Fauvisme & primitivisme - Filipp Maliavine (1869-1940) - Ilia Machkov (1881-1944) - Piotr Kontchalovski (1876-1956) - Sonia Delaunay-Rek (1885-1979) - Mikhaïl Larionov (1881-1964) - Kazimir Malévitch (1878-1935) - Aristarkh Lentoulov (1882-1943) - Vladimir Tatline (1885-1953) - ...

Last update : 11/11/2016

La fin des années 1900-1910 et les années dix voient l'épanouissement de ce que l'on appelle le «primitivisme» dans l'art russe. On s'accorde à dire que l'une des raisons du caractère particulier de ce "primitivisme" tient a la connaissance que les artistes russes ont eu des Fauves, dès le milieu de la première décennie. On le sait, les œuvres de Matisse, Derain et Van Dongen ont pu être vues par les Russes non seulement à Paris mais également ä Moscou dans les collections de Chtchoukine (à Moscou, La Chambre rouge, Jeu de boules, La Nymphe et le Satyre, de Matisse, feront de sa collection le poste avancé de l'avant-garde européenne) et de Morosov, ces nouveaux bourgeois enrichis par le commerce et l'industrie qui vont jouer un rôle particulièrement important dans la vie culturelle entre Paris et Moscou. Le tableau de Kouzma Pétrov-Vodkine (1878-1939), "Les Garçons qui jouent"  (1911, Musée national Russe) est l'exemple le plus décrit d'une transcription de manière très directe de l'influence de "La Danse" de Matisse. Et, vers la fin de ces années 1900-1910, les artistes les plus talentueux et les plus sensibles se sont déjà approprié le langage des Fauves français dont les différentes composantes stylistiques sont perceptibles dans leur création. La rapidité des contacts des acteurs de la scène russe avec le fauvisme ne surprend pas tant la Russie est en Europe le pays où se manifeste le plus grand intérêt pour la culture française. L'annonce de l'éclosion du fauvisme, première grande révolution dans l'art du XXe siècle, parvient certes dans un pays où se déchaîne une révolution politique considérable et il faudra attendre une relative stabilité pour que le mouvement provoquant de cette avant-garde rencontre un écho qui va soulever contre elle les zélateurs des traditions réalistes. C'est dans cette continuité que Larionov, Natalia Gontcharova, David Bourliouk, Machkov et leurs amis vont s'affirmer primitifs et instigateurs d'une nouvelle peinture.

Avant même ces dates, on trouve des traits semblables chez d'autres artistes russes, Nicolaï Koulbine (1868-1917), Ivan Larionov, le frère de Mikhaïl, l'initiateur et idéologue du primitivisme russe, un Philippe Maliavine qui peint ses Baby (Bonnes femmes), des paysannes vêtues de saratanes et de fichus aux couleurs vives vers 1905...

C'est ainsi qu'au début des années 1910 qu'apparait en Russie un mouvement totalement autonome pour lequel le fauvisme français et l'expressionnisme allemand ne sont plus que des sources d'inspiration et non des modèles à imiter. En 1910, s'ouvrira l'exposition du "Valet de Carreau" de Mikhaïl Larionov qui s'érigera en association de 1911 à 1913 et prônera un retour de l'art à ses fondements originels , à la "sauvagerie" de l'imagerie populaire. Le style brutal fait ainsi irruption dans l'art , rapidement, l'outrance des figures, l'incongruité picturale..... 

Les premier et deuxième Salons organisés par la revue Zolotoïe rouno (La Toison d'0r) à Moscou en 1908 et en 1909 vont confronter la peinture et la sculpture venues de Paris et les contemporains russes. Tous les Fauves sont présents, avec des oeuvres de 1905-1907 : Braque (Le Port de La Ciotat et le fameux Nu debout, ou Baigneuse), Derain (dont quatre Vues de Londres et le Môle de l'Estaque), Friesz (dont un Port d'Anvers); Manguin; Marquet (dont deux Quais du Louvre); Matisse (dont La Terrasse (Saint-Tropez) et La jetée de Collioure); Vlaminck (dont Le Pont de Chatou). Mais aussi les Van Dongen, Rouault, et les impressionnistes {Renoir, Pissarro), les post-impressionnistes (Van Gogh - dont Le Café de nuit -, Cézanne dont La Femme da peintre et te Château noir - et Signac). Auxquels s'ajoutent les «Russes de Munich, Kandinsky, Marianne Werefkin, Jawlensky. Tout un monde, le nouveau monde, que les Russes transforment rapidement en un véritable engouement artistique débridé, et réadaptent à leurs propres visions non sans provocation..

 

Filipp Maliavine (1869-1940)

La couleur du rire et de la joie de vivre - Maliavine entre officiellement en peinture en 1900 avec son fameux tableau, "Éclat de rire" présenté à l'Exposition universelle à Paris. Jusque-là, il s'était perfectionné dans l'art des icônes dans le monastère orthodoxe Saint-Pantaleimon du Mont Athos (1885) puis s'était formé à l'Académie russe des beaux-arts à Saint-Pétersbourg. de 1892 à 1894 où régnait le maître Ilia Répine, côtoyant des peintres tels qu'Igor Grabar, Constantin Somov, Anna Ostroumova-Lebedeva. C'est le créateur d'une série impressionnante, la "floraison de femmes russes", une extraordinaire floraison de rouge illuminant la campagne russe, la femme y est peinte vive et espiègle à souhait, la couleur emportant tous les soucis du quotidien...

 Ses tableaux sont exposés à la Tretyakov Gallery, Moscow (The Whirl, 1906; The Green Shawl, 1914), au State Russian Museum de Saint Petersburg (Dancing Woman, 1913), ou au Volgograd Fine Arts Museum (Peasant Girl) ou dans des collections privées...


Ilia Machkov (1881-1944)

- 1909 - Portrait de Madame Varvana Vinogradova (Galerie d'Etat Trétiakov, Moscou)

- 1909 - Portrait d'un garçon à la chemise ornée (Musée national russe, saint-Petersbourg)

Né dans un village cosaque, il vient faire ses études à l'Ecole de peinture, de sculpture et d'architecture de Moscou dans les ateliers de Korovine, de Serov et de L.Pasternak. En 1904, il ouvre un atelier privé à Moscou, qu'il tiendra jusqu'à la Révolution. Il voyage beaucoup, en Turquie, en Egypte, en Espagne, en Italie, en Allemagne, et surtout en France. En 1910, il participe à la création du Valet de Carreau; il est très lié à Kontchalovski et tous deux exerceront une influence notable sur les débuts de Malévitch et de Tatline. Son oeuvre porte la marque du fauvisme et du cézannisme, liés au néo-primitivisme. En 1911, il participe aux Indépendants de Paris. De 1911 à 1917, il expose avec les membres du groupe de l'Art à Saint-Pétersbourg. En 1912, il expose à l'Allied Artists'Association, à Londres, en même temps que Kandinsky.


Piotr Kontchalovski (1876-1956)

- 1910 - Natasha on a chair (Portrait of N. P. Konchalovskaya in childhood) 

- 1911 - Family Portrait (against Chinese panel) 

- 1911 - Self-portrait in gray (Galerie d'Etat Trétiakov, Moscou)

- 1912 - Family Portrait (Siena) 

- 1912 - Portrait of daughter 

En 1889, la famille Konchalovski s'installa à Moscou et leur maison devint une partie de la scène artistique de Moscou dans les années 1890. Leur maison était souvent visitée par Valentin Serov, Mikhaïl Vroubel, Vassili Sourikov. Quelque temps plus tard, Piotr épousa une fille de Vassili Sourikov, qui a toujours fait l'éloge de l'art de son gendre. Kontchalovski étudia à l'École de peinture, de sculpture et d'architecture de Moscou. Entre 1896 et 1898, il voyagea à Paris et étudia à l'Académie Julian. En 1899, il retourne en Russie et entre dans l'Académie impériale des beaux-arts à Saint-Pétersbourg, et obtient son diplôme en 1907. À l'Académie, il eut comme professeurs Savinsky, Zaleman et Kovalevsky. En 1910, il participe à la création du mouvement Valet de Carreau. À partir de cette année, il expose fréquemment ses œuvres, participant notamment au journal Mir Iskousstva. Dès 1918, il enseigne l'art. En 1922, il obtient sa première exposition personnelle à la Galerie Tretiakov. Pendant cette période, il a principalement dessiné des natures mortes et des paysages. Ses peintures, comme celles des autres artistes du Valet de Carreau, étaient fortement influencées par Paul Cézanne. Plus tard, il commença à peindre des portraits qui furent considérés comme des exemples du style du réalisme socialiste soviétique. Piotr Kontchalovski était un peintre très prolifique, et est connu pour avoir créé plus de cinq milles œuvres...


Sonia Delaunay-Terk (1885-1979)

- 1907 - Philomène (Musée nationak d'Art moderne, Paris)

- 1908 - Nu jaune (Musée des Beaux-Arts, Nantes)

Née Sarah Stern à Gradizhsk en Ukraine,  recueillie par son oncle maternel, Henri Terk, qui l’emmène à Saint-Pétersbourg,  Sarah Stern devient Sonia Terk.  Après des études à Saint-Pétersbourg, elle vient suivre des cours de dessin à Karlsruhe et s'installe à Paris en 1906. Là, son goût de la couleur s'exalte sous l'influence de Gauguin et de Van Gogh, mais aussi des fauves «sauvages» Matisse et Derain. En 1908, Sonia Terk épouse un expert en art allemand et propriétaire de galerie Wilhelm Uhde, un mariage de convenance. Deux ans plus tard, elle épouse Robert Delaunay, dont elle partage les idées artistiques, réalise des compositions abstraites, des objets, des robes «simultanées» et expose, au premier Salon d'automne de Berlin (1913) ...


Mikhaïl Larionov (1881-1964)

- 1909 - Le Boulanger (Fundacion Coleccion Thyssen-Bornemisza, Madrid)

- 1910 - Portrait d'un athlète (Vladimir Bourliouk) (Musée des Beaux-Arts, Lyon)

Il étudie à l'Ecole de peinture, de sculpture et d'architecture de Moscou de 1898 à 1910. Il y rencontre Gontcharova qui deviendra sa compagne. Il travaille d'abord dans une veine impressionniste et expose à Moscou et Saint-Pétersbourg; il participe à l'exposition du Salon d'Automne en 1906; à cette occasion, il voyage à Paris. Il prend part aux expositions Stephanos, en 1907, et Viénok-Stephanos, en 1908 à Moscou. A partir de 1909, les oeuvres qu'il expose au Salon de la Toison d'Or témoignent, par leurs sujets populaires, d'une orientation vers ce qui va devenir le néo-primitivisme. Tous les trois, Michel Larionov, Nathalie Gontcharoff et Alexandre Chevtchenko exposeront lors de la troisième exposition de la Toison d'or tout ce qu'ils attendent de ce mouvement. En 1910-1911, Larionov accomplit son service militaire qui lui inspire une suite de toiles sur le thème do soldat. En décembre 1910, il participe à la création du Valet de Carreau. Accentuant ses emprunts à l'art populaire, il rompt avec les "cézannistes fauves" du Valet de Carreau, fin 1911, et crée La Queue d'Âne en 1912. Cette année-là, il participe à la deuxième exposition du Blaue-Reiter. Il produit ses premières oeuvres rayonnistes, dont il fait une exposition manifeste, "La Cible", en 1913. En 1914, avec Gontcharova, ils séjournent à Paris pour les Ballets russes et ont une rétrospective commune chez Paul Guillaume. En 1915, il se fixe définitivement à Paris.


Bien que le mouvement n’ait bénéficié d’aucun écrit théorique, de nombreux artistes puiseront dans le fauvisme matière à leurs recherches personnelles. La situation artistique exceptionnelle de Paris au début du 20e siècle et l’attraction qu’elle exerce auprès d’artistes internationaux permettent la diffusion rapide des recherches plastiques. Les artistes russes Michel Larionov et Nathalie Gontcharova sont représentatifs de ces échanges. Tout en diffusant le fauvisme dans la communauté russe très mobile à l’époque, ils évoluent vers le rayonnisme, collaborant plus tard au suprématisme de Malevitch. Le choc du Salon d’Automne de 1905 est au cœur d’une prise de conscience collective qui ébranle l’art et le fait basculer dans la modernité. La couleur est la première actrice à entrer en scène. Débarrassée de sa fonction d’imitation de la nature, elle s’impose, pure, pour ce qu’elle révèle d’émotions. C’est une qualité que soutient le mouvement expressionniste avec le groupe Die Brücke, apparu à Dresde simultanément en 1905. Les couleurs violentes et les touches torturées crient la force d’une peinture libérée dont Ernst Ludwig Kirchner est le peintre emblématique. Ce mouvement prend d’autant plus d’importance que le fauvisme s’essouffle rapidement en France. La couleur affranchie dépeint les grandes villes et ses habitants, leurs luttes et fait écho au primitivisme ou aux traditions populaires. La critique sociale, le trait incisif et les couleurs criardes sont les armes que brandissent ceux que l’on accuse d’être un danger pour la jeunesse allemande. Le champ coloré devient champ de bataille.

La peinture doit gagner en autonomie et s’affranchir des derniers liens avec la réalité. Représenter l’individu ne peut plus se satisfaire d’une imitation de l’extérieur. Vassily Kandinsky, à la recherche de cette « nécessité intérieure », ouvre le chemin à l’abstraction. Exposé au Salon d’Automne de 1905, il réalise très vite que la ligne et la couleur peuvent exister pour ce qu’elles sont (vibrations, rythmes, sons, symboles …). Les paysages qu’il peint en Allemagne deviennent des « prétextes » à la peinture pure qui gagne en spiritualité. En fondant, avec plusieurs artistes, le groupe NKV en 1909, puis Der Blaue Reiter en 1911 (tous deux créés à Munich), il mène l’art sur un terrain vierge, un vaste continent que les artistes contemporains explorent encore.


Kazimir Malévitch (1878-1935)

- 1911 - Baigneur (Stedelijk Museum, Amsterdam)

Il vit d'abord en Ukraine où il est marqué par le mode de vie et l'art populaires. En 1905, il s'installe à Moscou où il fréquente l'atelier privé de Roherberg, jusqu'en 1910, il expose de façon épisodique des oeuvres qui tiennent de l'impressionnisme, du symbolisme et de l'Art Nouveau. En 1910, il se révèle par une série de grandes gouaches néo-primitivistes fauves où peut se lire la synthèse personnelle de sources très variées : celle d'un artiste comme Gontcharova et, à travers elle, de Gauguin, ou encore de Matisse auquel il emprunte la souplesse des contours, le tout sur une base formée par l'art populaire (loubok). On peut y lire les prémisses du cubo-futurisme dont il sera l'un des principaux représentants. Jusqu'en 1914, il participe aux grandes expositions de l'avant-garde, l'Union de la Jeunesse, le Valet de Carreau, en 1910, La Queue de l'Âne, en 1912, La Cible, en 1913. En 1912, il prend part à la deuxième exposition du Blaue Reiter à Munich. En 1913, il met en scène et crée les décors cubo-futuristes pour l'opéra de Matiouchine, "La Victoire sur le soleil"...


Aristarkh Lentoulov (1882-1943)

- 1909-1911 - Autoportrait (Musée national russe, Saint-Pétersbourg)

Il commence ses études dans sa région natale, à l'école d'art de Penza, puis à Kiev. Fixé à Moscou, il est parmi les fondateurs ,en 1910, du groupe cézanniste fauve du Valet de Carreau. En 1911-1912, il se rend à Paris, fréquente l'Académie de la Palette  chez Le Fauconnier; voyage en France et en Italie où il s'intéresse au futurisme. En 1912-1913, il expose à Paris...


Vladimir Tatline (1885-1953)

- 1913 - Nu féminin (Galerie d'Etat Trétiakov, Moscou)

Fils d'ingénieur. il passe sa ieunesse á Kharkov. Très jeune, il s'engage comme mousse dans la marine marchande russe et voyage. De 1904 à 1908, il suit les cours de l'Ecole d'art de Penza; puis, de 1909 à 1910, ceux de l'Ecole de peinture, de sculpture et d'architecture de Moscou; il s'initie à la peinture d'icône. Entre 1911 et 1914, il expose à l'Union de la Jeunesse et à la La Queue d'Âne des oeuvres qui s'inscrivent dans le néo-primitivisme  et montrent très vite une utilisation du cézannisme géométrique  qui conserve un usage intense de la couleur. Il voyage au début de 1914 et rencontre Picasso. De retour à Moscou, il crée ses premiers reliefs et contre-reliefs...