Henri de Toulouse-Lautrec (1864-1901), ""Au Cirque Fernando : l'écuyère" (1887-1888), "Le Bal du Moulin de la galette" (1889), "Au Moulin rouge, la danse" (1890), "La Goulue au Moulin Rouge" (1891), "La Goulue arrivant au Moulin Rouge" (1892), "Le Divan japonais" (1893), "Le Salon de la rue des Moulins" (1894), "La Clownesse Cha-U-Kao" (1895) - ....

Last Update : 2023/11/11


Toulouse-Lautrec devint célèbre en 1895, principalement comme illustrateur et affichiste. Son talent de peintre ne sera reconnu qu'après sa mort. Ce n'est plus l'époque de Degas, - mais il compte toujours pour Lautrec -, c'est alors celle de Georges Seurat, Pierre Bonnard, Édouard Vuillard, en France, Dudley Hardy en Angleterre, Henri Meunier et Privat Livemont en Belgique, Elmer Boyd Smith aux États-Unis. Mais Lautrec se différencie radicalement de tous les styles et des mouvements de son époque, tant par le choix de ses sujets que par ses couleurs vives et audacieuses. Usant de toutes les techniques, peinture, pastel, dessin, gravure, il peut créer une oeuvre en quelques traits. Il est celui qui immortalisera les danseuses de cancan, les filles de joie, - dont il laisse deviner plus qu'un désarroi -, les souteneurs et les consommateurs libidineux...

C'est en 1890 que Toulouse-Lautrec commence à célébrer les cabarets de Montmartre, "Le Bal du Moulin de la galette" (1889), "Au Moulin rouge, la danse" (1890), hante le Chat Noir, les salles de café-concert, les lupanars comme le fameux "salon" de la rue des Moulins ("Le Divan, 1893; Au Salon de la rue des Moulins, 1894). Il fréquente ces lieux tous les soirs, en compagnie de son cousin et sn meilleur ami, le docteur Tapié de Celeyran, apprécie les fameuses goualeuses (Nini Peau-de-Chien, Rosa la Rouge), les danseuses de cancan (Grille d'Egout, Rayon d'Or, Nini Patte-en-l'air, Trompe-la-Mort, Jane Avril, dite la Mélinite, et surtout la Goulue et le danseur Valentin le désossé). Lautrec va magnifier ces femmes et sera impitoyable pour le spectateur voyeur ou le souteneur. Il use de toutes les techniques picturales, peinture, pastel, dessins, gravure, mais affectionne les panneaux de bois non préparés et le carton épais brut, brun ou gris, qui absorbe par endroits la peinture fluide et offre un fond de matière à son oeuvre. Sa vie nocturne le mène à l'alcoolisme, atteint de paralysie il meurt à trente-sept-ans. Le Musée d'Albi offre, en autres, "Autoportrait" (1880), "Au Salon de la rue des Moulins" (1894), "Yvette Guilbert saluant le public" (1894) - et le Musée d'Orsay (Paris), "Jane Avril dansant" (1892), "La Toilette" (1896), "Justine Dieuhl assise dans le jardin de M.Forest" (1891), ...



Henri de Toulouse-Lautrec (1864-1901)

Fils du comte Alphonse Charles de Toulouse-Lautrec-Monfa et d'Adèle Zoë Tapié de Céleyran, sa mère tant adorée, Henri de Toulouse-Lautrec naquit dans l'une des plus vieilles familles nobles de France.  Elevé dans les traditions et les idées de sa classe, il ne se fût probablement jamais consacré à l'art si une anomalie congénitale et deux accidents, à quelques mois de distance, en 1878-1879, n'avait fait de lui un nabot d'1m52, le marginalisant à l'âge de quatorze ans : être déjà sensible, il eut une conscience aigüe de sa difformité d'autant plus insoutenable que sa vitalité semblait intacte. C'est l'art qui vint à sa rescousse, ses oeuvres et sa biographie vont dès lors se confondre, il vécut trente-sept ans . Son talent n'est pas celui d'un être difforme, cynique ou cru, comme lui reprochèrent ses détracteurs, bien au contraire, il est sans préjugés aucun, son contemporain se nomme Degas (qu'il admirait), plus voyeur et plus cruel, et promène sur le monde qu'il côtoie, café concert et maisons closes, déshérités et méprisés de toute nature, sa "caméra-pinceau", il sait d'emblée cadrer et schématiser ses sujets. 

"Madame la comtesse A. de Toulouse-Lautrec en train de prendre son petit déjeuner au château de Malromé" (1881-1883, Albi) - "Le Cheval blanc "Gazelle" (1881, Collect. part.) - "Madame la comtesse A. de Toulouse-Lautrec au jardin" (1881-82, Sao Paulo, Museo del Arte) - "Autoportrait devant une glace" (1882-83, Albi) - "Le Jeune Routy à Céleyran" (1882; Albi) - "La Comtesse A. de Toulouse Lautrec dans le salon de Malromé" (1887, Albi, musée Toulouse-Lautrec) -  ...


La vocation de Lautrec a été très tôt, encouragée par un peintre ami de la famille, Princeteau, sourd-muet,  puis, après un bref passage dans l'atelier de Bonnat, passe dans celui de Fernand Cormon (1885-1886), dont la passion était la copie de tableaux du Louvre mais qui fut l'un des principaux foyers du post-impressionnisme : il y rencontrera Charles Laval, Eugène Boch, François Gauzi (1862-1933), que Lautrec prit souvent pour modèle et qui, entre autres confidences, écrivit que Cormon considérait Lautrec comme doué pour la caricature mais non pour le "grand art", Louis Anquetin, qui le défendit contre les railleries, Emile Bernard et Vincent Gogh :  Van Gogh, venu de Hollande à Paris, y passe les années 1 886-1 887, avant de se rendre dans le midi de la France, à Arles; en arrivant à Paris, il entre pour quelque temps à l'atelier Cormon et c'est là qu'il fait d'abord la connaissance de Lautrec: ils se trouvaient l'un près de l'autre, Van Gogh demeurait chez son frère Théodore, rue Lepic, à Montmartre, et Lautrec habitait non loin de là et se plaisait à faire les portraits de ses camarades et des artistes de sa connaissance,  il a fait celui de Van Gogh, dont il gardait des œuvres dans son atelier...

"Gustave Lucien Dennery" (1883, musée d'Orsay) - "Emile Bernard" (1886, Tate Gallery, London) - "Vincent Van Gogh" (1887, pastel sur carton, Amsterdam, Rijkmuseum) - "Albert René Grenier" (1887, The Metropolitan Museum of Art) - "A la Bastille, "Jeanne Wenz" (1886, The Art Institute of Chicago) - ..


En 1883, première liaison amoureuse avec Marie Charlet, un modèle de 17 ans que lui jette dans les bras son ami Lucas, il découvre le fétichisme, s'ouvre pour lui une ère nouvelle. A défaut d'amour,  - en 1884 il s’installe à Montmartre, dans le quartier des artistes -,  il y a le plaisir, et Montmartre est un jardin peuplé de nymphes peu farouches. C'est ainsi qu'il croise la route de Rosa La Rouge,  et de Carmen Gaudin, qui posa pour lui entre 1885 et 1889 : aux yeux de l'artiste, nous dit-on, elle incarnait la classe laborieuse qui supporte le fardeau de la vie, son corps fatigué par le travail et l'expression de son visage interpellèrent Lautrec (La Blanchisseuse). Mais à fréquenter les cafés avec ses camarades d'atelier, Lautrec découvre un nouveau compagnon qui ne le quittera plus, l'alcool ...

"Femme assise sur un divan" (1883, Albi) - "La Grosse Maria ou Vénus de Montmartre" (1884, Wuppertal, Von-der-Heydt-Museum) - "Carmen Gaudin" (1885, Williamstown, Sterling and Francine Clarck Art Institute) & (1885, National Gallery of Art, Washington DC) - "La Blanchisseuse" (1886, Collect. part.) - "A Montrouge (1886-1887, The Barnes Foundation) - "Femme rousse assise au jardin de M. Forest" (1889, collect.part.) - "Jeune Femme aux cheveux roux (La Rousse)" (1889, Zurich, Stiftung Sammlung E.G. Bührle) - "La Toilette (La rousse)" (1889, Musée d'Orsay, Paris) - ...

Vers 1887, Toulouse-Lautrec à côté de la Goulue, buvant un verre sous une tonnelle au Moulin de la Galette...


1889, "Portrait d'Henri de Toulouse-Lautrec" (Louis Anquetin, Albi) - Lautrec s'installera à Montmartre, rue Fontaine, en 1894, un Montmartre qui s'impose dans le Paris des divertissements avec l'Elysée-Montmartre, le premier café-concert parisien ouvert en 1840 sur le boulevard de Clichy puis transféré boulevard Rochechouart, et le Moulin de la Galette, rue Lepic, et depuis 1880 un Montmartre devenu le grand centre lesbien de Paris. Lautrec expose au Mirliton d'Aristide Bruant. En 1886, il loue un atelier à l'angle de la rue Caulaincourt et y rencontre Suzanne Valadon qui lui sert de modèle et sera sa maîtresse jusqu'à ce qu'elle tente de se suicider en 1888. Il fréquent aussi Lily, l'épouse de son colocataire René Grenier, qu'il a connu à l'atelier Cormon, une jeune femme aux formes épanouies et rousse de surcroît. La vie que mène alors Toulouse-Lautrec à Paris est d'année en année plus fiévreuse. Il boit beaucoup. En 1888, il contracte la syphilis, contaminé par une fille de l'Élysée-Montmartre, Rosa la Rouge. A partir de 1889 et jusqu'en 1894, il participera régulièrement au Salon des Indépendants. Et le 5 octobre 1889, alors qu'ouvre, 90 boulevard de Clichy, le Moulin-Rouge, Lautrec en devient un habitué ...

"Suzanne Valadon" (1886-1887, Copenhague) -"Gueule de bois: la buveuse" (1887-1888, Cambridge (MA) the Fogg Art Museum) - "Poudre de riz (Suzanne Valadon?)" (1887-88, Amsterdam, Rijksmuseum) - "Lily Grenier" (1888, The Museum of Modern Art, New York) - ...

 

Premier chef d'oeuvre, 1887-1888, "Au Cirque Fernando : l'écuyère" (The Art Institue of Chicago), un sujet que Degas avait déjà choisi pour sa "Miss Lala au Cirque Fernad" (1879), que Seurat (Le Cirque, 1891, Musée d'Orsay) et Bonnard reprendront, mais c'est la première fois que Lautrec s'essaie à composer une toile à plusieurs personnages, une ligne de force diagonale s'inspire de l'art japonais, le centre du tableau est laissé vide (ce qui contredit l'habitude du motif principal au centre), tout  est exagéré, les innovations sont innombrables. L'oeuvre sera exposée dans les couloirs du Moulin-Rouge dès octobre 1889. Le cirque Fernando sera transformé en théâtre en 1894 ...


Lautrec est un habitué du Moulin de la Galette, situé rue Lepic sur la butte Montmartre, une vaste grange entourée d'une palissade verte, deux moulins à vent se dressaient, dont l'un aménagé en cabaret. Les spectacles de danses étaient en soirée plutôt érotiques et la police des moeurs devaient souvent intervenir ...

 

"Au Bal du Moulin de la Galette" (1889, The Art Institue of Chicago) - "Un Coin du Moulin de la Galette" (1892, peinture sur carton, Washington DC, National Gallery of Art) -  ...

 


Le Moulin-Rouge ouvre le 5 octobre 1889, au n° 90 du boulevard de Clichy et devient le point de rencontre du Tout-Paris, des artistes et du demi-monde, l'intérieur est doté d'un magnifique éclairage, est décoré de miroirs, de galeries et de lampes à gaz; au milieu, une piste de danse , entourée d'un promenoir, de tables et d'un jardin. Lautrec, qui y réserva une table dès l'ouverture, devint le "chroniqueur" de l'établissement. ..

"Moulin-Rouge (Dressage des nouvelles par Valentin le Désossé" (1889-90, Philadelphia Museum of Art) - "Au Moulin-Rouge les deux valseuses" (1892, Prague, Narodni Galerie) - "La Clownesse Cha-U-Kao au Moulin-Rouge" (1895, Huile sur toile, Winterthur, Coll. Oskar Reinhart) - "La Clownesse Cha-U-Kao" (1895, huile sur carton, Paris, Musée d'Orsay) - ...

Vers 1890, Lautrec se rapproche de Renoir et des nabis et par leur intermédiaire, rencontre les frères Natanson, fondateurs de la Revue blanche. Il célèbre les cabarets de Montmartre: "le Bal du Moulin de la Galette" (1889, Chicago), "Au Moulin-Rouge, la danse" (1890, Philadelphie), "Au Moulin-Rouge" (1892, Chicago), hante le Chat Noir, les salles de café-concert comme l'Alcazar, la Scala, et les lupanars: "Le Divan" (1895, São Paulo), "Au salon de la rue des Moulins" (1894, Albi), apprécie les goualeuses (Nini Peau-de-Chien, Rosa la Rouge), rencontre les danseuses de cancan Grille d'Égout, Rayon d'Or, Nini Patte-en-l'Air, Trompe-la-Mort, la Mélinite (Jane Avril) puis, surtout, la Goulue et le danseur Valentin le Désossé, et réalise un bien ambitieux "Marcelle Lender dansant le boléro" ...

"La Promenade (La Goulue et Jane Avril au fond)" (1891-1892, collect. part.) - "Au Moulin-Rouge, entrée de la Goulue" (1892, New York, M.O.M.A.), "Au Moulin-Rouge: le départ du quadrille" (1892, National Gallery of Art, Washington DC) - "Marcelle Lender dansant le boléro dans "Chilpéric" (Théâtre des Variétés)" (1896, huile sur toile, Washington DC, National Gallery of Art) - "Femme assise" (1897, huile sur carton, Munich, Bayerische Staatsgemäldesammlungen) -  ...

& ... "La Grande loge" (1896, peinture et gouache, Collect. particulière) met en scène deux femmes, tout droit sorties de "maisons", et un bourgeois en haut-de-forme, toujours ce mixte ironique qu'affectionne Lautrec ...

Mais se montre impitoyable lorsqu'il représente le spectateur voyeur et le souteneur. Il brosse avec fureur et justesse "la Femme au boa noir" (1892, Paris), "Monsieur Boileau" (1895, Cleveland), "Monsieur "Delaporte (1895, Copenhague, N.C.G.), "le Docteur Tapie dans le couloir du théâtre" (1894, Albi) et Oscar Wilde (1895, Beverly Hills, coll. C. H. L. Lester). Ses lithographies, exécutées à partir de 1891, ont un immense succès...

En 1890, Lautrec fait la connaissance de Jane Avril, elle a 22 ans. Jane Avril (1868-1943), fille d'une demi-mondaine, fut caissière et écuyère avant de danser le quadrille au Moulin-Rouge avec La Goulue sous le nom de Mélinite, et connut d'énormes triomphes dans les années 1890-1894 au Jardin de Paris et aux Folies-Bergère. Après le casino de Paris en 1897, le Palace Theatre à Londres, des tournées en France et aux Etats-Unis, elle passa les dix dernières années de sa vie dans un hospice. Lautrec l'a représentée maintes fois et leurs relations étaient très étroites....

 

"Jane Avril entrant au Moulin-Rouge" (1892, Huile sur carton, Londres, Courtauld Institute Galleries) - "Jane sortant du Moulin-Rouge" (1893, peinture et gouache, Hartford (CT), Wadsworth Atheneum) - "Jane Avril dansant" (1892, huile sur carton, Paris, Musée d'Orsay) - ...


Avec sa fameuse affiche du Moulin-Rouge, Lautrec devient en 1891 célèbre dans le Tout-Paris du jour au lendemain. En 1892, il réalise des affiches pour Yvette Guillebert, le Divan Japonais et pour Bruant. Yvette Guillebert (1868-1944), qui avait débuté sa carrière comme mannequin et vendeuse au Printemps, invente sa silhouette longue et mince, les bras gantés de noir en 1889 à l'Eden-Concert et triomphe en 1891-92 au Divan Japonais, un café-concert rue des Martyrs qui doit son nom à un poème de Mallarmé. Lautrec représentera Yvette Guillebert, excessif sans doute, portant ses longs gants noirs et saluant le public, Steinlein en fit une litographie moins caricaturale. Elle doit son succès tant à sa personnalité qu'à ses chansons plus ou moins équivoques (Yvette Guilbert, La Chanson de ma vie, Grasset, 1927). Elle partira en tournée aux Etats-Unis en 1895. Quant à Aristide Bruant (1851-1925), garçon de courses devenu poète et chansonnier, il ouvre un cabaret, le Mirliton en 1885, dans les anciens locaux du Chat-Noir,et publia des recueils illustrés par Lautrec puis Steinlein.


"A la Mie", 1891, aquarelle et gouache sur carton, Boston (MA), Museum of Fine Arts, un tableau qui met en scène un couple vieillissant attablé devant deux verres de vin, est empreint de cynisme et d'amertume. La composition aurait été inspirée par la photographie de Paul Sescau qui montre, aux côtés d'un jeune modèle de Montmartre, Maurice Guibert, l'ami de Lautrec et peintre amateur, Guibert gagnait sa vie comme représentant pour la firme de champagne Moët et Chandon et était particulièrement jovial. Le tableau rappelle la toile de Degas, "L'Absinthe", peinte en 1876 (Paris, Musée d'Orsay) et fut exposé au salon des Indépendants en mars 1891...

 

"Au Moulin-Rouge" (1892-1893, The Art Institute of Chicago) - Autour de la table et de gauche à droite: le critique Edouard Dujardin, la danseuse Georgette (la Macarona), le photographe Paul Sescau et le peintre et photographe Maurice Guibert et, au premier plan la rousse Nelly C. Au fond, la Goulue se recoiffe. On reconnaît également, sur la gauche, le docteur Gabriel Tapié de Céleyran avec son chapeau haut-de-forme et, devant lui, Lautrec coiffé d'un chapeau melon. Au premier plan à droite, la femme très fardée, dont le visage ressemble à un masque, pourrait être la danseuse May Milton ...

 


Emporté par le café-concert, le nouveau cadre de sa vie, les compositions de Lautrec vont évoluer, ses travaux d'affichistes vont l'emmener à la schématisation du sujet, l'aplat de couleur, un agencement de la scène plus singulier, ... le porter vers un caractère plus immédiat, plus rapide de rendu et plus décoratif :  et c'est bien ainsi qu'il acquiert sa réputation, peut-être au détriment de sa peinture. Comme si ses chefs d'oeuvres n'avaient servi que d'étude pour des litographies ou des affiches. Et toute une mythologie de personnages défilent dès lors, Aristide Bruant, Jane Avril, Yvette Guilbert, Loïe Fuller et sa célèbre roue, Caudieux, chanteur comique, Réjane, Sarah Bernhardt, Marcelle Lender, May Belfort, May Milton, danseuse et chanteuse anglaise, Berthe Brady ...

"La Goulue au Moulin Rouge" (1891, litographie Merrill Chase Galleries) - "La Clown assise" (album Elles, 1896, H. Wiggin) - "Marcelle Lender en buste" (1895, Boston Public Library) - "Jane Avril", 1899 - "Jardin de Paris : Jane Avril" (1893, collect. part.) -  "Yvette Guilbert saluant le public" (1894, Albi, Musée Toulouse-Lautrec) - "Aux Ambassadeurs : Aristide Bruant" (1892, Collect. art.) -  "Au Moulin-Rouge, la Goulue et sa soeur" (1892, lithographie, Collect.partic.) - "La Roue (Loïe Fuller)" (1893, gouache sur carton, Sao Paulo) - "Yvette Guilbert chantant Linger, Longer, Loo" (1894, huile sur carton, Moscou, Musée Pouchkine) - "May Milton" (1895, lithographie, Collect. part.) - ...

 

... "Reine de Joie" (1892, lithographie, Collect.part.) - "L'Anglais au Moulin-Rouge" (1892, peinture et gouache sur carton, New York, The Metropolitan Museum of Art) - "La Loge au macaron doré" (1894, lithographie, Collect. part.) - "Divan Japonais" (1893, lithographie à quatre couleurs, Collect. part.) - ...


 Les frères Natanson avaient fondé "La Revue blanche" en 1891, l'ouvrant aux jeunes écrivains, et étaient ainsi parvenus à réunir rapidement des hommes à idées neuves et de tendances diverses. Tristan Bernard, devenu un de ses rédacteurs, fit la connaissance de Lautrec chez Thadée Natanson. Une même tournure d'esprit humoristique les fit se lier. Tristan Bernard était de plus directeur sportif du vélodrome Buffalo, situé hors de l'enceinte de Paris, entre les portes de Champerret et des Ternes, et alors un lieu de  réunion des plus fréquentés, surtout à l'occasion des courses de bicyclettes. Comme il finissait presque toujours par faire le portrait des personnes de son intimité, Lautrec a fait celui de Tristan Bernard et l'a représenté debout, à un moment où le vélodrome était vide de spectateurs. Il ont publié ensemble un supplément au numéro de janvier 1895 de "La Revue blanche", sous le titre de "Nih", un mot d'argot qui signifie rien, néant. Tristan Bernard a écrit le texte et Lautrec y a mis plusieurs lithographies dont l'une, "Anna Held au café-concert", est très caractéristique. Ils ont aussi, en collaboration, donné un compte-rendu humoristique du Salon de 1894, dans le numéro de juin 1894 de La Revue Blanche. Parmi les croquis de Lautrec, ornant le texte, se trouve "Un jugement de Paris". Lautrec fit aussi le portrait, assise au piano, de Mme Thadée Natanson, Misia, la femme du directeur de La Revue Blanche, celui de M. Paul Leclercq, un de ses fondateurs, celui de Romain Coolus, un des principaux écrivains qui s'y produisaient, et celui du secrétaire de la rédaction, Félix Fénéon, placé comme spectateur dans la Danse mauresque, une décoration destinée à la baraque de la Goulue. Lautrec, qui s'arrêtait sur les êtres de caractère tranché, s'est arrêté sur Oscar Wilde et en a fait un dessin à la plume, mis dans la Revue Blanche de mai 1895, comme illustration à un article de Paul Adam. 


Les portraits de Lautrec sont ceux d'amis, de parents ou de connaissances, personne ne lui a jamais commandé un tel type de tableaux, et ils sont nombreux, de Gabriel Tapie de Céleyran, de Louis Pascal, du Dr Bourges, un ami dévoué avec lequel il a, un temps, habité, d'André Rivoire, qui  écrivit sur lui un article biographique, inséré dans les numéros de décembre 1901 et d'avril 1902 de la Revue de l'Art ancien et moderne, de l'acteur Samary, de la Comédie française et modèle de Pierre-Auguste Renoir, du sculpteur Henry Nocq, de Maurice Joyant, du banquier Henri Fourcade, dont la pose renforce l'impression d'instantané, tous évoquent l'influence de Degas et de Manet ...

"Monsieur Henri Fourcade au bal de l'Opéra" (1889, Sao Paulo, Museu de Arte) - "Monsieur Henry Samary de la Comédie française" (1889, musée d'Orsay, Paris) - "Monsieur Désiré Dihau, basson de l'Opéra" (1890, Albi) - "Monsieur Louis Pascal" (1891, Albi) - "Monsieur Louis Pascal vu de dos" (1891, SaoPaulo, Museu de Arte) - "Monsieur Boileau au café" (1893, huil sur toile, The Cleveland Museum of Art) - "Portrait de Monsieur Delaporte au Jardin de Paris" (1893, peinture sur carton, Copenhague, Ny Carlsberg Glyptotek) - "Portrait du docteur Tapié de Céleyran dans un couloir de théâtre" (1893-894, Huile sur toile, Albi, Musée Toulouse-Lautrec) - "Monsieur Maxime Dethomas au bal de l'Opéra" (1896, peinture et gouache, Washington DC, National Gallery of Art) - "Portrait de Paul Leclerq, fondateur de la Revue Blanche" (1897, musée d'Orsay) - "Portrait de M. Georges Henri Manuel" (1891) - ...

L'influence réciproque de Van Gogh et de Lautrec a été noté notamment dans "Le portrait de Justine Diehl" et "Mademoiselle Dihau jouant du piano", à rapprocher de "Mademoiselle Gauchet au piano". Mais pour Lautrec, le paysage n'est pas une source d'inspiration, tout juste un décor. ..

"Femme à l’ombrelle, dite « Berthe la Sourde, assise dans le jardin de M. Forest" (1889, huile sur toile, Musée de l’Ermitage) - "Fille à l'accroche-coeur" (1889, Collect. part.) - "Le Portrait de Justine Dieuhl" (1889, Musée d'Orsay) - "Sous la verdure (Femme assise dans un jardin)" (1890) - ...


La Nouvelle-Athènes, c'est là que se tient la vie intellectuelle de Montmartre, place Pigalle, supplantant le fameux café Guerbois, avenue de Clichy, où Zola réunissait avec lui, sous le Second Empire, de jeunes artistes. Verlaine, Manet, Degas y ont fait, tour à tour, leur apparition, Degas habitant à deux pas, rue Victor-Massé. On y rencontre aussi demi-mondaines et Suzanne Valadon y devint modèle de Degas. On la disait affabulatrice. Mère de Maurice Utrillo, dont le père fut peut-être Puvis de Chavannes, elle attira Lautrec dans ses filets, un Lautrec qui la représenta sous les rôles les plus divers, danseuse, blanchisseuse, écuyère, mais elle est infidèle et Renoir en profite pour peindre son buste dans "La Natte", silhouette morose pour l'un, bouche charnue pour l'autre...

 

Toulouse-Lautrec utilise et joue avec la photographie, notamment avec ses amis et compagnons de "sorties", Maurice Guibert (1856-1913), photographe amateur connu pour ses auto-portraits et photos de Toulouse-Lautrec , Paul Sescau (1858-1926), photographe de Montmartre qui réalise pour lui des photos de ses tableaux (seul subsiste de lui un album de 35 photographies), ou par l'entremise des quelques clichés amateurs de Thadée Natanson (1868-1951), grand collectionneur de tableaux et qui soutint, avec sa flamboyante épouse, Misia Godebska, nombre de peintres ou écrivains de l'époque (Édouard Vuillard, Pierre Bonnard, Toulouse-Lautrec, Félix Vallotton, Fernand Gregh, Anatole France, Octave Mirbeau, Marcel Proust, Jules Renard, Stéphane Mallarmé).


De 1892 à 1895, Toulouse-Lautrec réalise près de 50 tableaux et de nombreuses esquisses dans des maisons closes parisiennes, maisons de la rue des Moulins, de la rue d'Amboise, de la rue Joubert, de la rue des Rosiers, de la rue Richelieu. Et sans exploiter le moindre voyeurisme, ce sont les femmes qui l'intéressent dans leurs gestes quotidiens pris sur le vif, parfois leur désarroi. Il exécutera deux portraits de Madame Poupoule, surnom d'une fille de joie. Rolande, pensionnaire de la maison de la rue des Moulins est représentée dans sa composition "Au salon de la rue des Moulins", le bordel le plus luxueux de Paris. Mireille, pensionnaire de la rue d'Ambroise, était la favorite de Lautrec. Les immenses canapés rouges dominent les différentes scènes et Lautrec sait rendre l'atmosphère d'ennui extrême que génèrent chez ces dames l'attente du client, et se risque à peindre l'extraordinaire portraits de ces lamentables "patrons" de maison close, que sont-ils pour lui ("Monsieur, Madame et le chien", 1893, Albi, Musée Toulouse-Lautrec), que dire du regard de convoitise  que lance le blanchisseur qui peine à réprimer ses sens (Le blanchisseur de la maison, 1894) ...

Degas consacrera soixante-dix monotypes à des scènes de maisons closes, Manet, Seurat, Bonnard, Vuillard, Rouault vont chercher au bordel une vie intime qui constitue l'une des sources de leur peinture, les peintres du Berlin des années vingt, les artistes japonais comme Kitagawa Utamaro ou Katsushika Hokusai prendront le même chemin, "nulle part je me sens plus chez moi", répète Toulouse-Lautrec, modèles et complices. Et si Lautrec reprend ici l'un des thèmes favoris de l'art pictural en France qu'est "la femme à sa toilette", c'est pour peindre derrière un visage masqué par ses cheveux roux, une rêverie mélancolique emplie de solitude (Madame Popoule à sa toilette, 1898). 

"Salon de la rue des Moulins (rue d'Ambroise?)" (1894, huile sur toile, Musée Toulouse-Lautrec, Albi) - "Visites médicales, Rue des Moulins" (1894, huile sur bois, National Gallery of Art, Washington) – "Deux femmes demi-nues de dos, maison de la rue des Moulins" (1894, Huile sur carton, Musée Toulouse-Lautrec, Albi) - "Ces dames au réfectoire" (huile sur carton, Musée des Beaux-Arts de Budapest) - "Dans le lit" (1894, huile sur toile, Musée d’Orsay) - "Femme de maison close" (1894, Collect.part.) - "Marcelle" (1894, Albi, Musée Toulouse-Lautrec) - "Le Divan" (1893, Sao Paulo, Muse de Arte) - "Les deux amies" (1894-95, huile sur carton, E. G. Buhrle Collection) - "Femme rousse assise sur un divan" (1897, Collect. part.) - "Femme nue devant sa glace" (1897, Walter Annenberg Collection)  ..

 

"Le Baiser" (1892, Huile sur carton, Collect. partic.) - A la fin de l'année 1 892, Lautrec fut chargé de décorer les murs du salon de la maison de la rue d'Ambroise et réalisa 16 panneaux en style Louis XV, ornés au centre d'un médaillon ovale représentant une demoiselle de la maison. Lautrec put ainsi étudier tout à loisir les mœurs et les habitudes des dames et fut fasciné par la force des liens sentimentaux qui unissaient certaines prostituées entre elles et, bien souvent, il prit ces couples pour modèles ...

 


1893 voit la première grande exposition particulière de Lautrec organisée par Joyant, une trentaine d'oeuvres. Cette même année, il est introduit dans le milieu du théâtre et va vivre quelque temps dans une maison close de la rue d'Amboise, il en fera de même l'année suivante (Au Salon de la rue des Moulins). Un jour Degas vint à l'exposition, en fait le tour sans un mot ...

 

En 1895, il exécute plusieurs panneaux destinés à décorer la baraque foraine que la Goulue a ouverte sur la place du Trône. 1894-1896, Lautrec se déplace beaucoup, à Bruxelles, à Londres, en Hollande, en Espagne et au Portugal. Affiches pour May Milton et portraits de Cha-U-Kao. En 1896, sa deuxième grande exposition particulière dans la galerie de Maurice Joyant, rue Forest, à Paris,attire de nombreux visiteurs. Maurice Joyant, écrivain et marchand de tableaux, est l'un des amis les plus intimes de Lautrec. Avec Gabriel Tapié de Céleyran, le cousin de Lautrec, il fonda le Musée Toulouse-Lautrec à Albi ...

 

Il s'installe dans un nouvel atelier, avenue Frochot (1897), et achève le grand album de lithographies qu'il voulait intituler "Filles", mais qui s'appellera "Elles". Le cabaret (Monsieur Boileau au café, 1893, musée de Cleveland, Ohio), les «maisons closes» (Au salon de la rue des Moulins, 1894, Albi), le vélodrome (Tristan Bernard au vélodrome Buffalo, 1895), le cirque (la Clownesse Cha-U-Kao, vers 1897, musée d'Orsay) auront été durant cette période ses thèmes de prédilection les plus féconds.

Mais l'époque virulente de La Goulue et du Moulin Rouge est révolue...

 

 

"Au café: le consommateur et la caissière chlorotique" (1898, Huile sur carton, Zurich, Kunsthaus Zürich) - Lautrec s'inspire de la composition de Degas, L'Absínthe, exécutée en 1876 (Paris, Musée d'Orsay), pour exprimer la solitude et le désespoir des personnages. Les deux tableaux représentent deux personnes derrière une table, avec en arrière-plan un miroir réfléchissant leur image. Les verres et la bouteille sur la table créent une barrière entre l'observateur et la scène. Ici, Lautrec souligne le contraste entre ce bourgeois replet et la caissière toute menue, au teint blafard, qui se détourne ostensiblement de son voisin.

"Au café: le consommateur et la caissière chlorotique" (1898-1899, Kunsthaus, Zürich) - "Le Jockey" (1899, Cleveland Museum of Art) - "Messaline (entre deux figurantes)" (vers 1900-1901, huile sur toile, Stiftung Sammlung E.G. Bührle, Zurich) - "L'Anglaise du Star du Havre (Miss Dolly)" (1899, peinture sur bois, Albi, Musée Toulouse-Lautrec" - "En cabinet particulier ou Au Rat-Mort" (1899, Londres, Courtauld Institute Galleries) - "La Modiste, Mademoiselle Margouin" (1900, Albi, Musée Toulouse-Lautrec) - "Un examen à la faculté de médecine à Paris" (1901, id.) ...


Mais Lautrec boit désormais beaucoup, il est pris d'une crise de delirium tremens en 1897, en 1899 d'une crise d'éthylique dans la maison close de la rue des Moulins. A la fin février 1899, il est interné dans une maison de santé pour quelques mois, et son état mental excite la malveillance de la presse. "Au Rat mort", peint à cette époque, représente Lucy Jourdan, demi-mondaine dans un restaurant parisien de la rue Pigalle, le style devient plus expressionniste. 1900. "Un examen à la faculté de médecine à Paris" est la dernière oeuvre de Lautrec, quelques mois avant sa mort : il y montre son cousin Gabriel Tapié de Céleyran en train de soutenir sa thèse, style sombre. Lautrec n'avoir plus goût à la vie, le 15 août 1901, il sera victime d'une attaque d'apoplexie qui le rendra hémiplégique. Il décède le 9 septembre, à l'âge de 36 ans. Laissant 737 toiles peintes; 275 aquarelles, 363 tirages et affiches, 5 084 dessins ....