Anders Zorn (1860-1920) - John Singer Sargent (1856-1925) - Peter Severin Kroyer (1851-1909) - Holger Drachmann (1846-1908) - Anna Ancher (1859-1935) - Joaquin Sorolla y Bastida (1863-1923) - ....

Last update : 11/11/2016

De la lumière de la Baltique à la lumière méditéranéenne - Une génération de peintres se trouvent à la charnière des grands bouleversements artistiques de l'époque, ils ont cette caractéristiques d'avoir exercé à la fin du 19e siècle et au début du 20e siècle, et s'ils sont "trop jeunes pour être impressionniste, ou trop vieux pour être moderniste", ils posent sur leur époque un regard qui bouleverse leur façon de peindre, l'impressionnisme est en fond du renouveau des esthétiques suédoises, danoises, espagnoles, italiennes, ou allemandes, sursaut de couleurs et de lumières avant la tragédie de la première guerre mondiale et son corolaire artistique, l'expressionnisme : les suédois Anders Zorn (1860-1920), le norvégien Peter Severin Kroyer (1851-1909), le danois Carl Holsøe (1863-1935), l’américain John Singer Sargent (1856-1925), l’espagnol Joaquin Sorolla (1863-1923), l’italien Giovanni Boldini (1842-1931).....

 

Anders Zorn (1860-1920)
Peintre et graveur suédois né à Mora, la renommée internationale d'Anders Zorn est fondée d’abord sur sa technique du portrait pour laquelle il faisait preuve d’une grande virtuosité et qui lui permettait de saisir de manière incisive et fidèle les traits physiques, le caractère et la personnalité de la personne représentée (parmi ses modèles figurent notamment trois présidents américains, Grover Cleveland en 1899, William Taft en 1911, Theodore Roosevelt).
C'est à partir de 1880, avec une aquarelle qui représente une jeune fille en deuil sous son voile (In Mourning, Nationalmuseum, Stockholm), que débute la carrière d'Anders Zorn. Il épouse Emma Lamm en 1885 (Emma Zorn, Reading, 1887, Zornsamlingarna, Mora; The Artist's Wife, 1889, Nationalmuseum, Stockholm; Self Portrait, 1889, Galleria degli Uffizi; The Schwartz Girls, 1889, Musée d'Orsay; Portrait of Emma in the Paris Studio, 1894) et passe les onze années suivantes à l’étranger, notamment en France, à Paris, lieu de séjour et de formation incontournable pour tout peintre ambitieux, les rives de la Méditerranée, Espagne, Portugal, Italie, Algérie, Grèce, Turquie. Durant cette période d’expatriation, Zorn et Emma prennent bien soin de revenir en Suède chaque été afin de maintenir les liens qui les unissent à leur pays. 

Le point de vue réaliste concourt à la formation de Zorn, "Baking Bread" (1889), "The Large Brewery" (1890, Göteborgs kunstmuseum), "Margit" (1891), "The Omnibus" (1891, Zornsamlingarna), "The Lace Makers" (1894), la jeune ouvrière y est toujours présente…

En 1906, il expose à Paris plus d'une centaine d'oeuvres qui connaissent un accueil enthousiaste de la critique, il est alors un portraitiste renommé qui concurrence directement un John Singer Sargent (1856-1925), l'intrigue autour du choix en 1897 du portraitiste de "Mrs. Walter Rathbone Bacon" (Metropolitan Museum of Art, New York) en est l'exemple le plus connu. Et ses portraits de personnalités, "Cristina Morphy" (1884, Prado, Madrid), "Antonin Proust" (1888), "Mrs Veronica Heiss" (1891), "Roseta Mauri" (1891), "Mrs. Potter Palmer" (1893, Art Institute of Chicago), "Frieda Schiff" (1894, Metropolitan Museum of Art, New York), "Isabella Stewart Gardner in Venice" (1894), "Mrs. Lucy Turner Joy" (1897, Saint Louis Art Museum), "Frances Folsom Cleveland" (1899, National Portrait Gallery, Washington DC), "Martha Dana" (1899, Museum of Fine Arts, Boston), "Elizabeth Sherman Cameron" (1900), rivalisent avec ceux de Sargent …

Entre 1881 et 1895, Anders Zorn séjourne à maintes reprises à Dalarö, une île située dans l'archipel de Stockholm, et c'est là, dit-on, qu'il invente un nouveau genre de peinture, le nu féminin intégral en plein air.

Les jeunes femmes du peuple (certaines seront de ses maîtresses)qu'il représente de manière naturelle, en toute liberté, avec un réalisme exceptionnel, soutenu par une technique de l'aquarelle qui sait restituer tant l’alchimie de la lumière que la couleur et la transparence des plans d’eau, rend les Baigneuses d'Auguste Renoir (1884-1887) presque fades : "Outdoors" (1888, Göteborgs konstmuseum), "Reflections" (1889), "Shivering Girl" (1894), "After the Bath" (1895, Nationalmuseum, Stockholm), "In Gopsmor" (1905) ...

Et lorsqu'il choisit des scènes d'intérieur, Anders Zorn parvient avec la même réussite à représenter ces jeux de corps féminins dans la chaude lumière des lampes à huile ou des feux de poêles. Ces sujets deviendront l'essentiel de sa production artistique lorsqu'il aura regagné sa ville natale, Mora, après 1914...: "At the Door of the Loft" (1905, Suomen Kansallisgalleria), "Women Bathing in the Sauna" (1906, Nationalmuseum, Stockholm), "Nude woman arranging her hair" (1907, Musée d'Orsay)..


 John Singer Sargent (1856-1925)

Si l'Amérique revendique Sargent comme un de ses artistes, celui-ci s'expatria vers l'Europe, à l'image de Mary Cassatt, Whistler, Winslow Homer, cherchant sur l'ancien Continent la tradition d'éclectisme et de virtuosité qu'il semblait ne pas trouver dans la peinture américaine. Type même, donc, du peintre américain cosmopolite, Sargent est né à Florence et mort à Londres, et fut à Paris l'élève de Carolus Duran, dont il apprit les procédés du portrait mondain, et il allait à son tour les exporter avec une virtuosité saisissante, mais non sans quelques facilités. Admirateur de Frans Hals et de Velázquez, sensible aux nouveautés de l'Impressionnisme, ses portraits nous restituent avec une vraisemblance très flatteuse l'image d'une société mondaine, londonienne ou parisienne. Il connut pourtant le scandale en 1884, lorsqu'il exposa à Paris le portrait de "Madame X", celui de Virginie Gautreau, américaine comme lui et célèbre beauté de la haute société de l'époque : Sargent révéla qu'il avait quelques difficultés à la représenter, ne sachant quelle pose privilégier qui accentuait son profil caractéristique. Le public, quant à lui, fut choqué par sa robe très décolletée, perplexe devant sa pâleur cadavérique, rebuté par la position tordue de son bras droit, outré par le fait que l'une de ses bretelles de la robe avait glissé de son épaule. Il dut fuir Paris pour un temps, gagna Londres puis les Etats-Unis où la gloire semblait l'attendre.

Works : Metropolitan Museum of Art, New York (Ada Rehan, 1894; Alhambra, Granada, 1912; Alhambra, Patio de los Leones, 1879; Angels, Mosaic, Palatine Chapel, Palermo, 1897; The Balcony, 1880; Boboli Gardens, Florence, 1906; Camp at Lake O'Hara, 1906; Egyptian Woman, 1891; Louise Burckhardt, 1882; Madame X, 1884; Mrs. Hugh Hammersley, 1892) * Centre Pompidou, Musée National d'Art Moderne, Paris (Alberto Falchetti, 1905) * Galleria Nazionale d'Arte Moderna e Contemporanea di Roma (Antonio Mancini, 1902) * Tate Britain, London (Alfred, Son of Asher Wertheimer, 1901; Almina, Daughter of Asher Wertheimer, 1908; Asher Wertheimer, 1898; The Black Brook, 1908; Claude Monet Painting by the Edge of the Woods, 1885; Ena and Betty, Daughters of Asher and Mrs. Wertheimer, 1901; Madame Gautreau (unfinished), 1884) * Brooklyn Museum (Arab Gypsies in a Tent, 1906; Aranjuez, 1903) * Scottish National Gallery, National Galleries of Scotland (Lady Agnew of Lohnaw, 1892) * Musée de la Cour d'Or, Metz (Arsène Vigeant, 1885) * National Portrait Gallery, London (Arthur James Balfor, 1908; Coventry Patmore, 1894) * Art Institute of Chicago (An Artist at His Easel, 1914) * Museum of Fine Arts, Boston (An Artist in His Studio, 1904; Corfu: A Rainy Day, 1909; The Daughters of Edward Darley Boit, 1882) * British Museum * Yale University Art Gallery * Mint Museums, Charlotte (North Carolina) * Fogg Museum of Art, Harvard University * Rhode Island School of Design Museum of Art * National Gallery of Victoria, Melbourne * National Gallery of Art, Washington DC * Addison Gallery of American Art, Andover, MA * Des Moines Art Center * Isabella Stewart Gardner Museum, Boston ... 


Les peintres de la lumière de la Baltique....

Skagensmalerne - Peter Severin Kroyer (1851-1909), né à Stavanger, en Norvège, est l'un des chefs de file d'un groupe d'artistes qui se forma à Skagen, au Danemark, la ville la plus au nord du Jutland, et qui devint célèbre en tant que "peintres de la lumière de la Baltique" (realistiske friluftsmalerier).
Peter Severin Kroyer, qui séjourna à Paris entre 1877 et 1881 et s'inspira des impressionnistes français, a peint nombre de tableaux emblématiques du mouvement : " Ved Frokosten" (repas réunissant Eilif Petersen, Michael Ancher, Wilhelm Peters, Charles Lundh, Degn Brøndum, Johan Krouthén au Brøndum's Hotel, 1883, Skagens Museum), "Hip, Hip, Hurrah!, Sommeraften ved Skagen Sønderstrand" (Fête d'artistes à Skagen, 1888, Göteborgs Konstmuseum), "Sommeraften ved Skagen Sønderstrand med l'og Marie Krøyer d'Anna Ancher" (Soirée d'été sur la plage du sud de Skagen avec Anna Ancher et Marie Krøyer, 1893), "Rive de Sankthansbål på Skagen" (Feu de la veille de Saint-Jean, 1903), "Sommeraften ved Skagen Sønderstrand'' (1903, Skagens Museum), dans lequel Anna Ancher et Marie Krøyer marchent toutes deux le long de la plage.

Holger Drachmann (1846-1908), qui fut un des plus grands poètes danois de ce temps, Fritz Thaulow (1847-1906), qui épousa la belle-sœur de Paul Gauguin et vécut longtemps en France (Jacques-Émile Blanche, Le Peintre Thaulow et ses enfants, 1895, Paris, musée d'Orsay), et Karl Madsen (1855-1938) formèrent la première vague de ce mouvement, suivis par Carl Locher (1851-1915) en 1872, Michael Peter Ancher (1849-1927) en 1874, et Peder Severin Krøyer en 1882.
Michael Ancher, Redningsbåden køres gennem klitterne, 1883, Statens Museum for Kunst - 1881,Fishermen Launching a Rowing Boat - Skagens Museum - 1889, To fiskere ved en båd, Statens Museum for Kunst, Copenhagen  - 1891, At the Grocer's on a Winter's Day when There Is No Fishing …

La Hirschsprungske Samling de Copenhague et le Skagens Museum ( Skagen, Denmark) exposent nombre d'œuvres de Marie et P. S. Krøyer, d'Anna et Michael Ancher.

Michael Peter Ancher - 1896, A Beach Promenade - Skagens Museum, Denmark, Skagen - Peder Severin Kroyer, 1893, Summer Evening on the Beach…

Anna Ancher (1859-1935) est née dans le village de pêcheurs de Skagen et épouse Michael Ancher en 1880. En 1882, ils visitent Vienne puis Paris (1888-1889), découvrent les œuvres des impressionnistes. Ses tableaux décrivant la vie quotidienne des villageois de Skagen et ses scènes d'intérieur se ressentent des six mois passés dans l'atelier de Puvis de Chavannes ( En begravelse, 1891, Statens Museum for Kunst - Sorg, 1902, Skagens Kunstmuseer)….


Le peintre de la lumière méditerranéenne...

 

Joaquin Sorolla y Bastida (1863-1923) 

Issu d'une famille d'artisans valenciens, orphelin dès l'enfance, élevé par un oncle, qui l'employait le jour et lui laissait les soirées pour suivre des cours, notamment à l'Académie des Beaux-Arts, Joaquin Sorolla vint à Paris en 1885 pour apprendre le réalisme de Bastien Lepage et la technique des impressionnistes, sans qu'il eût été en rapports personnels avec eux. Il dessinait sans cesse, le Museo Sorolla conserve plus de 5000 esquisses ou notes de sa main, mais aussi utilisait la photographie pour capturer tel ou tel instant, fréquentait ainsi des photographes tels que Antonio García, le valencien, Christian Franzen, le danois. De retour en Espagne, installé à Madrid, il éclaircit sa palette, puis à Valence, attiré à la fois par la lumière du paysage et par la vie des pêcheurs, se met à peindre les paysages ensoleillés du Levant espagnol. Sa façon de capturer tant la lumière que l'intimité des scènes du quotidien lui valut d'être reconnu dès 1908 auprès des fortunes américaines qui contribuaient à soutenir la culture hispanique outre-atlantique...

Le réalisme social (el realismo social) correspond à la première manière de Joaquin Sorolla , qui fut dans sa jeunesse membre du Parti républicain, en compagnie de son ami le sculpteur valencien Mariano Benlliure et de l'écrivain Vicente Blasco Ibáñez. Etabli à Madrid en 1881, ayant séjourné à Rome en 1885, Joaquin Sorolla expose avec un succès au Salon des artistes français entre 1893 et 1909, c'est l'époque de "Trata de blancas (1894, Museo Sorolla, Madrid), "Cosiendo la vela" (1896), "Familia Segoviana. El mamón. Hacia" (1894, Colección Masaveu)…

Vers 1900, Sorolla s'éloigne du réalisme social pour devenir l'un des chefs de file de l'impressionnisme espagnol : il renonçait ainsi à la rigidité des formes classiques, privilégiait la peinture en plein air, découvrait la mer à Valencia, Jávea, San Sebastián, Biarritz pour devenir  le grand peintre de la lumière méditerranéenne, non plus peindre, mais capter la lumière et les couleurs qu'elle révèle. Fasciné par l'éblouissante lumière de sa ville natale, Valencia, il privilégia dans sa peinture l'intensité du soleil, le sable, la mer, le blanc des vêtements ou des voiles de bateau : "Paseo a orillas del mar" (1909, Musée Sorolla), le plus célèbre, Clotilde García, la femme du peintre, et María Clotilde, leur fille aînée, se promènent sur la plage de la Malvarrosa, au bord de l'eau. Mais aussi "Corriendo por la playa" (1908, Bellas Artes de Asturias), "Bajo el toldo", "Playa de Zarauz", "María en la Playa de Biarritz o Contraluz, Biarritz", "Clotilde en el jardín", "Sobre la arena, Playa de Zarauz", "Pescadora con su hijo, Valencia", "La siesta","Niños en la playa" (1904) ...

Son art du portrait traduit un Sorolla plus intime, portraitiste sobre et pénétrant de ses familiers (D'Antonio Garcia, son beau-père ; le Docteur Gonzalez, musée de Valence), de ses filles (Maria convalescente, Valencienne à cheval, Valence, musée des Beaux-Arts), des écrivains, artistes en vogue au début du XXe s. (le peintre Aureliano de Beruete, les actrices Maria Guerrero, Prado ; Lucrecia Araña, musée de Valence): "Elena con túnica amarilla" (1909), "Clotilde sentada en el sofá" (1910)…

En 1911, il expose à nouveau aux États-Unis au siège de la Hispanic Society à New York et accepte la commande du philanthrope et hispaniste Archer Milton Huntington (un de ses plus grand admirateur avec Pedro Masaveu) pour décorer la biblioteca de la Hispanic, soixante-dix mètres sur trois mètres et de haut, avec des motifs espagnols et portugais, sept ans de labeur particulièrement éprouvant. La composition de cette vision monumentale de l'Espagne en 14 panneaux (1912-1919) le conduit à se tourner une fois de plus vers la photographie et les photographes américains de l'époque (W. A. Cooper, William G. Hollinger, Sebastian Cruset, George Harris):  c'est que l'art photographique lui permet d'observer ces fameux détails de choses que l'œil humain n'est pas capable de percevoir en raison de la nature fugace du regard. 

Un an plus tard, en peignant le portrait de l'épouse de l'écrivain Ramón Pérez de Ayala dans le jardin de sa maison, il subit une attaque qui l'empêchera désormais de peindre, et mourra trois ans plus tard.... 

"Retrato del presidente de EE UU, William Taf" (1909), "¡Otra Margarita!" (1892, Mildred Lane Kemper Art Museum),  "Retrato de Louis Comfort Tiffani" (1911), "Hotel Plaza, en Nueva York", "Entrada a Central Park, Nueva York"...

Autorretrato familiar del fotógrafo Antonio García (de pie, al fondo) realizado en 1907.....