NeoRealismo - Roberto Rossellini (1906-1977)  - Luchino Visconti (1906 -1976) - Vittorio De Sica (1901-1974) - Giuseppe De Santis (1917-1997)  - Pietro Germi  (1914-1974) - Renato Castellani (1913-1985) - Luigi Zampa (1905-1991) - Renato Guttuso (1912-1987) - .... 
Last Update: 11/11/2016


Le Néoréalisme italien (NeoRealismo)

Le Néoréalisme est un mouvement littéraire et cinématographique qui s'est développé en Italie (et au Portugal) dans les années 1940 et 1950. Une volonté de décrire la réalité telle qu'elle est, sans en occulter les problèmes et les injustices, commence à se manifester vers 1930 en opposition à la culture fasciste dominante et aux thèmes du Mouvement décadent (représenté par exemple par Gabriele D'Annunzio).

Les intellectuels estiment alors qu'il est de leur responsabilité historique de se faire les porte-voix du peuple et de ses besoins. Ils choisissent d'adopter un langage simple et direct, souvent calqué sur la langue de tous les jours.

Le néoréalisme s'impose surtout entre 1943 et 1950 : de nombreux écrivains prennent une part active à la résistance contre le fascisme et au nazisme, puis aux débats politiques une fois la guerre terminée. Les thèmes les plus fréquents des œuvres néoréalistes sont la lutte des partisans, les revendications ouvrières et les révoltes des citadins, la généralisation de la misère, la lutte pour la survie dans les banlieues ouvrières. Le terme de "néoréalisme" apparaît pour la première fois sous la plume d'un critique, Umberto Barbaro, en juin 1943, quelque six mois avant le débarquement anglo-américain d'Anzio.

(Renato Guttuso (1912-1987) - Neighbourhood Rally, 1975. - Galleria d’Arte Maggiore, Bologna)

Italo Calvino, dans la préface de son premier roman, "Le Chemin des nids d'araignée" (Il sentiero dei nidi di ragno, 1964) explique que le néoréalisme n'est pas une école, mais un "ensemble de voix" parlant une Italie multiple, silencieuse jusque-là ("non fu una scuola, ma un insieme di voci, in gran parte periferiche, una molteplice scoperta delle diverse Italie, specialmente delle Italie fino allora più sconosciute dalla letteratura"). Et c'est au lendemain de la guerre, guerre civile et guerre mondiale, que tout un chacun entend "faire entendre son existence" ("L'essere usciti da un'esperienza - guerra, guerra civile - che non aveva risparmiato nessuno, stabiliva un'immediatezza di comunicazione tra lo scrittore e il suo pubblico: si era faccia a faccia, alla pari, carichi di storie da raccontare, ognuno aveva la sua, ognuno aveva vissuto vite irregolari drammatiche avventurose, ci si strappava le parole di bocca").

Le terme de néoréalisme s'est d'abord appliqué au cinéma de cette époque, qui raconte des histoires inspirées de la réalité et des problèmes sociaux d'une Italie qui, après les horreurs et les destructions de la guerre civile, tente de construire son avenir : les films les plus célèbres du cinéma néoréaliste sont ceux des réalisateurs Roberto Rossellini, Vittorio de Sica, Luchino Visconti et du scénariste Cesare Zavattini. Le film de Luchino Visconti "Ossessione" (1943), transposition du chef d'œuvre de James M. Cain "The Postman Always Rings Twice"  dans la réalité d'une Italie habitée par la misère et le chômage, les brimades et les vexations, est communément considéré comme le premier film du courant néo-réaliste. L'expérience néoréaliste constitue l'un des sommets du cinéma italien, qui devient alors un modèle pour les autres pays. Il disparaîtra comme mouvement pour survivre simplement comme état d'esprit. A la fin des années 1950, le public marque rapidement sa désaffection à l'égard d'un cinéma qui lui renvoie l'image de sa misère.

Roberto Rossellini (1906-1977)  : "Le néo-réalisme consiste à suive un être, avec amour, dans toutes ses découvertes, toutes ses impressions. Il est un être tout petit au-dessous de quelque chose qui le frappera effroyablement au moment précis où il se trouve librement dans le monde, sans s'attendre à quoi que ce soit. Ce qui importe avant tout pour moi, c'est cette attente ; c'est elle qu'il faut développer, la chute devant rester intacte (Cahiers du Cinéma août-septembre 1955). " J'ai ressenti instinctivement le cinéma comme un moyen d'affronter la vie réelle, donc pour s'approcher des choses vraies dans un certain domaine. [...] Je me suis toujours efforcé de dire que pour moi le néoréalisme était seulement une position morale, c'est à dire de se mettre objectivement à regarder les choses et de mettre ensemble les éléments qui composaient les choses, sans essayer d'apporter aucun jugement. Parce que les choses portent en elles leur jugement."

 


Rome ville ouverte

(Roma Città aperta, Roberto Rossellini , 1945)
Le film, réalisé par Roberto Rossellini, sur un scénario de Sergio Amidei et de Frederico Fellini, est considéré comme le premier film majeur du néoréalisme italien. Cette histoire sur la résistance italienne a été écrite durant la dernière grande bataille des partisans contre les nazis. Traqué par la Gestapo, le communiste qui est à la tête d'un petit groupe de résistants, Manfredi (Marcello Pagliero) est capturé et exécuté. La femme du lithographe qui les a caché, Pina (Anna Magnani), est elle-aussi exécutée avec le prêtre Don Pietro (Aldo Fabrizi). Rossellini tourne le film comme un documentaire, dans des décors réels, avec une grande liberté de mouvements et des personnages dont l'authenticité est flagrante. La nouveauté du style vient de ce que Rossellini s'intéresse en profondeur au drame de chacun des personnages, on ne peut en effet oublier par exemple l'image de Pina , enceinte, courant au milieu des balles, ou l'exécution du prêtre sous les yeux terrorisés d'enfants.

 

"Paisà"  (Paisà, Roberto Rossellini , 1947)
Suite de six récits indépendants liés chronologiquement par le thème de la libération de l'Italie par les alliés, Paisà met en scène des éléments significatifs de la vie individuelle dans le contexte cauchemardesque de la la campagne d'Italie de la Seconde Guerre mondiale (1943-1945). Cette chronique "sauvage", avec ses images d'archives et son style heurté, marque la ruine, la brutalité, l'incompréhension : un gamin des rues se lie d'amitié avec un GI noir ivre et lui vole ses chaussures (Napoli),  un Américain ne se rend pas compte qu'une prostituée est la femme qu'il a aimé six mois plus tôt,  (Roma) et, l'image finale (Il delta del Po), d'une tristesse inoubliable, montre l'exécution impitoyable d'une colonne de résistants.

 

"Germania anno zero"

(Allemagne année zéro, Roberto Rossellini,1947)
Roberto Rossellini fut situé par la critique en marge du mouvement néoréaliste, et en fut pourtant l'un des pionniers. On sait que pour le réalisateur, l'important, dans ses films, n'était pas d'être prêtre ou mendiant, ni  d'avoir bonne ou mauvaise conscience, mais d'assumer sa condition avec le maximum de dignité : le cinéaste doit être en mesure de capter ce sursaut d'héroïsme par lequel l'homme, accablé ou perdu, se relève et assume sa liberté. Mais Rossellini abandonna très rapidement les sujets à contenu exclusivement social pour se tourner vers la comédie satirique (La Macchina ammazacattivi (1948, La Machine à tuer les méchants), Où est la liberté ? (1952, Dov'è la libertà ?), ou se focaliser sur des films intimistes magnifiant l'actrice Ingrid Bergman, devenue sa femme en 1950.
"Allemagne année zéro", est  l'histoire du petit Edmund, qui, dans une société désintégrée par le nazisme, fort de l'enseignement de son instituteur, intellectuel irresponsable qui lui enseigne qu'il faut obéir aux lois élémentaires de la survie, tue son père malade, fardeau de la famille, et se suicide.


"Ossessione" (Visconti, 1942)
Luchino Visconti (1906 -1976), originaire d'une grande famille de la noblesse milanaise, débute comme assistant de Jean Renoir en France dans "Les Bas-Fonds" (1937), puis se lie avec le groupe d'intellectuels communistes italiens animant la revue Cinema et, à partir de 1943, soutient des actions de résistance. Passionné par Proust, tenté par la littérature, Visconti réalise "Ossessione", son premier long métrage : le constat social qu'il assume dans ses quelques films néoréalistes, ne pourront se départir ensuite de cet esthétisme raffiné qui le caractérise et le pousse vers l'atmosphère si fastueuse du romantisme historique et de l'art lyrique (Bellissima, 1951, Senso, 1954, le Guépard, 1963 ..)
 "Ossessione", tiré du roman "Le facteur sonne toujours deux fois" de James Cain, semble éloigné de la thématique néoréaliste, mais en privilégiant les frustrations physiques, le pessimisme, la noirceur, le film marque une rupture radicale avec le cinéma environnant des années fascistes ou la mode fameuse des "téléphones blancs" .
Sur la route nationale qui longe le Pô, vers Ferrare, un café-garage-station-essence. Arrive un jour Gino (Massimo Girotti), chômeur et vagabond, que le patron, Bragana (Juan De Landa), d'abord méfiant, prend en amitié lorsqu'il constate que Gino est un excellent mécanicien. Très vite, ce dernier devient l'amant de la femme de Bragana, Giovanna (Clara Calamai), et lui propose de l'emmener avec lui....L'exploitation du film sera interdite presque partout par les autorités fascistes.

 

"La terre tremble" ( La terra trema, Luchino Visconti, 1948)
Tiré d'un roman de Giovanni Verga, Les Malavoglia, l'esthétisme du film emporte l'adhésion à ce drame du quotidien et de la révolte tourné avec les pêcheurs de Aci Trezza, petit port de Sicile. Rentré au pays après la guerre, Toni, fils aîné d'une famille sicilienne de pêcheurs peu fortunés, veut mettre en oeuvre des idées qu'il a ramenées de son séjour sur le continent. Après l'échec d'une première révolte, il hypothèque la maison de ses parents et fonda sa propre affaire .. Comme plus tard dans "Rocco et ses frères" (1960), bien que dans un milieu très différent, Visconti brosse le portrait sociologique de l'Italie des pauvres, de ses violences ambiguës et de ses illusions.


 

Vittorio De Sica (1901-1974)  :  " L'expérience de la guerre fut déterminante pour nous tous. Chacun ressentit le désir fou de jeter en l'air toutes les vieilles histoires du cinéma italien, de planter la caméra au milieu de la vie réelle, au milieu de tout ce qui frappait nos yeux atterrés. Nous cherchions à nous libérer du poids de nos fautes, nous voulions nous regarder en face, et nous dire la vérité, découvrir ce que nous étions réellement, et chercher la vérité." On peut affirmer que les films de Vittorio De Sica ont changé le cinéma italien. Acteur et comédien de théâtre, ce fils de magistrat réalise quatre comédies légères sous l'époque fasciste, puis opte pour le réalisme dramatique avec "Les Enfants nous regardent" (I bambini ci guardano), qui marque les débuts de Marcello Mastroianni. C'est aussi sa première collaboration avec l'écrivain Cesare Zavattini (1902-1989). Tous deux vont estimer que la caméra doit observer la vie brute, telle quelle est vécue, sans chercher à enjoliver le récit en faisant les compromis habituels. De Sica prouve son habileté à diriger les enfants pour "Sciuscía" (1946), sur la misère des rues dans la Rome d'après-guerre, occupée par les Alliés. Cette pauvreté est le thème principal du néoréalisme italien et De Sica filme des non professionnels en décors naturels : l'événement fait sensation dans le monde.


Le voleur de bicyclette (Ladri di biciclette, 1948, Vittorio De Sica)
 C'est l'une des oeuvres clés du néoréalisme italien, fruit d'un travail collaboratif de Cesare Zavattini, Vittoria de Sica et d'acteurs non professionnels, évoquant avec beaucoup d'émotion les relations entre un père et son fils. Antonio Ricci (Lamberto Maggiorani) est chômeur à Rome, après la guerre, et trouve un emploi de colleur d'affiches de cinéma, après que sa femme est mis en gage les draps de la famille pour lui obtenir sa bicyclette. Mais à peine a-t-il commencé à travailler qu'il se fait voler celle-ci et va parcourir la ville avec son fils dans l'espoir de la retrouver.


"Miracle à Milan" (Miracolo a Milano, 1951, Vittorio De Sica)
Vittorio De Sica passe à Naples les premières années de sa vie au sein d'une famille certes bourgeoise mais démunie. C'est en 1940 qu'il devient metteur en scène et rencontre le scénariste Cesare Zavattini avec qui il va participer au mouvement néoréaliste : "Les enfants nous regardent" (I bambini ci guardano, 1944), dans lequel Nina (Isa Pola) quitte son mari, Andrea Emilio Cigoli , pour rejoindre son amant, Roberto (Adriano Rimoldi), abandonne son fils et conduit le père de celui-ci au suicide ; "Sciuscia" (1946) où, dans les rues de Rome de l'immédiate après-guerre, les enfants des quartiers pauvres se livrent, par nécessité, à de menus trafics; "Le voleur de bicyclette" (Ladri di biciceltte); "Umberto D", dans lequel Carlo Battisti (Umberto Domenico Ferrari) est un vieil homme solitaire qui n'arrive plus à subsister (1952).
Dans "Miracle à Milan", s'affronte deux mondes, celui des pauvres, innocent et naïf, personnifié par Toto (Francesco Golisano), né dans un chou, orphelin et incroyablement optimiste, affrontant l'impitoyable existence des bidons-villes et le monde des riches, sournois et puissants. Tout commence quand les pauvres découvrent que leur terrain est pétrolifère. Et tout pourrait être  perdu si Lolotta ne veillait d' "En Haut" sur le sort des réprouvés...


"Riz amer" (Riso amaro, Giuseppe De Santis, 1949)
Giuseppe De Santis (1917-1997) est un réalisateur néoréaliste d'importance au travers de quatre films. Dans "Chasse tragique" (Caccia tragica, 1947), il décrit la volonté des anciens partisans de mettre en valeur la terre qui leur est confiée, rêve utopique d'une société fondée sur le partage des richesses. Dans "Riz amer" (Riso amaro, 1949) et "Pâques sanglantes" (Non c'è pace tra gli ulivi, 1950), il aborde les problèmes du prolétariat rural dans des histoires fortement romanesques qui élargissent le propos et lui fournissent un fort impact émotionnel. On lui ainsi reproché une vision vulgarisée du néoréalisme. Et on a pu effectivement rapprocher "Riz amer" d' "Ossessione" : ici, une pure intrigue de film noir où l’escroc Vittorio Gassman est traqué par la police au sein d’une gare pour le vol d’un collier et, sur le point d’être capturé, celui-ci confie l’objet à sa petite amie Francesca (Doris Dowling) qui va se mêler pour un temps aux journalières en partance pour la récolte de riz dans la plaine du Pô. La trame policière devient ensuite  une tranche vie du quotidien de ces colonnes de femmes d'une beauté sans égal, et l'importance de la starlette américaine de série B Doris Dowling, alors recrutée pour attirer le public américain,  s'estompe au profit d'une révélation, Silvana Mangano. Elle incarnera, bien avant Sophia Loren ou Gina Lollobrigida, l'image de la star italienne charismatique aux formes généreuses.


"Onze heures sonnaient"

(Roma ore 11, Giuseppe De Santis, 1952),
Dans "Onze heures sonnaient" Giuseppe De Santis s'inspire d'un fait-divers authentique (l'effondrement d'un escalier d'immeuble sous le poids de centaines de femmes venues répondre à une annonce dans un immeuble vétuste) pour suivre, à travers plusieurs destins individuels, une prostituée, l'épouse d'un ouvrier au chômage, l'amie d'un peintre, une fille enceinte, une domestique, les conséquences tragiques du chômage et de la misère.


"Il sole sorge ancora"

(Le soleil se lèvera encore, 1946, Aldo Vergano)
Aldo Vergano (1891-1957), scénariste et producteur dans les années 1930, réalise après la Guerre en 1946 "Le soleil se lèvera encore" considéré comme un des films les plus aboutis sur la réalité de la Résistance italienne, et fort de l'expérience de Vergano lui-même.


"Il Cammino della Speranza"

(Le Chemin de l’espérance, 1950, Pietro Germi)
Pietro Germi  (1914-1974), acteur et réalisateur, est dès 1947 sensible aux problèmes sociaux que traverse l'Italie d'après-guerre. Entre "Le témoin" (Il Testimone, 1946),qui décrit les relations ambigues entre un homme suspecté de meurtre et son témoin à charge,  "Au nom de la loi" (In Nome della Legge, 1949) qui évoque avec précaution la mafia en Sicile, et "La Tanière des brigands" (Il Brigante di Tacca del Lupo, 1952) qui décrit le brigandage en Basilicate pendant le Risorgimento. "Le Chemin de l'espérance", avec Raf Vallone et Elena Varzi, aborde la condition des mineurs siciliens, leur précarité et leurs tentatives d'émigrations clandestines pour fuir l'Italie.


"Due soldi di speranza"

(Deux sous d'espoir, Renato Castellani, 1952)
Renato Castellani (1913-1985) inaugure en 1948 un triptyque néo-réaliste : "Sotto il sole di Roma", "È primavera" (1950),  "Due soldi di speranza" (1951). Dans ce dernier film, Antonio (Vincenzo Musolino), qui revient au pays pour trouver du travail, tente en vain d'y nourrir sa mère et ses soeurs, de séduire Carmela (Maria Fiore), fille de caractère qui lui mène la vie dure. Il ne lui reste plus, pour s'en sortir, qu'à rejoindre la grande ville voisine, Naples.


"Les années difficiles" (Anni difficili, Luigi Zampa, 1948)
Luigi Zampa (1905-1991) se fait remarquer en 1947 avec "Vivere in pace" (Vivre en paix), tragi-comédie marquée par l'absurde sur les derniers jours de la guerre, et "L'Onorevole Angelina" (L'Honorable Angelina), qui raconte la lutte pour le logement et les mouvements populaires de l'Italie de la fin des années 1940.  Anna Magnani y incarne une pasionaria des pauvres prenant la tête d'une révolte spontanée contre les pouvoirs publics. Mais surtout Zampa s'attache à démontrer comment les Italiens ont toujours su trouver des accommodements avec tout pouvoir, quel qu'il soit, et son regard, corrosif, se porte ainsi sur la lâcheté et l'opportunisme de personnages en proie à la survie et à l'ascension sociale. Dans "Anni difficili", tiré d'une nouvelle de Vitaliano Brancati (Il vecchio con gli stivali), un modeste fonctionnaire est contraint d'adhérer au parti fasciste pour sauver sa place, et à la Libération, celui qui l'a contraint à faire ce choix sera celui qui l'en sanctionnera.


"L'arte di arrangiarsi" (1954, Luigi Zampa)
Alberto Sordi continue d'accompagner Zampa dans sa dénonciation sarcastique de la corruption des moeurs : il joue ici le personnage de Rosario Scimoni, dit"Sasà", un secrétaire de mairie sicilien successivement socialiste, fasciste, communiste et enfin démocrate-chrétien, endossant, au gré des événements, tous les costumes nécessaires à sa réussite sociale. Dans "Ladro lui, ladra lei" (1958),  Alberto Sordi incarnera un voleur qui ne parvient pas, malgré tous ses efforts, à abandonner sa nature profonde de voleur. L'argent continue à pourrir cette Italie des années 1950 et, dans "La Ragazza del Palio" (La Blonde enjôleuse,1958, un prince fauché (Vittorio Gassman) espère épouser celle qu'il prend pour une riche touriste américaine (Diana Dors). Zampa poursuivra sa dénonciation avec "Anni ruggenti", 1962), adapté d'une pièce de Gogol, dans laquelle un agent d'assurance ordinaire (Nino Manfredi) est pris par les notables d'un village pour un inspecteur du parti fasciste venu incognito, et c'est à qui fera le plus talentueusement assaut de servilité. Dans "Il medico della mutua (1968), l'un de ses plus grands succès, Zampa remet en scène Alberto Sordi qui y incarne un médecin idéaliste qui, petit à petit, perd ses illusions et entreprend de s'enrichir sur le dos de la sécurité sociale. Enfin, citons "Una questione d'onore" (1966), qui conte les crimes d'honneur commis en Sicile au nom d'une absurde morale patriarcale.

Le néoréalisme a redonné le goût de la réalité, mais chaque réalisateur avait sa propre vision de cette réalité, aussi, vers 1953-54, le néo-réalisme s’essouffle, et ses principaux adeptes cherchent d’autres voies, ainsi Roberto Rossellini , dans "Voyage en Italie" (Viaggio in Italia, 1954), Luchino Visconti,  dans "Senso" (1954). Et ce que Michelangelo Antonioni (1912-2007) retient du néoréalisme, c'est paradoxalement, a-t-on écrit, le sentiment de l'effacement de la réalité dans les rapports humains et dans la conscience des êtres (Femmes entre elles (Le amiche, 1955), Le Cri (Il grido, 1957), L'avventura (1960)..). Frederico Fellini poursuit son chemin au-delà de la misère matérielle, pour atteindre l'essence d'une détresse humaine qui mêle burlesque et tragique (1953 : Les Vitelloni ou Les Inutiles (I vitelloni, 1953), La Strada (1954), Les Nuits de Cabiria (Le notti di Cabiria, 1957), La dolce Vita, 1960...). Mario Monicelli (1915-2010) réalise ses premiers films à partir de 1953 et acquiert sa notoriété en 1958 avec "I soliti ignoti" (Le Pigeon) qui met en scène Vittorio Gassman (Peppe il pantera) et Renato Salvatori (Mario Angeletti) qui vont former une bande de petits délinquants amateurs et minables qui tentent de monter un hold-up. Monicelli garde une trame néoréaliste en apportant un regard cruel sur les individus et leurs mœurs.


C'est par la suite qu'on a étendu le qualificatif de néo-réaliste à certaines branches de la littérature. Nombreux sont les écrivains importants qui, lors de ces années, ont été influencés par les idées néoréalistes : citons Elio Vittorini, Cesare Pavese, Beppe Fenoglio, Marcello Venturi, Italo Calvino à ses débuts, Alberto Moravia, Vasco Pratolini, Francesco Jovine, Domenico Rea, Carlo Levi, Mario Tobino et Carlo Cassola...

(American girl in Italy di Ruth Orkin, Caffè Gilli Firenze 1951)


Des mouvements italiens réunissant les artistes les plus divers autour de préoccupations sociales et politiques communes voient le jour, le "Fronte Nuovo delle Arti" ou le groupe "Corrente", par exemple. Mais ces expériences seront toutes de courte durée, le Parti communiste italien va faire ressentir de plus en plus son influence, nourrissant des préjugés hostiles à l'art abstrait ou à toute manifestation artistique semblant représentative de la "petite-bourgeoisie". Chacun de ces artistes sera ainsi amené à suivre sa propre voie.

Dans les années 1950, les oeuvres les plus représentatives sont celles d'Armando Pizzinato (1910-2004) : "Suonatori ambulanti", "Canale della Giudecca", "Dragamine e faro e Primo maggio", "Un fantasma percorre l’Europa".

L'engagement de Renato Guttuso (1912-1987) dans la Résistance marque le début du développement de thèmes politiques et sociaux dans ses œuvres : "La Crucifixion"  (1941, Rome, G.A.M.) est une violente accusation contre les horreurs de la guerre. Cofondateur, après la guerre, du Fronte nuovo dell'arti, Guttuso devient, à partir de 1949, le chef de l'école néo-réaliste, participant aux côtés du parti communiste italien au débat sur le "réalisme socialiste". Dans une série d'écrits, il met en évidence la nécessité d'un engagement esthétique conduit par un choix précis d'impératifs politiques et moraux.