Novalis (1772-1801), "Die Jünger von Sais" (1797-1798), "Hymnen an die Nacht" (1800), "Heinrich von Ofterdingen" (1802) - ...

Last Update: 12/31/2016


La littérature allemande possède cette spécificité d'avoir très tôt résisté au rationalisme des Lumières. Dès 1770, elle privilégie l'exploration de l'inconscient et un désir inéluctable de se fondre dans une approche mystique via les thèmes du rêve, de l'intuition, de l'imaginaire. A partir de 1780 et pendant près de trente ans, le "Classicisme de Weimar" s'impose dans la culture allemande et se construit principalement autour de trois dates et de trois figures,  - Johann Gottfried Herder qui s'installe à Weimar en 1776, le début de l'amitié de Schiller et Goethe en 1794, Schiller achève sa trilogie Wallenstein, le plus grand drame historique jamais écrit en langue allemande - "Un matin, écrit Jean-Paul Richter, me vint du ciel cette idée : je suis un moi, qui dès lors ne me quitta plus ; mon moi s'était vu lui-même pour la première fois, et pour toujours..." Après 1820, cette attitude allemande du romantisme semble sombrer dans une sorte de nihilisme diffus. 

(Carl Julius von Leypold (1806-1874) - Wanderer in the Storm (1835) - Metropolitan Museum of Art - New York)

 

Friedrich Schiller (1759-1805) est le grand inspirateur de toute la poésie romantique allemande : il entend non seulement dépasser tout conflit entre nature sensible et nature spirituelle, mais aussi cette si grande déception que fut la Révolution française en prônant une esthétique, la recherche de la beauté et de la pureté comme possibilité de reconstituer une trame morale et politique à notre existence.

Friedrich Schiller by Ludovike Simanowiz (1759-1827)

"Furcht, die schreckliche Begleitung
Der Tyrannei, wird schaundernd vor dir herziehn,
Und jede Straße, wo du gehst, veröden.
Laß mich der neun Freiheit genießen,
Laß mich ein Lind sein, sei es mit!
Und auf dem grünen Teppich der Wiesen
Prüfen den leichten, geflügelten Schritt..."

 

"La terreur, seule compagne de la tyrannie, marchera
en frissonnant devant vous , et rendra déserts les
chemins où vous passerez.
Laisse-moi donc jouir de ma liberté neuve
Laisse-moi être enfant, et sois-le avec moi,
Et sur le vert tapis de ces prairies, je veux
Sentir mon pied léger, sentir mon pied ailé."
(Friedrich Schiller, Maria Stuart)

 



L'année 1793 marque, avec la "Wanderung" (Le périple) de Ludwig Tieck et de Wilhelm Heinrich Wackenroder, le début du romantisme en Allemagne : c'est le temps de la rupture avec le classicisme de Weimar et de la rencontre des deux grands poètes qui l'ont incarné,  Schiller et de Goethe, c'est le temps de la réhabilitation du Moyen Age et de son idéalisation. Le congrès de Vienne (1814-1815) scelle le retour de l'ordre ancien, la Confédération germanique est présidée par une Autriche conservatrice et le prince Klemens von Metternich  qui met fin au mouvement national-libéral né de l'opposition à Napoléon (die Karlsbader Beschlüsse)...

 

Trois cercles romantiques vont se succéder : 

Le cercle d'léna (Die Frühromantik), en quête d'harmonie, de réconciliation entre poésie et mythologie, sensible au mysticisme panthéiste ou chrétien. Il pose les fondements philosophiques du romantisme, influencés par l'idéalisme allemand dont les représentants sont Fichte (1762-1814), et son "Bestimmung des Menschen" (La Destination de I'Homme, 1800), Friedrich W.J. Schelling (1775-1854) et ses "Ideen einer Philosophie der Natur" (Idées d'une philosophie de la nature, 1797), et Friedrich Hegel (1770-1831)...

August Wilhelm Schlegel (1767-1845), - "Vorlesungen über dramatische Kunst und Literatur" (1808)-, Friedrich Schleiermacher (1768-1834), Friedrich Novalis (1772-1801), - "Heinrich von Ofterdingen" (1802), "Hymnen an die Nacht (Les Hymnes à la nuit, 1800), "Die Christenheit und Europa" (La Chrétienté et I'Europe, 1799) -, Friedrich Schlegel (1772-1829), -"Lucinde" (1799), "Rede über die Mythologie" (1800) -, Wilhelm Heinrich Wackenroder (1773-1798), Ludwig Tieck (1773-1853), - "Leben und Tod der heiligen Genoveva" (1800) -,...

 

Le cercle de Heidelberg (Die Heidelberger Romantik), considéré comme l'apogée du romantisme, privilégiant poèmes populaires et légendes anciennes comme autant  de sources d'un patrimoine national à défendre face à l'occupation française.

Clemens Brentano (1178-1842) et Achim von Arnim (1781-1831), - "Des Knaben Wunderhorn" (Le Cor merveilleux de l'enfant) (1806-1808)-, Joseph Görres (1776-1848), "Die deutschen Volksbücher" (Les Livres populaires allemands) (1807) -, les frères Grimm, Jacob (1785-1863) et Wilhelm (1786-1859), - Kinder- und Hausmärchen (Contes) (1812-1814) et Die Deutschen Sagen (Légendes allemandes) (1816), Karoline von Günerode (1780-1806) ...

 

Le cercle de Berlin (der Spätromantik), le plus tardif, se distingue des deux cercles qui l'ont précédé par l'attrait pour la part mystérieuse, plus sombre et plus inquiétante de l'individu (die Schauerromantik).

Friedrich de la Motte Fouqué (1777-1843), - "Der Held des Nordens" (1808) -, E.T.A.Hoffmann (1776-1822), - "Phantasiestücke in Callots Manier" (Contes fantastiques à la manière de Callot, 1813-1815), "Nachtstücke" (Pièces nocturnes, 1817), "Die Serapionsbrüder"  (Les Frères Sérapion), "Die Elixiere des Teufels" (Les Elixirs du diable, 1816) -, Adalbert von Chamisso (1781-1838), - "Peter Schlemihls wundersame Geschichte" -, Joseph von Eichendorff (1788-1857), - "Das Marmorbild" (1819, La Statue de marbre), "Aus dem Leben eines Taugenichts" (1826, Scènes de la vie d'un propre à rien) -, ... 


L'année 1832 marque la mort de Johann Wolfgang von Goethe et l'achèvement de la seconde partie de son "Faust", la première partie ayant été publiée en 1808 : à cette date, Goethe n'a pratiquement plus aucune influence sur les nouvelles générations qui fondent le romantisme. C'est sur l'insistance de Friedrich von Schiller que Goethe a repris l'écriture de son Faust, et Schiller, son inséparable compagnon de Weimar meurt en 1808, une période s'achève. Le Faust de Goethe reprend les nombreuses légendes populaires qui circulent depuis le XVIe siècle et mettent en scène le fameux pacte par lequel l'homme vend son âme au diable. Le Faust I se déroule dans le petit monde du Dr Faust et de l'Allemagne du XVIe siècle, la seconde partie va se déployer à l'échelle de l'univers.

(Carl Christian Vogel von Vogelstein - David d'Angers sculptant le portrait de Ludwig Tieck.) 


Novalis (1772-1801)
Novalis ne vécut pas trente ans et son oeuvre conçue sur à peine six années, restée inachevée, livre une intuition, "le chemin mystérieux mène vers l'intérieur", nous possédons un irrésistible besoin de "merveilleux" que nous partageons avec le monde que nous habitons. L'expression d' "idéalisme magique" naît d'une interprétation très particulière de l'idéalisme de Fichte : il y a certes la logique, qui est l'art de penser, mais il y a aussi un art de plus grande ampleur, l'art de réaliser nos rêves, cet art intuitif qui nous permet de penser l'univers comme un immense organisme au sein duquel le poète entend battre la pulsion divine. Ce monde fantastique, cette puissance imaginative - la célèbre "Blaue Blume" - nous révèle la vaste harmonie du monde et des hommes, aujourd'hui détruite par les forces de la discorde, et que la poésie seule peut régénérer : "le monde devient rêve, le rêve devient monde"..

Né à Wiederstedt, près de Halle, John Friedrich von Hardenberg est élevé dans un milieu piétiste (les Frères Moraves), fait des études de droit à Iéna puis Leipzig où il rencontre Friedrich Schlegel. En 1795, la disparition de Sophie von Kühn, jeune fille de treize ans qu'il aime passionnément, semble renforcer une exaltation quasi mystique : ce juriste (rapidement abandonné), géologue, minéralogiste et ingénieur des Mines (Freiberg) prend le pseudonyme de Novalis et ses intuitions poétiques vont se nourrir de l'idéalisme de Fichte, des écrits théosophiques de Franz von Baader (1765-1841), de la "Naturphilosophie" du minéralogiste Abraham Gottlob Werner (1749-1817), son maître d'étude. Le Wilhelm Meister de Goethe, qui circule alors largement, apparaît trop prosaïque, loin de cette quête poétique qui entend déchiffrer le sens suprême de notre existence qui se donne dans l'expérience sensible ou la contemplation intérieure.

En 1798, Novalis publie un ensemble de fragments poétiques, "Blüthenstaub", dans la revue des frères August Wilhelm et Friedrich Schlegel, l'Athenaeum, compose " Glauben und Liebe oder der König und die Königin" et un récit, "Die Lehrlinge zu Sais", esquisse de la "Naturphilosophie" d'un Werner ou d'un Schelling qui tentent alors d'englober dans une même interprétation de l'univers les mondes matériels et sprituels. Novalis est en effet lui aussi en quête d'une synthèse absolue entre connaissance et perception de la Nature et spéculations philosophiques et religieuses et écrit sur ce thème nombre de fragments littéraires : "Das Allgemeine Brouillon". Suivent les "Geistliche Lieder", "Die Christenheit oder Europa" (1799), et débute l'écriture de "Heinrich von Ofterdingen". Il meurt à 29 ans, frappé par la tuberculose et alors qu'il allait épouser Julie von Charpentier, ultime réincarnation de Sophie de Kühn ..


"Heinrich von Ofterdingen" (Henri d'Ofterdingen, roman inachevé, 1802, posthume)
"Foncièrement et par nature, Henri était né pour être poète. Tous les hasards semblaient converger et s'unir pour sa formation, et rien encore n'était venu contrarier le vif éveil de sa vie intérieure. Tout ce qu'il voyait, tout ce qu'il entendait n'était que pour, semblait-il, lui ôter un nouveau verrou au-dedans de lui-même, lui ouvrir une fenêtre nouvelle. Il voyait devant lui s'étaler le monde dans toute l'étendue et la diversité de ses modalités entremêlées et sans cesse changeantes. Mais c'était un monde encore muet, et son âme, la parole, n'y était toujours pas éveillée. Or, déjà s'approchait un poète qui tenait par la main une adorable jeune fille, afin que, par les sons de la langue maternelle et la caresse exquise et douce d'une tendre bouche, s'ouvrissent les lèvres stupides et qu'en mélodies infinies se développât le simple accord." (Gallimard) Novalis, critique à l'égard du "Wilhelm Meisters Lehrjahre", de Goethe, de son prosaisme et de son manque d'ambition. "Wilhelm Meisters Lehrjahre sind gewissermaBen durchaus prosaisch und modern. Das Romantische geht darin zu Grunde - auch die Naturpoesie, das Wunderbare - Er handelt bloss von gewöhnlichen menschlichen Dingen - die Natur und der Mystizism sind ganz vergessen". Novalis conçoit au contraire "Heinrich von Ofterdingen"  comme celui d'un héros qui ne renonce pas à l'affirmation de son moi pour se fondre dans la société, mais au contraire se fait pleinement "poète".

 

Roman initiatique, mais inachevé, écrit au seuil de la mort, par lequel le ménestrel Henri, auteur présumé des Nibelungen, tente d'atteindre la connaissance suprême de la vie au travers d'une série de rêves prophétiques et de rencontres déterminantes. Deux parties, "L'Attente", "L'Accomplissement". Dans la première partie, le héros débute sa quête poétique par une première vision, celle d'une fleur bleue, (la célèbre "Blaue Blume"), introduction symbolique à une représentation des destinées individuelles.

"Die blaue Blume" (la fleur bleue ) dans le roman "Heinrich von Ufterdingen" de Novalis, devient l'emblème de tout le mouvement romantique, symbole de l'aspiration à I'infini, du dépassement des limites et de la réconciliation entre l'homme et la nature, mystérieuse et insondable...

"Die Eltern lagen schon und schliefen, die Wanduhr schlug ihren einförmigen Takt, vor den klappernden Fenstern sauste der Wind; abwechselnd wurde die Stube hell von dem Schimmer des Mondes. Der Jüngling lag unruhig auf seinem Lager, und gedachte des Fremden und seiner Erzählungen. »Nicht die Schätze sind es, die ein so unaussprechliches Verlangen in mir geweckt haben«, sagte er zu sich selbst; »fern ab liegt mir alle Habsucht: aber die blaue Blume sehn' ich mich zu erblicken. Sie liegt mir unaufhörlich im Sinn, und ich kann nichts anderes dichten und denken. So ist mir noch nie zumute gewesen: es ist, als hätt ich vorhin geträumt, oder ich wäre in eine andere Welt hinübergeschlummert; denn in der Welt, in der ich sonst lebte, wer hätte da sich um Blumen bekümmert, und gar von einer so seltsamen Leidenschaft für eine Blume hab' ich damals nie gehört. 

"Les parents étaient déjà endormis, l'horloge murale frappait son rythme uniforme, le vent se précipitait devant les fenêtres qui claquaient ; alternativement, la pièce devenait lumineuse avec le scintillement de la lune. Le jeune homme s'allongeait sans cesse sur son camp, pensant à l'étranger et à ses histoires. "Ce ne sont pas les trésors qui ont éveillé en moi un désir si indicible, se dit-il en lui-même, loin de moi toute avidité, mais la fleur bleue que je désire ardemment voir. Cela me vient sans cesse à l'esprit, et je ne peux ni écrire, ni penser à quoi que ce soit d'autre. C'est comme si j'avais déjà rêvé ou si j'avais dormi dans un autre monde, car dans le monde où j'ai vécu, qui se serait soucié des fleurs, et je n'avais jamais entendu parler d'une passion aussi étrange pour une fleur. 


Wo eigentlich nur der Fremde herkam? Keiner von uns hat je einen ähnlichen Menschen gesehn; doch weiß ich nicht, warum nur ich von seinen Reden so ergriffen worden bin; die andern haben ja das nämliche gehört, und keinem ist so etwas begegnet. Daß ich auch nicht einmal von meinem wunderlichen Zustande reden kann! Es ist mir oft so entzückend wohl, und nur dann, wenn ich die Blume nicht recht gegenwärtig habe, befällt mich so ein tiefes, inniges Treiben: das kann und wird keiner verstehn. Ich glaubte, ich wäre wahnsinnig, wenn ich nicht so klar und hell sähe und dächte, mir ist seitdem alles viel bekannter. Ich hörte einst von alten Zeiten reden; wie da die Tiere und Bäume und Felsen mit den Menschen gesprochen hätten. Mir ist gerade so, als wollten sie allaugenblicklich anfangen, und als könnte ich es ihnen ansehen, was sie mir sagen wollten. 

D'où venait l'étranger ? Aucun d'entre nous n'a jamais vu un homme semblable ; mais je ne sais pas pourquoi j'étais le seul à être saisi par ses discours ; les autres ont entendu la même chose, et aucun d'entre nous n'a rencontré une telle chose. Que je ne peux même pas parler de mon état étrange ! C'est souvent si délicieux pour moi, et ce n'est que lorsque j'ai la fleur qui n'est pas tout à fait présente qu'une agitation aussi profonde et sincère m'arrive : personne ne peut et ne veut comprendre cela. Je pensais que je serais en colère si je ne voyais pas et ne pensais pas si clairement et si brillamment, tout m'est beaucoup plus familier depuis lors. J'ai entendu parler du bon vieux temps, quand les animaux, les arbres et les rochers parlaient aux hommes. Pour moi, c'est comme s'ils voulaient commencer immédiatement, et comme si je pouvais regarder ce qu'ils voulaient me dire.


Cette quête se poursuit en cheminant dans le monde et en s'abandonnant à cette approche que Novalis privilégie à toute autre, l'intuition mystique, celle qui permet, seule, de saisir les principes agissant en ce monde, au-delà des apparences. Il s'agit surtout de faire coïncider dans une même vision significative tous les siècles et tous les mondes. La transfiguration du poète se nourrit des contes et légendes, de la rencontre du le poète-mage Kingsohr et de sa fille Mathilde (incarnation de la Fleur bleue, qui meurt comme Sophie, se réincarne Cyane, comme Julie). La deuxième partie va révéler le secret de la "romantisation du monde" et la découverte du poète caché en tout individu. Le cercle de l’existence est ainsi parcouru, le poète a pu recueillir les images de toutes choses en ce monde : il ne lui reste plus qu'à "rentrer en son âme comme on rentre dans sa patrie"...

"Wenn nicht mehr Zahlen und Figuren
Sind Schlüssel aller Kreaturen
Wenn die, so singen oder küssen,
Mehr als die Tiefgelehrten wissen,
Wenn sich die Welt ins freye Leben
Und in die Welt wird zurück begeben,
Wenn dann sich wieder Licht und Schatten
Zu ächter Klarheit werden gatten,
Und man in Mährchen und Gedichten
Erkennt die wahren Weltgeschichten,
Dann fliegt vor Einem geheimen Wort
Das ganze verkehrte Wesen fort."

 

"Quand ce ne seront plus des nombres, des figures,
Qui donneront la clé de toutes créatures;
Quand ceux qui chantent ou qui s'aiment acquerront
Un savoir plus profond que celui des plus doctes;
Quand le monde reviendra vers la vie libre
Et rentrera dans l'univers intérieur;
Lorsque enfin ombre et lumière se marieront
Pour donner à nouveau la clarté véritable,
Et que dans les poèmes et les contes légendaires
On aura reconnu les vraies cosmogonies,
Alors il suffira d'un mot mystérieux
Pour mettre en fuite ces créations contre-nature."



Geistliche Lieder (Cantiques)
Composés vers 1799, certains de ces cantiques ont été intégrés dans la "liturgie" luthérienne : "Wenn alle untreu werden, Wenn ich ihn nur hab", "Unter tausend frohen Stunden".

Wenn alle untreu werden,
So bleib ich dir doch treu;
Daß Dankbarkeit auf Erden
Nicht ausgestorben sei.
Für mich umfing dich Leiden,
Vergingst für mich in Schmerz;
Drum geb ich dir mit Freuden
Auf ewig dieses Herz.

Oft muß ich bitter weinen,
Daß du gestorben bist,
Und mancher von den Deinen
Dich lebenslang vergißt.
Von Liebe nur durchdrungen
Hast du so viel getan,
Und doch bist du verklungen,
Und keiner denkt daran.

 



Hymnen an die Nacht (Hymnes à la nuit, 1800)
Ce cycle de 6 Hymnes, écrits en vers libres, simples, concis, fut inspiré par cette célèbre "vision", faite d'angoisse et d'extase, que Novalis eut le 13 mai 1797 au crépuscule, sur la tombe, située à Grüningen. de son premier et grand amour, la très jeune Sophie von Kühn. Il s'agit de l'un des plus grands textes lyriques du premier romantisme allemand, mêlant avec originalité, dit-on, ses nombreuses lectures, dont Shakespeare, Schiller, et le poète Edward Young (1681-1765), célèbre pour ses "The Complaint, or Night-Thoughts on Life, Death and Immortality". Le Premier Hymne introduit à la possible médiation entre cet Ici-bas plongé dans une lumière splendide mais fallacieuse, et cet Au-delà dans lequel toute contradiction s'abolit dans la nuit, sujet du Deuxième Hymne. Les Hymnes suivants embrassent toute l'histoire de l'humanité jusqu'au dernier poème, "Sehnsucht nach dem Tode" (Nostalgie de la mort), qui célèbre une mort-délivrance et nous permet d'atteindre cette "nuit éternelle" qui constitue l'authenticité de notre existence.

 

Sehnsucht nach dem Tode

Hinunter in der Erde Schoß,
Weg aus des Lichtes Reichen,
Der Schmerzen Wut und wilder Stoß
Ist froher Abfahrt Zeichen.
Wir kommen in dem engen Kahn
Geschwind am Himmelsufer an.

Gelobt sei uns die ewge Nacht,
Gelobt der ewge Schlummer.
Wohl hat der Tag uns warm gemacht,
Und welk der lange Kummer.
Die Lust der Fremde ging uns aus,
Zum Vater wollen wir nach Haus.

Was sollen wir auf dieser Welt
Mit unsrer Lieb' und Treue.
Das Alte wird hintangestellt,
Was soll uns dann das Neue.
O! einsam steht und tiefbetrübt,
Wer heiß und fromm die Vorzeit liebt.

Die Vorzeit wo die Sinne licht
In hohen Flammen brannten,
Des Vaters Hand und Angesicht
Die Menschen noch erkannten.
Und hohen Sinns, einfältiglich
Noch mancher seinem Urbild glich.

Die Vorzeit, wo noch blütenreich
Uralte Stämme prangten,
Und Kinder für das Himmelreich
nach Qual und Tod verlangten.
Und wenn auch Lust und Leben sprach,
Doch manches Herz für Liebe brach.


Cet appel de I'infini, ce besoin d'harmonie avec le monde, caractéristiques de la littérature romantique, n'est-il le plus intérieurement ressenti lorsque s'étend la nuit, le règne de la nuit est intemporel et sans espace, faut-il toujours que le matin revienne ? 

Muß immer der Morgen wiederkommen?

Endet nie des Irdischen Gewalt?

Unselige Geschäftigkeit verzehrt

den himmlischen Anflug der Nacht.

Wird nie der Liebe geheimes Opfer ewig brennen?

Zugemessen ward dem Lichte seine [Zeit];

aber zeitlos [und raumlos] ist der Nacht Herrschaft. -- 

Ewig ist die Dauer des Schlafs.

[Heiliger Schlaf -- beglücke zu selten nicht

der Nacht Geweihte in diesem irdischen Tagewerk.

 

Nur die Toren verkennen dich und wissen 

von keinem Schlafe, als dem Schatten,

den du in jener Dämmerung der wahrhaften Nacht

mitleidig auf uns wirfst. Sie fühlen dich nicht

in der goldenen Flut der Trauben --

in des Mandelbaums Wunderöl,

und dem braunen Safte des Mohnes.

Sie wissen nicht, daß du es bist

der des zarten Mädchens Busen umschwebt

und zum Himmel den Schooss macht --

[ahnden] nicht, daß aus alten Geschichten

du himmelöffnend entgegentrittst

und den Schlüssel trägst zu den Wohnungen 

der Seligen, unendlicher Geheimnisse schweigender Bote.