"Political Notes"

Nous habitons une planète structurée en espaces politiquement administrés et dans lesquels nous tentons de mener une très brève existence ...

Dès 1547, à dix-huit ans à peine, Etienne de la Boétie s'interroge sur la question de la légitimité de toute autorité  politique  : comment "tant d’hommes, tant de bourgs, tant de villes, tant de nations endurent quelquefois un tyran seul, qui n’a de puissance que celle qu’ils lui donnent ?", questionne le "Discours de la servitude volontaire".

Nos idées politiques ne se sont pas renouvelées depuis près d'un siècle, la crainte du totalitarisme ou de l'anarchie a imposé la démocratie comme seul recours, seul modèle garantissant liberté et pacification des relations humaines. Mais, bâtie désormais comme un rempart plus que comme force vive de construction sociale, la démocratie, pour parler vite,  a asséché toute pensée politique. Révolte et révolution ne sont plus que des vocables étranges, historisés, et pourtant tout homme et toute femme rêvent encore d'émotions collectives et de desseins émancipateurs, de cette passion qui habite et parcourt tout l'être de notre humanité et de son histoire.

Reste que désormais hommes et femmes, englués dans l'existence de leur quotidien, semblent orphelins de cet imaginaire politique construit autour de l'homme providentiel, charismatique, séducteur, porteur éventuellement de quelques idées simples mais emblématiques. Nos systèmes politiques semblent aujourd'hui organisés pour permettre, en toute légitimité,  l'accession et la jouissance du pouvoir à ces quelques hommes dont la seule ambition sera, par la suite, d'assurer la redistribution de quelques parcelles de puissance et des se maintenir en place le plus longtemps possible.

Ce désir de pouvoir de l'homme sur l'homme est une constante de notre histoire politique, mais il se trouve que désormais elle semble inacceptable et se pose la question lancinante de nos "co-existences". Nous nous efforcerons de parcourir et de penser la légitimité de ce don de "jouissance'" de la puissance publique que nous acceptons de confier à ces quelques hommes, par suite si ordinaires mais rongés par l'opportunisme et la représentation de soi, et plus en avant comment poser les termes de notre coexistence et le vivre ensemble...

(picture Andrzej Wróblewski,1927-1957)

We live on a planet structured in politically administered spaces and in which we try to lead a very brief existence...

In 1547, barely eighteen years old, Etienne de la Boétie asked himself about the legitimacy of any political authority: how "so many men, so many towns, so many cities, so many nations sometimes endure a tyrant alone, who only has the power they give him?"questions the "Speech of Voluntary Servitude".

Our political ideas have not been renewed for nearly a century, the fear of totalitarianism or anarchy has imposed democracy as the only recourse, the only model guaranteeing freedom and pacification of human relations. But, built from now on as a bulwark rather than as a living force of social construction, democracy, to speak quickly, has dried up all political thought. 

However, men and women who have become bogged down in the existence of their daily lives, seem orphaned by this political imagination built around the providential, charismatic, seductive man, who may have a few simple but emblematic ideas. Our political systems now seem to be organised to legitimately allow these few men, whose only ambition will be to redistribute a few plots of power and keep them in place for as long as possible.

This desire for man's power over man is a constant in our political history, but it now appears to be unacceptable and raises the pervasive question of our "co-existences". We will endeavour to explore and think about the legitimacy of this gift of "enjoyment" of public authority that we agree to entrust to these few men, so ordinary but eaten away by opportunism and self-representation, and more and more how to lay down the terms of our coexistence and live it together...... 

Vivimos en un planeta estructurado en espacios políticamente administrados y en los que intentamos llevar una existencia muy breve...

En 1547, con apenas dieciocho años, Etienne de la Boétie se preguntaba sobre la legitimidad de cualquier autoridad política:"¿Cuántos hombres, cuántos pueblos, cuántas ciudades, cuántas ciudades, cuántos pueblos, cuántas naciones a veces soportan solos a un tirano, quién tiene el poder que le dan?"cuestiona el "Discurso de la servidumbre voluntaria".

Nuestras ideas políticas no se han renovado desde hace casi un siglo, el miedo al totalitarismo o a la anarquía ha impuesto la democracia como único recurso, el único modelo que garantiza la libertad y la pacificación de las relaciones humanas. Pero, construida a partir de ahora como baluarte y no como una fuerza viviente de construcción social, la democracia, para hablar con rapidez, ha secado todo el pensamiento político. 

Sin embargo, los hombres y mujeres que se han quedado atascados en la existencia de su vida cotidiana, parecen huérfanos por esta imaginación política construida en torno al hombre providencial, carismático y seductor, que puede tener algunas ideas simples pero emblemáticas. Nuestros sistemas políticos parecen estar ahora organizados para permitir legítimamente a estos pocos hombres, cuya única ambición será redistribuir unos cuantos complots de poder y mantenerlos en su lugar el mayor tiempo posible.

Este deseo de poder del hombre sobre el hombre es una constante en nuestra historia política, pero ahora parece inaceptable y plantea la pregunta generalizada de nuestras "coexistencias". Nos esforzaremos por explorar y reflexionar sobre la legitimidad de este don de "disfrute" de la autoridad pública que nos comprometemos a confiar a estos pocos hombres, tan ordinarios pero devorados por el oportunismo y la auto-representación, y cada vez más cómo establecer los términos de nuestra convivencia y vivirla juntos...... 



Cornelius Castoriadis, La montée de l'insignifiance (Les carrefours du labyrinthe, 4, 1996)

"Parmi les créations de l'histoire humaine, une est singulièrement singulière : celle qui permet à la société considérée de se mettre elle-même en question. Création de l'idée d'autonomie, de retour réflexif sur soi, de critique et d'autocritique, d'interrogation qui ne connaît ni n'accepte aucune limite. Création donc en même temps de la démocratie et de la philosophie. Car, de même qu'un philosophe n'accepte aucune limite extérieure à sa pensée, de même la démocratie ne reconnaît pas des limites externes à son pouvoir instituant, ses seules limites résultent de son auto-limitation.

On sait que la première forme de cette création est celle qui surgit en Grèce ancienne, on sait ou on devrait savoir qu'elle est reprise, avec d'autres caractères, en Europe occidentale depuis déjà le XIe siècle avec la création des premières communes bourgeoises qui revendiquent leur auto-gouvernement, puis la Renaissance, la Réforme, les Lumières, les Révolutions des XVIIIe et XIXe siècles, le mouvement ouvrier, plus récemment avec d'autres mouvements émancipatoires. Dans tout cela Marx et le marxisme ne représentent qu'un moment, important à certains égards, catastrophiques à d'autres.

Et c'est grâce à cette suite de mouvements qu'il subsiste dans la société contemporaine un certain nombre de libertés partielles, essentiellement partielles et défensives, cristallisées dans quelques institutions : droits de l'homme, non-rétroactivité des lois, une certaine séparation des pouvoirs, etc. Ces libertés n'ont pas été octroyées par le capitalisme, elles ont été arrachées et imposées par ces luttes séculaires.

Ce sont elles aussi qui font du régime politique actuel non pas une démocratie (ce n'est pas le peuple qui détient et exerce le pouvoir), mais une oligarchie libérale. Régime bâtard, basé sur la coexistence entre le pouvoir des couches dominantes et une contestation sociale et politique presque ininterrompue. Mais, aussi paradoxal que cela puisse paraître, c'est la disparition de cette contestation qui met en danger la stabilité du régime...."

(It is the disappearance of this contestation that jeopardizes the stability of the regime.... / Es la desaparición de esta impugnación lo que pone en peligro la estabilidad del régimen.....)


Déclaration des Droits de l'Homme et du Citoyen de 1789

 

Les Représentants du Peuple Français, constitués en Assemblée Nationale, considérant que l'ignorance, l'oubli ou le mépris des droits de l'Homme sont les seules causes des malheurs publics et de la corruption des Gouvernements, ont résolu d'exposer, dans une Déclaration solennelle, les droits naturels, inaliénables et sacrés de l'Homme, afin que cette Déclaration, constamment présente à tous les Membres du corps social, leur rappelle sans cesse leurs droits et leurs devoirs ; afin que les actes du pouvoir législatif, et ceux du pouvoir exécutif, pouvant être à chaque instant comparés avec le but de toute institution politique, en soient plus respectés ; afin que les réclamations des citoyens, fondées désormais sur des principes simples et incontestables, tournent toujours au maintien de la Constitution et au bonheur de tous.
En conséquence, l'Assemblée Nationale reconnaît et déclare, en présence et sous les auspices de l'Etre suprême, les droits suivants de l'Homme et du Citoyen.
Art. 1er. Les hommes naissent et demeurent libres et égaux en droits. Les distinctions sociales ne peuvent être fondées que sur l'utilité commune.
Art. 2. Le but de toute association politique est la conservation des droits naturels et imprescriptibles de l'Homme. Ces droits sont la liberté, la propriété, la sûreté, et la résistance à l'oppression.
Art. 3. Le principe de toute Souveraineté réside essentiellement dans la Nation. Nul corps, nul individu ne peut exercer d'autorité qui n'en émane expressément.
Art. 4. La liberté consiste à pouvoir faire tout ce qui ne nuit pas à autrui : ainsi, l'exercice des droits naturels de chaque homme n'a de bornes que celles qui assurent aux autres Membres de la Société la jouissance de ces mêmes droits. Ces bornes ne peuvent être déterminées que par la Loi.
Art. 5.  La Loi n'a le droit de défendre que les actions nuisibles à la Société. Tout ce qui n'est pas défendu par la Loi ne peut être empêché, et nul ne peut être contraint à faire ce qu'elle n'ordonne pas
Art. 6. La Loi est l'expression de la volonté générale. Tous les Citoyens ont droit de concourir personnellement, ou par leurs Représentants, à sa formation. Elle doit être la même pour tous, soit qu'elle protège, soit qu'elle punisse. Tous les Citoyens étant égaux à ses yeux sont également admissibles à toutes dignités, places et emplois publics, selon leur capacité, et sans autre distinction que celle de leurs vertus et de leurs talents.
Art. 7. Nul homme ne peut être accusé, arrêté ni détenu que dans les cas déterminés par la Loi, et selon les formes qu'elle a prescrites. Ceux qui sollicitent, expédient, exécutent ou font exécuter des ordres arbitraires, doivent être punis ; mais tout citoyen appelé ou saisi en vertu de la Loi doit obéir à l'instant : il se rend coupable par la résistance.
Art. 8. La Loi ne doit établir que des peines strictement et évidemment nécessaires, et nul ne peut être puni qu'en vertu d'une Loi établie et promulguée antérieurement au délit, et légalement appliquée. 
Art. 9. Tout homme étant présumé innocent jusqu'à ce qu'il ait été déclaré coupable, s'il est jugé indispensable de l'arrêter, toute rigueur qui ne serait pas nécessaire pour s'assurer de sa personne doit être sévèrement réprimée par la loi. 
Art. 10. Nul ne doit être inquiété pour ses opinions, même religieuses, pourvu que leur manifestation ne trouble pas l'ordre public établi par la Loi.
Art. 11. La libre communication des pensées et des opinions est un des droits les plus précieux de l'Homme : tout Citoyen peut donc parler, écrire, imprimer librement, sauf à répondre de l'abus de cette liberté dans les cas déterminés par la Loi.
Art. 12. La garantie des droits de l'Homme et du Citoyen nécessite une force publique : cette force est donc instituée pour l'avantage de tous, et non pour l'utilité particulière de ceux auxquels elle est confiée.
 Art. 13. Pour l'entretien de la force publique, et pour les dépenses d'administration, une contribution commune est indispensable : elle doit être également répartie entre tous les citoyens, en raison de leurs facultés.
Art. 14. Tous les Citoyens ont le droit de constater, par eux-mêmes ou par leurs représentants, la nécessité de la contribution publique, de la consentir librement, d'en suivre l'emploi, et d'en déterminer la quotité, l'assiette, le recouvrement et la durée.
Art. 15. La Société a le droit de demander compte à tout Agent public de son administration.
Art. 16. Toute Société dans laquelle la garantie des Droits n'est pas assurée, ni la séparation des Pouvoirs déterminée, n'a point de Constitution.
Art. 17. La propriété étant un droit inviolable et sacré, nul ne peut en être privé, si ce n'est lorsque la nécessité publique, légalement constatée, l'exige évidemment, et sous la condition d'une juste et préalable indemnité.