David Herbert Lawrence (1885-1930), "The Rainbow" (1915), "Women in love" (1920), "Lady Chatterley's Lover" (1928), "Twilight in Italy" (1916), "Sea and Sardinia" (1921), "Studies in Classic American Literature" (1923), Complete Poems of D. H. Lawrence  - "Flame into Being: The Life and Work of D. H. Lawrence", by Anthony Burgess - "Out of Sheer Rage: Wrestling with D. H. Lawrence",  by Geoff Dyer - .....

Last update: 12/27/2016


Les romans de DH. Lawrence (1885-1930) décrivent les problèmes d'un pays, l'Angleterre, qui tente de faire face à la modernité. Fils d'un mineur et d'une ancienne institutrice, Lawrence fut des son plus jeune âge sensibilisé aux conflits de classes dans un contexte de profond changement social. Son troisième roman, "Sons and Lovers", en 1913, s’est avéré être une œuvre assez révolutionnaire : c'est avec une franchise et un souci de précision inhabituels qu'il aborde une communauté minière pauvre des Midlands anglais et explore la vie de ses personnages : le roman se concentre sur Paul Morel et ses relations avec sa mère et deux autres femmes - Miriam, spirituelle, inexpérimentée, et Clara mariée, plus mondaine. Paul, si proche de Lawrence lui-même, est un jeune homme sensible qui a grandi en se sentant en désaccord total avec son environnement familial, opposant un père sans instruction de la classe ouvrière et une mère portée par des ambitions sociales. Il y décrit son éveil sexuel et sa prise de conscience qu’il semble être incapable d’aimer quelqu’un, à l'exception de sa mère ("I’ll never marry while I’ve got you"), qui a reporté sur ses fils l'amour (qu'elle ne partageait avec leur père). En prose vive et directe, Lawrence peint l’une des images les plus authentiques de la vie de la classe ouvrière industrielle de l’époque à une époque où des écrivains contemporains tels que Virginia Woolf et E. M. Forster préféraient se tourner vers les classes supérieures. Dans "The Rainbow" (1915), - roman censuré  qui l'amènera à quitter l’Angleterre après la fin de la Première Guerre mondiale -, et sa suite, "Women in Love" (1920), l'intérêt de Lawrence pour le "sexe" est en partie une conséquence  du refoulement sexuel et émotionnel que la civilisation européenne, et singulièrement britannique, justifie en privilégiant l'esprit sur le corps.

Lawrence poussera ces thèmes encore plus loin dans un autre célèbre roman, "Lady's Chatterley's Lover" (1928), un roman publié en édition limitée en anglais à Florence (1928) et à Paris (1929), et en Angleterre, mais dans une version expurgée, en 1932. L'intrigue est connue : insatisfaite de son mariage avec Sir Clifford, un riche propriétaire foncier, écrivain et intellectuel des Midlands, Lady Constance Chatterley connaît une histoire d’amour passionnée avec le garde-chasse instruit de son mari, Oliver Mellors; enceinte de lui, elle quitte son mari, et le roman se termine avec Mellors et Constance temporairement séparés dans l’espoir d’obtenir des divorces afin de commencer une nouvelle vie ensemble. Le texte intégral ne sera publié qu’en 1959 à New York et en 1960 à Londres, après un procès historique pour obscénité (Regina c. Penguin Books, Ltd.) centré très largement sur la justification de l’emploi dans le roman de termes jugés sexuels jusqu’alors tabous.

Ce dernier des romans de Lawrence reflète sa conviction fondamentale, que les hommes et les femmes doivent surmonter les contraintes et restrictions d'une société industrialisée qui fait barrage à l'instinct si naturel de la passion amoureuse. Ce qui reste si puissant et si inhabituel dans l'oeuvre de Lawrence, n’est pas seulement la reconnaissance sans faux semblant du pouvoir du lien sexuel entre un homme et une femme, mais le fait qu'il reste encore l’un des rares romans de l’histoire littéraire anglaise qui traite du désir sexuel féminin ...

Les romans de Lawrence témoignent d'une grande qualité poétique et d'une utilisation intensive du symbolisme. Lawrence fut un poète prolifique et un romancier, mais il écrivit aussi de courts récits et des pièces de théâtre. À partir de 1919, il s'orienta vers le récit de voyage. ll voyagea et vécut presque tout le reste de sa vie en outre-mer. Les ouvrages qu'il en tira - comme "Sea and Sardinia" (1921) et "Mornings in Mexico" (1927) - soulignent le contraste entre la routine de la vie dans les pays industrialisés du nord et la vie instinctive et plus simple dans les pays chauds. L'un des premiers admirateurs de Lawrence fut le romancier, critique et éditeur Ford Madox Ford (1873-1939) qui exerça une grande influence sur la littérature moderniste ...


David Herbert Lawrence (1885-1930)

D.H.Lawrence est considéré, au même titre que James Joyce et Virginia Woolf, comme l'artisan du renouveau romanesque de la littérature anglaise au début du XXe siècle. Aucun écrivain anglais n'est allé aussi loin dans la dénonciation du conformisme et de la violence des rapports de classe, et de plus est, dans la revendication d'une liberté sexuelle totale, qui non seulement lève tous les tabous mais entend rééquilibrer les relations entre hommes et femmes. L'expérience individuelle ne s'enracine plus dans la simple réalité, mais dans un contexte plus large où s'affrontent des forces contraires, celles de la matière organique et de l'esprit. La sexualité est un exemple de ces forces qui entrent en conflit mais ne peuvent s"abolir l'une dans l'autre. La sexualité féminine y est vue comme organique, celle de l'homme comme rationnelle...

 

Fils d'un mineur méthodiste fruste et sensuel, et d'une maîtresse d'école éprise d'idéal et puritaine, David Herbert naît à Eastwood, dans le sombre pays minier du Nottinghamshire, dans une atmosphère de pauvreté et de conflit parental permanent. Protégé par sa mère en raison de sa santé fragile après une grave pneumonie, il lui restera passionnément attaché. Durant sa convalescence, en 1901, il fit la connaissance de Jessie Chambers, fille d'un fermier des environs, qui l'aide à publier ses premières nouvelles alors qu'il termine sa formation d'instituteur.

Après la mort de sa mère et une forte dépression, il rencontre en 1912 la baronne Frieda von Richthofen, l'épouse d'un de ses anciens professeurs. De six ans son aînée, Frieda l'initie aux plaisirs charnels, alors qu'il lui fait découvrir la poésie. Les théories freudiennes par lesquelles Frieda légitimait sa propre sensualité flattaient la tendance intellectuelle que Lawrence tenait de sa mère. Ils fuient l'Angleterre et voyagent en Europe pendant deux années. Ils rentrent à Londres pour se marier en juillet 1914. Lorsque la Guerre éclate, antimilitariste, antinationaliste, marié à une Allemande, inapte au service militaire, Lawrence et son épouse sont expulsés de Cornouailles où ils s'étaient réfugiés. Son roman "The Rainbow" est condamné pour obscénité en 1915. Dès qu'ils le purent en 1919, les Lawrence fuirent l'Angleterre et allèrent s'installer pendant deux ans en Sicile, puis en 1922, invités par Mabel Dodge, une riche américaine qui aimait s'entourer d'artistes, les Lawrence gagnent l'Amérique via l'Orient, l'Australie, Ceylan. Fatigué par le climat et la maladie, sachant maintenant qu'il était tuberculeux, Lawrence rentra en Europe à la fin de 1925. Il passa par Londres, s'installe près de Gênes. En Italie, Frieda devient la maîtresse du propriétaire des lieux, Angelo Ravagli, qui allait être son troisième mari après la mort de l'écrivain. Puis Lawrence s'installa à Florence.

En 1927, Lawrence entame la rédaction de "Lady Chatterley’s Lover", un roman qu’il publiera l’année suivante, à Florence. Le livre fait scandale et est saisi par les autorités britanniques et américaines (Il faudra attendre 1960 pour que paraisse dans ces pays une version non expurgée du texte). En 1929, il publie un recueil de poèmes "Pansies", qui est confisqué par la justice. Une exposition de ses peintures provoque un scandale à Londres, et ses tableaux sont aussi saisis. En 1930, il publie une "Défense de Lady Chatterley", mais, rattrapé par la tuberculose, Lawrence s’éteint le 2 mars 1930, à Vence.

 


Amants et Fils (Sons and Lovers, 1913)

Frank O’Connor a dit un jour que "Sons and Lovers" commence comme un roman du XIXe siècle et se termine comme un roman du XXe siècle; par conséquent, cadre riche et enracinement narratif du premier et explorations grisantes des dynamiques psychologiques et sexuelles du second...

Dans cette œuvre en grande partie autobiographique centrée sur l'attachement profond qui existait entre Lawrence et sa mère, et la difficulté qu'il eut à s`en libérer, l'auteur dépeint avec passion la campagne du Nottinghamshire et la communauté minière à laquelle il se sentait profondément lié, y explore la famille, la vie domestique, la lutte des classes, les conflits entre sexes, la sexualité, la pauvreté, l'industrialisme, mais aussi la nature avec une grande intensité.  Le livre est toutefois dominé par cette figure de mère, dont l'amour à la fois vivifiant et destructeur empêche ses fils de se réaliser comme amants. Ce roman, le troisième qu'écrivit Lawrence, lui permit d'être reconnu comme écrivain de talent. C'est, d`autre part. le premier roman anglais qui traite de la classe ouvrière vue de l`intérieur, par un écrivain d`origine ouvrière. 

Les premiers chapitres présentent de manière presque naturaliste le mode de vie des familles ouvrières et les conditions de travail dans la région mi-industrielle mi-rurale des Midlands à l`époque victorienne. Mais, très vite se produit un glissement vers une écriture poétique où tous les éléments naturels participent littéralement aux joies et aux drames des protagonistes, dont l`expérience prend ainsi une dimension atemporelle et universelle. Pourtant, le lyrisme reste toujours tempéré par l'observation fine des êtres et des choses, et les personnages féminins, que Lawrence excelle à analyser, bénéficient d'un éclairage égal à celui du jeune héros, Paul Morel, alter ego de l'auteur.

La mère de Paul, Gertrude Morel, femme cultivée, puritaine et bourgeoise, a épousé Walter Morel, un mineur dont la vitalité, la sensualité et la gaieté l'ont charmée. Au moment où commence le récit, sa relation avec son mari s'est fortement dégradée. Le couple manque d`argent. Walter, craignant le jugement de sa femme, est devenu menteur, buveur et violent. Gertrude reporte toute son affection sur ses enfants. Elle en aura cinq. Le troisième, Paul, est de santé fragile et d'une grande sensibilité. ll déteste la brutalité de son père. Du reste, Walter Morel est marginalisé par toute la famille. Gertrude veille à ce que ses enfants ne suivent pas l'exemple de son mari et rêve pour eux de réussite sociale. L'aîné Guillaume part travailler chez un avocat à Londres. Dès l'âge de 14 ans, Paul trouve un emploi dans une fabrique de matériel orthopédique. Déçue par la fiancée que s'est choisie Guillaume, Mme Morel se rapproche de Paul. Bientôt, Guillaume meurt de pneumonie au grand désespoir de sa mère ; puis, Paul tombe malade à son tour. En soignant Paul, Mme Morel retrouve une raison d'être. Paul, lui, retrouve ses forces dans une nature bienfaisante qui est moins l'envers de la mine que du monde culturel et moral de sa mère.

Dans une ferme des environs, Paul a rencontré Miriam Leivers, jeune fille craintive et romantique qui s'est prise d'une grande admiration pour lui. Paul se met à peindre et lit beaucoup. Les Leivers lui semblent plus impressionnés par ses talents que sa mère. Il initie Miriam à la littérature. Bien qu'il prenne plaisir à sa compagnie, la sensibilité et la spiritualité exacerbées de la jeune fille finissent par l'irriter. Il ne s'aperçoit pas qu'elle l'aime et l'imagine incapable de sensualité. Les réticences de Paul vis-à-vis de Miriam sont d'autant plus fortes que Mme Morel ne supporte pas cette rivale. 

Par l'intermédiaire de Miriam, Paul rencontre Clara Dawes qui vit séparée de son mari. C'est une jeune femme émancipée qui fait connaître à Paul les suffragettes et les socialistes de Nottingham. Elle l'incite à ne plus considérer Miriam comme un pur esprit, mais l'expérience sexuelle que tente Paul avec Miriam est un échec en raison des inhibitions des deux jeunes gens. Paul en rejette la faute sur Miriam et rompt avec elle. C`est avec Clara qu`il connaît la passion physique, au bord d'une rivière en crue. Au cours d'une scène magnifique, les amants connaissent un instant de fusion avec le cosmos, le type de relation non humaine auquel Paul aspire ... 

Mais sa liaison avec Clara s'avère moins gratifiante qu'il ne l'escomptait. Paul ne parvient pas à réconcilier sentiments et sexualité. Baxter Dawes, qui tient à sa femme, se bat avec Paul. Clara, de son côté, ne veut pas divorcer de Baxter sur qui elle a plus de prise que sur Paul. Pendant que se dénoue cette relation triangulaire, Mme Morel meurt d'un cancer, laissant Walter Morel et Paul désemparés. Clara retourne vers son mari avec qui Paul se réconcilie. Tout se passe comme si cette restitution d'une femme à son mari compensait l'intrusion du jeune Paul dans le couple parental. Paul rencontre de nouveau Miriam à qui, en quête d`un soutien moral, il propose le mariage, mais avec si peu de conviction qu'elle refuse. Envahi de nouveau par son deuil, il envisage de suivre sa mère dans la mort, puis se reprend et marche résolument vers la ville....

 

David Herbert Lawrence est l’un des écrivains britanniques les plus influents et controversés du XXe siècle, et Sons and Lovers est son roman le plus autobiographique. Dans ses pages, il a grandi en tant que romancier en recréant — à travers l’histoire de Paul Morel, un garçon artistique très attaché à sa mère — ses propres années de formation dans un village de mineurs anglais. La possessivité maternelle de Gertrude Morel et l’affection filiale de Paul sont extrêmes. Lawrence a décrit le développement de ce lien presque incestueux dans une lettre qu’il a écrite l’année précédant la publication du livre. « Elle suit cette idée : une femme de caractère et de raffinement entre dans la classe inférieure et n’a aucune satisfaction dans sa propre vie. Elle a eu une passion pour son mari, donc ses enfants sont nés de la passion, et ont des tas de vitalité. Mais à mesure que ses fils grandissent, elle les choisit comme amants - d’abord l’aîné, puis [Paul]. Ces fils sont poussés dans la vie par leur amour réciproque de leur mère — poussés encore et encore. Mais quand ils arrivent à la virilité, ils ne peuvent pas aimer, parce que leur mère est le pouvoir le plus fort dans leur vie, et les détient. » Voici l’essentiel du drame d’Œdipe de Sons and Lovers : Finalement, Paul, un peintre prometteur, se retrouve déchiré entre son amour pour sa mère dominatrice et son désir pour les deux belles jeunes femmes — Miriam Leivers et Clara Dawes — il est incapable de choisir entre les deux. Bien que la clé de Sons and Lovers soit la relation entre Paul et sa mère, le père de Paul, Walter, un mineur de charbon dont la vitalité ouvrière se durcit avec l’âge en une aliénation brutale des aspirations culturelles de sa femme et de son fils, jette une longue ombre sur le roman. 


"L'Arc-en-ciel" ("The Rainbow", 1915)

L'histoire de trois générations de femmes, Lydia, Anna et Ursula : D. H. Lawrence livre le premier volet de sa grande fresque des femmes amoureuses. Dans l'Angleterre de la fin du XIXe siècle, en pleine mutation, qui, progressivement, passe d'un monde rural à la société industrielle, Ursula Brangwen réalise enfin les aspirations de sa mère et de sa grand-mère, et incarne une jeune femme moderne accédant enfin à la pleine conscience d'elle-même. Lawrence montre ici comment se détériore la relation homme-femme à mesure que se perdent les connexions vitales avec le monde naturel. Un livre touffu, complexe et riche, techniquement très différent que celui qui devait originellement en constituer la suite, "Femmes amoureuses", où l'on retrouve le personnage d'Ursule. Paru en 1915, L'Arc-en-ciel sera immédiatement censuré et interdit, en raison d'«outrances» qui paraissent aujourd'hui bien timides...

Trois familles donc, examinées sous l'angle de leurs expériences amoureuses. La première famille est celle que fonde Tom Brangwen, un jeune homme de la campagne assez rude, lorsqu'il épouse Lydia Lensky, une Polonaise, veuve et mère d'une petite fille, Anna. Tom et Lydia, qui trouvent une réciproque et totale compréhension dans leurs rapports amoureux, sont cependant d'une certaine manière étrangers l'un à l'autre, car Lydia a son passé, et elle en conserve de vifs souvenirs, dont Tom se sent exclu. ll se prend d'affection pour sa belle-fille, Anna, au caractère bizarre; elle grandit, devient une jeune fille sensible, à la religion instinctive et au tempérament solitaire et passionné, puis elle épouse Will Brangwen. Anna domine son mari, qui, lié à elle par une passion toute sensuelle, sent sa personnalité se fondre, alors qu'il n'arrive pas à détruire la volonté d'indépendance de la jeune femme. En effet, Anna dédaigne la soumission de son mari et reste étrangère à sa vie spirituelle qui s'exprime par une exaltation religieuse et une admiration enthousiaste du charme mystique des cathédrales. Anna est enfin apaisée par la maternité. Son premier enfant, Ursule, grandit à l'écart du reste de la famille. Intelligente et indépendante, la jeune fille fait des études. Elle a une liaison avec le fils d'un ami de la famille, le jeune officier Anton Skrebenski, pour qui elle a des sentiments ambigus. A cause de la guerre des Boers, Anton part en Afrique du Sud. Ursule continue d'étudier. Elle a une brève aventure homosexuelle avec une de ses enseignantes. Puis elle décide de prendre un poste d'institutrice et trouve cette expérience très éprouvante. Elle reprend donc des études universitaires. Au bout de deux ans, elle retrouve Anton, mais cette liaison ne la satisfait pas assez pour qu'elle accepte le mariage. Anton en épouse une autre. C'est alors qu'Ursule s'aperçoit qu'elle est enceinte. Déprimée, elle sort marcher dans la campagne. Au cours d'une scène cataclysmique, elle rencontre une troupe de chevaux qui la poursuivent sous l'orage. Terrifiée, elle tombe malade et fait une fausse couche. Un jour de pluie, en regardant un arc-en-ciel, il lui semble renaître et entrevoir une lueur d'espoir pour les temps à venir.


Femmes amoureuses (Women in love, 1920)

Publié aux Etats-Unis en 1920 et à Londres en 1921, ce devait être le deuxième volet d'une œuvre intitulée "Les Sœurs", le premier étant "L'Arc-en-ciel", deux volumes finalement restés indépendants, même si l'on y retrouve le personnage d'Ursule. Lawrence rejette ici l'approche traditionnelle de la psychologie des personnages au profit d'un système complexe d`oppositions signifiantes ou "polarités". C'est dans la nature que l`écrivain trouve cette nécessaire complémentarité de forces opposées, le monde obscur et souterrain de la mine s`oppose à la lumière de la lune comme le subconscient à la conscience mentale et le masculin au féminin dans ce livre dont le thème central est la recherche d'un équilibre idéal par le mariage et l`amitié.

Les deux sœurs Brangwen, Ursule l'institutrice et Gudrun le sculpteur, discutent précisément des avantages et des inconvénients du mariage, le jour des noces de la fille de Thomas Crich, propriétaire de la mine locale. A cette cérémonie, ces jeunes femmes indépendantes entrevoient deux hommes qui vont bientôt entrer dans leur vie, l'inspecteur Rupert Birkin et le fils Crich, Gerald. Rupert Birkin vient un jour inspecter la classe d'Ursule. Sur ses talons arrive Hermione Roddice, sa maîtresse. Déjà séduit par le discret rayonnement d`Ursule, il rejette avec rudesse les prétentions intellectuelles d`Hermione et énonce sa croyance dans le monde obscur de la sensualité et de la connaissance non mentale. Birkin recherche aussi l'amitié de Gerald. Il espère le convaincre qu`il ne reste d'autre idéal possible en ce monde dominé par la machine qu'une union parfaite avec une femme. Gerald, "Napoléon de l`industrie", ne fera pas un très bon disciple. Doté d`une grande beauté physique, il ne connaîtra jamais une relation amoureuse tout à fait satisfaisante. Birkin, être plutôt malingre et peu soucieux de son apparence, mettra toute son énergie à trouver la vérité de son corps dans le mariage quasi mystique, qui doit restaurer sa relation avec le cosmos. Lors d`un voyage à Londres, les deux hommes se retrouvent au sein de la bohème londonienne. Gerald, désorienté, couche avec la maîtresse d'un de ses hôtes, tandis que Birkin, lui, médite, à propos des statues primitives qui ornent l'appartement, sur le déclin des civilisations et la dissociation du mental et du physique. De retour dans les Midlands, les deux hommes vont à plusieurs reprises rencontrer les sœurs Brangwen en des scènes où il y a moins d`action que de symbolisme. C'est dans un contexte de crise générale que Birkin et Ursule, Gerald et Gudrun deviennent amants, crise du capitalisme, bouleversements sociaux, asservissement de l`art et dépravation des milieux artistiques, futilité de l'intelligentsia, guerre des sexes, mort de la sœur et du père de Gerald, souvenir de la mort de son frère, maladie de Rupert. La relation qui prend forme entre les deux personnages ayant le moins de liberté intérieure, Gerald et Gudrun, apparaît comme nettement sadomasochiste, tandis que celle d'Ursule et de Birkin est régénératrice; elle évolue vers un "équilibre stellaire" où l'homme et la femme sont en conjonction sans jamais aliéner leur autonomie. ll est vrai qu'Ursule est capable de conserver son bon sens et un regard moqueur sur le grand sauveur du monde que prétend être Birkin. Mais celui-ci a aussi besoin d'une alliance étroite avec un homme. ll aime Gerald et le lui fait sentir dans une scène de lutte assez explicite. Gerald, très mal à l'aise, refuse la proposition de "fraternité du sang" qu`il lui fait (le traumatisme de la Première Guerre mondiale mena Lawrence à croire que le salut de la société dépendait de la régénération de l'individu à l`intérieur d'un petit groupe humain et du couple, grâce à ce qu'il nomme la "conscience sanguine"). Birkin et Ursule se marient mais, peu conventionnels, décident de n'avoir ni foyer ni attaches professionnelles ou matérielles. Gerald propose un voyage à quatre pour Noël dans les montagnes du Tyrol. Là, Gudrun fait la connaissance de Loerke, un sculpteur juif allemand, être à la fois repoussant et fascinant qui met son art au service de l`industrie. Gudrun, ravie de pouvoir discuter de problèmes artistiques, a une attitude qui provoque la jalousie de Gerald. Celui-ci part seul dans la montagne et meurt dans la neige. Birkin et Ursule décident de partir vers Vérone, Gudrun vers l'Allemagne. Au grand étonnement d`Ursule, Birkin déclare qu'il avait besoin de l`amour d'un homme en même temps que celui d`une femme pour être parfaitement heureux.

C`est une des œuvres où Lawrence a le mieux exprimé sa détresse devant la désintégration de la civilisation occidentale et son espoir vacillant de voir quelques individus à la fois intuitifs et conscients y échapper...

 

"...Il comprenait à sa voix qu'elle désirait l'avoir pour elle toute seule dans le bateau et qu'elle était heureuse qu'il fût en son pouvoir. Il consentit avec une soumission étrange. Elle lui tendit les lanternes, tandis qu'elle fixait une canne à l'extrémité du canoë. Il la suivit et resta là, les lanternes se balançant contre ses cuisses couvertes de flanelle blanche, rendant plus noire l'ombre d'alentour.

- Embrassez-moi avant de partir! dit sa voix qui descendait doucement de l'ombre dominante.

Elle interrompit son travail, profondément étonnée.

- Mais pourquoi? s'écria-t-elle, dans sa pure surprise.

- Pourquoi? fit-il ironiquement. 

Elle le regarda fixement pendant quelques instants, puis elle se pencha et l'embrassa; ce fut un baiser lent, voluptueux, qui s'attarda sur sa bouche. Puis elle lui prit les lanternes, tandis qu'il restait défaillant du feu qui lui brûlait dans les membres. Ils soulevèrent le canoë et le mirent à l'eau. Gudrun s'installa et Gérard poussa au large.

- Vous êtes bien sûr de ne pas vous être blessé la main en faisant cela? demanda-t-elle avec sollicitude. Parce que j'aurais parfaitement pu le faire moi-même.

- Je ne me suis pas fait mal, dit-il, d'une voix basse et tendre qui la caressa de son inexprimable beauté.

Et elle le regarda tandis qu'il s'asseyait près d'elle, tout près d'elle, à l'arrière du canoë, ses jambes contre les siennes, ses pieds touchant les siens. Elle pagayait doucement, sans se presser, avec le désir qu'il lui dit quelque chose qui eût un sens. Mais il restait silencieux.

- Vous êtes bien? demanda-t-elle, d'un ton aimable et plein de sollicitude.

Il eut un sourire bref.

- Il y a tout un espace entre nous, dit-il, inconsciemment, comme si une voix étrangère parlait en lui. Et elle avait comme le sentiment magique qu'ils étaient équilibrés dans leur séparation, dans ce bateau. Elle défaillait de plaisir et de parfaite compréhension.

- Mais ne suis-je pas près de vous? dit-elle d'une voix caressante et gaie.

- Et pourtant lointaine, lointaine.

Elle garda le silence, s'abandonnant à son plaisir, avant de répondre d'une voix puissante et vibrante: 

- Nous pouvons difficilement changer, pendant que nous sommes sur l'eau.

Elle le caressait avec une subtilité étrange, l'ayant complètement à sa merci. Une douzaine de bateaux et même davantage balançaient au ras de l'eau leurs lanternes roses et semblables à des lunes, qui se réfléchissaient comme un feu. Au loin, le bateau à vapeur vibrait, bourdonnant, frappant l'eau des aubes de ses roues qui se mouvaient doucement; des lampions étaient accrochés à bord sur des cordes tendues, et de temps en temps toute la scène s'éclairait à demi d'une profusion de fusées, de chandelles romaines, et de gerbes d'étoiles, qui illuminaient la surface de l'eau et y faisait apparaître les barques qui traînaient très bas sur l'eau. Puis les ténèbres adorables retombaient, les lanternes vénitiennes brillaient faiblement, on entendait le choc assourdi des avirons et des bribes de musique. Gudrun pagayait à petits coups imperceptibles. Gérald apercevait à peu de distance devant eux les lanternes d'Ursule, la bleue et la rose qui se balançaient doucement, joue contre joue, tandis que Birkin ramait, et elles en chassaient, dans le sillage, des reflets irisés et prompts à s'évanouir.

Il songeait que ces propres feux, délicatement colorés, répandaient aussi leur douceur derrière eux. Gudrun posa sa pagaie et regarda autour d'elle. Le canoë se soulevait aux plus légers mouvements de l'eau. Les genoux blancs de Gérald étaient tout près d'elle.

- N'est-ce pas beau? dit-elle doucement, comme avec respect.

Elle le regardait, penchée en arrière, contre le léger cristal de lumière. Elle pouvait distinguer son visage bien qu'il ne fût qu'une ombre. Mais c'était un fragment de crépuscule. Sa poitrine s'enflait de passion pour lui, il était si beau dans son calme et son mâle mystère. C'était une pure émanation de force masculine, comme l'arôme de ses formes harmonieuses et solides, une certaine perfection de sa présence qui l'émouvaient  jusqu'à l'extase, la faisaient tressaillir d'une véritable ivresse. Elle aimait le contempler. Pour l'instant, elle ne désirait pas le toucher, connaître mieux la substance de son corps vivant. Il était véritablement intangible, quoique si proche...." 

 

"Femmes amoureuses", l'un des plus grands romans anglais du XXe siècle, a été écrit par un auteur empli de rage et de désespoir contre une civilisation mécanique jugée décadente. Il offre une vision apocalyptique de la société anglaise pour laquelle il ne souhaite rien de plus qu'un cataclysme purifiant. Un désir d'anéantissement anime ce texte pessimiste, vrai roman de guerre même si ce n'est pas là son sujet avoué. Oeuvre profondément dérangeante, aussi, "Femmes amoureuses" a été refusé par les éditeurs durant quatre ans, à cause de son évocation franche de la sexualité, de la violence inhérente aux rapports sexuels, de l'instabilité de l'identité (décrite comme le jouet des pulsions et des motivations inconscientes) et du cynisme apparent de plusieurs des personnages. 

Dans ce roman, Lawrence continuait à développer son style moderniste ainsi qu'un langage imagé afin d'évoquer le caractère indicible de la subjectivité humaine. Cette forme fragmentée reflète aussi le chaos de l'existence sociale de l'époque. Le texte est l'exploratíon sincère d'une lutte pour un nouveau mode d'exister, qui rejetterait en même

temps les traditions culturelles dépassées et l'emprisonnement que constitue la rationalité moderne en faveur d'une ouverture vers ce que Lawrence appellait "I'âme créative, le mystère divin qui est en nous" : "rien de ce qui provient de I'âme profonde et passionnée n'est ni ne peut être mauvais"...

 


"Le Serpent à plumes" (The Plumed Serpent, 1926)

Roman publié en 1926 qui inaugure la série des romans de spéculation philosophico-politique de Lawrence. Il en situe l`action dans un Mexique en plein déclin. Kate Leslie, Irlandaise de quarante ans, très sensible et curieuse, arrive à Mexico en compagnie de deux amis typiquement américains. Le mari qu`elle a perdu militait activement pour l'indépendance de son pays. Elle est vite écœurée par ce qu`il y a de sordide, de sanguinaire et d`amorphe dans la vie des Mexicains, peuple bâtard à ses yeux, composé d`un mélange d`Indiens et d`Espagnols. Elle sent à la fois une répulsion et une étrange fascination pour ces gens si différents d`elle. Un jour, elle fait la connaissance du général Cipriano Viedma, un Indien volontaire, laconique et sensuel, et de son ami don Ramon Carrasco qui souhaiterait réveiller le peuple mexicain et le tirer de son inutile soumission au Dieu chrétien. Il ne croit ni à la charité chrétienne ni au socialisme. Il veut restaurer le culte de Quetzalcóatl, le dieu du Mexique précolombien dont le symbole est le serpent à plumes. Il n`y a d'autre moyen pour redonner sa grandeur à un peuple que de travailler sur son génie profond, en retournant aux dieux primitifs qui lui sont propres. Don Ramón opère une révolution religieuse, non sans violence. A la tête de la théocratie qu'il instaure avec un cortège de rites et d'hymnes, il lui faut une trinité : il sera le prophète de Quetzalcóatl et même sa réincarnation, don Cipriano sera le grand prêtre de Huitzilopochltli, et Kate incarnera le principe féminin, Malintzi. Bien que peu portée au mysticisme, Kate se laisse entraîner dans cette aventure tant elle est impressionnée par les deux hommes et par cette nouvelle religion qui exalte la puissance phallique. La femme de don Ramon, Carlota, une catholique sincère, ne supporte pas de voir son mari ressusciter un culte païen et en meurt de douleur. Don Ramón épouse alors Teresa, une jeune Indienne d`apparence insignifiante qui pourtant sait lui donner la "grande gloire de l`homme, entière et dorée" et qui révèle à Kate quel enrichissement apporte à la femme le don de soi. Kate accepte de devenir la femme de don Cipriano dans l`espoir d`arriver elle aussi à son plein épanouissement en renonçant à son individualisme de femme civilisée moderne.

Alors qu`elle hésite encore à rester, Ramón lui recommande de suivre son désir le plus profond et elle reste. Lawrence prêche ici de manière assez pesante le retour à des valeurs spirituelles qui s`enracinent à la fois dans le passé, dans le corps et dans le subconscient. On peut s`inquiéter des connotations fascistes du régime qu`il imagine, fondé sur le culte de la personnalité du leader, la camaraderie entre hommes, le sens de la hiérarchie, la position subalterne de la femme. la force armée. Mais il faut voir que Kate reste jusqu'au bout le témoin sceptique et parfois horrifié de l`entreprise. Elle en souligne souvent ce qu'elle a de gratuitement cruel ou d`absurde. A travers elle, Lawrence semble constamment remettre en question la tentation à laquelle il a cédé en tant qu`écrivain et penseur celle de reconstruire, tel un démiurge, un monde grandiose, spectaculaire et unifié...

 


"L'Amant de Lady Chatterley" ("Lady Chatterley's Lover", 1928)

Roman le plus connu de D.H. Lawrence dont le succès repose sur l'idée que c'est le chef-d'œuvre de la littérature érotique, - l'histoire d'une épouse frustrée, au mari impuissant, et qui trouve l'épanouissement physique dans les bras vigoureux de son garde-chasse -, interprété aussi comme la peinture d'un choc historique et social qui constitue le monde moderne (la forêt du roman, où vit Mellors, le garde-chasse, représenterait le dernier espace de sauvagerie et de liberté, dans lequel lady Chatterley voit basculer tout son univers habituel), fut écrit à Florence entre 1926 et 1928, et publié, dans cette ville, en 1928. Lawrence y réaffirme sa conception de l'amour physique comme moyen par excellence de guérir de tout "intellectualisme" maladif et de retrouver le contact avec les forces instinctive et naturelles de la vie...

Le mari de lady Chatterley, Clifford, propriétaire d`une mine de charbon, est un Anglais de vieille famille qui, se trouvant paralysé de la partie inférieure de son corps, à la suite d'une blessure de guerre, consacre à la littérature toutes ses activités, poussé par un vain désir de renommée. Il aime les conversations intellectuelles en compagnie d`un groupe d'amis qui, comme lui, apprécient surtout les choses de l'esprit. Mais sa femme Constance, spectatrice muette de ces entretiens, ressent en elle un vide que toutes les phrases ne réussissent pas à combler : ces hommes sont sans passion, ils consument leur vitalité en mots et ne savent pas atteindre aux sources de la vie. Elle désirerait au moins un enfant, qui remplisse son cœur. C'est dans un tel état d`âme qu'elle fait la rencontre du garde-chasse de son mari, Olivier Mellors, homme sensible et pensif, pour qui la vie s'est montrée si amère qu'elle l`a conduit à chercher un refuge dans la solitude de cette fonction obscure, au milieu des bois. Entre elle et cet homme, une fois franchie la barrière d'une pudique réserve, qui, chez lui, prend souvent l'aspect de la rudesse et du cynisme verbal, éclate une passion bouleversante, ardemment sensuelle (le garde-chasse, censé incarner un être rude et simple, capable par son élémentaire force virile de guérir et d'aider à l'épanouissement de la personnalité de lady Chatterley apparaît en fait comme un homme qui a étudié, voyagé et qui, à un certain moment, semble avoir appartenu à une classe sociale assez proche de celle de sa maîtresse). Mellors, pour la première fois, découvre en Constance la femme, et Constance pour la première fois découvre le mystère de la vraie vie. Rien ne pourra plus les séparer, ni le retour de la femme de Mellors (une personne vulgaire et cruelle de qui il vivait séparé), ni l'égoïsme hystérique de Clifford, qui tout d`abord ne voudra pas accorder le divorce. Constance et Mellors vivront ensemble, puisant, dans la profondeur de leur amour, la force de résister à tous les obstacles, un fils naîtra, fruit de leur union sans nuages. Ce roman n'est pas considéré comme l'un des meilleurs de Lawrence mais la sensibilité de l`auteur en face de la nature est indéniable. Lawrence défendra son livre dans deux vigoureuses apologies, "Pornography and Obscenity" (1929) et "A Propos of Lady Chatterley's Lover" (1930).  

 

Chapter 12

Connie went to the wood directly after lunch. It was really a lovely day, the first dandelions making suns, the first daisies so white. The hazel thicket was a lace-work, of half-open leaves, and the last dusty perpendicular of the catkins. Yellow celandines now were in crowds, flat open, pressed back in urgency, and the yellow glitter of themselves. It was the yellow, the powerful yellow of early summer. And primroses were broad, and full of pale abandon, thick-clustered primroses no longer shy. The lush, dark green of hyacinths was a sea, with buds rising like pale corn, while in the riding the forget-me-nots were fluffing up, and columbines were unfolding their ink-purple ruches, and there were bits of blue bird's eggshell under a bush. Everywhere the bud-knots and the leap of life!

The keeper was not at the hut. Everything was serene, brown chickens running lustily. Connie walked on towards the cottage, because she wanted to find him.

The cottage stood in the sun, off the wood's edge. In the little garden the double daffodils rose in tufts, near the wide-open door, and red double daisies made a border to the path. There was the bark of a dog, and Flossie came running.

The wide-open door! so he was at home. And the sunlight falling on the red-brick floor! As she went up the path, she saw him through the window, sitting at the table in his shirt-sleeves, eating. The dog wuffed softly, slowly wagging her tail.

He rose, and came to the door, wiping his mouth with a red handkerchief still chewing.

- May I come in? she said.

- Come in!

The sun shone into the bare room, which still smelled of a mutton chop, done in a dutch oven before the fire, because the dutch oven still stood on the fender, with the black potato—saucepan on a piece of paper, beside it on the white hearth. The fire was red, rather low, the bar dropped, the kettle singing. On the table was his plate, with potatoes and the remains of the chop; also bread in a basket, salt, and a blue mug with beer. The table - cloth was white oil-cloth, he stood in the shade..."

 

CHAPITRE XII

Connie alla au bois tout de suite après le déjeuner. C'était vraiment une journée délicieuse. Les premiers pissenlits s'ouvraient comme des soleils, les premières pâquerettes étaient si blanches! Le buisson de noisetiers faisait une dentelle, avec ses feuilles à demi ouvertes entre les lignes perpendiculaires et poussiéreuses des derniers chatons. Les anémones jaunes étaient en foule maintenant, largement ouvertes, se chevauchant les unes les autres, d'un jaune éclatant. C'était le jaune, le jaune puissant du debut de l'été. Et les primevères s'épanouissaient largement, dans un pâle abandon, d'épaisses touffes de primevères qui avaient oublié leur timidité. Le vert luxuriant et sombre des jacinthes était une mer où les boutons se dressaient comme du blé pâle, tandis que dans l'allée les myosotis s'ébouriffaient et que les ancolies dépliaient leurs ruches d'un violet d'encre ; et il y avait des fragments de coquilles d'œufs bleues sous un fourré. Partout le noeud des boutons et l'élan de la vie !  

Le garde n'était pas à la cabane. Tout était serein, des poussins bruns couraient avec vigueur. Connie continua jusqu'au cottage, car elle voulait le voir.  Le cottage se dressait en plein soleil, au-delà de la lisière du bois. Dans le petit jardin, les jonquilles doubles s'élevaient en touffes, près de la porte grande ouverte, et les pâquerettes doubles faisaient une bordure rouge au sentier. Ou entendit un aboiement, puis Flossie arriva en courant. 

Ah ! cette porte grande ouverte ! Ainsi, il était à la maison. Et le soleil qui tombait sur le dallage de brique rouge! De l'allée,  elle le vit par la fenêtre, assis à table en bras de chemise, mangeant. La chienne grognait doucement, remuant lentement la queue. 

Il se leva et vint à la porte, s'essuyant la bouche avec un mouchoir rouge, mâchant encore.

- Est-ce que je peux entrer ? dit-elle.

- Entrez! 

Le soleil brillait dans la pièce nue, où demeurait l'odeur d'une côtelette de mouton qu'il avait fait cuire à la rôtissoire devant le feu. La rôtissoire était encore sur le garde-feu ; et à côté, toute noire sur l'âtre blanc, il y avait la poêle à pommes de terre, posée sur un morceau de papier. Le feu était rouge, un peu bas, la crémaillère baissée, et la bouilloire chantait. Sur la table, il y avait son assiette, avec des pommes de terre et les restes de la côtelette ; du pain aussi dans une corbeille, du sel, et un gobelet bleu rempli de bière. La nappe était une toile cirée blanche. Il se tenait dans l'ombre. 


- Vous êtes très en retard, dit-elle- Continuez donc votre repas. 

Elle s'assit sur une chaise de bois, au soleil, près de la porte.

- J'ai dû aller à Uthwaite, dit-il, s'asseyant à table mais sans manger.            

- Mangez, je vous en prie, dit-elle.     

  Mais il ne touchait à rien.   

- Vous voulez prendre quelque chose ? demanda-t-il en patois. Vous voulez une tasse de thé? L'eau bout...

Il se leva à demi de sa chaise.    

- Seulement si vous me le laissez faire moi-même. dit-elle en se levant. 

Il avait l'air triste, et elle eut l'impression qu'elle le dérangeait.

- Eh bien, la théière est là, dit-il en montrant une petite armoire brune en encoignure. Les tasses et le thé sont sur le manteau de la cheminée, au-dessus de votre tête.

Elle alla chercher la théière noire, puis elle prit la boîte de thé sur le dessus de la cheminée. Elle rinça la théière à l'eau chaude, puis hésita un moment, ne sachant où la vider. 

- Jetez-la dehors, dit-il, conscient de tout ce qu'elle faisait. C'est de l`eau propre. 

Elle alla à la porte et jeta l'eau dans l'allée. Comme cet endroit était charmant, si paisible, si vraiment sylvestre! Des feuilles d'un jaune ocre étaient sorties sur les chênes; dans le jardin, les pâquerettes ressemblaient à des boutons de peluche rouge. Elle regarda la grande dalle de grès creuse du seuil, où passaient maintenant si peu de pas.

- Que c'est joli ici! Tout est si calme, si vivant et si calme!

Il s'était remis à son repas, un peu lentement et à contrecœur, et elle sentit qu'il était découragé. Elle fit le thé en silence, et mit la théière sur la plaque du foyer, comme elle savait que cela se faisait. Il repoussa son assiette et alla dans l'arrière-cuisine. Elle entendit le bruit d'un loquet, puis il revint avec du fromage dans une assiette et du beurre.  

Elle mit les deux tasses sur la table. Il n'y en avait que deux.

- Est-ce que vous prendrez une tasse? dit- elle. 

- Si vous voulez. Le sucre est dans le placard, et il y a un petit pot de crème. Le lait est dans un pichet, dans le garde-manger.

- Faut-il enlever votre assiette ? lui demanda-t-elle. 

ll la regarda avec un sourire légèrement ironique. 

- Mais... si vous voulez, dit-il en mangeant lentement le pain et le fromage. 

Elle alla derrière la cuisine, dans l'appentis, où il y avait la pompe. A gauche, il y avait une porte, sans doute celle du garde-manger. Elle souleva le loquet, et eut presque un sourire en voyant ce qu'il appelait le garde-manger : un long recoin étroit blanchi à la chaux, à peine un placard. Mais il logeait quand même un petit tonneau de bière, ainsi que quelques plats avec quelques morceaux de nourriture. Elle prit un peu de lait dans le pichet jaune. 

- D'où vient votre lait? lui demanda-t-elle en revenant vers la table.  

 - Les Flint. Ils me déposent une bouteille au bout de la garenne. .Vous savez, là où je vous ai rencontrée.

Mais il était découragé. 

Elle versa le thé, le pot de crème dans l'autre main.

- Pas de lait, dit-il. 

Puis il parut entendre un bruit, et regarda vivement par la porte ouverte. 

- Je crois qu'il vaudrait mieux fermer, dit-il. .

- Quel dommage, dit-elle. Personne ne va venir, n'est-ce pas?

- Il n'y a pas une chance sur mille, mais on ne sait jamais.

- Même si quelqu'un vient, cela n'a pas d'importance, dit-elle. Je ne fais que prendre le thé. Où sont les cuillers ? 

Il se pencha, et tira le tiroir de la table. Connie s'assit à table, dans le soleil qui entrait par la porte.

- Flossie, dit-il à la chienne, qui était couchée sur une petite natte au pied de l'escalier. Va guetter, guette!

ll leva le doigt, et son "guette" était très expressif. La chienne partit en reconnaissance. 

- Vous êtes triste aujourd'hui ? lui demanda-t-elle.

Il tourna vivement vers elle le regard de ses yeux bleus.

- Triste, non, mais ennuyé. J'ai dû faire envoyer des assignations à deux braconniers que j'ai surpris, et puis... Oh! je n'aime pas voir les gens. 

Il parlait dans un anglais froid et correct, et il y avait de la colère dans sa voix. 

- Vous détestez être garde-chasse ? demanda-t-elle.

- Garde-chasse, non. Tant qu'on me laisse tranquille. Mais, quand il faut que j'aille courir au commissariat de police ou ailleurs et attendre qu'un tas d'imbéciles veuillent bien s'occuper de moi... eh bien, cela me rend fou - et il eut un sourire, mêlé d'un peu d'humour. 

- Ne pourriez-vous pas être vraiment indépendant? demanda-t-elle.   

- Moi ? Sans doute, je pourrais vivre de ma pension, si c'est cela que vous voulez dire. Mais il faut que je travaille, ou je mourrais. C'est-à-dire que j'ai besoin de quelque chose pour m'occuper. Et je n'ai pas assez bon caractère pour travailler à mon compte. Il faut que ce soit un travail pour quelqu'un d'autre, sinon j'enverrais tout promener au bout d'un mois, par mauvaise humeur. Voilà pourquoi, tout compte fait, je suis très bien ici. Surtout ces temps derniers...

Il eut un rire de nouveau, adressé à elle et légèrement moqueur. 

- Mais pourquoi êtes-vous de mauvaise humeur? demanda-t-elle. Est-ce que vous voulez dire que vous êtes toujours de mauvaise humeur? 

- C'est un peu ça, dit-il en riant. Je ne digère pas bien ma bile. 

- Mais quelle bile ? dit-elle. 

- La bile, dit-il. Vous ne savez pas ce que c'est ?

Elle ne dit rien. déçue. Il ne faisait pas attention a elle.

- Je pars pour quelque temps le mois prochain, dit-elle.

- Vous partez! Où?  

- Venise.

- Venise ? Avec sir Clifford ? Pour combien de temps ?  

- Pour un mois environ, répondit-elle. Clifford ne vient pas.

- Il va rester ici? demanda-t-il.  

- Oui, il déteste voyager, dans son état.

- Bien sûr, le pauvre diable! dit-il avec compassion.

Il y eut un silence. 

- Vous ne m'oublierez pas pendant que je serai partie, n'est-ce pas? demanda-t-elle.   

Encore une fois il leva les yeux et la regarda en plein visage.

- Oublier ? dit-il. Vous savez bien que personne n'oublie. Ce n'est pas une question de mémoire.

Elle voulut dire « De quoi alors? », mais à la place elle dit, d'une voix étouffée :

- J'ai dit à Clifford que j'aurai peut-être un enfant.

Il la regarda attentivement soudain, d'un regard intensément interrogateur. 

- Vous lui avez dit cela? dit-il enfin. Et qu'est-ce qu'il a répondu ?  

- Oh! ça ne lui ferait rien. Il serait même content pourvu que l'enfant ait l'air d'être de lui. 

Elle n'osait pas le regarder. Il se tut un moment, puis il la dévisagea de nouveau. 

- Pas un mot sur moi, bien sûr? dit-il.

- Non, pas un mot sur vous. 

- Non. Il aurait du mal à m'accepter comme géniteur de remplacement... Alors où êtes-vous censée prendre cet enfant?

- Je pourrais avoir une aventure à Venise, dit-elle.

- Vous pourriez, répondit-il lentement. Alors c'est pour cela que vous partez?    

- Pas pour avoir une aventure., dit-elle en le regardant d'un air suppliant.

- Seulement l'apparence, dit-il.  

Le silence tomba. Il regardait par la fenêtre, le visage crispé par un sourire mi-moqueur, mi-amer. Elle détestait ce sourire.

- Vous n'avez pas pris de précautions pour ne pas avoir d'enfant alors ? demanda-t-il soudain. Parce que moi, je n'en ai pas pris.

- Non, dit-elle tout bas. Cela me ferait horreur.

Il la regarda, puis de nouveau se tourna vers la fenêtre, le même sourire sarcastique et subtil sur le visage .l Il y eut un silence tendu. Enfin il tourna la tête et lui demanda d'un ton ironique :

- C'est pour cela que vous me vouliez, alors? Pour avoir un enfant ?

Elle baissa la tête. 

- Non, pas vraiment. 

- Pour quoi alors, vraiment ? demanda-t-il d'un ton mordant.

Elle le regarda d'un air de reproche. 

- Je ne sais pas, dit-elle. 

Il éclata de rire.  

- Eh bien, du diable si je le sais, moi! dit-il.

Il y eut un long moment de silence, plein de froideur.

- Eh bien, dit-il enfin, c'est comme Madame le désire. Si vous avez le bébé, que sir Clifford le prenne. Je n'aurai rien perdu. Au contraire, j'ai eu une aventure très agréable, très

agréable oui.  

Et il s'étira dans une sorte de bâillement à demi réprimé.

- Si vous vous êtes servie de moi, dit-il, ce n'est pas la première fois que cela m'arrive, et je ne crois pas que cela ait jamais été aussi agréable que cette fois. Sauf que naturellement tout cela n'est pas très flatteur pour ma dignité. 

Il s'étira de nouveau, d'une manière curieuse, les muscles tremblants, et la mâchoire bizarrement contractée.  

- But I didn't make use of you, she said, pleading.

- At your Ladyship's service, he replied.

- No, she said. I liked your body.

- Did you? he replied, and he laughed. Well, then, we're quits, because I liked yours. He looked at her with queer darkened eyes.

- Would you like to go upstairs now? he asked her, in a strangled sort of voice.

- No, not here. Not now! she said heavily, though if he had used any power over her, she would have gone, for she had no strength against him.

He turned his face away again, and seemed to forget her. I want to touch you like you touch me,' she said. I've never really touched your body.

He looked at her, and smiled again. 

- Now? he said. 

- No! No! Not here! At the hut. Would you mind?

- How do I touch you? he asked.

- When you feel me.

He looked at her, and met her heavy, anxious eyes.

- And do you like it when I feel you? he asked, laughing at her still.

- Yes, do you? she said.

- Oh, me!  Then he changed his tone. Yes, he said. You know without asking. Which was true.

She rose and picked up her hat. I must go, she said.

- Will you go? he replied politely.

She wanted him to touch her, to say something to her, but he said nothing, only waited politely.

- Thank you for the tea, she said.

- I haven't thanked your Ladyship for doing me the honours of my tea-pot, he said.

 

- Mais je ne me suis pas servie de vous, dit-elle, suppliante.

- Au service de Madame, répondit-il.  

- Non, dit-elle. Votre corps me plaisait. 

- Vraiment, répondit-il, et il se mit à rire. Eh bien alors, nous sommes quittes, parce que le vôtre me plaisait aussi.

Il la regarda, les yeux étranges, assombris.      

- Voulez-vous que nous montions maintenant? demanda-t-il, la voix un peu étranglée. 

- Non, pas ici, pas maintenant, dit-elle, parlant avec difficulté. Et pourtant, s`il avait le moins du monde insisté, elle l'aurait suivi, car elle n'avait pas de résistance devant lui. 

Il se détourna de nouveau, comme s'il ne pensait plus à elle.

- Je veux vous toucher comme vous m'avez touchée, dit-elle. Je n'ai pas vraiment touché votre corps.

Il la regarda et sourit de nouveau.

- Maintenant? dit-il.  

- Non, non! Pas ici, à la cabane. Si vous voulez bien.

- Comment est-ce que je vous touche ? demanda-t-il.

- Quand vous me caressez.    

Il leva les yeux et rencontra son regard lourd, inquiet.

- Et vous aimez que je vous caresse ? dit-il encore moqueur.

- Oui, et vous? dit-elle. 

- Oh moi! Puis il changea de voix. Oui, dit-il, vous n'avez pas besoin de le demander, vous le savez bien.

Ce qui était vrai.   

Elle se leva et prit son chapeau.

- Il faut que je m'en aille, dit-elle.   

- Vous partez ? répondit-il poliment.

Elle voulait qu'il la touche, qu'il lui dise quelque chose, mais il ne disait rien. Il attendait, poliment. 

- Merci pour le thé, dit-elle. 

- Je n'ai pas remercié Madame de m'avoir fait l'honneur de prendre le thé avec moi, dit-il. 


Elle repartit par l'allée, et il resta surle seuil de la porte, le même sourire légèrement moqueur sur la figure. Flossie accourut, la queue en l'air. Et Connie dut marcher en silence jusqu'au bois, sachant qu'il était là debout, à l'observer, avec ce sourire incompréhensible.  

Elle rentra chez elle très abattue et irritée. Elle n'aimait pas du tout ce qu'il avait dit, qu'elle s'était servie de lui. Parce que, en un sens, c'était vrai. Mais il n'aurait pas dû le dire. En sorte que, de nouveau, elle se trouvait partagée entre deux sentiments : de la rancune contre lui, et le désir de se réconcilier avec lui.

L'heure du thé lui fut pénible et irritante, et aussitôt après elle monta chez elle. Mais là, ce ne fut guère mieux. Elle ne tenait pas en place mais ne savait pas non plus à quoi s'occuper. Il fallait qu'elle fasse quelque chose. Il fallait qu'elle retourne à la cabane. 

S'il n'y était pas, tant pis. 

Elle se glissa dehors par la porte de côté, et se dirigea tout droit vers la cabane, l'humeur un peu sombre. Quand elle arriva à la clairière, elle était terriblement mal à l'aise. Mais il était là, de nouveau, en bras de chemise, penché sur les cages d'où il faisait sortir les poules, et autour de lui il y avait les poulets, devenus un peu dégingandés en grandissant, mais beaucoup plus alertes que les poulettes.

Elle alla tout droit à lui.   

- Vous voyez, je suis venue, dit-elle. 

- Oui, je vois, dit-il, en se redressant et la regardant d'un air légèrement amusé.

- Vous faites sortir les poules maintenant? demanda-t-elle.

- Oui, elles n'ont plus que la peau et les os à force de rester assises à couver, dit-il. Et maintenant elles n'ont pas très envie de sortir se nourrir. Les poules couveuses n'existent pas par elles-mêmes. Elles sont tout entières dans leurs oeufs ou leurs poussins. 

Pauvres mères poules! Quel amour aveugle! Et même pour des oeufs qui ne sont pas les leurs. Connie les regarda avec compassion. Un silence désemparé tomba entre l'homme et la femme. (A helpless silence fell between the man and the woman.)

- Allons-nous à la cabane maintenant? demanda-t-il. 

- Est-ce que vous me voulez ? (Do you want me?) demanda-t-elle, par une sorte de méfiance.    

- Oui, si vous voulez venir. (Ay, if you want to come)

Elle ne répondit pas.   

- Venez alors, dit-il. (Come then! he said)

Et elle alla avec lui à la cabane. Une fois la porte fermée, il y faisait très sombre, aussi alluma-t-il une petite lumière dans la lanterne, comme la dernière fois.  

- Est-ce que vous avez enlevé vos dessous ? lui demanda-t-il.

- Oui. 

- Bon alors, je vais enlever mes affaires aussi..

He spread the blankets, putting one at the side for a coverlet. She took off her hat, and shook her hair. He sat down, taking off his shoes and gaiters, and undoing his cord breeches.

- Lie down then! he said, when he stood in his shirt. She obeyed in silence, and he lay beside her, and pulled the blanket over them both.

- There! he said.

And he lifted her dress right back, till he came even to her breasts. He kissed them softly, taking the nipples in his lips in tiny caresses.

- Eh, but tha'rt nice, tha'rt nice!’ he said, suddenly rubbing his face with a snuggling movement against her warm belly.

And she put her arms round him under his shirt, but she was afraid, afraid of his thin, smooth, naked body, that seemed so powerful, afraid of the violent muscles. She shrank, afraid.

And when he said, with a sort of little sigh: "Eh, tha'rt nice!" something in her quivered, and something in her spirit stiffened in resistance: stiffened from the terribly physical intimacy, and from the peculiar haste of his possession. And this time the sharp ecstasy of her own passion did not overcome her; she lay with her ends inert on his striving body, and do what she might, her spirit seemed to look on from the top of her head, and the butting of his haunches seemed ridiculous to her, and the sort of anxiety of his penis to come to its little evacuating crisis seemed farcical. Yes, this was love, this ridiculous bouncing of the buttocks, and the wilting of the poor, insignificant, moist little penis. This was the divine love! After all, the moderns were right when they felt contempt for the performance; for it was a performance. It was quite true, as some poets said, that the God who created man must have had a sinister sense of humour, creating him a reasonable being, yet forcing him to take this ridiculous posture, and driving him with blind craving for this ridiculous performance. Even a Maupassant found it a humiliating anti-climax. Men despised the intercourse act, and yet did it.

Il étendit les couvertures, en mettant une sur le côté pour les couvrir plus tard. Elle enleva son chapeau et secoua ses cheveux. Il s'assit, enleva ses chaussures et ses guêtres, et défit son pantalon de velours.

- Couchez-vous, alors, dit-il quand il fut en chemise. 

Elle obéit en silence, et il se coucha à côté d'elle et tira la couverture sur eux.

- Voilà, dit-il.   

Puis il remonta sa robe jusqu'à ce qu'il arrive aux seins. Il les embrassa doucement, prenant les bouts entre ses lèvres en toutes petites caresses. 

- Ah que tu es bonne, que tu es bonne! dit-il, frottant soudain son visage comme pour l'y blottir contre son ventre tiède.

Et elle mit ses bras autour de lui, sous la chemise, mais elle avait peur, peur de son corps nu, lisse et mince, et qui semblait si puissant, peur de ses muscles violents. Elle se recroquevilla de peur. 

Et lorsqu'il dit, avec une sorte de petit soupir : « Que tu es bonne », quelque chose en elle frissonna, et quelque chose dans son âme se raidit et se mit à résister, se raidit devant cette terrible intimité physique, et devant la hâte étrange qu'il mit à la posséder. Et cette fois, elle ne fut-pas vaincue par l'extase aiguë de sa propre passion. Elle restait là, les mains inertes sur le corps de l`homme en mouvement, et, malgré elle, son esprit semblait contempler la scène, perché au sommet de sa tête, et les coups de boutoir des hanches lui semblaient ridicules, et grotesque cet acharnement du pénis à arriver à sa petite crise d`évacuation.

Oui, c'était cela l'amour, ce ridicule sursaut des fesses, et le fléchissement du pauvre petit pénis, minable et humide. C'était cela, le divin amour! Après tout, les modernes avaient raison de n'éprouver que mépris pour cet exercice de cirque, car c'était un exercice de cirque. C`était bien vrai, ce que certains poètes ont dit, que le dieu qui a créé l'homme devait avoir un humour sinistre pour en avoir fait un être doué de raison et en même temps l'obliger à cette posture ridicule, le pousser à désirer aveuglément et rechercher cette ridicule exhibition. Même un Maupassant y voyait une chute humiliante. Les hommes méprisaient l'acte sexuel, et pourtant l'accomplissaient.


Froid et railleur, son étrange esprit de femme se tenait à l'écart et, bien qu'elle restât parfaitement immobile, il n'y avait qu'un désir en elle : soulever les reins, expulser l'homme, échapper à son étreinte vulgaire et aux coups de boutoir de ces hanches ridicules qui la chevauchaient. Son corps était une chose imparfaite, impudente et sotte, un peu répugnante à cause de sa forme grossière et mal finie. Certainement, à un degré d'évolution plus élevé, cet exercice de cirque, cette «fonction », ne manquerait pas d'être éliminé. 

 

(Cold and derisive her queer female mind stood apart, and though she lay perfectly still, her impulse was to heave her loins, and throw the man out, escape his ugly grip, and the butting over-riding of his absurd haunches. His body was a foolish, impudent, imperfect thing, a little disgusting in its unfinished clumsiness. For surely a complete evolution would eliminate this performance, this "function".)

 

Et pourtant quand il eut fini, très vite, et qu'il resta étendu, si tranquille, s'enfonçant dans le silence et dans un éloignement étrange et immobile, si loin qu`elle ne pouvait l'atteindre, son cœur commença à pleurer. Elle le sentait qui refluait loin, loin, l'abandonnant comme un galet sur le rivage. Il se retirait, il l'abandonnait en esprit. Il savait. 

 

(And yet when he had finished, soon over, and lay very very still, receding into silence, and a strange motionless distance, far, farther than the horizon of her awareness, her heart began to weep. She could feel him ebbing away, ebbing away, leaving her there like a stone on a shore. He was withdrawing, his spirit was leaving her. He knew.)

 

Et, prise d'une véritable douleur, tourmentée par ce dédoublement de sa conscience et de ses réactions, elle se mit à pleurer. ll n'y fit pas attention, ou peut-être même ne s'en aperçut-il pas. La tempête de sanglots s'enfla, la secouant elle d'abord, puis lui aussi.   

- Oui, dit-il, c'était raté cette fois. Vous n'étiez pas là.

Ainsi il savait. Ses sanglots devinrent plus violents.  

 

(And in real grief, tormented by her own double consciousness and reaction, she began to weep. He took no notice, or did not even know. The storm of weeping swelled and shook her, and shook him.

- Ay!' he said. It was no good that time. You wasn't there.

So he knew! Her sobs became violent.)

 

- Mais qu'avez-vous ? dit-il. Cela arrive de temps en temps.

- Je... je ne peux pas vous aimer, dit-elle en sanglotant.

Il lui sembla soudain que son coeur se brisait. 

- Tu ne peux pas ? Eh bien, n'y pense plus. Il n'y a pas de lois qui t'y obligent. Prends les choses comme elles sont.

Il avait encore la main sur ses seins. Mais elle ne l'entourait plus de ses bras. 

Ses paroles n'étaient guère réconfortantes   pour elle. Elle sanglotait sans retenue.

- Non, non, dit-il. Il faut prendre la balle avec le grain. Cette fois, c'était un peu de balle.         

Elle pleurait amèrement: 

- Mais je veux vous aimer, dit-elle en sanglotant, et je n'y arrive pas. Cela me paraît seulement horrible.  

Il rit un peu, à demi amer, à demi amusé.

- Ce n'est pas horrible, dit-il, même si tu penses ça. Et tu ne peux pas le rendre horrible. Ne te force pas à m'aimer, ça ne servira à rien. Dans un panier de noix, il y en a toujours une de mauvaise. Il faut prendre la mauvaise avec les bonnes. 

Il retira sa main de son sein, et leurs corps furent séparés. Et maintenant qu'il ne la touchait plus, une satisfaction presque méchante l'envahit.. Elle détestait le dialecte et tous ces tutoiements. Il pouvait bien se relever s'il voulait, et se tenir debout au-dessus d'elle à reboutonner cet absurde pantalon de velours, juste devant sa figure. Michaelis, au moins, avait eu la décence de se retourner. Mais cet homme était si sûr de lui-même, il ne se doutait même pas qu'il était un rustre pour d'autres gens, qu'il manquait d'éducation.      

Pourtant, quand il se recula pour se lever sans bruit et la quitter, elle s'accrocha à lui dans un accès de terreur. 

-  Non! ne pars pas ! ne me laisse pas! ne sois pas en colère contre moi i Tiens-moi! Tiens-moi fort! murmurait-elle en proie à une frénésie aveugle, ne sachant même pas ce qu'elle disait et s'accrochant à lui avec une force surnaturelle. C'était d'elle-même qu'elle voulait être sauvée, de sa propre colère et de sa résistance intérieure. Pourtant comme cette résistance intérieure qui la possédait était forte! 

 

(- Don't! Don't go! Don't leave me! Don't be cross with me! Hold me! Hold me fast! she whispered in blind frenzy, not even knowing what she said, and clinging to him with uncanny force. It was from herself she wanted to be saved, from her own inward anger and resistance. Yet how powerful was that inward resistance that possessed her!)

 

Il la reprit dans ses bras et l'attira à lui, et soudain elle devint petite dans ses bras, petite et câline. C'était fini, la résistance était partie, et elle commença à fondre en une paix merveilleuse. Et comme elle devenait merveilleusement fondante et petite dans ses bras, elle lui parut infiniment désirable, toutes ses veines semblèrent brûler d'un désir intense et pourtant tendre, pour elle, pour sa douceur, pour la beauté pénétrante qu`elle avait contre lui et qui lui passait dans le sang. Et doucement, de cette merveilleuse caresse de la main si doucement et purement désirante qu'elle faisait défaillir, doucement il caressa la pente soyeuse de ses reins, plus bas, plus bas encore, entre ses fesses douces et tièdes, de plus en plus près, jusqu'au vif de sa chair. Et elle le sentait comme une flamme de désir, tendre pourtant, et elle se sentit fondre dans la flamme. Elle se laissa aller. Elle sentit le pénis se dresser contre elle, s'imposant avec une force silencieuse et stupéfiante, et elle se laissa aller à lui. Elle céda avec un frisson qui ressemblait à la mort, elle s'ouvrit tout entière à lui. Ah, s'il n'était pas tendre avec elle maintenant, comme ce serait cruel, car elle était ouverte tout entière à lui et sans défense..  

Elle frissonna de nouveau sous la puissante et inexorable pénétration en elle, si étrange et terrible. Ce serait peut-être comme un coup d'épée dans son corps doucement ouvert, et alors elle mourrait. Elle s'accrocha à lui dans un accès d'angoisse et de terreur. Mais ce fut une étrange et lente avancée de paix, la sombre avancée de la paix, d'une tendresse pesante, primordiale, telle que celle qui fit le monde aux origines. Et la terreur s'apaisa dans sa poitrine, sa poitrine osa se laisser aller en paix, elle-même ne retint rien., Elle osa laisser tout aller, tout d'elle-même, et disparaître dans le flot. 

 

(She quivered again at the potent inexorable entry inside her, so strange and terrible. It might come with the thrust of a sword in her softly - opened body, and that would be death. She clung in a sudden anguish of terror. But it came with a strange slow thrust of peace, the dark thrust of peace and a ponderous, primordial tenderness, such as made the world in the beginning. And her terror subsided in her breast, her breast dared to be gone in peace, she held nothing. She dared to let go everything, all herself and be gone in the flood.)

 

And it seemed she was like the sea, nothing but dark waves rising and heaving, heaving with a great swell, so that slowly her whole darkness was in motion, and she was Ocean rolling its dark, dumb mass. Oh, and far down inside her the deeps parted and rolled asunder, in long, fair - travelling billows, and ever, at the quick of her, the depths parted and rolled asunder, from the centre of soft plunging, as the plunger went deeper and deeper, touching lower, and she was deeper and deeper and deeper disclosed, the heavier the billows of her rolled away to some shore, uncovering her, and closer and closer plunged the palpable unknown, and further and further rolled the waves of herself away from herself leaving her, till suddenly, in a soft, shuddering convulsion, the quick of all her plasm was touched, she knew herself touched, the consummation was upon her, and she was gone. She was gone, she was not, and she was born: a woman.

Et il sembla qu'elle était comme la mer, toute en sombres vagues s'élevant et gonflant, gonflant en une grande houle, et que lentement toute sa chair obscure se mettait en mouvement, et qu'elle était l'océan roulant sa sombre masse muette. Ah, et loin au tréfonds d'elle-même, les profondeurs de la mer s'ouvraient et s'écartaient en roulant, en longues vagues onduleuses qui se poursuivaient très loin, et encore, au vif de sa chair, les profondeurs s'ouvraient et s'écartaient en roulant, fuyant le centre de douce plongée, où le plongeur descendait de plus en plus profond, touchant encore plus bas, et elle était découverte profondément, de plus en plus profondément, tandis que, plus nombreuses et plus lourdes, les vagues de sa chair fuyaient en roulant vers quelque rivage, la découvrant, et que de plus en plus près plongeait l'inconnu palpable, et que de plus en plus loin s'éloignaient d`elle en roulant les vagues d'elle-même, l'abandonnant, jusqu'à ce que soudain, en une douce et frissonnante convulsion, le vif de toute sa chair fût touché.  Elle sut qu'elle était touchée, la consommation finale était sur elle, elle disparut. Elle disparut, elle n'était plus, elle était née : une femme! 


Ah, trop beau, c'était trop beau! Dans le reflux, elle prit conscience de toute cette beauté. Maintenant son corps s'accrochait avec un tendre amour à l'homme inconnu, et aveuglément au pénis fléchissant, tandis que tendrement, fragilement, sans le savoir, il se retirait, après l'assaut ardent de sa puissance. Comme il se retirait et abandonnait son corps, chose secrète et sensible, elle poussa un cri inconscient, le cri de la perte totale, et elle essaya de le remettre. Cela avait été si parfait! Et elle avait eu tant de bonheur! 

Et maintenant seulement, elle prit conscience de la réticence du pénis, de sa petitesse et fragilité de bourgeon, et un petit cri d'étonnement douloureux s'échappa d'elle encore, le cri de son coeur de femme devant la délicate fragilité de ce qui avait été la puissance. 

- C'était si beau, gémit-t-elle, si beau.

Mais il ne dit rien. Il l`embrassa seulement, avec douceur, calmement étendu sur elle. Et elle gémit avec une sorte de béatitude, comme si elle avait été sacrifiée et rendue neuve à la vie. Et maintenant en son coeur un étrange émerveillement s'éveillait devant lui. 

A man! The strange potency of manhood upon her! Her hands strayed over him, still a little afraid. Afraid of that strange, hostile, slightly repulsive thing that he had been to her, a man. And now she touched him, and it was the sons of god with the daughters of men. How beautiful he felt, how pure in tissue! How lovely, how lovely, strong, and yet pure and delicate, such stillness of the sensitive body! Such utter stillness of potency and delicate flesh. How beautiful! How beautiful! Her hands came timorously down his back, to the soft, smallish globes of the buttocks. Beauty! What beauty! a sudden little flame of new awareness went through her. How was it possible, this beauty here, where she had previously only been repelled? The unspeakable beauty to the touch of the warm, living buttocks! The life within life, the sheer warm, potent loveliness. And the strange weight of the balls between his legs! What a mystery! What a strange heavy weight of mystery, that could lie soft and heavy in one's hand! The roots, root of all that is lovely, the primeval root of all full beauty.

She clung to him, with a hiss of wonder that was almost awe, terror. He held her close, but he said nothing. He would never say anything. She crept nearer to him, nearer, only to be near to the sensual wonder of him. And out of his utter, incomprehensible stillness, she felt again the slow momentous, surging rise of the phallus again, the other power. And her heart melted out with a kind of awe.

And this time his being within her was all soft and iridescent, purely soft and iridescent, such as no consciousness could seize. Her whole self quivered unconscious and alive, like plasm. She could not know what it was. She could not remember what it had been. Only that it had been more lovely than anything ever could be. Only that. And afterwards she was utterly still, utterly unknowing, she was not aware for how long. And he was still with her, in an unfathomable silence along with her. And of this, they would never speak.

 

Un homme! L'étrange puissance de la virilité sur elle! Ses mains s'aventurèrent sur lui, encore un peu craintives. Craintives devant cette chose étrange, hostile, légèrement répugnante qu'il avait été pour elle : un homme. Et maintenant elle le touchait, et c'était les fils de Dieu avec les filles des hommes. Commeil était beau à toucher, d'un tissu si pur! Comme elle était belle, belle, forte et pourtant pure et délicate, cette tranquillité du corps sensitif ! Cette tranquillité absolue de la puissance et de la chair délicate. Que c'était beau, si beau! Ses mains descendirent timidement le long du dos, jusqu'aux globes doux et minces des fesses. Beauté! tant de beauté ! Une compréhension nouvelle la traversa soudain comme une petite flamme. Comment était-ce possible cette beauté qu'elle voyait là, alors qu'auparavant elle n'avait éprouvé que répulsion ? La beauté indicible des fesses, chaudes et vivantes au toucher! La vie dans la vie, la simple beauté, chaleureuse et vivante. Et le poids étrange des couilles entre les jambes! Quel mystère ! Quel étrange et lourd poids de mystère, qu'on pouvait tenir, doux et lourd, dans ses mains! Les racines, la racine de tout ce qui est beau, la racine primitive de toute beauté et plénitude.

Elle, s'accrocha à lui, avec un soupir d'émerveillement qui était presque de l'effroi, comme devant le sacré. Il la tenait serrée contre lui, mais il ne disait rien. Il ne disait jamais rien. Elle  se glissa plus près de lui, encore plus près, seulement pour être près de ce miracle sensuel qu'il était pour elle. Et du milieu de son absolue, de son incompréhensible, immobilité, elle sentit de nouveau la lente, inexorable montée du phallus, de l'autre puissance. Et son cœur défaillit dans une sorte d'effroi sacré. Et cette fois, sa présence en elle fut toute douceur et

chatoiement, purement douce et chatoyante, au-delà de ce que peut saisir la conscience. Son être entier palpitait inconscient et vivant, comme du protoplasme. Elle ne savait pas ce que c'était. Elle ne pouvait se rappeler ce que cela avait été, seulement que cela avait été plus délicieux que rien ne pourrait jamais l'être. Seulement cela. Et après elle resta complètement immobile, complètement sans conscience, pendant un temps qu'elle n'aurait

pu évaluer. Et il était immobile avec elle, plongé avec elle dans un silence insondable. Et de tout cela, ils ne parleraient jamais. 


Quand la conscience du monde extérieur commença à lui revenir, elle s'accrocha à sa poitrine, murmurant : "Mon amour ! mon amour !" Et il la tint dans ses bras silencieusement. Et elle se blottit sur sa poitrine, lieu parfait. 

Mais son silence était insondable. Ses mains la tenaient comme un bouquet de fleurs, d'une manière si étrangement calme.

- Où es-tu? murmura-t-elle. Où es-tu? Parle-moi ! Dis-moi quelque chose. 

Where are you? Speak to me! Say something to me!..."