Fauvisme - Pierre Bonnard (1867-1947) - Henri Lebasque (1865-1937) - Louis Valtat (1869-1952) - ..

Last update: 11/11/2016

Pierre Bonnard (1867-1947) 

Un "post-impresionniste égaré au XXe siècle", le peintre français n'a jamais fait l'unanimité. Pourtant Bonnard est l’une des figures les plus marquantes du mouvement nabi qui fut par ailleurs animé par des artistes comme Vuillard et Vallotton. Ils s’intéressent autant à la vie urbaine, aux scènes de rue qu’à la représentation de l’intimité, de plus ils cherchent à diffuser leurs oeuvres et mettent en valeur la lithographie, en réalisant des affiches très parlantes et Bonnard connaîtra ses premiers succès dans ce domaine. Après avoir été l'une des figures majeures du mouvement nabi, Bonnard ne suivra pas les péripéties de la vie artistique du début du siècle le fauvisme et le cubisme notamment. Il va tracer son propre cheminement en approfondissant quelques motifs centraux. Bonnard a de préférence situé ses figures dans des intérieurs ou dans une confrontation entre l'intérieur et l'extérieur en peignant des terrasses et des fenêtres. Le nu occupe une place essentielle chez Bonnard. L’audace des mises en scène, l’éclat du coloriste permet de le comparer aux plus grands peintres Titien ou Rembrandt.  

En octobre 1947, le Musée de l’Orangerie a organisée un grand exposition posthume de l’œuvre de Bonnard. Vers la fin de la année, un article consacré à cette exposition est paru sur la première page du dernier numéro du périodique faisant autorité Cahiers d’Art. L'éditeur, Christian Zervos, a donné à son court article le titre «Pierre Bonnard, est-il un grand peintre? » (Pierre Bonnard est-il un grand artiste?). Le travail de Bonnard n'avait alors été jugé que sur un petit nombre de petites expositions, et celle-ci avait, semble-t-il déçu. «N’oublions pas que les premières années de la carrière de Bonnard ont été éclairées par la lumière merveilleuse de l'Impressionnisme. À certains égards, il a été le dernier porteur de cette esthétique. Mais il était un porteur faible, dépourvu de grand talent. Ce n’est guère surprenant. Faible volonté, et insuffisamment original, il a été incapable de donner une nouvelle impulsion à l’impressionnisme..." Matisse a vu ce numéro des Cahiers d’Art, il s’est mis en colère et a écrit dans la marge d’une main audacieuse : « Oui! Je maintiens que Bonnard est un grand artiste pour notre époque et, naturellement, pour la postérité. Henri Matisse, janv. 1948.» Mais il faut ajouter que si Bonnard n'avait pas jusque-là trouvé son public, c'est qu'il ne s'était que très rarement montré et que l'on disait souvent que son travail possédait de telles subtilités qu'il nécessitait une audience éclairée. Enfin, la vie du peintre était elle-même des plus ordinaires. L’attitude envers l’art de Bonnard a changé sensiblement au cours des années 1980, les grandes expositions personnelles qui ont eu lieu en 1984-85 à Paris, Washington, Zurich et Francfort-sur-le-Main furent d'importants évènements culturels....

La carrière d’artiste de Bonnard débute à l’été de 1888 avec de petits paysages exécutés à Grand-Lemps, dans le Dauphiné, et les amis de Bonnard de l'époque, - Sérusier, Denis, Roussel et Vuillard -, appréciaient ses œuvres.  Insatisfaits de l’enseignement de l’École des Beaux-Arts et de l’Académie Julian, Bonnard et Vuillard ont continué leur éducation indépendamment. Ils visitaient les musées avec assiduité, et pendant les dix premières années de leur amitié, à peine un jour passait-il sans qu’ils se voyaient. Dans les années 1890, Bonnard n’était pas un solitaire. Il aimait faire de longues promenades avec Roussel, écoutait même avec plaisir les longues tirades de Denis, même s’il restait lui-même plutôt taciturne. Il était sociable dans le meilleur sens du terme. ...

"Derrière la grille" (1895, Hermitage, St Petersburg) - "Paysage du Dauphiné" (c.1899, Hermitage, St Petersburg) ......

"Derrière la grille" (1895, Hermitage, St Petersburg), oeuvre typique de la première période de Bonnard dans laquelle il a utilisé l’effet décoratif empruntés à l’art japonais. On pouvait déjà identifier cette technique dans "La femme avec le chien" (Sterling and Francine Clark Art Institute, Williamstown). "La Promenade" (Collection privée, Winterthur) utilise une méthode similaire pour mettre en évidence une figure féminine par rapport à un motif diagonal. Au milieu des années 1890, l’art de Bonnard connaît un changement graduel. Ayant commencé comme un post-impressionniste convaincu, il s’est maintenant rapproché des impressionnistes, surtout de Degas (Pierre Bonnard, The Parade Ground, 1890, A Barracks Scene, 1890.). En 1894, il peint une série de tableaux consacrés aux courses de chevaux ; en 1896, il se tourne vers les scènes dans les cafés et joue des danseurs de ballet ; en 1897, il produit plusieurs scènes de cirque. L’influence de Degas est évidente dans toutes ces œuvres. Bonnard n’a pas rejeté les conventions de l’art japonais, mais les a adaptées pour servir ses propres objectifs : dans son approche de plus en plus réaliste de l’objet de la représentation, son rendu de la lumière, l’air et la profondeur de l’espace. Pissarro, qui avait exprimé son insatisfaction à l’égard des premiers travaux de Bonnard, exprima maintenant une opinion différente dans une lettre à son fils. En 1898, Bonnard reçut une lettre de Renoir après la publication du roman de Peter Nansen, "Marie". Renoir exprime son admiration pour les illustrations de Bonnard pour le livre : « Tu possèdes le don du charme. Ne le néglige pas. Vous rencontrerez des peintres plus puissants, mais votre don est précieux. »  ..

Vers 1899-1900, Bonnard peint "Indolence", "La Sieste" (National Gallery of Victoria, Melbourne) et son "Homme et Femme" (1900, Musée d’Orsay, Paris), œuvre à fait inattendu pour l’artiste. Car l’aspect psychologique de l’œuvre n’est pas une fiction ou une mais un autoportrait de l’artiste avec Marthe, sa compagne et son modèle. La rencontre de Marthe (Maria Boursin) va changer la vie de Bonnard. D'origine très modeste, Marthe était venue à Paris rechercher du travail et une nouvelle vie et devint la muse de l’artiste. Elle s'inventa un passé, se dit descendre d'une vieille lignée italienne, orpheline et seule au monde, et ne révélera au peintre sa véritable identité que lors de leur mariage en 1925. Elle apprendra la peinture avec Louise Hervieu et exposera son œuvre sous le nom de Marthe Solange entre 1921 et 1929. Bonnard trouva en elle une source d’inspiration inépuisable. Ils ne se quitteront plus à partir de 1893 et c'est ainsi  que Bonnard passera en fin de compte toute sa vie à l'observer, chacune des attitudes de son corps lui fournissant une inspiration constante. Un amour absolu, mais sage, qui l'éloigna de ses amis et l'isola. Peut-être manquait-il de fermeté de caractère. «Il avait toujours peur d’elle, de son comportement sans tact », se souvient Matisse. « Elle a essayé de le couper de tout le monde. Il est vrai qu’elle m’a reçu en disant : « Oh, Matisse ne s’intéresse qu’à sa peinture. » Je suppose qu’elle pensait que je n’étais pas dangereux. »  Et les amis de Bonnard étaient convaincus qu’il était sous la coupe de Marthe. Mais plus encore, il aspirait au calme, loin de l'agitation de Paris. En 1939, à la déclaration de la guerre, les Bonnard se réfugient au Cannet. Marthe Boursin meurt en 1942, au Cannet, et Pierre Bonnard cinq ans plus tard...

"Paysage normand", 1920-1930 (Northampton (Mass.), Smith College Museum of Art) - "La salle à manger à la campagne" (1920, Minneapolis, Society Of Fine Arts) - "Le grand nu bleu, 1924" (Collection particulière) - "Nu rose à la baignoire" - "Baignoire (Le Bain), 1925" (Tate Britain) - "La sortie de baignoire, 1930" (Collection particulière) - "Nu à la baignoire, 1931" (Musée National d'Art Moderne, Centre Pompidou) - "La Toilette, 1932" (Collection particulière) - "Salle à manger sur le jardin, 1934-1935" (Solomon R. Guggenheim Foundation, New York) - "Autoportrait dans un miroir de rasage" (1935, Musée National d'Art Moderne, Centre Pompidou), "Nu dans le bain, 1936" (Musée d'Art Moderne de la Ville de Paris) - "L'Atelier au mimosa, 1939-1946" (Paris, Musée National d'Art Moderne, Centre Georges Pompidou) - "Paysage au Cannet" (1938) - "Le placard rouge" (1939) - "L'Amandier en fleur, 1947, Musée National d'Art Moderne, Centre Pompidou) - ...


Henri Lebasque (1865-1937)
Entre Matisse et Bonnard, Henri Lebasque est le peintre de la vie heureuse dans les villas, les jardins, les plages de la Côte d'Azur (Vue de Saint-Tropez, 1906, Saint-Tropez, musée de l'Annonciade). Il étudie à l’Ecole des beaux-arts de Paris en 1885 et intègre comme tant d'autres artistes l’atelier de Léon Bonnat. En 1902, il rencontre Pissaro qui aura une grande influence sur lui. En 1903, il fonde avec Matisse et d’autres peintres le Salon d’automne qui se déroulera au Petit Palais à Paris, et suivant les Fauves qui s'exposent en 1912, Lebasque change sa façon de travailler, en créant des aplats de formes et de couleurs, qui donnent une toute autre subtilité à ses œuvres. En 1924, il se rend au Cannet où son ami artiste Bonnard et lui partageront le même modèle pour leurs études picturales. La critiques d’art qualifie Henri Lebasque de "peintre de la joie et de la lumière". Les sujets plaisants qu’il affectionne et la joie évidente qui transpire dans sa manière de traiter formes et couleurs lui valent estime et admiration. Une première rétrospective de son œuvre ne lui sera consacrée que vingt ans après sa mort, au musée des Ponchettes à Nice, suivi d'une très importante vente de ses tableaux à l'hôtel Drouot en 1983.


Louis Valtat (1869-1952)
Natif de Dieppe, Louis Valtat rencontre Pierre Bonnard et Albert André au sein de l’Académie Julian où enseigne Jules Dupré, expose en 1889 au Salon des Indépendants, découvre la côte méditerranéenne au début des années 1890, rejoignant Edmond Cross près du Lavandou, passant ses hivers, pour raison de santé, jusqu’en 1914 au Roucas-Rou, à Agay et Anthéor avec sa femme Suzanne. Si dans ses vues d’Agay il recourt à une gamme de couleurs de plus en plus restreinte (bleu, vert, rouge), on reconnaît en Valtat un fauve qui s'ignore, ouvert essentiellement à ses expériences de coloristes qu'il partage avec nombre de ses contemporains comme Georges d’Espagnat, Paul Gervais, Armand Guillaumin, René Seyssaud…