L'Existence humaine en interactions sur l'American scene of the life des années 1940s-1950s - George Bellows (1882-1925) - Guy Pène du Bois (1884-1958) - Edward Hopper (1882-1967)  - Jacob Levy Moreno (1892-1974) - Kurt Lewin (1890-1947) - Leon Festinger (1919-1989) - Frederic W. Taylor (1856-1915) - Elton Mayo (1880-1949) - Abraham Maslow (1908-1970)  - Ruth Benedict (1887-1948) - Margaret Mead (1901-1978) - Abraham Kardiner (1891-1981) - Ralf Linton (1893-1953) ...

Last update : 11/11/2016


Le sentiment de solitude dans l'American scene painting

A partir du début des années 1940, les principaux courants artistiques ont leur foyer le plus actif aux Etats-Unis, et plus spécialement à New York. C'est de là que provient l'Expressionnisme abstrait (Action Painting, Color Field painting), auquel se rattachent les noms de Jackson Pollock, Mark Rothko et Robert Motherwell. A la même époque prend fin une esthétique spécifiquement américaine, l'American scene painting, qui, dans un style réaliste, entendait restituer la solitude humaine, les marges de la société et les milieux populaires dans ce nouveau paysage urbain et industriel qui s'est construit aussi brutalement que soudainement dans les années 1920 et 1930. Le mot d'ordre de ce réalisme américain est alors d'oublier l’art au profit d'une peinture restituant ces nouveaux éclats d'existence dans un contexte dépouillé de toute âme et de toute valeur.

 

The feeling of loneliness in the American scene painting - From the early 1940s onwards, the main artistic trends had their most active home in the United States, especially in New York. This is where abstract expressionism (Action Painting, Color Field painting) comes from, to which the names of Jackson Pollock, Mark Rothko and Robert Motherwell are attached. At the same time, a specifically American aesthetic comes to an end, the American scene painting, which, in a realistic style, intended to restore human solitude, the margins of society and popular circles in this new urban and industrial landscape that was built as brutally as suddenly in the 1920s and 1930s. The watchword of this American realism is then to forget art in favour of a painting restoring these new shards of existence in a context stripped of any soul and any value.

El sentimiento de soledad en la American scene painting- A partir de principios de la década de 1940, las principales tendencias artísticas tuvieron su hogar más activo en Estados Unidos, especialmente en Nueva York. De ahí el expresionismo abstracto (Action Painting, Color Field painting), al que se unen los nombres de Jackson Pollock, Mark Rothko y Robert Motherwell. Al mismo tiempo, se pone fin a una estética específicamente americana, la American scene painting que, con un estilo realista, pretendía restaurar la soledad humana, los márgenes de la sociedad y los círculos populares en este nuevo paisaje urbano e industrial que se construyó de forma tan brutal como repentina en las décadas de 1920 y 1930. La consigna de este realismo americano es, pues, olvidar el arte en favor de una pintura que restaure estos nuevos fragmentos de existencia en un contexto despojado de cualquier alma y de cualquier valor.

 


George Bellows (1882-1925)

Natif de Columbus, Ohio, proche de son maître, Robert Henri (1865-1929), sous l'autorité duquel il étudia à la New York School of Art de 1904 à 1906 (Edward Hopper (1882-1967), Rockwell Kent (1882-1971) et Guy Pène du Bois (1884-1958) sont ses camarades), George Wesley Bellows est  immédiatement reconnu comme l'un des artistes réalistes de la scène américaine, et l'un des protagonistes de l'Ash Can School avec "Forty Two Kids" (1907, Corcoran Gallery of Art). Bellows atteint la notoriété vers 1908 pour ses grandes représentations de la brutalité crue d’un match de boxe (Stag Night at Sharkey's, 1909; Dempsey and Firpo, 1924). Sa vie, très brève (une quarantaine d’année), lui permet cependant d'aborder avec talent les scènes de la vie américaines, mais quelles scènes?

Des scènes urbaines de décombres et gravas (Blue Morning,  Pennsylvania Station Excavation), des éléments naturels imposants ou en instance de déchaînement (Storm Sea, Tumble of Waters, The Coming Storm), des mouvements collectifs (1908, Beach at Coney Island, 1915, Riverfront, No. 1, Columbus Museum of Art; 1914, 1914 Love of Winter, Art Institute of Chicago; 1916, Shipyard Society, Virginia Museum of Fine Arts; 1920, Tennis Tournament, National Gallery of Art, Washington DC), mais aussi de nombreux nus (Nude with Hexagonal Quilt, 1924, National Gallery of Art, Washington DC), des portraits (Jean with Blue Book and Apple, 1916, Metropolitan Museum of Art, New York; Emma and Her Children, 1923, Museum of Fine Arts, Boston), autant de thématiques qui  le voient abandonner graduellement, après 1910, le réalisme urbain austère et la palette sombre caractéristiques de ses premières œuvres.

On reprochera à Bellows ses nombreux changements de style, mais la "vie moderne" du temps de Bellows est alors tiraillée entre le changement et la stabilité, la tradition et l’innovation :  dans "Stag Night at Sharkey's", au-delà du match sportif, Bellows peint un combat mortel entre deux forces élémentaires qui s’entre-déchirent....

Works: Forty-Two Kids (1907, Corcoran Gallery of Art) - Excavation at Night (1908, Crystal Bridges Art Museum) - Stag Night at Sharkey's (1909, Cleveland Museum of Art) - Pennsylvania Station Excavation (1909, Brooklyn Museum) - Blue Morning (1909, National Gallery of Art, Washington DC) - Lone Tenement (1909, National Gallery of Art, Washington DC) - New York (1911, National Gallery of Art, Washington DC) - The Cliff Dwellers (1913, Los Angeles County Museum of Art) - Dempsey and Firpo (1924, Whitney Museum of American Art, New York)...


Guy Pène du Bois (1884-1958)
Le réaliste Guy Pène du Bois porte son regard sur les faits et gestes, certains faits et certains gestes, de la fameuse middle and upper-class qui s'épanouit des années 1900s aux années 1940s : simplifier la forme humaine lui permet de mettre en relief, sous les apparences du maintien et de la posture, des relations sociales en tension, rigides, des hommes et des femmes qui ne se livrent pas et restent claquemurés dans leur solitude....
Né à Brooklyn, N.Y., Pène du Bois s'inscrit en 1899 à la New York School of Art, où son professeur est William Merritt Chase, poursuit sa formation avec les réalistes Kenneth Hayes Miller et Robert Henri à l'Art Students League. Mais loin d'adopter l'orientation et le style de l'Ashcan School que favorisait la forte personnalité du peintre Robert Henri, si ce n'est l'encouragement à sortir de l'atelier pour observer le monde social tel quel, Pène du Bois  se tourne vers l' "affluent society", la "bonne société" qui arpente la Cinquième Avenue, - hommes en costume ou en tenue de soirée et femmes vêtues de robes sur mesure avec des chapeaux et des gants assortis -, fréquente l'opéra, les hippodromes, les clubs et restaurants élégants. Mais c'est pour jeter sur celle-ci un regard désenchanté, les relations entre personnages sont simplifiées et stylisées autour de quelques "symbols of sophistication" qui traduisent laconiquement des situations et des comportements sociaux totalement artificiels. "An irrepressible mocker of human absurdity and a clever satirist of types familiar to our modern world", écrira le célèbre critique et collectionneur d'art américain Duncan Phillips, l'homme de la "Phillips Collection".

Pène du Bois fait ses débuts artistiques au Salon de Paris en 1905, non sans intégrer ce qu'il observe chez Toulouse-Lautrec, Edgar Degas, et Honoré Daumier, mais revient à New York l'année suivante, après la mort de son père, pour travailler comme illustrateur et critique de musique et d'art pour l'Américain de New York, l'ancien employeur de son père. Il fréquente ainsi la Jefferson Market Police Court, assiste à des audiences de tribunal, observe les interactions sociales, et ces personnages prennent une forme arrondie et robuste, qui devient une silhouette caractéristique de ses figures. Il sera ainsi rédacteur en chef de la revue par intermittence pendant les sept années suivantes, peignant et écrivant sur l'art avec un certain succès. Il épouse en 1911 Florence "Floy" Sherman Duncan. Dans les années 1920, Pène du Bois maîtrise désormais son style, - des personnages quasi abstraits représentés dans des scènes simplifiées et satiriques -, et décide de se consacrer pleinement à la peinture. Il déménage avec sa famille dans le New Jersey en 1914, retourne à New York trois ans plus tard, puis en France en 1924, à Garnes, au nord de Paris.

Works: The Doll and the Monster (1914, Metropolitan Museum of Art, New York), Two Men (1915, Whitney Museum of American Art, New York), Intellect and Intuition (1918, Private collection), The Confidence Man (1919, Brooklyn Museum), The Sisters (1919, Private collection), Juliana Force at the Whitney Studio Club (1921, Whitney Museum of American Art, New York), Night Club (1923), Mr. and Mrs. Chester Dale Dining Out (1924, Metropolitan Museum of Art, New York), Restaurant No. 2 (1924, Art Institute of Chicago), Café du Dôme (1925-1926, National Gallery of Art, Washington DC), Subway Steps (1926, Whitney Museum of American Art, New York), Americans in Paris (1927, Museum of Modern Art, New York), Café Monnot, Paris (1928-1929, Whitney Museum of American Art,  New York)....

Les années 1930 marquent pour Pène du Bois les premières difficultés:  sa peinture réaliste semble isolée dans un monde qui se veut moderniste, son inspiration marque le pas et les difficultés financières le rattrapent. A son retour aux États-Unis, il reprend sa plume de critique d'art et publie des monographies sur John Sloan, William Glackens, Edward Hopper et Ernest Lawson Si sa peinture et ses quelques oeuvres se font plus psychologiques, si des visages s'esquissent à présent, le peintre des interactions sociales, silencieuses et artificielles,  s'est émoussé...
Works: Father and Son (1929, Whitney Museum of American Art, New York), Woman in Profile (1934, Private collection), Hostess (1935-1939), Portia Lebrun in a Pink Blouse (1942, Indianapolis Museum of Art), The Puritan (1945), Dramatic Moment (1946)....


Edward Hopper (1882-1967) 

Peintre réaliste américain, qui exerça essentiellement son art à New York, où il avait son atelier. Il est considéré comme l’un des représentants du naturalisme ou de la scène américaine, parce qu’il peignait la vie quotidienne des classes moyennes. Au début de sa carrière, il représenta des scènes parisiennes avant de se consacrer aux paysages américains et de devenir un témoin attentif des mutations sociales aux États-Unis. Une grande partie de l’œuvre de Hopper exprime la nostalgie d’une Amérique passée, ainsi que le conflit entre nature et monde moderne. Ses personnages sont le plus souvent esseulés et mélancoliques. 

Soir bleu, 1914, Whitney Museum, New York…. 

 From "Cape Cod Morning" (1950) to "Seawatchers and Morning Sun" (1952) to "Sunlight in Cafeteria" (1958), "Excursion into Philosophy" (1959), "Second Story Sunlight" (1960), "People in the Sun" (1960), "A Woman in the Sun" (1961), and finally "Sun in an Empty Room" (1963), Hopper concerns himself with people who sit, stand, and wait in full sunlight or in rooms where abstract shapes of light are as visible on the walls as on the floors….

Nighthawks, 1942 by Edward Hopper, Art Institute of Chicago, with Jo's handwritten notes…

"Night + brilliant interior of cheap restaurant. Bright items: cherry wood counter + tops of surrounding stools; light on metal tanks at rear right; brilliant streak of jade green tiles 3/4 cross canvas at base of glass of window curving at corner. Light walls, dull yellow ocre [sic] door into kitchen right. Very good looking blond boy in white (coat, cap) inside counter. Girl in red blouse, brown hair eating sandwich. Man night hawk (beak) in dark suit, steel grey hat, black band, blue shirt (clean) holding cigarette. Other figure dark sinister back at left. Light side walk outside pale greenish. Darkish red brick houses opposite. Sign across top of restaurant, dark Phillies 5c cigar. Picture of cigar. Outside of shop dark, green. Note: bit of bright ceiling inside shop against dark of outside street at edge of stretch of top of window."

Une lecture chronologique de l'oeuvre d'Edward Hopper (1882-1967) peut nous aider à nous représenter l'apparition et l'objectivation de cette nouvelle thématique existentielle que constitue la vie quotidienne des classes moyennes…., une interprétation qui en fait, nous le verrons, dissimule une disposition d'esprit très particulière du peintre…
Les figures humaines, souvent des femmes, apparaissent principalement à la fin des années 1920 : "Summer Interior" (1909, Whitney Museum of American Art, New York), "Girl at Sewing Machine" (1921, Museo Nacional Thyssen-Bornemisza), "New York Interior" (1921, Whitney Museum of American Art, New York), "Apartment Houses" (1923, Pennsylvania Academy of the Fine Arts), "Sunday" (1926, The Phillips Collection), "Automat" (1927, Des Moines Art Center), "Night Windows" (1928, Museum of Modern Art, New York), "Chop Suey" (1929, Private collection), "Hotel Room" (1931, Museo Nacional Thyssen-Bornemisza), "Tables for Ladies" (1931, Metropolitan Museum of Art, New York)...

puis se généralisent de véritables scènes où les personnages deviennent acteurs des tableaux : "Room in New York" (1932, Sheldon Museum of Art, Lincoln), "Compartment C, Car" (1938, Private collection), "Cape Cod Evening" (1939, National Gallery of Art, Washington DC), "New York Movie" (1939, Museum of Modern Art, New York), "Office at Night" (1940, Walker Art Center, Minneapolis), "Nighthawks" (1942, Art Institute of Chicago), "Hotel Lobby" (1943, Indianapolis Museum of Art), "Summertime" (1943, Delaware Art Museum), "Morning in a City" (1944, Williams College Museum of Art)…

Dans les années 1950-1965, le peintre donne aux individus davantage de profondeur psychologique et les met en scène dans leurs relations avec les autres : "Summer Evening" (1947, Private collection), "Conference at Night" (1949, Wichita Art Museum), "Hotel by a Railroad" (1952, Hirshhorn Museum and Sculpture Garden, Washington DC)…

Enfin, alors que la peinture abstraite gagne du terrain, Hopper clôt cette représentation de l'existence en épurant fortement ses tableaux, "Approaching a City" (1946, The Phillips Collection), "Morning Sun" (1952, Columbus Museum of Art), "Office in a Small City" (1953, Metropolitan Museum of Art, New York). La figuration des classes moyennes n'est plus une interrogation en soi, pour le peintre : ces classes moyennes constituent désormais le fond de l'existence, perdent leur visibilité comme sujet d'interrogation ou de représentation, il s'agit maintenant d'y lover son existence, "Chair-car" (1965, Private collection), "Sunlight in a Cafeteria" (1958, Yale University Art Gallery)…

"Eleven A.M." (1926), "Jo Painting" (1936, Whitney Museum of American Art, New York), le très emblématique "Excursion into Philosophy" (1959, Private collection) - Mais, en fond de ces trois étapes qui ordonnent son évolution apparente, sa vie intime nous expose un bien singulier chemin. Entre 1906 et 1910, Hopper fait trois voyages à Paris (Stairway at 48 rue de Lille, Paris) et, à l'opposé de nombre de ses compatriotes de l'époque, ignore les innovations des artistes les plus avant-gardistes pour se tourner vers les peintres européens des générations précédentes (dont Manet et Degas). Sa première exposition personnelle date de janvier 1920 au Whitney Studio Club, fondé cinq ans plus tôt par Gertrude Vanderbilt Whitney. C'est qu'entre temps, en juillet 1924, Hopper a épousé Josephine Verstille Nivison, "Jo" , une collègue peintre qu'il a rencontré à la New York School of Art, Robert Henri était leur maître commun, une femme de 41 ans qui peint avec un certain succès depuis 16 ans, vend régulièrement des dessins au New York Tribune, à l'Evening Post et au Chicago Herald Examiner, et c'est elle qui pousse Hopper au devant de la scène. Elle devient non seulement son unique modèle, la protagoniste de son succès, mais la femme-mère d'un peintre avec lequel elle entre en fusion, contrôlant son oeuvre et abandonnant la sienne propre, une peinture fauve et vibrante qui s'efface devant celle de son époux, "That Ego is so impenetrable.."  Près des deux tiers de sa vie, Edward Hopper a vécu replié dans les tréfonds de son imagination et travaillé dans un studio au dernier étage d'un petit immeuble sur Washington Square à New York, une pièce dans le moindre confort, mais exceptionnellement lumineuse;  et derrière son atelier, celui de sa femme, tentant d'esquisser des oeuvres le plus souvent inachevables.

De 1924 jusqu'à sa mort en 1967, Hopper a peint des femmes au visage sombre et aux contours arrondis, des femmes immuables, toutes inspirées de "Jo", des femmes qui, dans son imagination d'artiste, restent éveillées toute la nuit, s'attardent dans le bureau de leur patron, se déshabillent près d'un radiateur, femme lisant dans un train, ouvreuse dans un cinéma, ou plus singulier encore, strip-teaseuse aux cheveux roux marchant effrontément avec un visage curieusement masculin et des seins ronds surmontés de tétons écarlates dans "The Girlie Show" (1941). On s'est depuis souvent demandé si Hopper à force de vouloir peindre et dépeindre Jo ne cherchait pas au fond à la faire disparaître... Jo Hopper a consigné dans un "Journal" chacun des tableaux de son époux et ses tentatives propres pour tenter de continuer à exister comme peintre. Elle a, à sa mort en 1968, 10 mois après celle d'Edward, légué au Whitney Museum toutes les œuvres d'Edward et les siennes, soit plus de 3 000 pièces au total…


L'Existence humaine en interactions sur l'American scene of the life : l'individu en interactions avec le groupe, l'organisation, la société ..

 

 

 

(Archibald Motley (1891-1901), The Painter Who Captured Black America in the Jazz Age  .... )

L'interrogation sur la situation de sa propre existence en ce monde est alors portée à partir des années 1940s par une nouvelle structure de connaissance, la "psychologie sociale". Il n'est plus question de solitude, ni de remise en question sociale ou existentielle, mais d'optimiser autant qu'il est possible l'intégration de chacun dans l'ordre social et économique issu de la Guerre, de l'industrialisation, de l'organisation de la production, de la consommation : les réflexions se portent désormais sur les interactions de l'individu avec le groupe social auquel il appartient et avec la société. La nature humaine est désormais conceptualisée sous l'angle de la formation des jugements sociaux, de la communication individuelle ou de groupe, des milieux du travail, des organisations, du cadre vie. Ces nouveaux axes de réflexion se constituent en discipline universitaire ou de recherches, et accompagneront désormais dans les décennies à venir, sous différents avatars, les analyses et efforts d'intégration de l'être à son groupe, à son travail, à sa société. Il ne s'agit plus de penser son existence, mais d'adapter comportement et processus de connaissance aux interactions sociales et économiques environnantes, voire de vivre à côté dans les décennies à venir ...

 

Jacob Levy Moreno (1892-1974) pense en psychothérapeute une existence humaine définie par un rôle social et en interactions continuelles (affectives, sociales, familiales et groupales.. ) avec le monde environnant ("Who shall survive ?", 1934).
Le psychologue américain d’origine roumaine J. L. Moreno fit des études médicales et psychologiques à Vienne, où il résida et exerça la psychiatrie jusqu’en 1925, date de son départ pour les États-Unis.  Reconnu comme le pionnier de la psychothérapie de groupe, de la sociométrie et du psychodrame, il enseigna à l'université de New York de 1936 à 1968 et se focalisa dans ses recherches sur la psychothérapie des marginaux. Le "principe d'interaction thérapeutique" qu'il expérimente et conceptualise entend montrer que chaque groupe possède une structure formelle et une base sociométrique (l'attraction et la répulsion entre les individus et les groupes suivent des lois sociodynamiques), et  qu'ainsi, au sein d'un groupe, chaque patient est l'agent thérapeutique d'un autre, chaque groupe celui d'autres groupes. La finalité est de renforcer la cohésion et la communication de ces interactions conscientes ou inconscientes qui structurent la vie de groupe, de classe, de société.

 


C'est dans le contexte des interactions sociales du monde du travail que Kurt Lewin (1890-1947) élabore une théorie des forces psychiques et du conflit qu'il généralise au domaine individuel à la dynamique des groupes.
* A Dynamic Theory of Personality (New York, 1935) * Principles of Topological Psychology (New York, 1936) * The Conceptual Representation and the Measurement of Psychological Forces (Durham, Caroline du Nord, 1938) * Resolving Social Conflits, édité par Gertrud Weiss Lewin (New York, 1948).
Le psychologue américain d’origine allemande Kurt Lewin, professeur à l'université de Berlin puis de Stanford, réinterprète les problèmes abordés par la "Psychopathologie de la vie quotidienne" de Freud dans une perspective centrée sur le monde du travail et l'ouverture du vécu individuel sur son milieu. La méthode utilisée est celle d'une "recherche-action", conjugant expérimentation et vérification de l'efficacité la pratique sociale théorisée.  Il entreprend ainsi l’étude expérimentale des "atmosphères" autoritaires et démocratiques, la conceptualisation du rôle de leader, la construction de la décision collective. C'est à la lumière des travaux réalisés en physique sur la notion d'espace-temps et de champs de force (Hermann Minkowski, Max Born), que se développent ses travaux les plus connus centrés sur la "dynamique de groupes" : tout ce qui se produit chez un individu ou dans un groupe repose sur le jeu des forces qui s'y exercent. Auteur de nombreuses expériences sur les préjugés raciaux ou les conflits entre les groupes sociaux, K. Lewin reste, avec son élève Leon Festinger, l'un des plus illustres représentants de cette psychologie américaine centrée sur l'adaptabilité individuelle et l'optimisation de l'intégration sociale et cognitive.

 


Leon Festinger (1919-1989) est surtout connu pour ses travaux sur la "dissonance cognitive". Selon cette théorie, l'individu en présence de cognitions ("connaissances, opinions ou croyances sur l’environnement, sur soi ou sur son propre comportement") incompatibles entre elles, va élaborer des stratégies inconscientes visant à restaurer son équilibre cognitif. Une de ces stratégies pour réduire la dissonance cognitive consiste à modifier ses croyances, attitudes et connaissance pour les accorder avec la nouvelle cognition et engager ainsi un "processus de rationalisation" (A theory of cognitive dissonance, 1957). Ces travaux se veulent toujours basés sur l'expérimentation, vie réelle ou reproduite : en l'occurence, Daniel Katz et Leon Festinger, enseignants tous deux à Stanford dans les années 50, infiltreront une secte millénariste pour étayer sur le vif leur théorie de la dissonance cognitive (When Prophecy Fails, 1956).

 


S'interroger sur l'homme révolté invite à poser la question de l'existence, de son sens, de son contenu. Les socio-thérapeutes qui s'installent dans le contexte de l'après-guerre privilégient de l'homme, un homme en interaction sociale, dont le vécu n'est pas la question essentielle. Ce vécu est traduit en rôle social, et ce qui est en jeu est son adaptabilité et  sa sociabilité, posant ainsi la question de l'éventuel conflit de l'individu dans l'organisation et le problème de sa motivation.

 


En 1911, Frederic W. Taylor (1856-1915) donnait à la productivité industrielle cette dimension tant attendue par la rationalité scientiste ambiante et les besoins de développement économique : l'organisation scientifique du travail prône l'utilisation maximale de l'outillage, la suppression de tout geste inutile dans les mouvements humains, la préparation du travail, la distinction tranchée entre conception et exécution : "Vous n'êtes pas ici pour penser", et, pour Taylor, aucun conflit fondamental n'existe entre employeur et salarié, la prospérité de l'un est liée à la prospérité de l'autre (Shop Management, 1904, Principles of Scientific Management, 1911). "L'American Manufacturing System"  et les emblématiques chaînes de montage et d'assemblage du constructeur automobile Henry Ford imposent leurs modèles pour les décennies suivantes. Mais dès les années 1930, apparaissent les premières remises en question, stagnation de la productivité, sentiment de déshumanisation du travail, que les années 40 et l'après-guerre accentuent dans un contexte économique, intellectuel, social foncièrement bouleversé, et sous la pression de l'automatisation croissante introduite par l'informatique : l'homme des années 30 puis 40 entre en conflit avec l’organisation.

 Le psychologue australien Elton Mayo (1880-1949) met en évidence la notion de groupe au travail et fonde l'école dite des relations humaines qui découvre, ou redécouvre le besoin social d’intégration dans un groupe de travail, fut-il élémentaire. Son enquête réalisée à la Western Electric Company dans les ateliers d'Hawthorne à Chicago (1927-1932) met en lumière l'importance du capital dit humain, et montre que les récompenses non financières (conditions de travail, reconnaissance) jouaient un rôle capital dans la motivation du personnel (The Human Problems of an Industrial Civilization, 1933; The Social Problems of an Industrial Civilization, 1947).

Elton Mayo devient pendant plus de vingt ans, professeur de recherche industrielle à la Harvard Business School (1926-1947), introduit dans le monde de l'entreprise les  équipes d'experts-conseils en charge du désamorçage des tensions éventuelles : l'existence est ré-interprétée dans le monde du travail, ou plus globalement à l'intérieur d'un groupe social, auquel il s'agit de s'adapter pour trouver sécurité et bonheur.

 


Le psychologue américain Abraham Maslow (1908-1970) enseigna de 1936 à 1950 au Brooklyn College, à New York et atteint une notoriété mondiale en proposant sa fameuse "pyramide des besoins" (besoins physiologiques, psychologiques de sécurité, d'appartenance, d'estime, de réalisation de soi) qui est devenue tant un instrument de travail dans l'entreprise (gestion des ressources humaines, besoins du personnel) qu'un axe de réflexion de la la fonction mercatique (besoins du consommateur).

Enfin, pour les psychothérapeutes, c’est l’initiateur de la psychologie humaniste, avec Carl Rogers en particulier (Motivation and Personality , 1954; Religions, Values, and Peak Experiences, 1964).

 

Dans les années 40, Maslow, très éloigné des préoccupations de sa discipline, s'interroge sur cette capacité de réalisation de soi qu'il rencontre dans des personnalités aussi charismatiques que l'ethnologue Ruth Benedict ou l'un des fondateurs de la Gestalt psychology, Max Wertheimer. Ces personnalités semblent avoir pleinement développer leur potentiel et réaliser une vie "pleinement humaine". Maslow va ainsi exalter cette aspiration vers "le haut" qui anime la nature humaine : "les freudiens sont réductionnistes, car ils ne voient dans les valeurs élevées qu'un simple camouflage d'instincts primitifs". Il en vient ainsi à penser que les conduites humaines sont déterminées par la recherche de la satisfaction de besoins fondamentaux, et que cette recherche des besoins est hiérarchisée : la réalisation de soi n’est pas possible si, en premier lieu, les besoins physiologiques (le gîte, le couvert, la survie) ne sont pas satisfaits: au sommet de la pyramide, le besoin de réalisation de soi, spécifique et indépendant, est le plus large de ces besoins et est supposé être insatiable. 


Il n'est nullement question ici d'élaborer une interrogation sur l'existence :  la logique du "développement personnel" s'installe dans un contexte humain délivré de toute névrose ou trouble psychique pour atteindre ce que l'on présente comme "le plein épanouissement de son potentiel humain". Notion qui ne peut véritablement se conceptualiser mais s'exprime en attitudes, images, symboliques. Il n'est plus question non plus d'adaptabilité au monde environnant, mais d'une dimension étrangère au monde immédiat et qui, dans une certaine mesure, suscite l'établissement d'une communauté spécifique dans laquelle inscrire le parcours de sa vie. La métaphore du "plus-être" permet donc d'ignorer toutes les contradictions existentielles ou névrotiques au profit d'une extrême simplification de la pensée humaine, épurée de ses scories affectives ou cognitives, pour, au niveau le plus concret, réaliser une harmonieuse intégration dans le monde du travail, au niveau jugé plus élevé, effacer la frontière entre le moi et le non-moi et vivre "l'expérience de la communion avec le monde". La croissance de l’après-guerre ayant satisfait les exigences d’ordre physiologique et sécuritaire, de nouvelles demandes, relevant des étages supérieurs dans la pyramide des besoins, s'imposent donc. En fait, dans l'historicité qui caractérise notre humaine nature, les exigences d’ordre physiologique et sécuritaire ne sont jamais définitivement résolues, la notion d' "épanouissement personnel", voire collectif, ne saurait suffire, ni à rendre compte de l'existence ni à construire l'armature sociale et politique de celle-ci.


Nous tirons notre existence individuelle d'une civilisation, d'une histoire familiale et sociale, culturelle et comportementale : d'emblée, nous pourrions orienter notre destin dans ce contexte sans nous poser d'autre question. L'anthropologie qui se construit et se développe dans les années 40s  remet en question cette évidence en mettant à jour d'autres "civilisations", d'autres comportements, et, sous-jacente, la possibilité d'étendre nos orientations existentielles.

Mais le rapport de l'individu à "sa civilisation", à "sa société", est si étroit, écrit Ruth Benedict dans "Échantillons de civilisation" (1950), "qu'il n'est pas possible d'argumenter sur les types de civilisation sans faire entrer spécialement en ligne de compte leurs rapports avec la psychologie individuelle" : "sa civilisation fournit les matériaux bruts avec lesquels l'individu construit sa vie. S'ils sont peu abondants, l'individu en souffre ; s'ils sont nombreux, l'individu a une chance de tirer un profit de cette occasion. Tout intérêt particulier de chaque homme et de chaque femme est servi par l'enrichissement des réserves traditionnelles de sa civilisation."

 


Ruth Benedict (1887-1948)
Déçue par les études de littérature anglaise qu'elle avait entreprises en 1905,  Ruth Benedict s'initia à l'ethnologie au sein de la New School for Social Research et se lia avec Franz Boas, dont elle fut l'assistante (1922-1923). Elle a d’abord étudié la mythologie des Indiens (Zuñi Mythology, 1935). Elle a surtout mis au point un important concept d’analyse, la notion de "pattern culturel", qu’elle a exposée dans "Patterns of Culture" (1934). À partir de la très grande différence de comportement culturel qu'elle avait notée entre les Indiens Pima et les Indiens Pueblo, ces derniers mettant l'accent sur l'harmonie et la modération alors que les premiers prônaient l'excès et l'exaltation, Ruth Benedict en vint à considérer la culture non pas seulement comme une matrice au sein de laquelle les personnalités particulières s'organisent, mais comme ayant elle-même une personnalité propre sur une échelle plus vaste, une tendance psychologique fondamentale, qui est le véritable lieu d'unification de cette culture : "une civilisation comme un individu représente un modèle plus ou moins net de pensées et d'actions. Dans chaque culture, on trouve des buts d'action caractéristiques qui ne sont forcément pas les mêmes dans d'autres types de société. En accord avec ces buts, chaque peuple ne cesse de consolider son expérience, et selon que cette manière de voir exerce une pression plus ou moins forte, les détails hétérogènes de la manière de vivre revêtent une forme plus ou moins adaptées à celle-ci. Adoptés par une culture bien établie, les actes les plus saugrenus reflètent les caractéristiques de ses buts particuliers, en subissant parfois d'incroyables métamorphoses. La forme que prennent ces actes, nous ne pouvons la comprendre qu'en comprenant d'abord les mobiles sentimentaux et intellectuels de cette société." Et c'est par l'intériorisation de cette même tendance fondamentale culturelle que les gens se trouvent avoir les mêmes structures psychologiques de base.

 


L'approche culturaliste qui privilégie l'institution et la culture dans le développement de la personnalité, a pour premier effet de remettre totalement en cause les conceptions rigides des rôles des sexes et de la sexualité alors dominantes dans les sociétés occidentales : nombre d'attitudes sociales sont ainsi détachées de toute référence biologique au sexe : la distribution sexuelle des rôles est une création sociale et culturelle. Avec la Seconde Guerre mondiale, des millions de femmes britanniques et américaines endossent "le travail des hommes", l'emblématique Rosie the Riveter symbolisant cette gigantesque féminisation qui s'opèrent par exemple dans l'industrie de l'armement. Margaret Mead prolonge en le conceptualisant ce mouvement en montrant que les tendances dites "naturelles" des sexes varient selon les culture, thématique à laquelle s'alimentera le mouvement féministe à venir.

Margaret Mead (1901-1978)
Margaret Mead fut une des dernières étudiantes de Franz Boas et publia notamment "Coming of Age in Samoa" (1928), "Sex and Temperament in Three Primitive Societies" (1935) décrivant une société mélanésienne de tolérance, sans conflit, où "l'activité sexuelle est une chose naturelle et agréable", confortant ainsi l'hypothèse culturaliste, par comparaison avec une société américaine puritaine, que les traits de caractère de l’homme et de la femme sont le résultat d’un conditionnement social : la nature est malléable car "elle obéit aux impulsions que lui communique le corps social".

On reprocha à Margaret Mead de s'attacher au comportement des individus sans pour cela décrire les rouages compliqués de l'organisation sociale, ou de dégager des typologies de culture fondées sur des traits trop généraux (le tempérament culturel), comme l'appétit sexuel. Elle n'a certes jamais remis en cause son engagement pour une libération des mœurs dans la société américaine. Après la guerre, en 1948, Margaret Mead publia "Male and Female", où elle discute, à partir de la diversité du comportement humain,  des moyens d'instaurer un certain bonheur entre les hommes et les femmes d'une société industrielle de type américain. 


Abraham Kardiner (1891-1981)
Né à New York, Abraham Kardiner va séjourner en 1921 à Vienne auprès de Freud, mais ce qu'il poursuit est une théorie de l'adaptation et de la socialisation. Il publiera notamment "The Individual and His Society. The Psychodynamics of Primitive Social Organization" (1939), A. Kardiner, R. Linton et al., "The Psychological Frontiers of Society" (1945); A. Kardiner & E. Prebble, They Studied Man (1961).
Ruth Benedict et Margaret Mead attribuaient une grande importance à la notion de personnalité typique et au rapport de l’individu à la culture, mais sans expliquer le phénomène d’intériorisation des conduites, des valeurs et des normes. Abraham Kardiner se tourne alors vers la psychanalyse pour éclairer ce double processus de transmission de la culture du groupe à l'individu (enculturation) et inversement : il propose les concepts de "personnalité de base" (basic personality type) et d' "institution". On notera que tant Freud que ses disciples n'ont jamais été particulièrement intéressé par ce problème de modelage réciproque où s'interpénètrent personnalité et société.

"Une institution, écrit Kardiner, peut être définie comme tout mode établi de pensée ou de comportement observé par un groupe d'individus (c'est-à-dire une société) qui peut être communiqué, c'est-à-dire reconnu par tous, et dont la transgression ou la dérivation crée un trouble chez l'individu ou dans le groupe." Les individus vivant dans une même société et soumis à un même ensemble d'institutions partagent donc le même type de personnalité. Chaque culture détermine les conditions dans lesquelles se trouvent satisfaits des besoins aussi fondamentaux que la faim et la sexualité. Le concept de personnalité de base rend compte de cet impact du social sur le psychique et garantit la stabilité culturelle. Introjection et projection sont les mécanismes qui président à la fois à la formation de la personnalité de base et à celle de la culture dans ses aspects idéologiques : la religion, la morale, les modes de pensées sont l’effet d’une projection de la personnalité de base, au sens que les psychanalystes donnent à ce terme : ainsi, pour les habitants des îles Marquises, des divinités femelles toutes-puissantes et menaçantes sont la projection des sentiments de crainte due à la carence maternelle.


Ralf Linton (1893-1953)
Son œuvre majeure, "The Cultural Background of Personality" (1945), a été le point de départ des recherches modernes sur les phénomènes d'acculturation et de l'ethnopsychiatrie. Après avoir pratiqué quelques années l'archéologie, Ralph Linton s'orienta vers l'anthropologie culturelle. Nommé en 1922 assistant d'ethnologie au Field Museum, à Chicago, il fut envoyé à Madagascar où il étudia, de 1925 à 1928, les Betsileo et les Tanala. Il devint l'un des chefs de file de l'école « culture et personnalité » en s'associant avec Abram Kardiner pour élaborer la théorie de la personnalité de base. La culture induit donc des attitudes individuelles ; elle suscite des dispositions à agir et à réagir d’une manière particulière, c’est-à-dire à répondre d’une façon identique à des situations "perçues comme équivalentes". Ces systèmes "valeurs-attitudes" agissent de façon automatique et inconsciente. Linton entreprend ainsi un important travail de conceptualisation, forgeant définitions, articulation des notions (statut, rôle, culture, modèle, etc.), et distinctions entre culture réelle et culture construite, entre acculturation dirigée et acculturation spontanée. Conscient d'une certaine simplification de son approche face à la complexité des attitudes sociales, Linton développe, à côté de la personnalité de base, la notion de "personnalité de statut", qui tient compte de la place de l’individu dans la hiérarchie sociale, mais aussi de son sexe et de son âge (The Tree of Culture, 1957).

 

Chaque société nous offre donc un ou des types de personnalité de base, une gamme de personnalités de statut, lesquels diffèrent toujours en quelque manière de ce qu’ils sont dans une autre société. Et chaque fois qu'il y a persistance ou transmission de ces méthodes organisées de transmission, nous avons une culture. C'est ainsi que la culture contribue à façonner notre personnalité et nos stratégies existentielles. Il nous appartient d'identifier au mieux ces systèmes de "valeurs-actes" donnés en l'état, pour éventuellement les assumer en toute connaissance. Selon les culturalistes, partout où il y a des groupements organisés d'êtres humains (tribu, clan ...) il y a une certaine régularité de l'organisation des relations entre les individus. Le monde du travail et des interactions sociales fournissent pourtant une logique qui ne parvient pas à s'intégrer totalement dans les analyses proposées. Les notions de rôle et de hiérarchie, de concurrence et de domination viennent complexifier nos désirs de clarification de nos existences. L'ensemble de ces dispositifs de reproduction sociale ou culturelle ne visent au bout du compte qu'à assurer l'homogénéité des comportements et la cohérence globale de nos sociétés ...

 

Thomas Hart Benton (1889-1975), "a thematic emphasis on images of ordinary people and common lore of the Midwest, his expressive realism stands out for its exaggerated curvilinear forms and shapes ... but with a strong ego and stubbornness.."