George Orwell (1903-1950), "1984 "(Nineteen Eighty-Four, 1949), "Burmese Days" (1934), "A Clergyman’s Daughter" (1935), "Keep the Aspidistra Flying" (1936), "Homage to Catalonia" (1938), "All Propaganda Is Lies" (1941–42), "Animal Farm" (1943), "Shooting an Elephant and  Other Essays" (1950), ...

Last update: 12/29/2016


Nineteen Eighty-Four, 1949? - “It was a bright cold day in April, and the clocks were striking thirteen.” (Il faisait très froid en avril, et les horloges atteignaient treize heures). - D’entrée de jeu, le temps est révolu en "1984", mais il reste facilement — est-ce inquiétant? — à la portée de notre imagination quotidienne. La proximité de l’avenir que représente le chef-d’œuvre dystopique d’Orwell a toujours fait partie de l'attraction étrange de ce roman et ce quelque soient les générations qui se succèdent.

Aujourd’hui encore, plus de six décennies après son écriture et plus d’un quart de siècle après son année de référence, 1984 continue de nous hanter avec son aura de possibilité pernicieuse. L’avertissement d’Orwell d’un temps sans esprit et totalitaire à venir n’a rien perdu de sa pertinence. Il ne fait aucun doute qu’il existe une ressemblance quelque peu effrayante entre le monde qu’il envisageait, dans lequel la pensée indépendante est interdite et la vie privée elle-même tabou, et notre propre monde de saturation des médias et d’omnivoracité en ligne. (Se demander ce que l’imagination puissante de l’auteur ferait de l’omniprésence d’Internet et des néo-réalités rampantes du réseau social suffit à pousser tout lecteur à s'interroger. Et bien que le véritable 1984 ne se soit avéré être aussi menaçant que celui Orwell avait imaginé, les oppressions singulières qu’il a dépeint ne sont pas tant différentes de celles que nous percevons ici et là. «Big Brother Is Watching You», des affiches aux téléécrans qui surveillent chaque pièce et répandent de la propagande avec une si joyeuse perversité, est bien la tentation permanente de ce à qui nous déléguons le pouvoir quand ils ne s'en emparent pas par la force ou la ruse. C'est le roman du XXe siècle qui s'est leplus immiscé dans notre compréhension de la réalité, et celle que nous habitons, un roman que peut-être on ne lit plus, tant il est désormais profondément ancré dans nos structures mentales ...

 

Les années 1930 et 1940 sont souvent décrites comme une période de choix politiques prépondérants. En Europe occidentale, les écrivains se préparèrent à faire corps pour de nombreuses et importantes causes. La Guerre civile espagnole (1936-1939) s'offrit comme point de ralliement, avec quelque trente mille volontaires étrangers qui se battirent aux côtés des républicains (une coalition de socialistes, communistes et libéraux) contre les Nationalistes (soutenus par des groupes d'extrême droite, les propriétaires terriens et la plupart du clergé). Un grand nombre d'écrivains s'y engagèrent, dont George Orwell (1903-1950) et André Malraux (1901-1976), alors que d'autres leur prodiguèrent un soutien moral et financier, dont W.H. Auden (1907-1973), Pablo Neruda (1904-1973) et Ernest Hemingwav. Le prétexte de leur implication fut le meurtre brutal par la Milice nationaliste du poète et dramaturge Frederico García Lorca (1898-1936), au tout début de la guerre. (Orwell in Spain: The Full Text of Homage to Catalonia, with Associated Articles, Reviews and Letters from the Complete Works of George Orwell written by George Orwell which was published in 1938).....

(Looking Back on the Spanish War - "... Nous voici, nous autres, soldats d’une armée révolutionnaire, qui défendons la démocratie contre le fascisme, combattants d’une guerre qui a ses raisons, et nos vies, au jour le jour, sont aussi sordides et dégradantes qu’elles le seraient en prison – ou dans une armée bourgeoise, il va sans dire. » Bien d’autres choses sont venues plus tard conforter ce sentiment ; par exemple, l’ennui et la faim bestiale propres à la vie dans les tranchées, les manigances sordides pour trois rogatons, les chamailleries mesquines auxquelles se laissent aller des hommes épuisés par le manque de sommeil.

L’horreur intrinsèque de la vie militaire (quiconque a été soldat  comprendra ce que j’entends par « horreur intrinsèque de la vie militaire »)  varie peu selon la nature de la guerre à laquelle vous vous trouvez  participer. La discipline, par exemple, est au bout du compte la même dans  toutes les armées. Il faut obéir aux ordres, sous peine de sanctions  appropriées, les rapports entre officiers et hommes du rang sont  nécessairement ceux de supérieur à inférieur. L’image de la guerre présentée  dans des livres comme À l’Ouest rien de nouveau est juste, pour l’essentiel.  Les balles blessent, les cadavres puent, les hommes sous le feu ont souvent  tellement peur qu’ils en mouillent leur pantalon. Il est vrai que la société  dont cette armée est l’émanation déteindra sur son entraînement, sa  tactique, son efficacité générale, et aussi que la conscience d’avoir le droit  de son côté peut soutenir le moral, même si cela est plus vrai de la  population civile que des combattants. (Les gens oublient qu’un soldat  proche du front a d’ordinaire trop faim, ou trop peur, ou trop froid, qu’il est  surtout trop fatigué pour se soucier des causes politiques de la guerre.) Mais  les lois de la nature ne sont pas plus abolies pour une armée « rouge » que  pour une « blanche ». Un morpion est un morpion, une bombe une bombe,  même si la cause pour laquelle vous vous battez est juste.

Pourquoi vaut-il la peine de souligner pareilles évidences ? Parce que la  majeure partie de l’intelligentsia britannique et américaine n’en avait  manifestement pas conscience alors, et pas plus aujourd’hui. Nous avons,  de nos jours, la mémoire courte, mais retournez-vous un peu sur le passé,  exhumez les archives de New Masses ou du Daily Worker, jetez un coup  d’œil sur les niaiseries romantiques et belliqueuses que débitaient alors nos  hommes de gauche. Toutes ces vieilles formules rances ! Ce manque de  cœur et d’imagination ! Avec quel sang-froid Londres a réagi au  bombardement de Madrid ! Et je ne veux pas parler ici de la contre propagande de la droite, des Lunn, des Garvin et consorts ; pour eux, cela  va sans dire. Non, je pense à ces mêmes gens qui, pendant vingt ans,  avaient hué et conspué la « gloire » des combats, les récits d’atrocités, le  patriotisme, et jusqu’au courage physique, et qui y allaient maintenant d’un  baratin qui, en modifiant quelques noms, aurait pu trouver sa place dans le  Daily Mail de 1918. S’il y avait une chose à laquelle l’intelligentsia  britannique tenait par-dessus tout, c’était sa version démystificatrice de la  guerre, sa théorie selon laquelle la guerre n’est que cadavres et latrines, et  n’aboutit jamais à rien de bon. Eh bien, ceux-là mêmes qui, en 1933, vous  ricanaient au nez si vous aviez la faiblesse de prétendre que vous vous  battriez pour votre pays si les circonstances l’exigeaient, ceux-là mêmes, en

 1937, vous traitaient de trotsko-fasciste pour peu que vous suggériez que les  témoignages de combattants récemment blessés exigeant de repartir au  combat parus dans New Masses avaient peut-être quelque chose d’exagéré.  Et l’intelligentsia de gauche est passée de « La guerre, c’est l’enfer » à « La  guerre, c’est la gloire » non seulement sans voir l’incongru de pareille  volte-face, mais brutalement, d’un coup d’un seul. Plus tard, la majeure  partie d’entre eux devait procéder à des transitions non moins violentes. Un  très grand nombre de personnes, une sorte de noyau central de  l’intelligentsia, a dû approuver en 1935 la déclaration « Roi et patrie », puis  réclamer « une attitude ferme » face à l’Allemagne en 1937, avant de soutenir la Convention du Peuple en 1940 et d’exiger à présent l’ouverture

 d’un second front.

 Quant à la grande masse des gens, les extraordinaires revirements  d’opinion qui se produisent aujourd’hui, les réactions émotionnelles que  l’on peut déclencher ou calmer comme on ouvre ou ferme un robinet  résultent de l’hypnose due à la presse et à la radio. S’agissant de  l’intelligentsia, je dirais que c’est plutôt parce qu’elle est constituée de gens  aisés dont l’intégrité physique n’est en rien menacée. « Proguerre » ou  « antiguerre » à un moment donné, ils n’ont à l’esprit, dans un cas comme  dans l’autre, aucune vision réaliste de la guerre. Parlant avec enthousiasme  de la guerre d’Espagne, ils savaient, bien sûr, que des gens se faisaient tuer  et qu’il n’est pas agréable de se faire tuer, mais ils n’en avaient pas moins le  sentiment que, pour un soldat de l’armée républicaine, faire la guerre  n’avait, au bout du compte, rien d’avilissant. On ne sait pas pourquoi, mais  les latrines puaient moins, le poids de la discipline était moindre. Il suffit de  feuilleter le New Statesman pour se rendre compte qu’ils le croyaient  vraiment ; c’est exactement le même genre d’âneries qui s’écrit en ce  moment sur l’Armée rouge. Nous sommes devenus trop civilisés pour voir  l’évidence. Car la vérité est très simple. Pour survivre, il faut souvent se  battre, et pour se battre, il faut se salir les mains. La guerre est un mal, et  elle est souvent le moindre mal. Celui qui tire l’épée périt par l’épée, et  ceux qui ne tirent pas l’épée meurent de maladies nauséabondes. Se sentir  obligé d’écrire noir sur blanc de telles platitudes montre ce qu’ont fait de  nous des années de capitalisme de rente ..."  (Retour sur la guerre d'Espagne, Pourquoi j’écris et autres textes politiques, George Orwell, Gallimard, traduction 2021)

 


George Orwell (1903-1950)

"Qui commande le passé commande l'avenir : qui commande le présent commande le passé". George Orwell installa sa notoriété à la fin de sa vie à partir de deux romans,  "Animal Farm" (La Ferme des animaux, 1945) et "1984" (1950), les plus célèbres romans modernes dépeignant une dystopie. Mais il réduisit son apport intellectuel à la critique, convaincante, du socialisme et du totalitarisme.

En fait, "si l'ère des nouvelles technologies de communication et de contrôle" a fait la fortune des concepts forgés pour le roman 1984, tels que "Big Brother" ou "Police de la pensée", Orwell n'a fait que poursuivre avec lucidité un vaste projet de critique sociale et politique qui anime l'ensemble de ses écrits et qu'il forgera au cours d'une existence mouvementée ...

Né à Motihari (Inde), affecté en 1922 à la police impériale de Birmanie ( Burmese Days, 1938), menant une vie d'errance à Londres puis à Paris en 1928 (Down and Out in London and Paris, 1933), converti à la cause socialiste après avoir  étudié les conditions de vie des mineurs des régions industrielles (The Road to Wigan Pier, 1937) et épousé Eileen O'Shaughnessy, journaliste lors de la guerre d'Espagne et blessé aux côtés des républicains (Homage to Catalonia, 1938), il devient un critique virulent de tous les totalitarismes. Sylvia Topp, dans "Eileen: The Making of George Orwell" cette rencontre, celle de George Orwell avec Eileen, la femme qui l'a façonné et soutenu : en 1934, le poème futuriste d’Eileen O’Shaughnessy, « End of the Century, 1984 », est publié, l’année suivante, elle rencontre George Orwell, alors connu sous le nom d’Eric Blair, et des années plus tard, il nommera sa plus grande œuvre, "Nineteen Eighty-Four", en hommage à sa mémoire. Puis Orwell tente de trouver une ligne de conduite dans un contexte particulièrement confus où les reniements, notamment des intellectuels, pour accéder au pouvoir sont alors fort nombreux; il réussit en 1940 à se faire engager comme speaker à la BBC, puis en 1945 comme envoyé spécial de The Observer en Allemagne et en France. Il meurt isolé sur l'île de Jura, en Ecosse.

Un intellectuel qui n’aimait pas les intellectuels, un socialiste qui ne faisait pas confiance à l’État, un libéral qui était contre le libre marché, un protestant qui croyait en la religion mais pas en Dieu, un farouche opposant au nationalisme qui définissait l’anglais depuis une génération, lit-on dans "George Orwell: English Rebel", de Robert Colls, 2013. En plus d’être l’un des plus grands essayistes politiques de langue anglaise et l’auteur de deux des livres les plus célèbres de la littérature du XXe siècle, George Orwell, un homme de profondes contradictions .... 


"Burmese Days" (1934) 

Le premier roman d’Orwell, Burmese Days, est publié par Harper and Brothers en 1934 aux États-Unis. En raison de préoccupations concernant le contenu diffamatoire possible dans la représentation de certains personnages, le roman n’a été publié que l’année suivante au Royaume-Uni. Ce travail est une attaque cinglante contre la vie coloniale en Birmanie pendant l’occupation britannique. Le roman est centré sur John Flory, un marchand de teck de trente-cinq ans, revenu de la vie coloniale et des attitudes de ses compatriotes européens envers la Birmanie et son peuple. Flory apprécie la culture birmane et aspire à rencontrer une compagne qui partage ses vues et ses valeurs. Quand Elizabeth Lackersteen, la nièce orpheline du directeur de l’entreprise de bois, arrive sur la scène, Flory croit qu’elle est la réponse à ses désirs. Elizabeth ne possède aucune des qualités ou des valeurs que Flory souhaite dans un partenaire et pourtant il se trompe, tombe amoureux et la poursuit de ses assiduités.

 Orwell avait passé cinq ans dans les années 1920 en tant que policier en Birmanie. Il avait été témoin de la nature et de l’impact de l’impérialisme et de l’horreur de l’exploitation du peuple par les dirigeants coloniaux. L’idée d’une minorité dominée et exploitée par une classe dirigeante, et la soumission de l’individu dans la société est un thème que l'on retrouvera dans ses œuvres ultérieures. Dans "Burmese Days", Orwell révèle comment cette organisation oppressive de la société ne profite en fait à personne, les gouvernés sont privés de liberté et les individus de la classe dirigeante sont encouragés à devenir déshumanisés. C’est dans ce type de contexte que l’identité se perd et que les pires atrocités sont commises....

 


"Keep the Aspidistra Flying" (1936)

Troisième roman d’Orwell, il fut en partie inspiré par ses conditions de vie et sa situation financière à la fin des années 1920 et dans la première moitié des années 1930. Orwell le considérait comme une de ses œuvres dont il avait honte et il regrettait de l’avoir publiée. Il croyait que cela aurait dû rester une expérience d’écriture juste pour lui-même, mais ses finances étaient alors au plus bas. La situation d’Orwell, talent littéraire aspirant à la reconnaissance tout en luttant pour survivre financièrement, et ce dans les quartiers pauvres de Londres et de Paris, reflète bien des aspects de la vie de son personnage central. Gordon Comstock déteste son travail de rédacteur pour une agence de publicité, qu’il considère comme un symptôme d’une vie et d’une société gouvernées par l’argent. Il décide de quitter son emploi lucratif pour écrire de la poésie et prend un emploi peu rémunéré. Le roman explore le désir de Comstock d’éviter de vénérer l’argent et la difficulté qui en résulte de tenter de vivre sans. Comstock cherche à s’échapper, à s’éloigner du salariat et à exister dans un monde où les idées conventionnelles ont disparu et où ces notions de succès et d’échec perdent leur sens. C’est raconté par Orwell avec humour alors que son protagoniste cherche désespérément une existence libérée de toute contrainte ...


1984 (Nineteen Eighty-Four, 1949)

Reprenant la tradition de l'anti-utopie (Wells, Huxley),  le roman de George Orwell, "1984" est devenu le symbole de la mise en oeuvre d'un Etat totalitaire au travers de sa prise de contrôle de la vie quotidienne, mais aussi de la mémoire collective, du langage et de la pensée (« Big Brother vous regarde »). La « novlangue » mise au point par le parti doit rendre impossible l'émergence de pensées subversives car il n'y a plus de mots pour les exprimer.  En 1984, le monde est divisé entre trois régions en guerre les unes contre les autres, l’Océania, l’Eurasia et l’Estasia. L’administration de l’Océania est gouvernée un chef de parti (Big Brother) et par quatre ministères (Vérité, Paix, Amour, Abondance) et trois slogans : "La guerre c’est la paix", "La liberté c’est l’esclavage",  "L’ignorance c’est la force". Le héros du livre, Winston Smith, est un fonctionnaire qui travaille au ministère de la Vérité et dont la tâche consiste à réexaminer les journaux de l’État et de détruire les éléments informatifs nocifs. 

Le roman se déroule en trois parties. Dans la première, Winston Smith est un employé modèle. Son travail lui permet d’avoir accès à certaines vérités sous-jacentes et  il décide d'en prendre note en cachette dans son carnet. Dans la seconde partie, notre héros devient un opposant en son for intérieur. C’est pendant cette période de rébellion en devenir qu’il rencontre une jeune femme, une certaine Julia, dont il tombe amoureux. Cette dernière partage les idées subversives de Winston. Dans la troisième et dernière partie, le couple fait la rencontre d’un personnage étrange, un certain O’Brien qui semble partager leurs convictions subversives, mais qui se révèle être un agent du Parti. Les deux amoureux sont arrêtés, torturés, et en fin de compte, Winston se renie, et ses convictions et son amour pour Julia.

Mentalement brisé, il peut alors retourner au sein de la société...

 

Book I, Chapter I - "It was a bright cold day in April, and the clocks were striking  thirteen.  Winston  Smith,  his  chin  nuzzled  into  his breast in an effort to escape the vile wind, slipped quickly through  the  glass  doors  of  Victory  Mansions,  though  not quickly enough to prevent a swirl of gritty dust from entering along with him.
The hallway smelt of boiled cabbage and old rag mats. At one end of it a coloured poster, too large for indoor display, had  been  tacked  to  the  wall.  It  depicted  simply  an  enormous  face,  more  than  a  metre  wide:  the  face  of  a  man  of about forty-five, with a heavy black moustache and ruggedly  handsome  features.  Winston  made  for  the  stairs.  It  was no  use  trying  the  lift.  Even  at  the  best  of  times  it  was  seldom  working,  and  at  present  the  electric  current  was  cut off during daylight hours. It was part of the economy drive in preparation for Hate Week. The flat was seven flights up, and Winston, who was thirty-nine and had a varicose ulcer above his right ankle, went slowly, resting several times on the way. On each landing, opposite the lift-shaft, the poster with the enormous face gazed from the wall. It was one of those  pictures  which  are  so  contrived  that  the  eyes  follow you about when you move. BIG BROTHER IS WATCHING YOU, the caption beneath it ran...."

"C’était une journée d’avril froide et claire. Les horloges sonnaient treize heures. Winston Smith, le menton rentré dans le cou, s’efforçait d’éviter le vent mauvais. Il passa rapidement la porte vitrée du bloc des « Maisons de la Victoire », pas assez rapidement cependant pour empêcher que s’engouffre en même temps que lui un tourbillon de poussière et de sable. Le hall sentait le chou cuit et le vieux tapis. À l’une de ses extrémités, une affiche de couleur, trop vaste pour ce déploiement intérieur, était clouée au mur. Elle représentait simplement un énorme visage, large de plus d’un mètre : le visage d’un homme d’environ quarante-cinq ans, à l’épaisse moustache noire, aux traits accentués et beaux. Winston se dirigea vers l’escalier. Il était inutile d’essayer de prendre l’ascenseur.
Même aux meilleures époques, il fonctionnait rarement. Actuellement, d’ailleurs, le courant électrique était coupé dans la journée. C’était une des mesures d’économie prises en vue de la Semaine de la Haine. Son appartement était au septième. Winston, qui avait trente-neuf ans et souffrait d’un ulcère variqueux au-dessus de la cheville droite, montait lentement. Il s’arrêta plusieurs fois en chemin pour se reposer. À chaque palier, sur une affiche collée au mur, face à la cage de l’ascenseur, l’énorme visage vous fixait du regard. C’était un de ces portraits arrangés de telle sorte que les yeux semblent suivre celui qui passe. Une légende, sous le portrait, disait : BIG BROTHER VOUS REGARDE...."

 


On a sans doute oublier que ce roman n'est construit que sur une seule personne, Winston Smith, un petit fonctionnaire d'un Parti totalitaire dont les trois vérités paradoxales, et qui s'imposent à toutes les autres, sont : 

WAR IS PEACE

FREEDOM IS SLAVERY

IGNORANCE IS STRENGTH.

Winston travaille dans le faux ministère de la Vérité, où il aide à réécrire systématiquement le passé afin qu’il soit conforme aux besoins actuels des personnes au pouvoir : "Who controls the past", a lancé le slogan du Parti, "controls the future: who controls the present controls the past". Qui contrôle le passé, contrôle l’avenir, et qui contrôle le présent contrôle le passé. Le problème est que Winston conserve des traces de sa capacité à penser par lui-même, ce qui fait de lui, dans le climat politique standardisé de l’Océanie, un «criminel de la pensée». Le protagoniste d’Orwell va se livrer à des activités qui mènent à son arrestation, à sa torture et à sa «réintégration». Ses pulsions illégales incluent des activités aussi simples que l’achat d’un journal et l’enregistrement de ses pensées, et une inclination aussi naturelle que de concevoir un attachement romantique dans les circonstances les plus sordides, ajoutant ainsi un peu d'émotion à la perte de la liberté humaine qu’Orwell décrit avec une précision désespérée....

 

"Inside the flat a fruity voice was reading out a list of figures  which  had  something  to  do  with  the  production  of pig-iron. The voice came from an oblong metal plaque like a  dulled  mirror  which  formed  part  of  the  surface  of  the right-hand  wall.  Winston  turned  a  switch  and  the  voice sank  somewhat,  though  the  words  were  still  distinguishable. The instrument (the telescreen, it was called) could be dimmed,  but  there  was  no  way  of  shutting  it  off  completely.  He  moved  over  to  the  window:  a  smallish,  frail  figure, the meagreness of his body merely emphasized by the blue overalls which were the uniform of the party. His hair was very fair, his face naturally sanguine, his skin roughened by coarse soap and blunt razor blades and the cold of the winter that had just ended.

Outside, even through the shut window-pane, the world looked  cold.  Down  in  the  street  little  eddies  of  wind  were whirling  dust  and  torn  paper  into  spirals,  and  though  the sun  was  shining  and  the  sky  a  harsh  blue,  there  seemed to  be  no  colour  in  anything,  except  the  posters  that  were plastered  everywhere. 

 

À l’intérieur de l’appartement de Winston, une voix sucrée faisait entendre une série de nombres qui avaient trait à la production de la fonte. La voix provenait d’une plaque de métal oblongue, miroir terne encastré dans le mur de droite. Winston tourna un bouton et la voix diminua de volume, mais les mots étaient encore distincts. Le son de l’appareil (du télécran, comme on disait) pouvait être assourdi, mais il n’y avait aucun moyen de l’éteindre complètement. Winston se dirigea vers la fenêtre. Il était de stature frêle, plutôt petite, et sa maigreur était soulignée par la combinaison bleue, uniforme du Parti. Il avait les cheveux très blonds, le visage naturellement sanguin, la peau durcie par le savon grossier, les lames de rasoir émoussées et le froid de l’hiver qui venait de prendre fin. Au-dehors, même à travers le carreau de la fenêtre fermée, le monde paraissait froid. Dans la rue, de petits remous de vent faisaient tourner en spirale la poussière et le papier déchiré. Bien que le soleil brillât et que le ciel fût d’un bleu dur, tout semblait décoloré, hormis les affiches collées partout.

 

The  blackmoustachio’d  face  gazed down  from  every  commanding  corner.  There  was  one  on the  house-front  immediately  opposite.  BIG  BROTHER  IS WATCHING  YOU,  the  caption  said,  while  the  dark  eyes looked  deep  into  Winston’s  own.  Down  at  street  level  an other poster, torn at one corner, flapped fitfully in the wind, alternately  covering  and  uncovering  the  single  word  INGSOC.  In  the  far  distance  a  helicopter  skimmed  down between the roofs, hovered for an instant like a bluebottle, and darted away again with a curving flight. It was the police patrol, snooping into people’s windows. The patrols did not matter, however. Only the Thought Police mattered. 

 

De tous les carrefours importants, le visage à la moustache noire vous fixait du regard. Il y en avait un sur le mur d’en face. BIG BROTHER VOUS REGARDE, répétait la légende, tandis que le regard des yeux noirs pénétrait les yeux de Winston. Au niveau de la rue, une autre affiche, dont un angle était déchiré, battait par à-coups dans le vent, couvrant et découvrant alternativement un seul mot : ANGSOC. Au loin, un hélicoptère glissa entre les toits, plana un moment, telle une mouche bleue, puis repartit comme une flèche, dans un vol courbe. C’était une patrouille qui venait mettre le nez aux fenêtres des gens. Mais les patrouilles n’avaient pas d’importance. Seule comptait la Police de la Pensée. 

 

Behind Winston’s back the voice from the telescreen was still  babbling  away  about  pig-iron  and  the  overfulfilment of  the  Ninth  Three-Year  Plan.  The  telescreen  received  and transmitted simultaneously. Any sound that Winston made, above the level of a very low whisper, would be picked up by it,  moreover,  so  long  as  he  remained  within  the  field  of  vision which the metal plaque commanded, he could be seen as  well  as  heard.  There  was  of  course  no  way  of  knowing whether you were being watched at any given moment. How often, or on what system, the Thought Police plugged in on any individual wire was guesswork. It was even conceivable that  they  watched  everybody  all  the  time. But  at any rate they could plug in your wire whenever they wanted  to. You had to live – did live, from habit that became instinct – in  the assumption that every sound you made was overheard, and,  except in darkness, every movement scrutinised.

 

Derrière Winston, la voix du télécran continuait à débiter des renseignements sur la fonte et sur le dépassement des pré- visions pour le neuvième plan triennal. Le télécran recevait et transmettait simultanément. Il captait tous les sons émis par Winston au-dessus d’un chuchotement très bas. De plus, tant que Winston demeurait dans le champ de vision de la plaque de métal, il pouvait être vu aussi bien qu’entendu. Naturellement, il n’y avait pas moyen de savoir si, à un moment donné, on était surveillé. Combien de fois, et suivant quel plan, la Police de la Pensée se branchait-elle sur une ligne individuelle quelconque, personne ne pouvait le savoir. On pouvait même imaginer qu’elle surveillait tout le monde, constamment. Mais de toute façon, elle pouvait mettre une prise sur votre ligne chaque fois qu’elle le désirait. On devait vivre, on vivait, car l’habitude devient instinct, en admettant que tout son émis était entendu et que, sauf dans l’obscurité, tout mouvement était perçu.

 

Winston kept his back turned to the telescreen. It was safer;  though, as he well knew, even a back can be revealing. A  kilometre away the Ministry of Truth, his place of work, towered  vast and white above the grimy landscape. This, he thought with  a sort of vague distaste – this was London, chief city of Airstrip  One, itself the third most populous of the provinces of Oceania.  He tried to squeeze out some childhood memory that should tell  him whether London had always been quite like this. Were there  always these vistas of rotting nineteenth-century houses, their  sides shored up with baulks of timber, their windows patched  with cardboard and their roofs with corrugated iron, their crazy  garden walls sagging in all directions? And the bombed sites  where the plaster dust swirled in the air and the willowherb  straggled over the heaps of rubble; and the places where the  bombs had cleared a larger patch and there had sprung up sordid  colonies of wooden dwellings like chicken-houses? But it was no  use, he could not remember: nothing remained of his childhood  except a series of bright-lit tableaux, occurring against no  background and mostly unintelligible..."

 

Winston restait le dos tourné au télécran. Bien qu’un dos, il le savait, pût être révélateur, c’était plus prudent. À un kilomètre, le ministère de la Vérité, où il travaillait, s’élevait vaste et blanc au-dessus du paysage sinistre. Voilà Londres, pensa-t-il avec une sorte de vague dégoût, Londres, capitale de la Première Région Aérienne, la troisième, par le chiffre de sa population, des provinces de l’Océania. Il essaya d’extraire de sa mémoire quelque souvenir d’enfance qui lui indiquerait si Londres avait toujours été tout à fait comme il la voyait. Y avait-il toujours eu ces perspectives de maisons du XIXe siècle en ruine, ces murs étayés par des poutres, ce carton aux fenêtres pour remplacer les vitres, ces toits plâtrés de tôle ondulée, ces clôtures de jardin délabrées et penchées dans tous les sens ? Y avait-il eu toujours ces emplacements bombardés où la poussière de plâtre tourbillonnait, où l’épilobe grimpait sur des monceaux de décombres ? Et ces endroits où les bombes avaient dégagé un espace plus large et où avaient jailli de sordides colonies d’habitacles en bois semblables à des cabanes à lapins ? Mais c’était inutile, Winston n’arrivait pas à se souvenir. Rien ne lui restait de son enfance, hors une série de tableaux brillamment éclairés, sans arrière-plan et absolument inintelligibles...."

(...)

Une partie importante du roman est consacrée à la dégradation physique et psychologique troublante à laquelle Winston est soumis dans la tentative du Parti d’éteindre sa vie intérieure vacillante. Ce qui est finalement le plus effrayant à propos de "1984" n’est pas tant sa prescience sur les dangers du totalitarisme, mais plutôt sa perspicacité dans les qualités fragiles de l’esprit, du cœur et de la culture que nous entretenons comme un héritage quasi sacralisé de la nature humaine. Il est intéressant de noter que lorsque Orwell a terminé l’œuvre en manuscrit, il a hésité entre le titre qu’il lui a finalement donné et "The Last Man in Europe" ....

 

I, Chapter II, III - Winston ouvre la porte avec quelque crainte, supposant que la police de la Pensée est arrivée pour l’arrêter pour avoir écrit dans le journal. Cependant, il n’y a que Mme Parsons, une voisine de son immeuble, qui a besoin d’aide pour la plomberie pendant que son mari est absent. Dans l’appartement de Mrs. Parsons, Winston est tourmenté par les enfants de Parsons, membres des Junior Spies, une organisation d’enfants qui surveillent les adultes - et  Mme Parsons elle-même semble avoir peur de ses propres enfants. De retour dans son appartement, Winston rêve, et notamment chapitre III, il sent étrangement responsable de la disparition de sa mère dans une purge politique il y a près de vingt ans, il rêve d’un endroit appelé The Golden Country, où une jeune fille aux cheveux noirs enlève ses vêtements et court vers lui dans un acte de liberté qui anéantit tout le Parti, il se réveille avec le nom de « Shakespeare » sur ses lèvres, sans savoir d’où il vient. Mais un sifflet aigu retentit à partir du télé-écran, un signal que les employés de bureau doivent se réveiller. On voit ici à quel point Winston craint le pouvoir du Parti depuis des décennies, habité par une culpabilité qui le rend absolument certain qu’il sera un jour pris et puni. Le pessimisme de Winston reflète non seulement le conditionnement social contre lequel Orwell espère mettre en garde ses lecteurs, mais jette également une obscurité générale sur l’atmosphère du roman ; oui, le monde est encore plus sombre qu'on ne pouvait le penser.

 

I, Chapitre III, qui contrôle le passé contrôle le futur, et celui qui contrôle le présent contrôle le passé ....

 

"...The Party said that Oceania had never been in alliance with Eurasia. He, Winston Smith, knew that Oceania had been in alliance with Eurasia as short a time as four years ago. But where did that knowledge exist? Only in his own consciousness, which in any case must soon be annihilated. And if all others accepted the lie which the Party imposed – if all records told the same tale – then the lie passed into history and became truth. ‘Who controls the past,’ ran the Party slogan, ‘controls the future: who controls the present controls the past.’ And yet the past, though of its nature alterable, never had been altered. Whatever was true now was true from everlasting to everlasting. It was quite simple. All that was needed was an unending series of victories over your own memory. ‘Reality control’, they called it: in Newspeak, ‘doublethink’.

‘Stand easy!’ barked the instructress, a little more genially. Winston sank his arms to his sides and slowly reɹlled his lungs with air. His mind slid away into the labyrinthine world of doublethink. To know and not to know, to be conscious of complete truthfulness while telling carefully-constructed lies, to hold simultaneously two opinions which cancelled out, knowing them to be contradictory and believing in both of them; to use logic against logic, to repudiate morality while laying claim to it, to believe that democracy was impossible and that the Party was the guardian of democracy; to forget whatever it was necessary to forget, then to draw it back into memory again at the moment when it was needed, and then promptly to forget it again: and above all, to apply the same process to the process itself. That was the ultimate subtlety: consciously to induce unconsciousness, and then, once again, to become unconscious of the act of hypnosis you had just performed. Even to understand the world ‘doublethink’ involved the use of doublethink.

The instructress had called them to attention again. ‘And now let’s see which of us can touch our toes!’ she said enthusiastically. ‘Right over from the hips, please, comrades. One-two! One-two! …’

Winston loathed this exercise, which sent shooting pains all the way from his heels to his buttocks and often ended by bringing on another coughing ɹt. The half-pleasant quality went out of his meditations. The past, he reɻected, had not merely been altered, it had been actually destroyed. For how could you establish even the most obvious fact when there existed no record outside your own memory? He tried to remember in what year he had first heard mention of Big Brother. He thought it must have been at some time in the ’sixties, but it was impossible to be certain. In the Party histories, of course, Big Brother figured as the leader and guardian of the Revolution since its very earliest days. His exploits had been gradually pushed backwards in time until already they extended into the fabulous world of the ’forties and the ’thirties, when the capitalists in their strange cylindrical hats still rode through the streets of London in great gleaming motorcars or horse carriages with glass sides. There was no knowing how much of this legend was true and how much invented.

Winston could not even remember at what date the Party itself had come into existence. He did not believe he had ever heard the word Ingsoc before 1960, but it was possible that in its Oldspeak form – ‘English Socialism’, that is to say – it had been current earlier.

Everything melted into mist. Sometimes indeed, you could put your ɹnger on a deɹnite lie. It was not true, for example, as was claimed in the Party history books, that the Party had invented aeroplanes. He remembered aeroplanes since his earliest childhood. But you could prove nothing. There was never any evidence. Just once in his whole life he had held in his hands unmistakable documentary proof of the falsiɹcation of a historical fact. And on that occasion – ‘Smith!’ screamed the shrewish voice from the telescreen. ‘6079 Smith W! Yes, you! Bend lower, please! You can do better than that. You’re not trying. Lower, please! That’s better, comrade. Now stand at ease, the whole squad, and watch me.’ A sudden hot sweat had broken out all over Winston’s body. His face remained completely inscrutable. Never show dismay! Never show resentment! A single ɻicker of the eyes could give you away. He stood watching while the instructress raised her arms above her head and – one could not say gracefully, but with remarkable neatness and eɽciency – bent over and tucked the first joint of her fingers under her toes..."

 

I, Chapter IV - Winston se rend à son travail dans la section des dossiers du ministère de la Vérité, il met à jour les commandes de Big Brother et les dossiers du Parti afin qu’ils correspondent aux nouveaux développements,  et ce jour-là, par exemple, Winston doit modifier le compte rendu d’un discours prononcé en décembre 1983, qui faisait référence au camarade Withers, l’un des anciens fonctionnaires de Big Brother qui a depuis été exécuté en tant qu’ennemi du Parti. Winston invente ainsi un nouveau personnage, le camarade Ogilvy, homme idéal du Parti. Dans le ministère de la Vérité, des milliers de travailleurs corrigent le cours de l’histoire pour qu’elle corresponde à l’idéologie du parti et produisent du texte pour pacifier l'histoire. Chapter V, Winston déjeune avec un homme nommé Syme, un membre intelligent du Parti qui travaille sur un dictionnaire révisé de Newspeak, la langue officielle de l’Océanie, une langue qui vise à rendre impossible l'expression de toutes pensées indépendantes et rebelles. Soudain, un message exubérant du ministère de l’Abondance annonce une augmentation de la production tandis que Winston se sent surveillé. Dans le vaste ministère de la Vérité, le Parti travaille, propagande calculée, documents modifiés, histoire révisée , et ceci n'est pas sans influence sur l’esprit de Winston, l'idée de la double pensée, expliquée comme la capacité de croire et de ne pas croire simultanément à la même idée, ou de croire simultanément à deux idées contradictoires, fournit la clé psychologique du contrôle du Parti sur le passé. La double pensée permet aux citoyens sous le contrôle du Parti d’accepter des slogans comme « La guerre est la paix » et « La liberté est l’esclavage », et permet aux travailleurs du ministère de la Vérité de croire aux fausses versions des documents qu’ils ont eux-mêmes modifiés. Avec la croyance des travailleurs, les registres deviennent fonctionnellement vrais. Winston lutte sous le poids de cette machinerie oppressive et aspire à pouvoir faire confiance à sa propre mémoire....

Au chapitre VI, Winston enregistre dans son journal intime le souvenir de sa dernière rencontre sexuelle, qui était avec une prostituée prolétaire. Il pense à la haine du Parti pour le sexe et décide que leur but est de retirer le plaisir de l’acte sexuel, de sorte qu’il devienne simplement un devoir envers le Parti, une façon de produire de nouveaux membres du Parti. L’ex-femme de Winston, Katherine, détestait le sexe, et dès qu’ils ont réalisé qu’ils n’auraient jamais d’enfants, ils se sont séparés. Winston veut désespérément avoir une relation sexuelle agréable, qu’il considère comme l’acte ultime de rébellion. Dans son journal, il écrit que la prostituée prolétaire était vieille et laide, mais qu’il a quand même fait l’acte sexuel. Il se rend compte que l’enregistrement de l’acte dans son journal n’a pas atténué sa colère, sa dépression ou sa rébellion...

Au Chapitre VII, Winston écrit dans son journal que tout espoir de révolution contre le Parti doit venir des prolétaires. Le Parti ne peut être détruit de l’intérieur, on ne peut vaincre la puissante Police de la Pensée, il n'y a rien à espérer des prolétaires, qui représentent représentent pourtant quatre-vingt-cinq pour cent de la population de l’Océanie, mais mènent des vies brutales et animales : la plupart d’entre eux ne comprennent même pas que le Parti les opprime. Winston parcourt un livre d’histoire pour enfants pour se faire une idée de ce qui s’est réellement passé dans le monde, alors que le Parti prétend avoir construit des villes idéales, mais Londres, où vit Winston, est une épave. Manquant d’un dossier officiel fiable, Winston ne sait plus quoi penser du passé. Et c'est particulièrement troublé qu'au chapitre VIII, qui termine le premier livre, Winston se remémore les slogans du Parti, “WAR IS PEACE,” “FREEDOM IS SLAVERY,” “IGNORANCE IS STRENGTH” ...

 

Book Two, notre héros devient un opposant en son for intérieur, et rencontre une jeune femme, une certaine Julia, dont il tombe amoureux et qui partage ses idées subversives, la fille aux cheveux noirs n'était pas un espion politique surveillant son comportement. Ils se découvrent l'un à l'autre dans les chapitres suivants, elle explique à Winston que le Parti interdit le sexe afin de canaliser la frustration sexuelle des citoyens en une opposition fervente aux ennemis du Parti et au culte passionné de Big Brother; Winston raconte à Julia une promenade qu’il a faite avec son ex-femme Katherine, au cours de laquelle il a pensé à la pousser d’une falaise. Il en vient à conclure que cela n’aurait eu aucune importance qu’il la pousse ou non, car il est impossible de gagner contre les forces de l’oppression qui gouvernent leurs vies. Chapitre VII, alors que Winston est assailli par des rêves relativement à sa mère et à son enfance, qu'il lui semble que le Parti lui a ôté tout sentiment humain, winston et Julia évoquent leur éventuelle capture et décident de rencontrer O'Brien, auquel ils se livrent. Celui-ci leur dit que la Fraternité est réelle, qu’Emmanuel Goldstein existe et est vivant, et les conduit à travers une chanson rituelle pour les initier à l’ordre de la rébellion, et  promet de donner à Winston une copie du livre de Goldstein, le manifeste de la révolution. Le long et long extrait de La théorie et la pratique du collectivisme oligarchique d’Emmanuel Goldstein domine le chapitre IX, le plus long chapitre du roman. Ce traité tentaculaire sur l’économie politique et la lutte des classes mélange de nombreuses sources de la théorie politique du XXe siècle, y compris des œuvres de Léon Trotsky et Karl Marx. Orwell combine des aspects des philosophies politiques respectives de ces personnages en une déclaration étendue que certains critiques ont jugé trop longue et trop lourde...

Book Three, dernière partie, Winston et Julia ont donc fait la rencontre d’un personnage étrange, un certain O’Brien qui semble partager leurs convictions subversives, mais qui se révèle être un agent du Parti. Les deux amoureux seront arrêtés, torturés, et en fin de compte, après un long et douloureux lavage de cerveau mené par O'Brien lui-même, Winston se reniera, tant dans ses convictions que dans son amour pour Julia. Enfin, dirons-nous, mentalement brisé, il peut alors retourner au sein de la société....

Chapitre VI, le dernier, Winston, libre, est assis au Chestnut Tree Café, où les membres du Parti vont boire, il prend un verre de Victory Gin, regarde le télé-écran et accepte tout ce que le Parti dit et fait. Il se souvient obscurément d’avoir vu Julia un jour de mars très froid. Ils se rencontreront à nouveau, mais ni l’un ni l’autre n'est plus vraiment intéressé à poursuivre une quelconque relation. Winston commence à pleurer. Il se souvient d’un moment de bonheur avec sa mère et sa sœur, mais pense que ce doit être un faux souvenir. Il lève les yeux et voit une photo de Big Brother sur le télé-écran, ce qui le rend heureux et en sécurité. En écoutant les nouvelles de la guerre, il se rassure de la grande victoire qu’il a remportée sur lui-même et de son nouvel amour pour Big Brother....

 

"...  Uncalled, a memory ɻoated into his mind. He saw a candlelit room with a vast white-counterpaned bed, and himself, a boy of nine or ten, sitting on the ɻoor, shaking a dice-box and laughing excitedly. His mother was sitting opposite him and also laughing. It must have been about a month before she disappeared. It was a moment of reconciliation, when the nagging hunger in his belly was forgotten and his earlier aʃection for her had temporarily revived. He remembered the day well, a pelting, drenching day when the water streamed down the window-pane and the light indoors was too dull to read by. The boredom of the two children in the dark, cramped bedroom became unbearable. Winston whined and grizzled, made futile demands for food, fretted about the room pulling everything out of place and kicking the wainscoting until the neighbours banged on the wall, while the younger child wailed intermittently. In the end his mother had said, ‘Now be good, and I’ll buy you a toy. A lovely toy – you’ll love it’; and then she had gone out in the rain, to a little general shop which was still sporadically open nearby, and came back with a cardboard box containing an outɹt of Snakes and Ladders. He could still remember the smell of the damp cardboard. It was a miserable outɹt. The board was cracked and the tiny wooden dice were so ill-cut that they would hardly lie on their sides. Winston looked at the thing sulkily and without interest. 

But then his mother lit a piece of candle and they sat down on the ɻoor to play. Soon he was wildly excited and shouting with laughter as the tiddleywinks climbed hopefully up the ladders and then came slithering down the snakes again, almost back to the starting-point. They played eight games, winning four each. His tiny sister, too young to understand what the game was about, had sat propped up against a bolster, laughing because the others were laughing. For a whole afternoon they had all been happy together, as in his earlier childhood.

 He pushed the picture out of his mind. It was a false memory.

He was troubled by false memories occasionally. They did not matter so long as one knew them for what they were. Some things had happened, others had not happened. He turned back to the chessboard and picked up the white knight again. Almost in the same instant it dropped onto the board with a clatter. He had started as though a pin had run into him.

A shrill trumpet-call had pierced the air. It was the bulletin!

Victory! It always meant victory when a trumpet-call preceded the news. A sort of electric thrill ran through the café. Even the waiters had started and pricked up their ears. The trumpet-call had let loose an enormous volume of noise. Already an excited voice was gabbling from the telescreen, but even as it started it was almost drowned by a roar of cheering from outside. The news had run round the streets like magic. He could hear just enough of what was issuing from the telescreen to realise that it had all happened as he had foreseen: a vast seaborne armada secretly assembled, a sudden blow in the enemy’s rear, the white arrow tearing across the tail of the black.

Fragments of triumphant phrases pushed themselves through the din: ‘Vast strategic manoeuvre – perfect coordination – utter rout – half a million prisoners – complete demoralisation – control of the whole of Africa – bring the war within measurable distance of its end – victory – greatest victory in human history – victory, victory, victory!’

Under the table Winston’s feet made convulsive movements. He had not stirred from his seat, but in his mind he was running, swiftly running, he was with the crowds outside, cheering himself deaf. He looked up again at the portrait of Big Brother. The colossus that bestrode the world! The rock against which the hordes of Asia dashed themselves in vain! He thought how ten minutes ago – yes, only ten minutes – there had still been equivocation in his heart as he wondered whether the news from the front would be of victory or defeat. Ah, it was more than a Eurasian army that had perished! Much had changed in him since that ɹrst day in the Ministry of Love, but the ɹnal, indispensable, healing change had never happened, until this moment.

 The voice from the telescreen was still pouring forth its tale of prisoners and booty and slaughter, but the shouting outside had died down a little. The waiters were turning back to their work. One of them approached with the gin bottle. Winston, sitting in a blissful dream, paid no attention as his glass was ɹlled up. He was not running or cheering any longer. He was back in the Ministry of Love, with everything forgiven, his soul white as snow. He was in the public dock, confessing everything, implicating everybody. He was walking down the white-tiled corridor, with the feeling of walking in sunlight, and an armed guard at his back. The long-hoped-for bullet was entering his brain.

He gazed up at the enormous face. Forty years it had taken him to learn what kind of smile was hidden beneath the dark moustache. O cruel, needless misunderstanding! O stubborn, selfwilled exile from the loving breast! Two gin-scented tears trickled down the sides of his nose. But it was all right, everything was all right, the struggle was ɹnished. He had won the victory over himself. He loved Big Brother.

 


La Ferme des animaux (Animal Farm. A Fairy Story, 1945)

La Ferme des animaux est interprétée comme une fable anti stalinienne: le récit met en scène des porcs qui s'efforcent de vivre en hommes et de réaliser une utopie et, au détour de celui-ci, met en lumière sur le mode burlesque la trahison inévitable des idéaux de toute révolution.

 

"Le propriétaire de la Ferme du Manoir, Mr. Jones, avait poussé le verrou des poulaillers, mais il était bien trop saoul pour s’être rappelé d’abattre les trappes. S’éclairant de gauche et de droite avec sa lanterne, c’est en titubant qu’il traversa la cour. Il entreprit de se déchausser, donnant du pied contre la porte de la cuisine, tira au tonneau un dernier verre de bière et se hissa dans le lit où était Mrs Jones déjà en train de ronfler. Dès que fut éteinte la lumière de la chambre, ce fut à travers les bâtiments de la ferme un bruissement d’ailes et bientôt tout un remue-ménage.

Dans la journée, la rumeur s’était répandue que Sage l’Ancien avait été visité, au cours de la nuit précédente, par un rêve étrange dont il désirait entretenir les autres animaux. Sage l’Ancien était un cochon qui, en son jeune temps, avait été proclamé lauréat de sa catégorie – il avait concouru sous le nom de Beauté de Willingdon, mais pour tout le monde il était Sage l’Ancien. Il avait été convenu que tous les animaux se retrouveraient dans la grange dès que Mr. Jones se serait éclipsé. Et Sage l’Ancien était si profondément vénéré que chacun était prêt à prendre sur son sommeil pour savoir ce qu’il avait à dire. Lui-même avait déjà pris place à l’une des extrémités de la grange, sur une sorte d’estrade (cette estrade était son lit de paille éclairé par une lanterne suspendue à une poutre). Il avait douze ans, et avec l’âge avait pris de l’embonpoint, mais il en imposait encore, et on lui trouvait un air raisonnable, bienveillant même, malgré ses canines intactes.

Bientôt les autres animaux se présentèrent, et ils se mirent à l’aise, chacun suivant les lois de son espèce. Ce furent : d’abord le chien Filou et les deux chiennes qui se nommaient Fleur et Constance, et ensuite les cochons qui se vautrèrent sur la paille, face à l’estrade. Les poules allèrent se percher sur des appuis de fenêtres et les pigeons sur les chevrons du toit. Vaches et moutons se placèrent derrière les cochons, et là se prirent à ruminer. Puis deux chevaux de trait, Malabar et Douce, firent leur entrée. Ils avancèrent à petits pas précautionneux, posant avec délicatesse leurs nobles sabots sur la paille, de peur qu’une petite bête ou l’autre s’y fût tapie. Douce était une superbe matrone entre deux âges qui, depuis la naissance de son quatrième poulain, n’avait plus retrouvé la silhouette de son jeune temps. Quant à Malabar : une énorme bête, forte comme n’importe quels deux chevaux. Une longue raie blanche lui tombait jusqu’aux naseaux, ce qui lui donnait un air un peu bêta ; et, de fait, Malabar n’était pas génial.

Néanmoins, chacun le respectait parce qu’on pouvait compter sur lui et qu’il abattait une besogne fantastique. Vinrent encore Edmée, la chèvre blanche, et Benjamin, l’âne. Benjamin était le plus vieil animal de la ferme et le plus acariâtre. Peu expansif, quand il s’exprimait c’était en général par boutades cyniques. Il déclarait, par exemple, que Dieu lui avait bien donné une queue pour chasser les mouches, mais qu’il aurait beaucoup préféré n’avoir ni queue ni mouches. De tous les animaux de la ferme, il était le seul à ne jamais rire. Quand on lui demandait pourquoi, il disait qu’il n’y a pas de quoi rire. Pourtant, sans vouloir en convenir, il était l’ami dévoué de Malabar. Ces deux-là passaient d’habitude le dimanche ensemble, dans le petit enclos derrière le verger, et sans un mot broutaient de compagnie.

A peine les deux chevaux s’étaient-ils étendus sur la paille qu’une couvée de canetons, ayant perdu leur mère, firent irruption dans la grange, et tous ils piaillaient de leur petite voix et s’égaillaient çà et là, en quête du bon endroit où personne ne leur marcherait dessus. Douce leur fit un rempart de sa grande jambe, ils s’y blottirent et s’endormirent bientôt. À la dernière minute, une autre jument, répondant au nom de Lubie (la jolie follette blanche que Mr. Jones attelle à son cabriolet) se glissa à l’intérieur de la grange en mâchonnant un sucre. Elle se plaça sur le devant et fit des mines avec sa crinière blanche, enrubannée de rouge. Enfin ce fut la chatte. À sa façon habituelle, elle jeta sur l’assemblée un regard circulaire, guignant la bonne place chaude. Pour finir, elle se coula entre Douce et Malabar. Sur quoi elle ronronna de contentement, et du discours de Sage l’Ancien n’entendit pas un traître mot. Tous les animaux étaient maintenant au rendez-vous – sauf Moïse, un corbeau apprivoisé qui sommeillait sur un perchoir, près de la porte de derrière – et les voyant à l’aise et bien attentifs, Sage l’Ancien se racla la gorge puis commença en ces termes :

« Camarades, vous avez déjà entendu parler du rêve étrange qui m’est venu la nuit dernière. Mais j’y reviendrai tout à l’heure J’ai d’abord quelque chose d’autre à vous dire. Je ne compte pas, camarades, passer encore de longs mois parmi vous Mais avant de mourir, je voudrais m’acquitter d’un devoir, car je désire vous faire profiter de la sagesse qu’il m’a été donné d’acquérir. Au cours de ma longue existence, j’ai eu, dans le calme de la porcherie, tout loisir de méditer. Je crois être en mesure de l’affirmer : j’ai, sur la nature de la vie en ce monde, autant de lumières que tout autre animal. C’est de quoi je désire vous parler.

« Quelle est donc, camarades, la nature de notre existence ? Regardons les choses en face nous avons une vie de labeur, une vie de misère, une vie trop brève. Une fois au monde, il nous est tout juste donné de quoi survivre, et ceux d’entre nous qui ont la force voulue sont astreints au travail jusqu’à ce qu’ils rendent l’âme. Et dans l’instant que nous cessons d’être utiles, voici qu’on nous égorge avec une cruauté inqualifiable. Passée notre première année sur cette terre, il n’y a pas un seul animal qui entrevoie ce que signifient des mots comme loisir ou bonheur. Et quand le malheur l’accable, ou la servitude, pas un animal qui soit libre. Telle est la simple vérité.

« Et doit-il en être tout uniment ainsi par un décret de la nature ? Notre pays est-il donc si pauvre qu’il ne puisse procurer à ceux qui l’habitent une vie digne et décente ? Non, camarades, mille fois non ! Fertile est le sol de l’Angleterre et propice son climat. Il est possible de nourrir dans l’abondance un nombre d’animaux bien plus considérable que ceux qui vivent ici. Cette ferme à elle seule pourra pourvoir aux besoins d’une douzaine de chevaux, d’une vingtaine de vaches, de centaine de moutons – tous vivant dans l’aisance une vie honorable. Le hic, c’est que nous avons le plus grand mal à imaginer chose pareille. Mais, puisque telle est la triste réalité, pourquoi en sommes-nous toujours à végéter dans un état pitoyable ? Parce que tout le produit de notre travail, ou presque, est volé par les humains ; Camarades, là se trouve la réponse à nos problèmes. Tout tient en un mot : l’Homme Car l’Homme est notre seul véritable ennemi Qu’on le supprime, et voici extirpée la racine du mal. Plus à trimer sans relâche ! Plus de meurt-la-faim !

« L’Homme est la seule créature qui consomme sans produire. Il ne donne pas de lait, il ne pond pas d’œufs, il est trop débile pour pousser la charrue, bien trop lent pour attraper un lapin. Pourtant le voici le suzerain de tous les animaux. Il distribue les tâches : entre eux, mais ne leur donne en retour que la maigre pitance qui les maintient en vie. Puis il garde pour lui le surplus. Qui laboure le sol : Nous ! Qui le féconde ? Notre fumier ! Et pourtant pas un parmi nous qui n’ait que sa peau pour tout bien. Vous, les vaches là devant moi, combien de centaines d’hectolitres de lait n’avez-vous pas produit l’année dernière ? Et qu’est-il advenu de ce lait qui vous aurait permis d’élever vos petits, de leur donner force et vigueur ? De chaque goutte l’ennemi s’est délecté et rassasié. Et vous les poules, combien d’œufs n’avez-vous pas pondus cette année-ci ? Et combien de ces œufs avez-vous couvés ? Tous les autres ont été vendus au marché, pour enrichir Jones et ses gens ! Et toi, Douce, où sont les quatre poulains que tu as portés, qui auraient été la consolation de tes vieux jours ? Chacun d’eux fut vendu à l’âge d’un an, et plus jamais tu ne les reverras ! En échange de tes quatre maternités et du travail aux champs, que t’a-t-on donné ? De strictes rations de foin plus un box dans l’étable !..."


"Becoming George Orwell: Life and Letters, Legend and Legacy", John Rodden (2020)

George Orwell est-il l’écrivain le plus influent qui ait jamais vécu ? Oui, selon le livre provocateur de John Rodden, ne s'agit-il que de percer au fond comment le mystère de la transformation d’un homme en mythe. Rodden ne prétend pas qu’Orwell était l’homme de lettres le plus distingué du siècle dernier, ni même le principal romancier de sa génération, encore moins le plus grand écrivain imaginatif de la prose anglaise. Pourtant son influence depuis sa mort au milieu du siècle est incomparable. Aucun autre écrivain n’a suscité autant de controverses ou contribué autant de mots et de phrases sans cesse cités à notre lexique culturel, de « Big Brother » et « doublethink » à « thoughtcrime » et « Newspeak ». Devenir George Orwell est un tour de force révolutionnaire qui retrace le passage étonnant d’un littérateur dans une légende. Rodden présente l’auteur de "Animal Farm" et "Nineteen Eighty-Four" sous un nouveau jour, explorant comment l’homme et écrivain Orwell, né Eric Arthur Blair, en est venu à être éclipsé par la figure spectrale associée à des visions cauchemardesques de nos futurs possibles. Rodden commence par une discussion sur la vie et les lettres, relatant les excentricités et les luttes émotionnelles d’Orwell, suivie d’une évaluation de ses principales réalisations littéraires. La deuxième moitié du livre examine la légende et l’héritage d’Orwell, que Rodden appelle « England Prose Laureate », en examinant tout, de la cyberguerre aux « fausses nouvelles ». Les derniers chapitres abordent à la fois la pertinence durable d’Orwell pour les problèmes contemporains brûlants et les multiples ironies de sa réputation populaire, montrant comment lui et son travail ont été confondus avec les dreads et les maladies qu’il a combattues tout au long de sa vie....