Metaphysics - Islam - Muhammad ibn Abdallah (Mahomet,  570-632) - Abd Allah ibn Umar (début VIIe-693) - Ali ibn Abi-Talib (601-661) - Abu Abd Allah Muhammad ibn Idris al-Chafii (767-820) - Ahmed bin Hanbal (780-855) - Abû Hanîfa Al-Nu'man Ibn Thabit (699-767) - Malik ibn Anas (711 - 795) - Al-Kindi (801-873) - Al-Razi (865-925) - Al-Fârâbî (872-950) - Abu al-Hasan al-Achari (873-935) - Muhammad shams al-a'immah al-Sarakhsi (?-1106) - Abu Hamid Muhammad al-Ghazali (1058-1111) - Muhammad ibn Tumart (1082-1130) - Jalal al-Din Rumi (1207-1273) - Mirza Ghulam Ahmad (1835-1908) - …
Last update: 2018/12/12

L'Islam est la plus récente des trois grandes fois monothéistes (Christianisme, Judaisme), la 2e plus importante religion de notre planète Terre (23%, 1,6 milliards) s'est répandu hors de son berceau moyen-oriental pour gagner en influence doctrinaire et politique partout dans le monde. Sa division principale se situe entre "sunnisme", qui réunit 85% des musulmans du monde, et "chiisme", dominant en Iran, Irak, Azerbaïdjan et Yemen. Cette scission prend racine dans les désaccords survenus lors de la succession de son premier chef, Mahomet au VIIe siècle de notre ère dans la péninsule arabique. D'autres groupes se sont constitués marquant leurs différences sur des points de doctrine, le soufisme, branche mystique et ascétique remontant au XIIIe siècle (Turquie), l'ismaélisme dont sont issues les croyances Druzes, communauté centrée sur des pratiques cachées (Liban, Syrie), le kharidjisme qui observent les préceptes du Coran à la lettre (sultanat d'Oman, Zanzibar), le controversé ahmadisme né au Pendjab (Inde) à la fin du XIXe et centré sur l'apparition d'un nouveau prophète (Mirza Ghulam Ahmad), enfin le salafisme, mouvement conservateur qui s'est développé fin du XIXe en Egypte en réaction à l'influence  occidentale et propagateur de la "charia" (la "route jusqu'au trou d'eau", guide de vie et source de droit). Depuis le XIe siècle, l'Islam a connu nombre de conflits idéologiques et politiques avec le monde chrétien, les tensions les plus récentes ont conduit à une interprétation radicale de la notion de "djihad" (lutte) par certains fondamentalistes musulmans...

"Muhammad le messager d'Allah et le dernier des prophètes" (Sourate 33:40) - Comme le judaïsme et le christianisme, l'islam est issue d'un culte abrahamique qui révèle l'alliance accordée par Dieu au patriarche Abraham (Ibrahim) il y aurait 2000 à 1500 avant notre ère, le tout premier prophète d'une série  qui comporte notamment Moïse (Musa), qui reçoit sur le mont Sinaï les commandements de Dieu (Tawrit) au XIVe-XIIIe siècle avant notre ère,  et Jésus (Isa) qui recueille au 1er siècle l'Injil, un Evangile aujourd'hui disparu, et annonce la venue d'un ultime messager de Dieu. Jusque-là, selon la tradition islamique, si Dieu a révélé sa parole, celle-ci a été mal interprétée, la Torah comme les Evangiles ont distordu le message divin. Muhammad ibn Abdallah, Mahomet, est bien le dernier de ces prophètes, recueillant les ultimes et définitives révélations dans le Coran, sainte écriture de l'Islam inspirée par Allah (Dieu) à partir de 610 de notre ère et par l'intermédiaire de l'ange Djabraïl (Gabriel)…

L'islam s'est impliqué dès le début dans la vie politique et sociale de la péninsule arabique, l'expulsion de Mahomet de La Mecque marque l'Hégire, et son installation à Médine correspond à l'instauration de la première cité-Etat de l'islam. Suivront la reconquête de La Mecque en 629-630 et la fondation d'un empire destiné à unir les tribus éparses d'Arabie. Entre-temps, Mahomet a recueilli dans une caverne du mont Hira, au-dessus de La Mecque, la parole littérale de Dieu, l'ensemble du Coran (Quran) lui fut transmis en plusieurs fois et sur une longue période, près de 22 ans, une Parole qu'il mémorisa et récita pour être transcrite à ses disciples : c'est un Coran que nous avons fragmenté, dit la Sourate 17:106 pour que tu puisses le lire aux gens par étapes. Tant le contenu que l'ordre des 114 sourates (114 chapitres dont 86 sont dénommés "sourates de La Mecque" et 28, "sourates de Médine") et 6000 versets sont considérés comme d'inspiration divine. Non seulement, le Livre lui-même comme tout objet comportant un verset du Coran sont éminemment sacralisés, mais l'arabe coranique est lui-même le langage constitutif du message divin que toute interprétation ne peut que dénaturer. Nul ne saurait égaler le caractère miraculeux et sacré du Coran (i'jaz al-Qur'an), d'où son style souvent incantatoire. Lire, apprendre et réciter ses parties littérales du Coran constituent une part essentielle de la pratique du fidèle. Si les Bibles hébraïques et chrétiennes partagent nombre de personnages et d'histoires avec le Coran, les sourates de Médine s'attacheront principalement à définir les règles juridiques et sociales d'une communauté qui ne va cesser de se développer. A sa mort, en 632, complétant les préceptes du Coran, les paroles et actions attribuées au prophète sont rassemblés dans les "hadith", illustrant la "sunna", tradition du comportement de tout prophète (dans le chiisme, cette sunna a été transmise par Mahomet à l'imam Ali et à Fatima Zahra). Entre les VIIIe et IXe siècles, l'érudit al-Chafii va édifier à partir de ces textes un ensemble de règles, ou "charia", qui vont influencer profondément la législation de nombreux pays musulmans….

La Foi islamique n'est pas sans support visuel - La tradition musulmane a toujours interdit les représentations iconographiques au sein du Coran, et notamment la représentation du corps humain, autorisant ainsi des motifs abstraits, bidimensionnels,  et une science de la calligraphie particulièrement élaborée : des mosaïques aux formes géométriques qui reflètent à la perfection l'ordre et l'harmonie divins, mais qui fournissent tout autant une analogie visuelle avec des règles strictes de comportement religieux. L'étoile est, pour sa forme géométrique régulière, pour le rayonnement qu'elle diffuse à parts égales en toute direction, le motif par excellence. Et toute étoile est créée par une division du cercle en parts égales, toute création est au service de la communauté et non geste de l'artiste livré à son intuition et à sa satisfaction personnelles…

Allah n'imposa qu'un léger "fardeau" à ses fidèles - Selon la tradition transmise par Abd Allah ibn Umar, l'un des compagnons de Mahomet, le Prophète résuma l'islam à partir de cinq principes, les "cinq piliers" (Ibadat), comme constituant les obligations minimales de toute pratique : "il n'y a d'autre dieu qu'Allah et Mahomet est son prophète" (le Chahada, murmuré à l'oreille de chaque nouveau-né musulman), "prier avec assiduité" (Salat, cinq appels à la prière rythme la journée et sont observés après purification), "faire l'aumône" (Zakat,  acte de charité et de devoir), "observer le jeûne durant le mois de ramadan" (Sawm, le neuvième mois du calendrier lunaire, un mois qui se termine par l'Aid al-Fitr), "accomplir le pèlerinage à La Mecque" (Hadjdj, le but ultime est la Kaaba, bâtiment cubique au centre de la Grande Mosquée, autour duquel, sans distinction sociale ou hiérarchique, chaque fidèle en effectue sept fois le tour, ou tawaf).

"Une lumière et un Livre explicite vous sont certes venus d'Allah! Par ceci, Allah guide aux chemins du salut ceux qui cherchent son agrément" (Sourrate 5:15-16) - Tout musulman doit se soumettre à la voie de Dieu, islam signifie en effet "soumission", et cette "voie" par laquelle Dieu nous guide est la "charia" (sharia). Cette voie est nourrie par les révélations du Coran et par les actions et comportements rapportés de Mahomet dans la sunna. Mais comment faire évoluer de tels principes dans un monde qui se complexifie irrémédiablement et pose de nouvelles problématiques? Abu Abd Allah Muhammad ibn Idris al-Chafii (767-820), le père du droit islamique, distingue quatre sources législatives, d'importance croissante : le Coran, la sunna, le "ijma" ou consensus de la communauté, le "qiyas" ou exercice du raisonnement analogique. Cette approche s'est par la suite, à partir du XIIIe siècle, étoffée dans le monde sunnite, deux courants de droit et de jurisprudence (Madhhab) privilégiant les textes saints pour établir la loi (le "chaféisme", de l'imam Al-Chafii (767-820), répandu au Yemen, en Corne de l'Afrique, le "hanbalisme", de l'imam Ahmed bin Hanbal (780-855), dominant en Arabie saoudite), deux autres donnant une part importante au raisonnement analogique (le "hanafisme", de Abû Hanîfa Al-Nu'man Ibn Thabit (699-767), dominant les musulmans non arabes,  le "malikisme" de Malik ibn Anas (711 - 795), dominant en Afrique du Nord et Afrique de l'Ouest). Les chiites quant à eux, privilégient l'autorité de l'immam sur le consensus ou le raisonnement analogique. Dans les pays où l'islam prédomine, les docteurs de la loi religieuse prennent et rédigent des décisions (fatwas) que vont appliquer les juges.

Mais suivre la "charia" n'est pas sans difficultés, la lutte pour rester proche de Dieu est constante, on la désigne par le terme de "djihad", et l'on distingue un "djihad majeur", lutte intérieure que mène tous fidèles, pensée par Muhammad shams al-a'immah au XIe siècle, et un "djihad mineur", qui concerne le monde extérieur et qui fut exacerbé en 1964 par l'égyptien Saïd Qoth qui prétend assurer la domination universelle de l'islam...

Les Omeyyades dirigent de 661 à 750 un empire musulman en pleine expansion, alors que débute l'islam chiite autour de la personnalité d'Ali, cousin de Mahomet. La conquête arabe de la péninsule ibérique est réalisée en à peine 5 ans (711-716). L'année 750 marque le début de l'Âge d'or islamique avec la prise de pouvoir par les Abbassides : l'Empire arabe va couvrir un territoire plus vaste que celui de l'Europe chrétienne, encourager le dialogue entre théologie musulmane et philosophie rationnelle (Ibn Sina ou Avicenne au XIe siècle), Bagdad et Damas deviennent des centres d'enseignement d'importance....

La possibilité d'une spéculation théologique est, dans l'islam, totalement accaparée par l'idée que si nous pouvons penser à Dieu, librement, un Dieu de transcendance, seul Dieu dans son unité (tawhid), nous ne pouvons espérer le comprendre. C'est au VIIIe siècle, sous les califes abbassides, que les érudits purent disposer des ouvrages grecs (Aristote) traduits en arabe et tentèrent de se livrer à de nouvelles spéculations, la civilisation islamique livrant ses premiers philosophes, hellénisants, à Koufa, Bassorah et Bagdad : Al-Kindi (801-873), Al-Razi (865-925), et Al-Fârâbî (872-950), natif du Turkestan. Le "mutazilisme" est une école théologique qui apparaît au sein de l'islam  du IXe siècle, Wassil Ibn Ata (700-748), natif de Médine et vivant à Bassorah, en Irak, s'emploie à utiliser la logique des Grecs antiques aux apparentes contradictions du Coran, tant au niveau de ce qui est exprimé sur l'unité de Dieu que sur le libre-arbitre. Abu al-Hasan al-Achari (873-935), natif de Bassorah, développa quant à lui, l'essentiel du kalam, ou science de la glose sur le divin, en évitant de dénaturer le Livre sacré...

La récompense des vertueux est évoqué dans le Coran, le "paradis" (jannah) comme l'enfer (jahannam), en affirmant toutefois la grande miséricorde de Dieu. Au XIe siècle, Ibn Sina, natif d' Ouzbékistan, connu en Occident sous le nom d'Avicenne (980-1037), s'efforce de concilier philosophie rationnelle et théologie de l'Islam tout en réfutant toute idée de résurrection des corps, l'essence de l'être humain étant par nature spirituelle. Aux XI et XIIe siècles, Al-Ghazali (1058-1111), natif du nord-est de l'Iran, contestera toute utilisation de la philosophie dans la théologie de l'Islam (De l'incohérence des philosophes), soutenant un profond mysticisme et n'hésitant à aborder "Le Chemin vers le paradis". A contrario, Ibn Rochd, connu sous le nom d'Averroès (1126-1198), natif de Cordoue, contributeur décisif des sciences profanes qui éclosent dans toute l'Europe médiévale, soutient l’idée que la loi divine (charia) s’accorde avec les vérités issues de l’intellect, et que la vie de l’homme doit être orientée en vue de réaliser cet accord. Il évoquera le jour du jugement dans "De l'harmonie des religions et de la philosophie".

L'Islam affronte une série de croisades menées sous l'égide de l'Eglise catholique entre 1095 et 1291 pour reconquérir la Terre sainte, puis la Reconquista des Rois catholiques en terre d'Espagne qui s'achève le 2 janvier 1492. L'Empire musulman se fragmente et les invasions mongoles menées par Gengis Khan mettent fin au XIIIe siècle à l'ère abasside. Quatre dates marquent l'histoire globale de l'Islam, 1453, fondation de l'Empire ottoman par Mehmed II et conquête de Constantinople, 1526, constitution en Inde de l'empire moghol musulman, 1948, création de l'Etat d'Israël et début du conflit israélo-arabe, 1979, révolution iranienne renversant le régime pro-occidental du pays. En 2011, le Printemps arabe a vu des partis islamistes emporter des élections dans un contexte qui s'ouvrait à la démocratie…

L'Islam rassemble environ un quart de la population mondiale,  dont trois-quarts de Sunnites (Sunni Islam) et 20% de Chiites (Shia Islam).  Les Sunnites se répartissent eux-mêmes en plusieurs tendances liées à la spécificité du droit musulman (fiqh) mis en oeuvre en relation avec la théologie : construites durant les premiers siècles de l'Hégire, ces écoles ont toutes été affectées par les profondes mutations qu'a pu connaître le monde dans son ensemble.  Le Hanafisme (35%) constitue la tendance la plus "libérale" des écoles de jurisprudence, reconnaissant non seulement le Coran et les ḥadīths comme sources premières du droit, mais acceptant tant l'opinion personnelle que le rationnel dans l'élaboration du raisonnement juridique : cette jurisprudence domine en Asie centrale, en Inde musulmane, au Pakistan, en Turquie. Le Shafiisme (25%), valorise la sunna comme source du droit, insiste sur le consensus de toute la communauté en écartant l'opinion personnelle, et se rencontre sur les rivages orientaux de l'Afrique, autour de l'océan Indien et en Asie du Sud-Est (Égypte, Yémen, Koweït, Indonésie, Malaisie, Philippines, Thaïlande). Le Malikisme (15%) privilégie une  jurisprudence musulmane centrée sur l'opinion personnelle (ra'y) et le raisonnement par analogie (qiyās) plutôt que les ḥadīth, et  se rencontre au Maghreb et en Afrique subsaharienne. Le Hanbalisme (4%) est le plus dogmatique et rigoriste dans l'application de la jurisprudence de l'islām sunnite,  incarné par le wahhābisme d'Arabie centrale et doctrine juridique officielle de l'Arabie Saoudite actuelle. On compte enfin près de 1% de Salafistes, en Arabie Saoudite et dans les Etats du Golfe principalement, centrés sur un retour aux sources pour faire barrage à l'influence délétère du monde occidental, et privilégiant à ce titre l'imitation du Prophète à la lecture même du Coran.

C'est la région de l'Asie-Pacifique qui compte le plus grand nombre de musulmans au monde, dépassant le Moyen-Orient et l'Afrique du Nord : l'Indonésie (225 millions), puis le Pakistan (200 millions), l'Inde (189 millions), le Bangladesh (143 millions), ces 4 pays concentrent 44% de la population musulmane mondiale, soit plus de 700 millions d’individus. Près de 50 pays sont peuplés majoritairement de musulmans, en Asie Centrale, Indonésie, Moyen Orient, Afrique du Nord, et tous les pays du monde comprennent des communautés musulmanes. Quasiment tous les pays du monde arabo-musulman, sauf le Liban qui est pluriconfessionnel, font référence à l’islam dans leur Constitution. Mais l'on doit distinguer les Etats proprement islamiques (le droit se basant sur la religion), tels que l'Arabie saoudite, l'Afghanistan, le Pakistan, l'Iran, Bahreïn, le Yemen.  Et les pays qui ont reconnus l'Islam comme religion d'Etat : tous les pays du monde arabe ont une Constitution qui fait référence à l'Islam comme religion d'Etat, sauf le Liban et la Syrie. En Malaisie, l’Islam est aussi la religion d’Etat.

Les Lieux saints de la majorité sunnite de l'Islam sont situés principalement en Arabie Saoudite, pays où le Coran et la Sunna font office de Constitution, en vertu de la loi fondamentale adoptée par le roi en 1993, pays dont la puissance tant idéologique et financière tient au simple fait de posséder 20% des réserves pétrolières du monde…

Al-Haram Mosque,The Great Mosque of Mecca, Masjid al-Haram (Mecca, Saudi Arabia), 900 000 fidèles, la plus grande du monde et le premier lieu saint de l'Islam. Elle abrite en son centre la Kaaba, petit bâtiment par sa taille, mais plus important sanctuaire de l'islam. La pierre noire y est enchâssée : c'est elle que les musulmans tentent de toucher au cours des ṭawāf (circumambulations) qu'ils accomplissent durant leur pèlerinage (hajj) ; et c'est dans la direction de la Kaaba que les musulmans du monde entier se tournent pour prier. Le wahhabisme, courant conservateur de l'islam sunnite et propriétaire des bâtiments, s'est toujours particulièrement attaché à prévenir toute forme d'idolâtrie (shirk) qui pourrait s'exprimer vis-à-vis des monuments ou mausolées de toute sorte...

Masjid al-Nabawi (Medina, Saudi Arabia), dite The Prophet's Mosque, pouvant abriter plus 250 000 fidèles, est la deuxième mosquée la plus sainte de l'islam après Masjid al-Haram à La Mecque et avant la mosquée d'Al-Aqsa (à côté du Dôme du Rocher), à Jérusalem. Dans le coin sud-est de la mosquée, se tient le fameux dôme vert (Green Dome) surplombant la tombe du prophète Muhammad et des premiers califes, Abu Bakr et Umar. Non loin, le cimetière d'Al Baqi où reposent de nombreux compagnons (près de 7000) et quatre Imams descendant directement du Prophète, est un lieu de conflit entre chiites et wahhabites, ces derniers interdisant tout mausolée. Dans la même ville, la mosquée Al Qiblatain, est l'une des trois plus anciennes mosquées avec la Masjid al-Nabawi et la mosquée de Quba.

Plus de deux millions de musulmans du monde entier participent au pèlerinage annuel du Hadj en se dirigeant vers la mosquée Nimrah près du mont Arafat (Jabal ar-Raḥma),  à l'extérieur de la ville sainte de la Mecque, en Arabie saoudite : cette colline est considérée comme l'endroit où Mahomet aurait donné son sermon d'adieu aux musulmans qui l'avaient accompagné pour le hajj à la fin de sa vie. Les pèlerins hommes se doivent de porter deux morceaux de tissu blanc non cousus qui couvrent leur corps (ihram), les femmes portent quant à elles des vêtements plus amples..
(Dar Yasin/AP Photo)

Masjid Quba, dans la périphérie de Médine, en Arabie saoudite, est la toute première mosquée islamique : ses premières pierres ont été posées par Mahomet durant son exil de La Mecque.

Hira est, quant à elle, une grotte près de La Mecque, sur la montagne Jabal an-Nour dans le Hedjaz en Arabie saoudite,  endroit où les musulmans pensent que Mahomet a reçu la première révélation de Dieu par l'intermédiaire de l'ange Gabriel.

A Ghazipur, Bangladesh, sur les rives du fleuve Turag, se tient tous les ans depuis 1967 "Biswa Ijtema", le deuxième plus grand rassemblement musulman au monde (plus de deux millions de personnes de plus de 130 pays), après le Hadj, le pèlerinage annuel dans les lieux saints musulmans en Arabie saoudite : durant trois jours, les fidèles musulmans viennent écouter des érudits réciter et expliquer des versets du Coran et renouveler leur engagement envers les valeurs islamiques… (pic.Mahmud Hossain Opu)

Muslim pilgrims pray in Mecca's Grand Mosque, on Mount Mercy on the plains of Arafat during the annual Hajj, outside the city of Mecca, Saudi Arabia, during Eid al-Adha, or the Feast of the Sacrifice, at the Taj Mahal monument in Agra, India, at a mosque in the western Indian city of Ahmedabad (AP Photo/Rajanish Kakade, Reuters/Ammar Awad, AP Photo/Pawan Sharma, Reuters/Amit Dave, AP Photo/Hassan Ammar, Fayez Nureldine/AFP/Getty Images, Fayez Nureldine/AFP/Getty Images)...

La religion musulmane s'est, en ses débuts, inscrite dans le prolongement de l’histoire biblique. Ainsi, dans la vieille ville de Jérusalem, al-Haram al-Charif désigne un complexe de bâtiments religieux musulmans tenu pour  le troisième lieu saint de l'islam (the Noble Sanctuary) et peut accueillir plus de 500000 fidèles. Il renferme notamment la mosquée al-Aqsa, la mosquée à coupole d'argent, la plus grande de Jérusalem, et le Dôme du Rocher (Qubbat As-Sakhrah), endroit où, selon la tradition musulmane, Mahomet serait arrivé depuis La Mecque, lors de l'Isra (voyage nocturne), et d'où il serait monté au paradis, lors du Miraj, en chevauchant sa monture Bouraq. Le Mur occidental de l'enceinte, connu sous le nom de Mur des Lamentations pour les Juifs, est considéré comme le dernier vestige du Second Temple biblique, reconstruit au VIe siècle av. J.-C. et agrandi au Ier siècle av. J.-C. par Hérode, avant d'être détruit en 70 par les Romains...

La Grande Mosquée de Kairouan, également appelée mosquée Oqba Ibn Nafi, en souvenir de son fondateur Oqba Ibn Nafi, est l'une des principales mosquées de Tunisie située à Kairouan. Fondée en 670,  elle est berceau de l'Islam sunnite dans tout l'Occident musulman.

En dehors de la médina, le vaste mausolée de Sidi Sahab est une zaouïa tunisienne consacrée à Abou Zamaa el-Balaoui, un compagnon du prophète de l'islam Mahomet, mort au combat en l'an 34 de l'hégire (654 ap. J.-C.). Harar, ville située à l'Est de l'Éthiopie, est parfois qualifiée de quatrième ville sainte de l'islam..

La Grande Mosquée d'Alep (Masjid al-Umayyaẗ bi-Ḥalab) est la plus grande et la plus ancienne mosquée de la ville d'Alep dans le nord de la Syrie, une citadelle arabe médiévale, l'une des plus vieilles villes du monde à avoir été constamment habitée (dès 2000 ans avant notre ère). Fortement marquée par ses maîtres ayyoubides et mamelouks qui se sont succédés entre le XIIe et le XVe siècle, elle fut intégrée dès 637 à l’empire arabo-islamique. Elle fut longtemps éclipsée par sa prestigieuse voisine Damas (Damascus, Syria).

Située au cœur de cette dernière, la grande mosquée omeyyade (Umayyad Mosque) fut successivement  temple voué à Hadad, puis à Jupiter, église dédiée à saint Jean-Baptiste, pour être édifiée entre 705 et 715 et constituer l'une des plus grandes et des plus anciennes mosquées du monde. A l'ouest de Damas, sur le mont Qassioun, la mosquée de Nabi Habeel, vénérée tant par les musulmans que par les druzes près du lieu où repose Abel, fils d’Adam, tué par son frère Caïn...

 

From Indonesia to the United States, Muslims around the world welcome the holy month of Ramadan....

(Muslim women attend prayers on the first day of the holy fasting month of Ramadan at al-Akbar Mosque, Surabaya, East Java, Indonesia. Sigit Pamungkas/Reuters; Shia worshippers gather near the golden-domed shrine of Imam Moussa al-Kadhim to mark the beginning of Ramadan in Baghdad, Iraq. Hadi Mizban/AP Photo..)


Islam & Asie du Sud-Est
Le premier royaume islamique à émerger en Asie du Sud-Est fut le sultanat de Melaka, fondé vers 1400 dans la péninsule malaise occidentale, principal carrefour où se croisaient des marchands voyageant entre l'Inde et la Chine. La région devient, du XVe au XVIIe siècles, un monde morcelé de sultanats concurrents. La structure politique du sultanat n'est pas celle  de la divinité-faite-homme des mandalas hindous, mais une puissance encadrée par tout un corps de normes morales inspirées du Coran et de la Sunna et ouvrant à plus d'individualisme. De nos jours, l'Indonésie, la Malaisie et Brunei sont les pays musulmans majoritaires de la région, l'Indonésie étant le plus grand pays musulman du monde. L'arabe du Coran, porté par les flux de commerce, a imprégné les langues locales, en particulier le malais, mais aussi le javanais et plusieurs autres langues austronésiennes parlées en Asie du Sud-Est insulaire. La plupart des autres pays d'Asie du Sud-Est comptent des populations musulmanes minoritaires, notamment les Philippines, la Thaïlande, Singapour et le Myanmar (Birmanie). L'ancien royaume du Champa, situé au Cambodge et au Vietnam, s'est effondré après le XIVe siècle, mais une grande partie de sa population s'est convertie à l'islam à peu près à la même époque, puis a été absorbée par les royaumes voisins. Les Cham forment donc une minorité musulmane dans cette partie de la région, bien que leurs pratiques soient marquées par de nombreuses croyances et traditions locales. L'islam en Asie du Sud-Est est particulièrement syncrétiste, absorbant des traditions hindoues, bouddhistes et animistes. Les premières mosquées datant de la fin du XVe et du début du XVIe siècle ressemblent aux temples hindous que l'on trouve encore aujourd'hui sur l'île de Bali, où l'hindouisme est resté la religion dominante. L'Islam a pu poursuivre ici une connotation dite moderniste, c'est-à-dire offrant un rapport critique aux autorités de la tradition, ouvrant ainsi à la modernité : on cite en exemple ces grandes organisations de masse issues des toutes premières décennies du XIXe, Nahdlatul Ulama et Muhammidiyah en Indonésie, Kaum Muda en Malaisie.  Mais les transformations politiques issues des premières et secondes guerres mondiales génératrices le plus souvent de régimes autoritaires, dans la foulée des mouvements nationalistes, vont  exacerber les rapports politiques et jeter l'islam dans le radicalisme… 

L'Indonésie, qui abrite la plus grande population musulmane (islam sunnite) du monde  (207 millions d'individus, 13 % du nombre total de musulmans dans le monde) ne constitue pas pour autant un pays musulman ou islamique fondé sur la loi islamique (Bhinneka tunggal ika). Le pays compte des dizaines de millions de non-musulmans et une forte tradition de laïcité. La partie occidentale peuplée de l'Indonésie, exposée aux courants commerciaux, abrite une communauté musulmane relativement plus importante que la partie orientale : Sumatra, Java, Kalimantan (coastal areas), Sulawesi. Globalement l'Etat ne cesse pour autant d'intervenir et n'est pas totalement étranger au fait que chaque année l'Indonésie fournisse l'un des plus grands contingents de pèlerins (plus de 200 000 personnes) ) destination de La Mecque...

Près des deux tiers des musulmans d'Indonésie vivent à Java, l'île sur laquelle sont situées les plus grandes villes d'Indonésie, dont sa capitale. A Jakarta, Istiqlal Mosque, d'une capacité de 120 000 fidèles, constitue la plus grande mosquée d'Asie du Sud-Est et la troisième plus grande mosquée sunnite du monde en termes de capacité d'accueil. Sur l'île de Java, terre d'islam conquise par les Wali Songo, "neuf saints"  du XVe siècle dont le plus célèbre est Sunan Kalijaga, la ville portuaire de Surabaya, la 2e plus grande ville d'Indonésie, abrite la mosquée Muhammad Cheng Ho qui porte ici témoignage de l'influence sino-musulmane sur l'Indonésie, la Mosquée Sunan Ampel, la plus ancienne de Java Est, Al-Akbar Mosque, la deuxième plus grande mosquée d'Indonésie. La province de Jawa Tengah compte nombre de mosquées des plus singulières, la Grande Mosquée de Demak, qui fusionne les styles hindous et islamiques javanais, la mosquée Menara Kudus (Al-Aqsha), d'architecture hindou-bouddhiste et construite vers 1549, lieu de pèlerinage, la Grande Mosquée de Semarang, dite complex of the Great Mosque of Central Java, ouverte en 2006. West Java abrite à Depok la mosquée Dian Al-Mahri, ou mosquée Golden Dome, lieu d'affluence ouvert depuis 2006. Sur l'île de Sulawesi, la ville de Makassar abrite la mosquée Al-Markaz Al-Islami, l'un des plus grands centres de l'activité religieuse islamique en Asie du Sud-Est. A l'extrémité nord de l'île de Sumatra, se dresse à Banda Aceh un symbole de la lutte et du nationalisme du peuple Acehnais, la grande mosquée Baiturrahman. Dans l'île de Bornéo, la mosquée Samarinda Islamic Center (Baitul Muttaqien) dresse ses sept minarets et son immense dôme pour constituer la deuxième plus grande mosquée d'Asie du Sud-Est après la mosquée Istiqlal...

La population de la Malaisie s'élève à 28 millions d'habitants et compte environ 60 % de musulmans. Si l'islam est constitutionnellement la religion officielle du pays, si les mosquées font partie du quotidien, la charia ne s'applique ici qu'aux musulmans. Kuala Lumpur abrite Masjid Negara, la plus ancienne mosquée de la capitale de la Malaisie, aux trois coupoles et deux minarets, et l'immense Federal Territory Mosque (Masjid Wilayah Persekutuan) qui peut accueilli 17000 croyants. A Putrajaya, la belle mosquée de Putra, ouverte en 1999, située au bord du lac Putrajaya, peut accueillir 15 000 fidèles. A Shah Alam, la mosquée Sultan Salahuddin Abdul Aziz est non seulement la plus grande mosquée d'Asie du Sud-Est, mais elle est renommée pour sa magnifique coupole bleue. La blanche mosquée de la ville de Kota Kinabalu (Masjid Bandaraya Kota Kinabalu) peut accueillir 12000 fidèles dans une architecture qui rappelle la mosquée Nabaqi de Medina. Alor Setar, capitale de l'État du Kedah, abrite la blanche mosquée de Zahir, aux cinq coupoles noires, ouvertes en 1912. La toute récente Crystal Mosque (2006) qui se dresse sur l'île de Wan Man (Terengganu) est un extraordinaire édifice d'acier, de verre, de cristal, mêlant styles mauresques et gothiques dans un véritable jeu de lumière dès la tombée de la nuit...

La Malaisie compte quelques belles mosquées flottantes. A Kuala Ibai, la mosquée Tengku Tengah Zaharah constitue la toute première mosquée flottante de Malaisie, à 4 kilomètres du centre-ville de Kuala Terengganu. Malacca abrite la singulière Malacca Straits Mosque, une mosquée flottante construite sur pilotis sur les rives de Melaka à Bandar Hilir.  A Puchong, la mosquée Puchong Perdana,  été construite entre 2004 et 2006, flotte sur le lac du même nom…

Brunei est une petite monarchie islamique, l'une des plus riches du monde et relativement opaque, qui partage l'île de Bornéo avec la Malaisie et l’Indonésie. Elle applique la charia aux seuls musulmans, les deux tiers de sa population qui compte environ 420 000 habitants (on compte 13% de bouddhistes et 10% de chrétiens): en fait la petite monarchie est absolue et la charia a un impact quotidien évident sur l'ensemble de la population. La mosquée Omar Ali Saifuddien domine la capitale Bandar Seri Begawan, avec ses minarets en marbre, sa coupole en or, son bassin artificiel, ses jardins, tandis que à la sortie de la ville, se dressent les  29 dômes d'or de la plus grande mosquée de Brunei, la mosquée Jame 'Asr Hassanal Bolkiah...

South Asia & Islam
Colonisée par des marchands arabo-persans, puis conquise du XIe au XIIIe siècle par des dynasties turques, l'Inde faisait partie intégrante du monde musulman médiéval ; ses puissants souverains, comme les Moghols (1526-1857), rivalisèrent avec les Safavides d'Iran et les Ottomans de Turquie, exportant des tissus mais aussi des livres arabes et persans et des confréries mystiques. L'Inde a récemment produit des mouvements missionnaires de stature mondiale. Les musulmans d'Asie du Sud – quelque 300 millions répartis presque également entre Inde, Pakistan et Bangladesh – forment environ le quart de la population musulmane du globe. Deux traits les singularisent. Leur situation minoritaire d'abord : 27 de la population totale. Ils ne sont en majorité que dans les pays situés en marge : Maldives (100%), Pakistan (97%), Bangladesh (85%) ; ils sont en minorité dans l'immense Union indienne (12%), à Sri Lanka (7%), au Népal (3%) et au Bhoutan (3%). Ils doivent donc s'affirmer non seulement contre l'Occident, mais aussi contre la communauté religieuse dominante, celle des hindous. Ensuite, comme la colonisation de l'Inde a commencé dès 1765, la réaffirmation musulmane débuta plus tôt qu'ailleurs : les clivages qui définissent les mouvements musulmans actuels remontent pour la plupart au XIXe siècle.

Si l'islam ne représente que 14% de la population indienne, son influence sur la société indienne est beaucoup plus importante, ne serait-ce parce que les Arabes étaient présents en Inde avant la naissance et durant la vie de Mahomet : Malik Bin Deenar a construit la première mosquée indienne à Kodungallurin en 612, et la première grande expansion de l'islam en Inde a eu lieu pendant la dynastie omeyyade des califes (Muhammad bin Qasim). Pendant une longue période de son histoire, nombre de dirigeants musulmans ont régné dans différentes régions du pays. Les fortes concentrations de musulmans, toujours très actives politiquement et socialement, ont conduit à la création du Pakistan en 1947 et du Bangladesh en 1971, le sous-continent indien qui regroupe Inde, Pakistan et Bangladesh compte plus de 500 millions de musulmans. Ici, l'islam, sunnite en majorité, a dû s'adapter d'une manière ou d'une autre à la plupart des grandes religions du monde, - l'Hindouisme, le jaïnisme, le bouddhisme, le judaïsme et le christianisme -, et les soufis ont joué un rôle important dans sa propagation: Moinuddin Chishti (1142-1236) s'est installé à Ajmer au XIIIe siècle et fondé l'ordre soufi Chishtiyya qui connut un fort rayonnement. Avec 151 millions de fidèles, l'islam se concentre particulièrement dans les trois États d'Uttar Pradesh (30,7 millions, 18,5 %), du Bengale occidental (20,2 millions, 25 %), et du Bihar (13,7 millions, 16,5 %). Les musulmans ne représentent la majorité de la population locale qu'au Jammu-et-Cachemire (67 %) et à Lakshadweep (95 %). De fortes concentrations de musulmans résident dans les États orientaux de l'Assam (31 %) et du Bengale occidental (25 %), ainsi que dans l'État du Kerala (24,7 %) et le Karnataka (12,2 %).

A Dehli, Jama Masjid, construite au XVIIe, est une des plus célèbres mosquées de l'Inde :  son sol de marbre noir et blanc ressemblant à un tapis de prière islamique traditionnel peut accueillir 25 000 personnes. Avec ses 4 grandes tours et 3 grandes portes, elle fut construite par le concepteur du Taj Mahal. La mosquée et la tombe de Jamali Kamali, lié au soufisme, situées dans le complexe archéologique de Mehrauli, datent du XVIe, et offrent une singulière atmosphère. Le complexe de Quwwat Ul Islam abrite l'une des plus anciennes mosquées construites en Inde après la toute première invasion islamique(1193).  Dans l'Etat de Telanga, à Hyderabad, l'imposante Makkah Masjid, construite entre le XVIe et le XVIIe siècle, constitue l'une des plus grandes mosquées d'Inde avec une capacité de 20 000 personnes. Mais l'attraction du lieu est la mosquée de Charminar ("Quatre minarets"), construit en 1591, icône mondiale de l'Inde célèbre pour ses marchés environnants.

Dans l'état de Madhya Pradesh, Taj-ul-Masajid (Jama Masjid), à Bhopal, l'immense mosquée de couleur rougeâtre avec une superbe façade flanquée de 2 minarets de 18 étages avec des coupoles en marbre blanc. L'état d'Uttar Pradesh, à Lucknow, l'Imambara Bara (Bara Imambara) est une immense salle sacrée construite pour les rituels chiites en 1798, célèbre pour abriter le Bhool Bhulaiya, un gigantesque labyrinthe. A Agra, Jama Masjid, construite en 1648 et pouvant accueillir 10000 fidèles, abrite la tombe du vénéré saint soufi  Sheikh Salim Chisti. A Deoband, se situe Darul Uloom Deoband, l'école islamique la plus influente de l'Inde, et la deuxième plus influente au monde après Al-Azhar en Égypte. Dans l'état de Jammu and Kashmir, à Srinagar, Jamia Masjid se dresse une mosquée d'une capacité de 85000 fidèles et qui rappelle le style des  Buddhist pagodas  est située dans le centre-ville. Situé sur la rive gauche du lac Dal, le sanctuaire islamique sacré de Hazratbal Masjid, près de Srinagar, abriterait une relique sacrée, Moi-e-Muqqadas, un cheveu du prophète Mohammad lui-même.

Dans l'état du Rajasthan, au nord de l'Inde, à Ajmer, Adhai Din Ka Jhonpra est une mosquée connue pour être un des premiers exemples de l'architecture indo-islamique. Autre lieu touristique d'Ajmer, Jama Masjid, une mosquée construite sous la domination moghole en 1638 avec de beaux marbres blancs et des inscriptions persanes tapissant les murs. Tout près, un sanctuaire sacré dédié à Moinuddin Chisti, le saint soufi. Des communautés chiites, rattachées à l'ismaélisme, se rencontrent à Mumbai (Bombay), les Khojas, au Gujarat, les Bohras, les Nawayath ont quant à eux migrés d'Iran vers l'Etat de Karnataka, et les Mappila, la plus ancienne communauté musulmane de l'Inde, prédominent dans l'Etat de Kerala.

Le Pakistan, qui compte plus de 96% de musulmans, dont 80-90% de Sunnites d'école hanafite, hétérogène, mais une très forte minorité de chiites, de 10%  à 20%, soit entre 17 millions et 30 millions, ce qui en fait le second pays chiite après l'Iran, et un soufisme fortement implanté. Le Pakistan fut le premier État moderne fondé au nom de l'Islam (Allama Muhammad Iqbal), aujourd'hui le deuxième pays musulman le plus peuplé, après l'Indonésie, et une Terre de confrontation sur le sens et l'interprétation de l'islam: la définition de l’identité pakistanaise et de sa relation à la religion musulmane reste une problématique toujours en cours. S'ajoute la question des Pachtounes, majoritaires à Peshawar et dominateurs en Afghanistan, vaste communauté sunnite de plus de 50 millions qui rayonne à travers le monde. La Faisal Mosque, à Islamabad, d'une capacité de 74000 fidèles, est la plus grande mosquée du sud-est et du sud de l'Asie, la quatrième plus grande mosquée du monde. A Rabwah, Masjid-e-Aqsa, siège de la communauté musulmane Ahmadiyya (Mirza Ghulam Ahmad), peut accueillir 12000 fidèles. Shah Jahan Mosque, construite en 1647, sous le règne du roi moghol Shah Jahan à Thatta (Sindh), est une des plus belles des mosquées d'Asie, extérieurement comme intérieurement, fusion coloré de styles d'influences turques, persanes et timurides (briques ocres, bassins de tuiles opales, mosaïques cobalt, turquoise, magenta), mosquée dépourvue de minaret et comportant 93 dômes. Et non loin  la nécropole de Makli, l'un des plus grands sites funéraires au monde, sur une superficie de 10 km2, de 500 000 à 1 million de tombes construites au long de 4 siècles...

Lahore, la deuxième ville du Pakistan après Karachi et la 45e du monde, capitale de la province du Pendjab, est un grand centre universitaire et culturel, célèbre pour les jardins de Shalimar et de Shahdara, et abrite de célèbres mosquées : la mosquée Badshahi, la 5e plus grande mosquée au monde en capacité d'accueillir 100000 fidèles, avec quatre minarets de de 5m plus élevés que ceux du Taj Mahal, Grand Jamia Mosque, la septième plus grande mosquée du monde, Wazir Khan Mosque, construite en 1634, célèbre pour l'exceptionnelle qualité de ses mosaïques, mélange de motifs floraux et de compositions calligraphiques…

Bangladesh,
L'identité musulmane a présidé à la partition de l'Inde avec le Bangladesh en 1947, l'islam a été reconnue comme religion officielle en 1988 mais la législation est demeurée laïque. L'islam représente ainsi environ 89%  de la population totale, soit environ 125 millions de personnes,  sunnite à plus de 96 %.  Face aux nombreuses exactions commises à l'encontre des minorités religieuses, un courant relativement important ne cesse pour autant de réclamer la fin du statut de l’islam comme religion d’Etat. Baitul Mukarram Mosque, au cœur de la ville de Dhaka, est la mosquée nationale du Bangladesh... 

 

En Chine, si l'islam est pratiqué depuis 1400 ans, les musulmans, sunnites, ne représentent que 1,8% de la population totale (18% de Buddhistes et 5% de Chrétiens). Si les 10 millions de Hui constituent potentiellement l'ethnie qui pratique l'Islam (l'un des 56 groupes ethniques de la Chine), les fameux descendants directs des commerçants de la Route de la soie du VIIe siècle, c'est dans le Xinjiang, que l'on retrouve une majorité de musulmans, les Ouïghours, turcophones apparentés aux Ouzbeks, qui se sont maintenus malgré les campagnes de peuplement han. Pendant la révolution culturelle de Mao dans les années 1960, les pratiques et rituels religieux ont été interdits et les mosquées transformées en usines, bureaux administratifs ou centres communautaires. La libéralisation économique sous Deng Xiaoping, dans les années 1980, marque un tournant, mais la libéralisation, religieuse ou non, reste relative. On compte 45000 mosquées en Chine, souvent de style hybride, les minarets sont construits comme des pagodes, ainsi la mosquée Niujie, dans le quartier Hui de Beijing. Près de 10 000 fidèles participent chaque année au pèlerinage du Hadj à La Mecque.

Les communautés musulmanes les plus actives se situent à Xi'an, capitale de la province du Shaanxi, dans le centre de la Chine, dont la Grande mosquée du VIIIe siècle allie traditions musulmanes et chinoises, et le le Xinjiang, territoire autonome du nord-ouest de la Chine. Les mosquées de Huaisheng (Guangzhou), de Qingjing (Quanzhou), Zhenjiao (Hangzhou), Libai (Yangzhou) sont les plus anciennes. A Kasgar, plaque tournante séculaire du commerce entre Ouzbeks, Tadjiks et Kazaks à l'Ouest, Pakistanais, Afghans et Indiens au Sud, et Chinois à l'Est, se dresse la mosquée Id Kah, la plus grande mosquée de Chine, en capacité d'accueillir plus de 10 000 personnes. Le minaret d’Emin (Sugong Ta), simple édifice de briques, se dresse depuis plus de 2 siècles près de Turpan. La mosquée Yanghang, qui date de 1897, est le principal lieu de culte d'Urumqi, la capitale de Xinjiang.

Nanjing, capitale de la province de Jiangsu dans l'est de la Chine, la plus grande ville du monde au début du XVe siècle, dit-on, est devenu un centre d'études islamiques : les mosquées de Liuhe et de Jingjue en sont les vestiges. La mosquée Dongguan Giant est à Xining, dans la province de Qinghai Province, un important centre d'études. Le Kowloon Islamic Center est, en plein Tsim Sha Tsui, le centre musulman de Hong Kong. La mosquée de Songiang, à Singapour, date du XIVe. La Sultan Mosque, toujours à Singapour, reconstruite en 1932, est, avec ses dômes dorés et son immense salle de prière, l'une des structures religieuses les plus impressionnantes de la ville….


L'apparition de l'islam chiite (Shia Islam) est liée au problème de la succession de Mahomet, son autorité de droit divin prenant fin avec sa mort. C'est au XVIe siècle seulement que le chiisme imamite, où l'imam se substitue au calife, devient religion officielle de l'Iran. L'islam sunnite privilégiait une décision consensuelle dans l'accession au califat, en accord avec la sunna, pour succéder au Prophète et effectua ses premiers choix parmi ses compagnons (Abu Bakr, Umar, Uthman). L'islam chiite préfèrera privilégier la lignée de succession légitime au travers de la famille du Prophète, en l'occurrence son gendre, par son épouse Fatima, et cousin Ali ibn Abi Talib. Les chiites attribueront à Ali une sainteté éminente et un rôle quasi égal à celui du Prophète, lui conférant un droit absolu à la direction spirituelle de la communauté Le chiisme n'est pas une doctrine séparée du sunnisme, mais une branche de l'islam, avec des rites complémentaires, et une histoire mouvementée qui provoqua nombre de nouvelles divisions, dont les "duodécimains" pour qui le dernier immam (Muhammad al-Mahdi) n'est pas mort en 874 mais a été "occulté" jusqu'au triomphe final du bien sur le mal. Trois événements vont consacrer la rupture définitive entre chiites et sunnites: la déposition de Hasan, fils de Ali, par Muawiya Ier (fondateur de la dynastie sunnite des Omeyyades, dont le pouvoir est nié par les chiites), le meurtre de Husayn, autre fils d'Ali, assassiné en 680 par les Omeyyades à Karbala (devenue une des villes saintes du chiisme), enfin la conversion vers 1500 de la dynastie des Séfévides en Perse. L'Iran devint ainsi la place forte de cette doctrine et les ayatollahs iraniens se constituèrent en un véritable clergé, notion étrangère à l'islam sunnite. Dirigé par les docteurs de la Loi, ce clergé n'accorde pouvoir qu'au seul "imam caché"...

Les chiites ne représentent que 20% du nombre total de musulmans, soit environ 300 millions de fidèles, mais le fait d'être soutenu par l'Iran, une puissance  financière, militaire et politique considérable qui étend sa zone d'influence bien au-delà de ses frontières, dans la majeure partie de l'Irak et dans l'ensemble du Moyen-Orient, donne à ce mouvement une importance décisive. Au-delà de la rivalité sunnites-chiites, qui n'est au fond peut-être qu'un prétexte, l'avenir du Moyen-Orient se joue entre Arabie Saoudite et Iran, par pays interposés, du Yemen à la Syrie, de l'Azerbaiyán à l'Afghanistan, via des mouvements activistes tels que la milice chiite libanaise du Hezbollah. Le chiisme n'était jusque-là qu'une religion de l'ombre recroquevillée autour du deuil et du martyr de ses figures emblématiques (les deux imams Ali et Hussein cristallisent encore et toujours toute la douleur et la foi des chiites), portant le déchirement et  l'injustice, incarnant une certaine forme de résistance, celle des musulmans pauvres et opprimés :  la révolution islamique en Iran en 1979 et l'Irak de l'après Saddam Hussein ont replacé sur la scène internationale une part de cet islam militant qui vit en attente du retour du Mahdi, le douzième imam, le prophète qui annoncera la fin des troubles qui traversent le monde et l’avènement d’une ère de paix et d’allégresse infinie...

L'Irak est , avec l'Iran, l'Azerbaïdjan et Bahreïn, un des seuls pays musulmans où les chiites sont majoritaires, la forte minorité kurde (20 %)  étant sunnite de rite chaféite. Capitale de la dynastie Abasside, Bagdad y fut pendant des siècles un centre majeur de l'enseignement des sciences islamiques. Terre de sépultures supposées de nombre de prophètes bibliques ou islamiques (Ézéchiel, Job, Jonas, Hûd, Sâlih, Nahum, Esdras, Daniel), l'Irak est la terre du schisme sunnites-chiites qui fit basculer l'Islam, et le monde, dans le conflit permanent.  La bataille de Karbala, en 680, vit en effet le massacre de l'Imam Al-Hussein ibn Ali, de sa famille et de soixante douze de ses compagnons par les troupes du calife ommeyyade Yazid Ier (647-683), accusé par les chiites d’avoir dévoyé la religion pour ses ambitions politiques.  La marche de l’Arbaïn commémore ainsi tous les ans la mort de l’imam Hussein, petit-fils du prophète, fils d'Ali et de Fatima Zahra, la fille préférée du prophète, et le troisième des douze imams du chiisme duodécimain : il incarne la résistance à toutes les déviances et le sacrifice ultime pour préserver le message du Prophète Mahomet. L'Arbaïn constitue le plus grand rassemblement religieux au monde avec près de 20 millions de fidèles réunis au centre de l’Irak en provenance du monde entier. Une marée humaine parcourt les 170 kilomètres séparant Bagdad de Nadjaf, - ville sainte d'Irak aux portes du désert et sur les rives d'un lac où l'Arche de Noé aurait échoué, capitale intellectuelle du chiisme où vécurent les grands Ayatollahs et leurs séminaristes depuis 1000 ans -, pour gagner le Mausolée de l'imam Ali, sépulture du Premier imam chiite, Ali ibn Abi Talib, père de Hussein, assassiné comme lui. Les fidèles gagnent ensuite Kerbala, à 80km de là, les Mausolées de l'imam Hussein et de son frère Abbas, érigé sur le lieu même de leur sépulture.

La plus grande part des chiites vivent dans principalement quatre pays, l'Iran (90-95%), l'Azerbaïdjan (65-75%), l'Irak (65-70%), le Bahrain (65-70),  puis au Liban (45-55%), au Yemen (35-40%), au Kuwait (20-25%), en Syrie (15-20%). Les États du Bihar et de l'Uttar Pradesh, dont la capitale Lucknow est considérée comme le centre de la communauté musulmane chiite de l'Inde.

En Iran, histoire et modernisme cohabitent, dans des dimensions le plus souvent gigantesques. Au sud de Téhéran, construite sur les vestiges de l'ancienne ville du Rhage, se trouve Shahr-e Rey et le sanctuaire du Shah Abdol Azim, descendant du second Imam chiite, Hassan Ibn Ali, qui les pèlerins chiites du monde entier. Plus loin, le Mosallâ de Téhéran est un gigantesque complexe de 65 hectares, constitué d’espaces et d’édifices en capacité d'accueillir des millions de fidèles depuis 2011. Exemple frappant des pratiques chiites en termes de deuil et de commémoration, Behesht-e Zahra est un immense cimetière situé au sud de Téhéran où des milliers de soldats de la guerre Iran-Irak (1980-1988), et dont les effets personnels et les portraits sont conservés dans des boîtes de verre au-dessus de leur tombe....

 

La ville de Shiraz, au centre de l'Iran et point d'accès à Persépolis, recèle deux splendeurs, la mosquée et mausolée de Shah Cheragh, qui abrite la tombe des frères Amir Ahmad et Mir Muhammad, fils du septième imam chiite, Musa al-Kazim, célèbre pour son intérieur, constellé de milliers d'éclats de lumière, et la mosquée Nasir-ol-Molk, achevée en 1888, qui offre un arc-en-ciel de couleurs via ses  vitraux et ses mosaïques intérieures où domine le rose. Construite en 1773 par Karim Khân Zand, la mosquée Vakil, plus modeste, privilégie des couleurs de jaune, de blanc et de rose. 

Au centre de l'Iran, Ispahan (Isfahan) est réputée pour son architecture persane. Sur l'immense place Naghsh-e Jahan, se dresse la mosquée du Shah (Masjed-e Jadid-e Abbasi, ou mosquée de l'imam), une mosquée du XVIIe et dont le dôme et les minarets sont ornés de mosaïques aux sept couleurs,  du jaune (évoquant le soleil et la lumière divine), au bleu et au turquoise (des couleurs associées au ciel dans la tradition persane), et d'inscriptions calligraphiques de la parole divine (noms saints, versets coraniques). La mosquée du Sheikh Lotfallah, de la même époque, est célèbre pour ses mosaïques finement ouvragées. La Grande mosquée d'Ispahan (Masdjed-e Djâme) reflète plus de 10 siècles d'architecture, des dynasties Seldjoukides (XIe) aux Qadjars (XVIIIe). Entre Téhéran et Ispahan, première des grandes oasis qui se trouvent le long de la route entre Qom et Kerman, Kashan renferme de magnifiques demeures historiques, bazar et monuments, dont la Mosquée Agha Bozorg, du XVIIIe et la Grande mosquée du Vendredi.

Dans le nord-est de l'Iran, Mashhad, 1ere ville sainte, est un célèbre lieu de pèlerinage qui se concentre autour du mausolée de l'imam Reza, mais un complexe qui abrite aussi la mosquée Goharshad, et accueille une dizaine de millions de chiites chaque année. Qom, 2e ville sainte, à 150km de Téhéran, accueille une Hawza aussi importante que celle de Nadjaf en Irak, centre de théologie mais surtout site de pèlerinage où est enterrée Hazrat Fatimah Ma'soumeh, fille du 7e imam chi'ite duodécimain Musa al-Kadhim et sœur du 8e imam Ali ar-Rida (Reza), qui mourut empoisonnée en 816. Tout près, la mosquée de Jamkaran accueille de nombreux pèlerins autour d'un puit sacré, lieu d'apparition du Douzième Imam, Muhammad al-Mahdi.

Située sur le plateau central iranien, entre le désert du Dasht-e Kavir au nord et celui du Dasht-e Lut au sud, Yazd,  l'une des plus anciennes villes du monde, après Ur, en Mésopotamie (3000 ans av. notre ère), abrite une communauté zoroastrienne (temple de feu) et Masjid-e-Jāmeh Yazd, une mosquée du Vendredi célèbre pour ses minarets de 48 mètres de haut, les plus hauts d'Iran, et ses murs recouverts des versets coraniques en écriture coufique.

Ardabil, en pays Azéris, lieu présumé de la naissance de Zoroastre, abrite l'ensemble du Khānegāh et du sanctuaire de Cheikh Safi al-Din, le fondateur de la confrérie safavieh, dont sont issus les safavides qui ont régné sur l'Iran au XVIe siècle et XVIIe siècle. L'ensemble est bâti comme un lieu de retraite spirituelle soufi, articulé en sept étapes qui reflètent les sept stades du mysticisme soufi, séparées par huit portes qui représentent les huit attitudes du soufisme. 


La Syrie, Damas

Autre mosquée chiite d'importance, à Sayyida Zeinab, dans la grande banlieue sud de Damas, la mosquée de Sayyidah Zaynab abrite le mausolée de Zeinab (fille d'Ali et de Fatima) et celui d''Alî Sharî'atî. La Syrie est la terre privilégiée de la secte shī‘ite des Nuṣayrīs (An-Nuṣayriyya), dénommés Alaouites à partir des années 1920 et d'un lieux mythique dans le monde musulman. La Grande Mosquée des Omeyyades de Damas, construite entre 706 et 715 (Al-Walid Ier), est le plus grand bâtiment du monde musulman (157 mètres de long et 97 mètres de large, une salle de prière de 120m de long), constellé de fines mosaïques byzantines figurant des paysages paradisiaques, abritant les reliques du Prophète Yahyâ ibn Zakariya (Saint Jean le Baptiste). Elle est l'emblème de Damas, capitale d'une Syrie partagée entre Sunnites (75%) et des Alawites (10%) structurés autour de la révélation du onzième imam Hasan al-Askari (mort en 874), ramification élitiste et libérale de l'Islam chiite qui vénère Ali,  l'investit d'attributs spirituels qui semblent se rattacher à différents mouvements religieux antérieurs à l'islam comme mazdéisme iranien, le néo-platonisme grec ou le christianisme...


Soufi, marabout, fakir et derviche, autant de termes pour traduire "populairement" une pratique qui prit naissance en Irak il y a fort longtemps, entre le IIIe et le IXe siècles. C'est à partir du XIIe siècle que le soufisme s’est structuré autour de quelques grandes confréries, la Naqshbandiyya, les Melamis, la Bektashiyya, la Qâdiriyya (fondée à Bagdad), la Shâdhiliyya (apparue à Tunis) et la Tijâniyya (fondée dans l’ouest algérien), pour se répandre du Maroc à l'Inde, dans le Golfe de Guinée comme au Sénégal.

Le mysticisme soufi (tasawwuf) privilégie la dévotion intérieure, le renoncement aux choses du monde, la purification de l'âme, un apprentissage spirituel (tariqa) pour tracer en soi le chemin permettant non seulement d'obéir aux commandements de Dieu, mais encore et surtout de se rapprocher de lui, de laisser Dieu , et lui seul, entrer en nous, pour atteindre cette proximité tant recherchée. Le soufisme est une tradition mystique à part entière qui intègre l'absolue nécessité de passer par des états de conscience altérée, de transes, de répétition d'invocations d'Allah, d'exercice de respiration. Le cheminement soufi requiert la direction d'un cheikh. Djalal al-Din Rumi (1207-1273), grand mystique installé à Konya (Turquie), préconise la musique et la danse comme moyen de ressentir la présence divine. Les bien connus derviches tourneurs parviennent à la transe et à l'union avec Dieu par le chant et des mouvements rituels ou danses tournoyantes. Depuis le XVIIe siècle, le soufisme est rejeté par la grande majorité des musulmans et connaît bien des difficultés, bien qu'une centaine d'ordres soufis soit dénombrée dans le monde et que quelques 300 millions d'adeptes dans le monde, près de 19% de la branche sunnite de l'Islam, semblent pratiquer le soufisme. Les fondamentalismes leur reprochent notamment leur dévotion à l'égard de certains de leurs saints et de leurs sanctuaires, et c'est dans les territoires les plus tardivement islamisés, de l'Afrique noire au domaine indo-malais, que le soufisme s'est enraciné sur une pratique intense du prosélytisme maraboutique...


Les États arabes du golfe Persique comprennent, hormis l'Irak et l’Arabie saoudite,  le Koweït, gouverné par une dynastie musulmane sunnite mais abritant une forte minorité chiite (30%), le Bahreïn, gouverné par une dynastie sunnite mais près des deux tiers de citoyens chiites, Oman, dont les trois-quarts de la population ne sont ni  chiites ni sunnites mais ibadites, le Qatar, que domine la forme wahhabite de l’islam sunnite, et les Émirats arabes unis (EAU), fédération de sept émirats, Abou Dabi, la capitale, Ajman, Charjah, Dubaï, Fujaïrah, Ras el Khaïmah et Oumm al Qaïwaï, dont les trois quarts de la population sont sunnites. Pour tous ces pays, l'islam est la religion officielle et  la charia, la base de leur législation.  Sheikh Zayed Grand Mosque, à Abu Dhabi, ouverte depuis 2007, est la plus grande mosquée des Emirats Arabes Unis, la sixième mosquée du monde, et sans doute l'une des plus photographiées  sur le Web : plus de 80 coupoles de marbre sur un toit tenu en hauteur par plus de 1000 piliers, quatre minarets de 107 m de haut, plus de 100 000 tonnes de marbre blanc pur grec et macédonien. 

Toutes les mosquées de ces pays du Golf sont relativement récentes et sujet à la démesure : Al-Fateh Grand Mosque (1987, Bahrain), est couronnée par le plus grand dôme en fibre de verre du monde. La Grande Mosquée de Koweit (1986), Koweit City possède plus de 800 mosquées, est ornée d'éléments architecturaux provenant du monde entier, d'un minaret de 74m de hauteur et abrite la plus ancienne version du Coran. Sultan Qaboos Grand Mosque (Mascate, Oman),construite avec 300 000 tonnes de grès indien, en 2001, possède un tapis persan au sol de 70m sur 60m et un dôme de 50m de haut. L'Imam Muhammad ibn Abd al-Wahhab Mosque (Doha, Qatar), ouverte en 2011, peut accueillir 30000 fidèles et ressemble à une immense forteresse coiffée par une soixantaine de dômes. Enfin, Djeddah (Arabie saoudite), au bord de la mer Rouge, offre aux touristes une magnifique mosquée flottante...


La Turquie est un pays majoritairement musulman et sunnite  (la jurisprudence est celle de l'école de droit hanafi), mais possèdent des minorités alévis représentent (15 à 20 %),   chiites Ja'afarin, et un soufisme qui n'est pas sans impact sur l'Islam turc. La Turquie s'est pourtant établie en tant que république laïque ( Mustafa Kemal Ataturk) à la fin de la Première Guerre mondiale, et ainsi a longtemps réussi à tenir la charia à l'écart du pouvoir, cas singulier pour un pays à majorité musulmane et dont l'avenir n'est pas encore totalement tracé. Istanbul a toujours bénéficié d'un attrait considérable de la part de ses frères européens, ne serait-ce que pour ses mosquées (Istanbul abrite plus de 3000 mosquées) et son architecture ottomane.  Surplombant la vieille ville, la Mosquée bleue, Sultanahmet, achevée en 1616, est la mosquée la plus connue d'Istanbul, avec ses fameuses céramiques à dominante bleue qui ornent les murs intérieurs, les cinq coupoles principales, les six minarets et les huit coupoles secondaires. Autre site touristique populaire, la Hagia Sophia, construite comme église, transformée en mosquée, convertie aujourd'hui en musée. Près du Grand Bazar, la Mosquée Süleymaniye réunit le patronage de Soliman le Magnifique et l'architecture du grand Mimar Sinan, le plus célèbre architecte de l'Empire ottoman, concepteur d'un autre joyau tout proche, la mosquée Rüstem Paşa....


L'Islam, sunnite,  en Egypte est la religion dominante, avec une petite minorité de musulmans chiites et d'activistes salafistes, et 10% de chrétiens, coptes essentiellement. L'Egypte est la patrie des Frères musulmans de Hassan al-Banna (1928) qui s'opposait alors à la présence britannique en Egypte et en Palestine et entendait réislamiser la société égyptienne. La Révolution égyptienne de 1952 a vu le pouvoir prendre en main l'organisation de l'Islam et depuis 1980 celui-ci est reconnu comme religion d'État : mais l'Egypte cherche toujours sa voie. Le Caire, la cité dite des Mille Minarets, abrite des milliers de mosquées, dont certaines remontent au tout premier temps de l'islamisation. La mosquée Muhammed Ali (1848, Muhammad Ali Pacha) est l'une des plus célèbres, mosquée d'albâtre aux minarets de plus de 80m de hauteur. La mosquée Amr Ibn Al-As est la première qui fut construite en Afrique (641-642 de notre ère), depuis maintes fois modifiée. Au cœur du Caire se trouve la plus grande mosquée de la ville, la mosquée d'Ibn Tulun, une mosquée qui est demeurée dans sa forme originale (879) et célèbre pour son minaret d'escaliers. Parmi les plus grandes mosquées du monde, la Mosquée-Madrassa du sultan Hassan, construite  à l'époque islamique mamelouke (XIVe siècle), et, toute proche, la magnifique mosquée Al-Rifa'i, construite entre 1869 et 1912, par le célèbre Hussein Fahmy Pasha. La mosquée Al-Azhar Mosque, construit en 970, remaniée maintes dois, abrite la deuxième université la plus ancienne du monde (988). Non loin, la rue Al Muizz, l'une des plus anciennes rues du Caire, d'environ 1 km de long, abrite, dit-on, la plus grande concentration de trésors architecturaux médiévaux du monde islamique...


Les pays à prédominance musulmane de l'ex-Union soviétique qui peuplent l'Asie centrale, point de rencontre des économies fondées sur le commerce et des grandes cultures du Moyen-Orient, d'Europe, d'Inde et de Chine,  ont pour la plupart reconstitué un islamisme relativement souple, marqué par la sécularisation forcée de la période soviétique, mais où domine la tentation permanente d'un pouvoir autoritaire…

L'Islam du Kazakhstan (70% de musulmans suite à des mesures démographiques, pour 26% de chrétiens, orthodoxes), un pays d'immenses steppes et de déserts froids (3 000 kilomètres séparent les rives de la mer Caspienne, à l'ouest, de l'Altaï, à l'est) bénéficiant de l'exploitation de ses ressources naturelles considérables (1er Etat producteur d’uranium au monde), s'est développé autour des mausolées (mazars) d’éminents saints soufis sur lesquels les pèlerins se rendent en grand nombre (Beket-Ata, Shopan-Ata, Ukasha-Ata, Aisha-Bibi). Le pays tente de conjuguer une certaine liberté religieuse et économie de marché... La mosquée du Sultant Hazrat est, à Astana, la plus grande mosquée d'Asie centrale, ouverte en 2012, décorée de tapis turquoise et d’énormes lustres en cristal et feuilles d’or.  Astana, surgie de nulle part à la fin des années 1990, la "Dubaï de la steppe", la capitale est, dit-on, la deuxième capitale la plus froide sur Terre après Oulan-Bator en Mongolie.

Le Kirghizistan (75% de musulmans, 20% de chrétiens orthodoxes), enclavé entre le Kazakhstan, au nord, l'Ouzbékistan, à l'ouest, le Tadjikistan, au sud, et la Chine, à l'est, territoire renommé pour ses paysages situés à une altitude supérieure à 2000m, s'est rapidement islamisé après la chute de l'Union soviétique et ses premières mosquées furent financées par l'Arabie Saoudite. Mais les tensions et les vulnérabilités tant politiques qu'interethniques et religieuses sont réelles. Le Tadjikistan est un pays de montagnes (Pamir), cloisonné et enclavé, possédant une très importante majorité musulmane (96%), sunnite, mais terre de conflits entre Ouzbeks et Tadjiks, terre de vulnérabilité endémique,  et l'un des itinéraires de trafic illicite de drogues les plus importants au monde. Le Turkménistan, situé au sud-est de la mer Caspienne, couvert principalement par le désert du Karakoum,  majoritairement musulman (90%) mais tenu par un pouvoir autoritaire jugé parmi les plus répressif. Le pays possède d'importantes réserves d'hydrocarbures et de gaz naturel..

L'Ouzbékistan est un pays tout en longueur (1 400 kilomètres d'ouest en est contre 900 kilomètres du nord au sud), constitué d'oasis, de déserts et de montagnes, un pays majoritairement musulman sunnite (90%), mais sous contrôle d'Etat et dont l'ouverture démocratique est à venir. C'est l'un des pays, après l'Iran, où l’art islamique est le plus présent. Au centre du pays, Boukhara, foyer de vie intellectuelle à l'époque islamique dès le Xe siècle, traversée par les Turcs, les Mongols, les Ouzbeks, les Perses, les tsaristes et les soviétiques, possède 360 mosquées et 120 madrasas, coupoles, minarets et mosaïques multicolores composent le paysage : le mausolée d'Ismā‘īl Sāmānī, le minaret Kalyān, les médersas d'Ulugh Beg et ‘Abd al-‘Azīz. Au coeur de Samarcande, ville qui naquit comme Rome au VIIIe siècle av. notre ère et devint une étape de steppes de la fameuse route de la soie qui reliait la Chine à la Méditerranée, est pour certains une ville-musée, vide et livrée au tourisme, mais la majestueuse mosquée Bibi-Khanym (1404), ses minarets de 50m, sa majestueuse coupole et ses céramiques bleues, sur la place du Registan, la mosquée Tila-Kari, la Médersa Chir Dor sont des incontournables. Khiva, en bordure du désert du Karakoum, terre perse dévastée par les arabes et les mongoles, terre des khanats, des royaumes dirigés par des descendants de Gengis Khan et de Tamerlan, comporte un extraordinaire ensemble de palais (Palais Tasch Hovli, complexe d’Islam Khodja), mosquées (Mosquée Djouma), médersa, mausolées (mausolée de Pahlavon), ceints de remparts, tous reconstruits à l'époque soviétique. 

Sur la rive orientale de la mer Caspienne, à 89% musulman, le Turkménistan vit au bord du désert du Kara-Koum, replié sur lui-même et sur ses ressources gazières, entièrement dédiées à la reconstruction de la capitale, Achgabat, et à au maintien d'un pouvoir autocratique. L'immense mosquée de Gypjak, flanquées de 4 minarets de 92m de hauteur, a la singularité de voir se côtoyer des versets du Coran et des citations de Saparmyrat Nyýazow, le premier président du Turkménistan. Toujours à Achgabat, la mosquée Ertugrul Gazi s'inspire de la Mosquée bleue d'Istanbul (1998) et constitue la plus grande des mosquées de la capitale. La Mosquée de Gökdepe fut la première mosquée construite au Turkménistan depuis son émancipation de la tutelle soviétique.


Arabisé et islamisé au VIIe siècle, le Maghreb est essentiellement sunnite, rattaché au rite malékite, après une parenthèse chiites que ferma Youssef ben Tachfin, fondateur de la dynastie des Almoravides (XIe siècle), avec des populations qui portent toujours la marque des confréries soufistes (Shadhiliya). C'est un islam qui a vécu  la décolonisation et les processus d'indépendance et qui reste sous la menace des fondamentalismes.

Religion d'État pratiquée par 99 % de la population, l'Islam en Algérie a bâti sa première mosquée (Sidi Ghanem de Mila) en 678. République qui se proclame démocratique et populaire, l'Algérie a maintenu des concessions accordés aux partisans de l’islam politique : le code de la famille promulgué en 1984 s’inspire essentiellement de la charia. La grande mosquée el Kabir se dresse dans le quartier historique de la Kasbah d'Alger, tout près du port, depuis 1097 (le minaret date des années 1330). La Grande Mosquée El Kabir (Djamaâ el Kebir) fut construite en 1660 sous l'Empire ottoman et offre un intérieur de grande beauté. La mosquée Djamaâ el-Djazaïr devrait être la troisième plus grande mosquée du monde après Masjid al-Haram de La Mecque et Masjid al-Nabawi de Médine. La Grande mosquée 1er-Novembre-1954, située à Batna, dans la région des Aurès, depuis 2003, était jusque-là considérée comme étant la plus grande du pays...

L'Islam est au Maroc la religion de l'État (99% de musulmans), le pilier de la société et du politique, ne serait-ce que parce que le souverain, le roi,  est à la fois chef temporel et spirituel, "Amir al Mouminine" ou Commandeur des croyants. Trait distinctif reconnu par l'Histoire, moins romanisé que les anciennes provinces romaines de l'est du Maghreb, le Maroc berbère est directement passé du paganisme à l'islam. Et si la Constitution marocaine cite abondamment la charia, plus que dans la Constitution égyptienne, ceci est interprété sous l'angle de l'identité nationale plus que de la religion. Toutefois, traditionnellement sunnite malékite, l’enseignement islamique diffusé au Maroc semble ne pas être insensible au wahhabisme saoudien. La mosquée Hassan II , à Casablanca, érigée en partie sur la mer, est l'emblème de l'Islam marocain, c'est la plus grande mosquée du pays et la 7ème du monde, avec un minaret de 210 mètres surmonté d'un laser dont la lumière est dirigée vers la Mecque. L'Etat gère au Maroc 50 000 mosquées, parmi celles-ci de très anciennes au coeur des différentes médinas. La Médersa Bou Inania de Fès, l'immense mosquée dans l'ancienne ville impériale de Fès, la mosquée Kairaouine, al-Masjid al-Qarawiyin, lieu de culte et la plus ancienne université dans le monde encore en activité (877); la mosquée en pierre rouge de Koutoubia à Marrakech;  la mosquée de Tinmel dans les hautes montagnes de l'Atlas, centre spirituel de la doctrine almohade au XIIe siècle; la Grande Mosquée de Taza, entre les montagnes du Rif et du Moyen Atlas, l'une des plus anciennes structures de l'ère almohade du Maroc; la Grande Mosquée de Larache et sa tour blanche et bleue du 18e; la mosquée Sidi Bou Abib de Tanger; al-Masjid al-Andālūs, la Mosquée des Andalous, ancien culte musulman à Fès...

La Tunisie, qui compte 99% de musulmans, a retiré la charia de sa Constitution sans toutefois abandonner totalement quelques références à la religion qui laissent une place importante à l'interprétation. De ce fait, le gouvernement tunisien a engagé face aux fondamentalismes un plan de reconquête  de ces 5000 mosquées. A Tunis, la mosquée Al-Zaytuna est lieu de culte le plus ancien et le plus vaste, mais aussi grand centre islamique et université. Enfin, le miracle des Sept Dormants d'Éphèse, partagé par les chrétiens et les musulmans, trouve sa contrepartie à Chenini (Tataouine), petit village, par trop visité, près duquel se tient le site des 7 dormants avec ses tombes géantes, sa mosquée souterraine et son minaret penché...


Les rapports de l'Islam au monde occidental, plus spécifiquement la colonisation européenne, posent directement le problème du fondamentalisme musulman. Depuis la fin du XVIIIe et le déclin des grandes puissances musulmanes, depuis le mouvement de colonisation par les occidentaux de régions à population de majorité musulmane, puis celui de la modernisation occidentale, porteur de laïcité et de bouleversement de toutes les traditions, l'islam risquait pour nombre de ses penseurs un affaiblissement irrémédiable difficile à juguler. Divers théoriciens tels que Djamal al-Din al'Afghani  (1838-1897), qui s'oppose dans les années 1839-1897 à toute présence occidentale dans les pays musulmans, ou Muhammad Abduh (1849-1905), qui conteste l'influence occidentale dans les années 1849-1905, contribuent à faire émerger la nécessité de se livrer à une relecture des textes fondateurs pour s'émanciper de toute tutelle et réaliser l'unité. C'est un mouvement hétérogène, qui transcende les clivages religieux et se nourrit par exemple de l'occupation de l'Egypte par les forces britanniques en 1882 ou de la crise de Suez dans les années 1950 . La seconde étape dans la constitution du salafisme, étape décisive, fut franchie dans l’entre-deux-guerres et dans les années 1960, introduisant une rupture fondamentale dans la tradition sunnite : le pouvoir politique devient l'un des piliers de l'islam, toutes les interprétations sont alors possibles, le djihad lui-même devient un pilier de l’islam. C'est l' époque de la formation en Égypte de la confrérie des Frères musulmans par Hassan al-Banna (1906-1949), en 1928, époque de l'activiste musulman égyptien, Saïd Qotb (1906-1966),  théoricien qui suscitera l'engouement avec  "A l’ombre du Coran" et "Jalons sur la route". La majorité de ces penseurs fondamentalistes entendent non seulement restaurer la foi dans sa pureté initiale, revenir à l'exemple de Mahomet eu aux principes du Coran, mais encourager des gouvernances basées dur les principes de l'islam, ramener les fidèles au message du Coran, rejeter toute influence occidentale : l'accent est mis non seulement sur le rejet de l'Occident mais aussi sur la supériorité intrinsèque de l'Islam, le djihad dans la vie politique et religieuse acquiert une importance décisive. Pour le fondamentalisme, seul l'islam conduit au meilleur mode de vie possible, laissant augurer bien des sectarismes...

Le fondamentalisme pose toutefois, en le résolvant par excès, le problème, qui peut sembler singulier pour un non musulman, celui de la compatibilité de l'islam avec la modernité, de la comptabilité de sa foi avec une vie moderne laïcisée, ou qui se laïcise de plus en plus. Problème que rencontre avec acuité tous les fidèles ayant émigré en Occident. Cette émigration massive musulmane depuis la Turquie et l'Afrique du Nord vers l'Europe date des années 1960, et tant la Révolution iranienne de 1979 qui a renversé le gouvernement pro-occidental que la diffusion du Salafisme ont complexifié la question et obscurci bien des discours. Depuis la fin du XIXe siècle, l'Asie du Sud a été le théâtre d'importantes initiatives visant à repenser les textes et traditions islamiques de base afin de les rendre compatibles avec les impératifs de la vie moderne. La femme est sans doute ici la figure emblématique de toutes les évolutions possibles. Une voie médiane de compréhension est à rechercher, l'Histoire se chargeant, comme elle fit avec toutes les autres grandes religions que portent notre Terre, de séparer le bon grain de l'ivraie, dans un monde qui de plus se laïcise très profondément....