révolutionnaires d'hier sont devenus les classiques d'aujourd'hui...

La Sécession de Berlin existera jusqu'en 1933 mais connaîtra une histoire mouvementée. La période 1900-1920 est à une débauche de créativité qui multiplie les prises de position et les risques de friction. Les luttes au sein de la Sécession n'ont donc véritablement jamais cessé et conduisent finalement  à un nouveau schisme au printemps 1910. C'est qu'entre-temps, mise à part Munich où Kandinsky en 1911 a créé le Blauer Reiter, Berlin est devenu implicitement le centre de l'expressionisme allemand, point de rencontre avec les artistes du Brücke venant de Dresde (1905), sans jamais perdre leurs racines : Emil Nolde et Paula Modersohn-Becker ont longtemps vécu isolés dans la campagne...

Mais la sensibilité expressionniste ne passe pas la barrière du jury de la Sécession, 27 artistes proches de ce style sont ainsi refusés, un nombre inhabituellement élevé de candidatures d'artistes de renom. Un nouveau groupe se constitue et  prend nom de "Nouvelle Sécession" (Neue Secession). La  Neue Secession compte dans ses rangs, outre l'expressionniste berlinois Georg Tappert (1880-1957), Max Pechstein (1881-1955), Emil Nolde (1867-1956), les forces dirigeantes de ce groupe, des membres du Brücke comme Ernst Ludwig Kirchner, Karl Schmidt-Rottluff et Erich Heckel, et du Blaue Reiter. Cette nouvelle Sécession se maintiendra de 1910 à 1914 et contribuera à l'établissement de l'expressionnisme à Berlin et plus largement en Allemagne... 

Leo von König (1871-1944) ...

Leo von König a appartenu aux derniers grands représentants de la Sécession de Berlin après Max Liebermann, Corinth et Max Slevogt. Dans une époque qui tend à délaisser le portrait, c'est dans ce domaine que s'impose Leo von König après avoir fréquenté l'Académie royale des arts de Berlin de 1889 à 1894, puis l'Académie Julian de Paris de 1894 à 1897, moment décisif de son évolution. Une première exposition de ses peintures a eu lieu dès 1896 dans la Sécession de Munich et dans la "Große Berliner Kunstausstellung". Il s'installe à Berlin à partir de 1900 et devient un membre actif de la Sécession de Berlin, participant régulièrement à leurs expositions. Tant dans son style de peinture que dans ses couleurs, Leo von König a été clairement influencé par les impressionnistes allemands et français, Manet l'inspire lui pour ses premiers tableaux, "Das Frühstück" (1907, Berlin-Ost, Nationalgalerie) et "Bohème Café" (1909, Hambourg, propriété privée). On a pu de même noter son penchant pour une forte utilisation de la lumière et du clair-obscur à l'égal d'un Rembrandt dont il a copié deux tableaux et du Greco, dont il a copié "l'Assomption" au Prado. Ses portraits, figuratif, privilégient une expression du visage et une intériorité qui le place au-dessus de nombre de ses contemporains dans ce domaine. Parmi ses chefs-d'œuvre figurent les portraits de Gerhart Hauptmann (1927), Ernst Barlach (1937, Hambourg, Ernst-Barlach-Haus), Emil Nolde  (1937, Essen, collection privée), Käthe Kollwitz (1941, Munich, Bayerische Staatsgemäldesammlungen), et des membres de sa famille, "Bildnis der Eltern" (1925, Recklinghausen, Museum), "Tochter Yvonne" (1913), "Bildnisse seiner zweiten Frau Anna" (unter anderem 1925, Berlin, Nationalgalerie).. 

"Porträt Julius Meier-Graefe", 1895, Edvard Munch, "Julius Meier-Graefe", 1912, Lovis Corinth (musée d'Orsay, Paris), "Bildnis Julius Meier-Graefe", 1913, Eugen Spiro, "Bildnis Julius Meier-Graefe", 1935 Leo von König...

Leo von König  séjourna en Espagne avec le critique et historien d'art, Julius Meier-Graefe (1867-1935) et font découvrir le Greco en Allemagne (Spanische Reise, 1910), nourrissant ainsi, mais involontairement, les sources de l'expressionnisme. Meier-Graefe est l’un des historiens d’art et critiques majeurs du début du XXe siècle en Allemagne, un critique polémiste, contesté, contradictoire, mais n'hésitant pas à pourfendre le conservatisme de la bourgeoisie allemande en matière d'art :  en quête de cette «énergie spirituelle» que l’art et ses œuvres dressent comme des échelles dressées vers les cieux (Wohin treiben wir? Zwei Reden über Kultur und Kunst, 1911-1913). Mais la vision de Meier-Graefe est particulièrement pessimiste, au tournant du siècle et des premières décennies du XXe siècle, l'art lui semble s'éloigner de plus en plus de l'homme, et  l'homme de l'art en passe de ne pouvoir espérer la moindre compréhension du public. 

Sa première œuvre d’art critique a été publiée en 1894 et portait sur Edvard Munch. En 1895, il fut l’un des fondateurs de la revue d’art et de littérature "Pan", mais quitta la revue au bout d’un an pour divergences d'opinion, notamment en ce qui concerne le modernisme. 

Il s'installe  à Paris en 1899, - l'art y est au premier plan -, entend se familiariser avec les tendances les plus contemporaines des arts visuels avec l'intention d'expérimenter sa capacité à interpréter l'art moderne. Au risque de s'opposer à l'Allemagne ("Meier-Graefe ist in einer schwierigen Lage. Man hält ihn für erzfranzösisch", Alfred Lichtwark, 1904), mais ce ne sont pas des motifs nationaux mais seulement des questions d'art qui vont déterminer sa logique argumentaire. En 1900, il commence à écrire son œuvre la plus ambitieuse, l' "Entwicklungsgeschichte der Modernen Kunst" ("Histoire du développement de l'art moderne") (1904, version étendue 1914/15), dont la version finale en plusieurs volumes est disponible en 1924, une esquisse historique de l'art de la peinture à la fin du XIXe siècle basée sur une argumentation purement artistique qui tente de retracer l'essence de la création des œuvres d'art. Les impressionnistes représentent le point culminant et la fin de cette évolution : en effet, l'avant-garde du début du XXe siècle est restée étrangère au critique qui se refuse à reconnaître le fauvisme, le cubisme et l'expressionnisme comme les héritiers légitimes du renouveau qu'il avait précédemment proclamé. 

Pourtant le critique se permet de contester les goûts germaniques en matière d'art. En 1905, dans "Der Fall Böcklin und die Lehre von den Einheiten", Meier-Graefe ose évoquer le déclin de la culture dans l'Allemagne wilhelmienne sur la base d'un véritable culte nationaliste du peintre Arnold Böcklin : ses préferences vont à un Hans von Marées (Hans von Marées : sein Leben und sein Werk, 1909/1910), le troisième des grands peintres idéalistes de la peinture allemande du troisième quart du XIXe siècle avec Arnold Böcklin et Anselm Feuerbach,  qui semble peiner à trouver son public. Meier-Graefe contribue ainsi, avec Hugo von Tschudi, à l'"exposition du siècle" (Jahrhundertausstellung) de l'art allemand à la Berliner Nationalgalerie de 1906 ( ("Ein Jahrhundert deutscher Kunst, 1775-1875"),  et entend placer à côté des innovations françaises le meilleur de la tradition germanique, des œuvres d'art jusqu'alors restées exclues de la scène artistique officielle : les œuvres de Caspar David Friedrich font ainsi leur première apparition publique. Suivent des monographies richement illustrées popularisant les maîtres modernes français dans l'espace germanophone, Paul Cézanne (1910), Auguste Renoir (1911), Edouard Manet (1912), Camille Corot (1913), Degas (Degas : ein Beitrag zur Entwicklungsgeschichte der modernen Malerei, 1920). Comme tant d'autres de sa génération et de son milieu social, Meier-Graefe, qui avait publié en septembre 1914 dans le "Berliner Tageblatt" un article provocateur et fortement patriotique intitulé "Drei Gewinne", voulait rejoindre, à 47 ans, le front. S'étant porté volontaire à la Croix-Rouge durant la Première guerre modiale, il est envoyé sur le front de l’Est en 1915, est capturé et interné dans un camp de prisonniers de guerre russes au début de 1915. Dans les années 20, le silence s'est installé autour de Meier-Graefe, en 1930, il s'installe en France, où il est naturalisé après l'arrivée d'Hitler au pouvoir...

Die Freie Secession, 1914...

En 1914, le rejet des œuvres par certains membres de la Sécession berlinoise a de nouveau provoqué des querelles. Plusieurs artistes quittent la Sécession berlinoise pour fonder la "Sécession libre" (Freie Secession), qui perdurera jusqu'en 1924, Max Liebermann en assumera toujours la présidence, puis Ludwig Corinth (1858-1925), gagné à l'expressionnisme dans la dernière partie de son existence...

"Das Reich der Arbeit, der rollenden Maschinen und der werktätig schaffenden Menschen..."...

Dans la seconde moitié des années 1890, Hans Baluschek (1870-1935) apparaît sur la scène artistique berlinoise : traité de "Rinnsteinkünstler" par l'empereur, il se fait rapidement remarquer par la "troublante de provocation" avec laquelle il représente des tranches de vue quotidienne dans le petit monde grisâtre des employés et des ouvriers. Il ne tarde pas à rejoindre les expositions du groupe artistique des "XI" menées par l'impressionniste Walter Leistikow, puis la Sécession de Berlin dont il devient le secrétaire. Le comte Waldemar von Oriola, un député du Reichstag du Parti libéral national, qualifie alors son travail de "parodie généralisée des normes esthétiques". En 1908, Baluschek devient membre du conseil d'administration de la Sécession berlinoise, et à ce titre, il s'implique dans un débat qui devient de plus en sujet à controverse sous la pression des tenants de l'expressionnisme : un Max Beckmann dénonce "l'impudence effrontée de la nouvelle race de peintres" tandis que Max et Liebermann s'oppose à une exposition de la Sécession mettant en scène Henri Matisse. En 1910, la formation du groupe dissident plus avant-gardiste, la Nouvelle Sécession, dirigé par Georg Tappert et Max Pechstein, précipite la démission de 42 artistes de la Sécession, dont l'ensemble du conseil d'administration, parmi lesquels Liberman et Baluschek. 

«Berliner Leben»,  (1901) - Hans Baluschek (1870-1935), natif de Breslau et fils d'un ingénieur des chemins de fer (d'où sa passion première), a fait ses études à Berlin, puis mène une carrière de peintre  et d'illustrateur. La période principale du développement artistique de Bakluschek a commencé en 1894 et s'est étendue sur deux décennies, jusqu'au début de la première guerre mondiale en 1914. En 1900, Baluschek devient membre de la Sécession de Berlin alors qu'il a déjà entamé une chronique des plus pessimistes du quotidien des gens ordinaires de Berlin, ouvriers hagards au visage fatigué sortant d'une usine après le travail, personnages résignés, utlisant des tons ternes, gris et marron, combinant la peinture à l'huile avec la craie ou le pastel. "Mittag" (1894) représente des femmes avec des enfants apportant des paniers repas à leurs hommes employés dans les usines, et évoque les corvées sans fin de la vie ouvrière. Seules ses impressions relatives aux divertissements après le travail sont colorées, "Eisenbahner-Feierabend" (1895), la Soirée libre du cheminot. Mais l'anxiété est toujours présente: Der Tod, 1895, Vergnügungspark, In der Hasenheide, 1895, Hier können Familien Kaffee kochen, 1895. Si Baluschek s'est progressivement fait connaître sur la scène artistique berlinoise, surtout après les expositions de 1895-1897 avec Martin Brandenburg, les compositions de Baluschek apparaissent par trop inhabituelles. Le collectionneur d'art berlinois Karl Bröhan a noté que "l'honnêteté directe" des "tranches de vie" de Baluschek était "troublante de provocation". Aussi, de son vivant, il ne fut surtout connu que pour ses illustrations fantaisistes du populaire livre pour enfants "Le voyage de Pierre sur la lune" (Peterchens Mondfahrt). Après 1920, Hans Baluschek a été un membre actif du parti social-démocrate, qui à l'époque professait encore une vision marxiste de l'histoire. Il a longtemps attendu un avenir meilleur, mais en 1933, le régime nazi l'a dépouillé de toutes ses fonctions et Baluschek est mort deux ans plus tard...


La déclaration de guerre de l'Allemagne à la Russie et à la France voit surgir dans le milieu artistique nombre d'optimistes patriotes qui entendent contribuer à leur manière à l'effort de guerre, - Max Ernst, Richard Dehmel, Otto Dix, Alfred Döblin, Ernst Ludwig Kirchner, Oskar Kokoschka, Wilhelm Lehmbruck, Ernst Toller, Georg Trakl, s'engager, tels Baluschek et Liebermann ou Beckmann et Erich Heckel, ou seront mobilisés, Gottfried Benn, Hugo von Hofmannsthal, Paul Klee, Otto Mueller, Max Pechstein, Karl Schmidt-Rottluff, Egon Schiele, Max Slevogt. Et singulièrement, ce sont surtout les membres des mouvements d'avant-garde qui témoignèrent le plus d'un enthousiasme pourtant discutable, mais croyaient-ils sans doute au pouvoir "purificateur" de la guerre... 

Octobre 1914,

"Appel des intellectuels allemands aux nations civilisées (Aufruf an die Kulturwelt, An die Kulturwelt ! Ein Aufruf ) - "En qualité de représentants de la science et de l'art allemands, nous, soussignés, protestons solennellement devant le monde civilisé contre les mensonges et les calomnies dont nos ennemis tentent de salir la juste et noble cause de l'Allemagne dans la terrible lutte qui nous a été imposée et qui ne menace rien de moins que notre existence. La marche des événements s'est chargée de réfuter cette propagande mensongère qui n'annonçait que des défaites allemandes. Mais on n'en travaille qu'avec plus d'ardeur à dénaturer la vérité et à nous rendre odieux. C'est contre ces machinations que nous protestons à haute voix : et cette voix est la voix de la vérité. Il n'est pas vrai que l'Allemagne ait provoqué cette guerre..." 

Le "Manifeste des 93" daté du 4 octobre 1914 exprime, au début de la Première Guerre mondiale, la réaction de l'élite intellectuelle allemande face aux accusations d'exactions portées contre l'armée allemande à la suite de l'invasion de la Belgique neutre. L'enjeu : la réputation internationale de l'Empire allemand en tant que nation culturelle européenne. La Première Guerre mondiale avait surpris tous les protagonistes non seulement par son ampleur militaire, par ses conséquences économiques, mais aussi par son effet sur l'opinion publique mondiale. Ainsi, un philosophe comme Henri Bergson, attaqué en France, peu avant la guerre, tout comme Emile Durkheim et Ernest Lavisse, pour leur proximité intellectuelle avec l'Allemagne, évoquait, en tant que président de l'Académie des sciences morales et politiques, dès le 8 août, une guerre "de civilisation contre la barbarie". En réaction, le physicien Max Planck, le fondateur de la théorie quantique, révèle, en signant cet appel, une fidélité inconditionnelle aux valeurs propagées par le Kaiser et à l'Empire allemand, pourtant éloignée de sa conception d'homme de science pour qui  la coopération culturelle et scientifique est toujours plus importante que les différends entre États individuels. Dans un véritable contexte de bataille idéologique, c'est donc un parfait document de propagande qu'acceptent de signer des peintres, tels que Hans Thoma, Franz von Stuck, Wilhelm Trübner, Max Klinger, des théologiens, Adolf von Harnack, des écrivains, Gerhart Hauptmann, Richard Voss, des hommes de théâtre, Max Reinhardt, des compositeurs, Engelbert Humperdinck, et des scientifiques de renom, outre Max Planck, Wilhelm Wundt, Ernst Haeckel, Emil Adolf von Behring, Adolf von Baeyer, Paul Ehrlich. Mais beaucoup ont signé sans avoir sans connaître le texte...

Mais la cruelle réalité s'impose rapidement, August Macke et Franz Marc tombent sur le front occidental en 1914 et 1916 respectivement, Max Beckmann tente de surmonter la cruauté des combats, George Grosz dessine des champs de bataille jonchés de cadavres, Kirchner restera marqué à vie. Bien qu'âgé de plus de quarante ans, Baluschek s'était porté volontaire pour le service militaire, et en 1916 était affecté comme réserviste d'abord sur le front occidental, puis sur le front oriental. Le tableau de Baluschek de 1917, intitulé "Zur Heimat", qui représente un cercueil de soldat portant des médailles, chargé pour être transporté en Allemagne, évoque plus que le sacrifice patriotique du soldat : la fin de la guerre en 1918, avec son issue dramatique pour le peuple, a profondément marqué toutes la communauté artistique, dont un Baluscheck qui va désormais garder ses distances avec la singulière agitation de la République de Weimar. Les romanciers et les artistes tant français qu'allemands auront payé un lourd tribut à cette guerre meurtrière et les témoignages, gravures ou peintures, effacent en quelques trois années une période de rare effervescence créative...

Mais déjà Hedwig Dohm, Heinrich Mann, Käthe Kollwitz faisaient entendre une toute autre musique...


La Sécession berlinoise s'essouffle progressivement et décline à partir de 1920...

Les temps évoluent, et c'est en 1922 que se tient à Berlin la toute Première exposition d'art russe de Berlin (Erste Russische Kunstausstellung Berlin), la première grande exposition sur l'avant-garde russe en Europe depuis 1917 à laquelle participent près d'une quarantantaine d'artistes tels que Boris Koustodiev, Marc Chagall, Kasimir Malevitch, Vassily Kandinsky, El Lissitzky, Natan Altman. Tandis que se développe dans les années 1920 sur les cendres de l'expressionnisme, la Nouvelle Objectivité (Neue Sachlichkeit), dont elle découle par bien des aspects....

 

Julie Wolfthorn (1864-1944), portraitiste des célébrités berlinoises - dont de nombreuses femmes engagées -, passa par Paris (l'Académie Colarossi) avant de se fixer à Berlin et devenir en 1898 l'une des rares femmes membres fondateur de la Sécession de Berlin. En 1905, elle fonde l'association d'exposition "Verbindung Bildender Künstlerinnen Berlin - München" avec des femmes artistes de Berlin et de Munich, dont Käthe Kollwitz. Cette même année le directeur de l'académie, Anton von Werner, rejette une pétition de Julie Wolfthorn et de plus de 200 femmes artistes demandanttoutes l'admission à l'Académie des Arts de Prusse.

En 1912, Julie Wolfthorn et Käthe Kollwitz sont enfin élues aux postes de directeurs de la "Sécession". C'est durant cette année qu'une autre femme peintre, Fanny Remak (1883-1970) s'installe à Paris pour étudier avec ses connaissances berlinoises Helen Grund (1886-1982), - Helen Hessel sera immortalisée par François Truffaut dans "Jules et Jim" en 1962 -, et Augusta von Zitzewitz (1880-1960) à l'Académie Julian. Elle devient en 1921 membre de la Sécession libre à Berlin, et siège au conseil d'administration à partir de 1928.

Mais survient l'année 1933 : des artistes telles que Fanny Remak, Harriet von Rathlef-Keilmann, Augusta von Zitzewitz, Lotte Laserstein et Julie Wolfthorn sont interdites de travail par les nationaux-socialistes en raison de leurs origines juives, Fanny Remak émigre en Angleterre en 1939, Lotte Laserstein émigre en Suède et Julie Wolfthorn est conduite au camp de concentration de Theresienstadt, le ghetto pour les Juifs allemands et autrichiens âgés ou célèbres...

 

L'arrivée du nazisme au pouvoir en février 1933 compromet définitivement l'esprit de l'association. Si dès les mois suivants, certains peintres demandent à collaborer avec le pouvoir nazi (Max Pechstein, Emil van Hauth) alors que d'autres n'ont pas d'autre choix que de fuir l'Allemagne (Eugene Spiro),  le NSDAP estime en 1934 nécessaire la dissolution de cette association d'artistes, soupçonnée de rassembler des artistes juifs, marxistes et opposés à la vision politique du Nouvel État allemand. Singulièrement, en 1936, la Berliner Secession semble poursuivre ses activités, puis on perd sa trace...