Somerset Maugham (1874-1965) - John Cowper Powys (1872-1963) - Ford Madox Ford (1873-1939) - Ambrose McEvoy (1878-1927)...
Last update: 12/26/2016

Somerset Maugham (1874-1965), John Cowper Powys (1872-1963), Ford Madox Ford (1873-1939) font partie de ces romanciers qui débutent à la fin de l'époque victorienne et vivent une progressive mutation du roman : le roman victorien semble dépassé, inadapté à ce qui se donne comme "modernité" dans ce "nouveau monde" qui sort de la première guerre mondiale. Il sera d'usage d'appliquer le terme de "modernisme" à cette période qui s'étend de 1915 à 1930 qui voit s'imposer en Angleterre James Joyce, Virginia Woolf, D.H. Lawrence. Le roman moderniste, a contrario du roman victorien, ne pense plus que le langage puisse rendre compte du monde dans sa réalité, que l'histoire et les personnages soient des éléments structurant d'un récit, l'intériorité, la multiplication des points de vue, l'hésitation, le doute, l'incohérence, la contradiction entre désormais dans la narration...

(Ambrose McEvoy - circa 1911 - The Ear-Ring - Tate Britain - London)

 

Somerset Maugham (1874-1965)
"“The writer cannot afford to wait for experience to come to him, he must go out in search of it.” Somerset Maugham est le maître de la désillusion, de la vanité des aspirations humaines et des pièges de l'amour : il déploie des intrigues et des personnages avec un cynisme qui lui est très particulier et une habileté technique que l'on a pu juger comme froide et par trop éloignée des passions de chair et de sang : il disait de lui-même manquer d'imagination "My lack of imagination obliged me to set down quite straightforwardly what I had seen with my own eyes and heard with my own ears.”

Né à Paris où son père était en poste à l'ambassade de Grande-Bretagne, Maugham eut une vie longue et mouvementée : élevé dans un monde cosmopolite et fortuné, mais orphelin à 10  ans, recueilli par un oncle pasteur anglican qui lui offre une éducation austère, il fait des études à Canterbury et à Heidelberg, découvre comme médecin la misère à Londres (St Thomas’s Hospital), s'installe en France (la fameuse villa mauresque de Cap Ferrat, en 1928), y aborde le théâtre. Après la Première Guerre mondiale, il sert dans l'Intelligence Service ("Ashenden, or the British Agent" (1928) fût réutilisé dans les manuels d'entraînement du MI6) et prend une certaine habitude de mener une double vie, Il épouse sa maîtresse Syrie Wellcome en 1917 (en divorce en 1928) et entame une liaison avec Gerald Haxton en 1915 (remplacé par Alan Searle en 1944).

Auteur de plus d'une soixantaine de romans, recueil de nouvelle et pièces de théâtre, on retrouve son expérience de "médecin malgré lui" dans "Liza of Lambeth" (1897), une autobiographie qui lui donne la notoriété (1915, "Of Human Bondage"), et des romans qui affirme sa réputation de romancier n'hésitant pas à s'en prendre aux institutions sociales et à une certaine arrogance de la haute société britannique, "The Moon and Six pence" (1919), "The Painted Veil" (1925), "Cakes and Ale" (1930), "The Razor's Edge" (1945), Catalina (1948). Outre son théâtre (Lady Frederick, 1907, son premier grand succès), ses Complete Short Stories remplissent trois volumes, nombre de ses oeuvres sont extrêmement connues par les films qui en ont été tirés : "Our Betters" (1933) de George Cukor, avec Constance Bennett,  "The Painted Veil" (1934), de Richard Boleslawski, avec Greta Garbo, "Of Human Bondage" (1934) de John Cromwell, avec Leslie Howard et Bette Davis,  "The Moon and Sixpence" (1942), d'Albert Lewin, avec George Sanders, Herbert Marshall...

 

"Cakes and Ale: or, the Skeleton in the Cupboard" (1930, "La Ronde de l'Amour")
Willie Ashenden, écrivain d'une cinquante d'années, est invité à déjeuner par un autre écrivain et critique, Alroy Kear, qui travaille sur la biographie d'un célèbre romancier, Driffield, vieille connaissance de Ashenden. Celui-ci est alors assailli de souvenirs, et tout particulièrement vis-à-vis de Rosie, la femme de Driffield et d'une grand liberté sexuelle, qui un jour le quitta. La biographie d'un homme de lettres renommé se transforme ainsi en un portrait d'un couple au destin reconstitué avec une émouvante finesse, au delà du cynisme apparent. Le roman fut reconnu par la critique littéraire.

 

"You see, she wasn't  a woman who ever inspired love. Only affection. it was absurd to be jealous over her. She was like a clear deep pool in a forest glade, into which it's heavenly to plunge, but it is neither less cool nor less crystalline because a tramp and a gipsy and a game-keeper have plunged into it before you."

"Voyez-vous, cette femme n'a jamais inspiré de l'amour. Seulement de l'attachement. C'était absurde d'être jaloux d'elle. Elle ressemblait à l'étang profond d'une clairière où il est délicieux de plonger, mais qui n'est ni moins frais, ni moins cristallin quand un vagabond, un bohémien, un garde-chasse s'y sont baignés avant vous."

 


"Of Human Bondage" (1915, "Servitude humaine")
Le plus célèbre des romans de Maugham puise dans sa propre biographie pour narrer l'histoire de la vie de Philip Carey depuis son enfance jusqu'à l'âge adulte, tourmenté très tôt à cause de son pied bot, perdant progressivement sa foi religieuse et découvrant que l'existence est souvent sordide, sinon futile. Il finit par fuir à Londres pour poursuivre, sans véritable vocation, des études de médecine, et rencontre un amour dévastateur en la personne de Mildred, une serveuse sans scrupule, qui le méprise et le hait, mais dont il ne peut se passer.

 

"The Razor’s Edge" (1944, "Le Fil du rasoir")
Trois millions de ce roman seront vendus aux Etats-Unis dès son lancement - Profondément marqué d’avoir vu à la guerre un de ses camarades mourir devant lui, le jeune Larry Darrell ne peut se résoudre à suivre le chemin tout tracé qui s’ouvre devant lui : un mariage dans la bonne société avec Isabel qui l’aime plus que tout et une confortable carrière dans la finance. Il sent qu’il doit d’abord trouver quel sens donner à sa vie…

 

"Jamais je n’ai commencé un roman avec plus d’appré­hension. Et si j’appelle ce livre un roman, c’est parce que je ne sais vraiment quel autre nom lui donner. J’ai peu de choses à raconter, et mon récit ne se termine ni par une mort ni par un mariage. La mort met fin à tout, ce qui en fait la conclusion la plus complète de toute histoire; mais le mariage est aussi une fin très convenable, et les snobs de l’esprit on tort de railler ce que l’on a coutume d’appeler un dénouement heureux. Le commun des mortels suit un instinct très normal en considérant que de cette façon tout ce qui doit être dit est dit. Lorsqu’un homme et une femme, après toutes les vicissitudes que l’on peut se plaire à imaginer, se sont enfin unis, ils ont rempli leur fonction biologique et l’intérêt se porte sur la génération à venir. Mais je tiens mon lecteur en suspens. Ce livre est fait de mes souvenirs sur un homme avec qui le hasard de la destinée m’a mis en étroit contact, mais à de longs intervalles seulement, et je ne sais guère ce qu’il lui est arrivé entre-temps. Mon imagination pourrait sans doute combler les vides d’une manière assez plausible et donner ainsi plus de cohésion à mon récit; je n’en ai nulle envie.

Je veux me borner à relater ce que je sais pour l’avoir appris moi-même.

J’ai écrit, il y a plusieurs années, un roman intitulé L’Envoûté. J’avais entrepris de raconter l’histoire d’un peintre célèbre, Paul Gauguin; et, usant du privilège du romancier, j’avais imaginé certains épisodes destinés à illustrer le personnage de ma création tel que me le faisaient voir les rares données que je possédais concernant le fameux artiste français. Dans ce livre-ci, je n’ai rien essayé de semblable. Je n’ai rien inventé. Pour éviter d’embar­rasser des gens encore vivants, j’ai donné aux personnages de ce récit des noms de fantaisie, et j’ai pris d’autres précautions encore afin de m’assurer que nul ne puisse les reconnaître. L’homme de qui je vais parler n’est pas célèbre. Peut-être ne le sera-t-il jamais. Peut-être, parvenu au terme de son existence, ne laissera-t-il pas plus de traces de son passage sur terre qu’une pierre jetée dans une rivière n’en laisse à la surface de l’eau. Dans ce cas, si mon livre doit être jamais lu, ce sera seulement à cause de l’intérêt qu’il pourra représenter par lui-même. Mais il se peut aussi que le genre de vie choisi par mon héros, la force et la douceur particulières de son caractère aient une influence toujours croissante sur ses semblables, de sorte que, longtemps peut-être après sa mort, on reconnaîtra qu’à cette époque vivait un être vraiment exceptionnel. On saura, alors, clairement de qui il s’agit, et les curieux qui voudront se documenter au moins quelque peu sur sa jeunesse pourront trouver dans cet ouvrage certains détails intéressants. Dans ces limites ainsi admises, mon livre sera, je pense, une source utile d’information pour les biographes de mon ami.

Je ne prétends pas avoir reproduit textuellement les conversations que j’ai rapportées. Je n’ai jamais pris note de ce qui fut dit en telle ou telle autre circonstance; mais j’ai, quant à moi, bonne mémoire et, bien que j’aie relaté ces entretiens dans mon propre style, le sens en est, je crois, rendu fidèlement. J’ai dit, un peu plus haut, n’avoir rien inventé; mais une légère rectification me paraît nécessaire. Comme l’ont fait les historiens depuis le temps d’Hérodote, j’ai pris la liberté de prêter aux personnages de mon récit des propos que je n’ai pas entendus moi-même et qu’il m’eût d’ailleurs été impossible d’entendre. Mes raisons ont été celles des chroniqueurs : donner de la vie et de la vraisemblance à des scènes qui, rapportées tout simplement, n’eussent produit aucun effet. Je voudrais être lu, et je crois être en droit de faire tout ce que je peux pour donner de l’attrait à mon livre. Le lecteur intelligent découvrira facilement lui-même où j’ai eu recours à cet artifice, et il lui sera parfaitement loisible d’en faire abstraction.

Il est encore une autre raison à l’appréhension que j’éprouve en entreprenant ce récit : les principaux person­nages sont Américains. L’âme des êtres est très difficile à connaître, et je ne pense pas qu’il soit jamais possible de la pénétrer entièrement s’il ne s’agit de compatriotes. Car les humains ne sont pas seulement eux-mêmes; ils sont aussi le milieu où ils sont nés, le foyer dans la ville ou la ferme où ils ont appris à faire leurs premiers pas, les jeux qui ont amusé leur enfance, les contes de vieilles femmes qu’ils ont entendus, la nourriture qu’ils ont mangée, les écoles qu’ils ont fréquentées, les sports qu’ils ont pratiqués, les poètes qu’ils ont lus, le Dieu qu’ils ont adoré. Ce sont toutes ces choses qui les ont faits ce qu’ils sont, ces choses que l’on ne peut apprendre par ouï-dire et que l’on peut saisir seulement si on les a vécues soi-même. On ne peut les connaître qu’en s’identifiant avec elles. Seule l’obser­vation directe permet de comprendre la mentalité d’étrangers : c’est pourquoi il est difficile de donner de la vraisemblance à leur caractère à travers les pages d’un livre. Un psychologue aussi subtil et prudent qu'Henry James lui-même, bien qu’ayant vécu en Angleterre pendant quarante ans, n’a jamais réussi à créer un type d’Anglais totalement anglais. Pour ma part, je me suis toujours abstenu, sauf dans quelques courtes nouvelles, de dépeindre des personnages autres que mes propres compatriotes; et si, dans de petits contes, je me suis aventuré à me départir de cette règle, c’est que cette forme littéraire permet de décrire les caractères plus sommairement. Vous indiquez au lecteur les grands traits, et lui laissez le soin de compléter lui-même les détails. On peut se demander pourquoi, ayant fait de Paul Gauguin un Anglais, je ne pouvais agir de même pour les personnages de ce livre. La réponse est simple : je ne le pouvais pas. Ils n’auraient plus été ce qu’ils sont. Je ne prétends pas qu’ils soient des Américains tels que les Américains se voient eux-mêmes; ils sont des Américains vus par les yeux anglais.

En 1919, me rendant en Extrême-Orient, et passant par Chicago, je m’y arrêtai deux ou trois semaines pour des raisons qui n’ont rien à faire avec ce récit. Je venais de publier un roman à succès, et la vogue dont je jouissais alors me valut d’être interviewé dès mon arrivée. Le matin suivant, on m’appela au téléphone. Je répondis.

- C’est Elliott Templeton qui parle.

- Elliott ? Je vous croyais à Paris.

- Non, je suis en visite chez ma sœur. Nous aimerions vous avoir à déjeuner chez nous aujourd’hui.

- Avec joie.

Il me fixa l’heure et me donna l’adresse.

Je connaissais Elliott Templeton depuis quinze ans. Il avait, à cette époque, largement dépassé la cinquantaine ; c’était un homme grand, élégant, aux traits réguliers; ses épais cheveux foncés et ondulés grisonnaient tout juste assez pour souligner la distinction de son allure. Il était toujours admirablement habillé. Il achetait son linge chez Charvet, mais ses vêtements, ses chaussures et ses chapeaux venaient de Londres. Il avait un appartement à Paris sur la rive gauche, dans l’élégante rue Saint-Guillaume. Les gens qui ne l’aimaient pas prétendaient qu’il faisait des affaires, mais cette insinuation le remplissait d’indignation. Il avait du goût et de la culture; il ne se refusait pas à reconnaître que dans le passé, au début de son installation à Paris..."

 

"Ashenden: Or the British Agent" (1928, "Mr Ashenden, agent secret")
"Somerset Maugham a démontré, avant Ian Fleming et John Le Carré, que la littérature et l'espionnage pouvaient faire excellent ménage. Avec ce volume de nouvelles, on entre de plain-pied dans la biographie du grand écrivain britannique. Car Mr Ashenden n'est autre que l'auteur lui-même. « Ce recueil s'inspire de mon expérience d'agent secret pendant la guerre (celle de 1914 - 1918), a-t-il écrit, mais remaniée au service de la fiction." (Editions Robert Laffont).

 

"The Three Fat Women of Antibes" (1933, "Les Trois Grosses Dames d'Antibes")
"Les Trois Grosses Dames d'Antibes est le premier de quatre recueils à paraître dans la collection « Pavillons poche » qui rassemblent les nouvelles de Somerset Maugham. On y découvre l'univers de l'auteur : l'Empire britannique, cet ailleurs colonial que l'auteur chérit et qui le fait rêver ; l'Espagne, un autre ailleurs parfois idéalisé ; et la France, ou il a passé son enfance. Abordant dans un anticonformisme avoué ses thèmes de prédilection littéralement amoraux, ces courts récits mettent notamment en scène des fils de bonne famille qui se mettent à jouer et fréquenter des femmes, un repris de justice qui part dans le Pacifique, devient bigame et goûte enfin au bonheur... Autant de personnages dépeints avec ironie et tendresse. Les nouvelles, parfois cruelles, dénoncent avec un esprit décapant le monde étriqué de la bourgeoisie et de ses préoccupations, et l'univers désuet de l'aristocratie. Souvent drôle, plein de fantaisie et empreint d'une certaine nostalgie, ce volume est celui d'un monde en train de disparaître, celui de la jeunesse de l'auteur." (Editions Robert Laffont)

 

"The Casuarina Tree" (1926, "Le Sortilège malais")
Recueil de six nouvelles : "Before the Party", "P. and O.", "The Outstation", "The Force of Circumstance", "The Yellow Streak", "The Letter".

 

 

 


John Cowper Powys (1872-1963)
"Endure or escape". Miller et Dreiser firent de Powys l'une des figures les plus fortes de la littérature contemporaine, parce qu'il entendait ré-enchanter un monde alors submergé par un discours matérialiste et rationnel, dissoudre son identité sociale dans la contemplation sensuelle des paysages du Dorset et des montagnes du Pays de Galles : et retrouver ainsi une sorte de conscience proto-humaine de l'existence ("Moi Ichtyosaure") dans laquelle le détail le plus sordide ou insolite rejoint la rêverie cosmique, l'humain le non-humain. Comment parvenir à vivre dans une matérialité qui n'est perçue que comme contrainte ou hostilité, si ce n'est en développant une expérience des sens et en absorbant par la contemplation toute l'essence du réel, nous affranchir ainsi des normes collectives et du poids de l'identité de notre humaine existence.

 

Né à Shirley (Derbyshire) d'un pasteur anglican, qui le marque fortement par son rigide manichéisme, et d'une mère masochiste et rêveuse, descendante des poètes Cowper et Donne, l'étrange personnalité névrotique de John Cowper vit une jeunesse exaltée dans un paysage du Dorset qui permet de donner libre cours à son imagination sans borne. Après des études de théologie à Cambridge et un mariage dont le bonheur fut médiocre, John Cowper quitte son Dorset natal pour un volontaire exil en Amérique (1905-1930), dont il sillonne presque tous les États comme conférencier : sa culture encyclopédique, ses improvisations, sa capacité à endosser les personnalités des écrivains qu'il présente, lui confèrent un succès considérable. Il publie quatre romans, inspirés de Thomas Hardy et de George Eliot, quatre recueils de poèmes, des essais critiques et philosophiques et obtient la consécration en 1929 avec "Wolf Solent", première étape du cycle des romans du Wessex :  "A Glastonbury Romance" (1932), "Weymouth Sands" (1934), "Maiden Castle" (1936). La fin de sa vie s'écoula au pays de Galles, la culture celte devenant la principale source de son inspiration et d'une philosophie centrée sur la contemplation de la Nature et sur le pouvoir de l'imagination (Autobiography, 1934; Owen Glendower: An Historical Novel, 1941). Il mourut à Blaenau, Merioneth (North Wales).

 

"Wolf Solent" (1929)
Wolf Solent, contraint de quitte son emploi de professeur pour s'être lancé dans une critique délirante du positivisme moderne, revient vers sa région natale, le Dorset, s'y établit et accepte de rédiger  une chronique des histoires salaces de la région pour un certain M.Urquhart. Mais Wolf non seulement est assailli par ses souvenirs, notamment d'un père paillard et infidèle, mais rencontre deux femmes, Gerda Torp, une beauté locale et rustique qu'il épouse, et Christie Malakite, avec qui elle entretient une liaison spirituelle. Le roman entre alors dans une nouvelle dimension qui oppose continuellement réalité et illusion, intériorité et normes sociales : Wolf ne parvient à accepter le pire, une femme qui le trompe publiquement, à évoluer dans un monde social qui se révèle rapidement hostile, en se portant avec une immense joie intérieure vers l'inhumain des éléments naturels et le pouvoir sans fin de son imagination, "a sinking onto his soul".

 

"Wolf himself, if pressed to describe his life-illusion, would have used some simple earthly metaphor. He would have said that his magnetic impulses ressembled the expanding of great vegetables leaves over a still pool - leaves nourished by hushed noons, by liquid, transparent nights, by all the movements of the elements - but making some inexplicable difference, merely by their spontaneous expansion, to the great hidden struggle always going on in Nature between the good and the evil forces."

"Si l'on avait pressé Wolf de décrire ce qu'il appelait son "illusion vitale", il aurait usé d'une métaphore terrestre. Il aurait expliqué que ses impulsions magnétiques étaient comme ces grandes feuilles vertes qui s'étalent à la surface immobiles des mares - nourries de furtifs soleils de midi et de nuits douces et transparentes, nourries des tous les mouvements des éléments - ces feuilles dont la croissance spontanée suffit, inexplicablement, à modifier l'équilibre entre les forces du Bien et du Mal s'affranchissant silencieusement au sein de la Nature."

 


"A Glastonbury Romance" (1932, Les Enchantements de Glastonbury)
Henry Miller, en lisant "A Glastonbury Romance", écrivit à Lawrence Durrell: "my head began bursting as I read. No, I said to myself, it is impossible that any man can put all this - so much - down on paper. It is super-human."
Roman-fleuve de John Cowper Powys, qui compte quatre volumes : dans le premier volume, "Le testament", "la vision panoramique qu'il inaugure baigne à la fois dans l'atmosphère contemporaine de la ville de Glastonbury et dans celle mythique de la geste du roi Arthur. Jamais Powys n'a été aussi loin dans sa peinture de la pitié, des obsessions secrètes, des amours homosexuelles, des souvenirs-écrans de l'enfance, des désirs insatisfaits, de l'horreur et de la fascination mêlées à la violence." Dans le second volume, " John Cowper Powys analyse avec une hardiesse toute moderne les nuances du désir. Chacun des personnages incarne un aspect ou une virtualité de la personnalité de l'auteur. On retrouve John Crow : il est partagé entre son amour pour sa cousine et sa passion pour Tom Barter et ses visions, entre autres celle qu'il a de l'épée du roi Arthur, autant d'étapes dans l'itinéraire spirituel de l'auteur." Dans le troisième tome, "John Cowper Powys jette un coup d'œil plus général sur Glastonbury qui devient le creuset de la mythologie propre et l'apparente à un monde archaïque où revivent les légendes celtes, en particulier le Graal. Au contact de la force étrange qui en émane les sentiments se concentrent, les passions s'exacerbent et créent la légende de Glastonbury". Enfin, dans le dernier volume, "les situations et les passions évoquées dans Le Testament, La Crucifixition et Le Miracle, éclatent avec les grandes marées d'équinoxe de mars. Chacun des habitants de Glastonbury parvient alors à l'apogée de son destin. John Geard, qui est la projection magnifiée de Powys tel qu'il s'est toujours rêvé, meurt en apothéose dans la scène finale du déluge au moment où lui apparaît Cybèle, la déesse virile couronnée de tours, symbole de cette constante de l'œuvre : l'androgyne." (Editions Gallimard)

 

"Weymouth Sands" (1934, "Les Sables de la mer")
"Sous un nom imaginaire, Weymouth est le théâtre où John Cowper Powys met en scène une passionnante troupe de « pantins planétaires » : professeur de latin louvoyant autour des écueils de l'érotisme, prophète persécuté nimbé d'étranges lueurs mystico-grotesques, homme d'affaires qui puise sa raison d'être dans les profondeurs de son coffre-fort, homme de la mer uni aux éléments par sa puissante vitalité, vierges folles, vierges sages, bien d'autres premiers rôles et nombre de figurants. Qu'on nous les montre sous un jour tragique ou cocasse, en proie à leurs rêves ou à leurs idées fixes, amarrés au quotidien ou entraînés vers un tournant entre tous marquant de leur vie, ces hommes et ces femmes se révèlent dans leur vérité la plus secrète. Aux fils de leurs jours s'entrecroisent les thèmes typiques de l’oeuvre de John Cowper Powys : hantises de déviations sexuelles et mentales, extatiques communications entre l'animé et l'inanimé, le tout traversé de visions, de rumeurs et de souffles qui donnent à l'ensemble une prodigieuse ampleur cosmique orchestrée par le rythme inlassable, antédiluvien de la mer." (Le Livre de Poche, LGF)

 

"As he tossed from side to side in that windless, starlit silence, with the sea-airs from the unruffled West Bay flowing in through their open window, there came moments when his hold on objective reality grew
faint, and when a strange exultation seized him, made up of his love's lost maidenhead and his passionate possession of her, made up of the wild mixing of their blood ; and in the tide of this exultation he felt as if blood and death and the blow with which he would rid the world of the Dog, were all part of some mystical transaction, beautiful, terrible, miraculous, that he had only to carry to its appointed end, to redeem all. It must have been about three o'clock when this final exultation came upon him. For a long time he had been answering to something in that feverish half-sleep, to something which held out a clue, a solution. Once he had disturbed the girl by a start and a jerk and a convulsed groan.
"Blood . . . blood," he had heard her repeat; but she had sunk again into unconsciousness; and he took it for granted that she had no notion of what he was suffering in his mind.
But this "something" in his half-sleep which had been the clue to everything — what was it? It had seemed to him a complete solution, turning everything to peace, to satisfaction . . . but what was it? When he recalled it now, in this cold, clear, deadly lucidity into which he had roused himself, it seemed to him as though it had been the Clipping
Stone! But how could the Clipping Stone be a clue to anything — least of all to what he was going to do to the Dog?  The Jobber began to suffer. A cold, grey, not-to-be-pushed-off wedge of desolate misery seemed to come in now through that window opposite him. He felt as if in the act of possessing Perdita he had lost his main-spring. All was done, all was over. To sink down upon blood and ashes and let what must be be — that was all that remained..."

 

"Tandis qu'il s'agitait ainsi dans le silence de cette nuit calme qu'éclairaient les étoiles, qu'éventaient de douces brises marines exhalées par la Plage de Galets et pénétrant par la fenêtre ouverte, son sens de la réalité objective par instants s'affaiblissait. Skald était saisi par les transports étranges d'une joie triomphante faite des souvenirs de la nuit, de la virginité ravie de sa bien-aimée, de la passion qu'il avait mise à la faire sienne, de la mêlée fougueuse de leur chair. Et à mesure que grandissait cette exaltation il avait le sentiment que le sang, la mort, le coup par lequel il allait débarrasser le monde du Bouledogue étaient les éléments d'une transaction mystique terrible, magnifique, miraculeuse, qu'il n'avait qu'à mener à bien pour que tout fût racheté. Il devait être environ trois heures quand cette sensation de victoire le souleva pour la dernière fois. Dans son demi-sommeil fiévreux, depuis longtemps, quelque chose en lui répondait à un appel, à une voix qui proposait un éclaircissement, une solution. Une fois il avait par un sursaut, un gémissement convulsif, dérangé Perdita et l'avait entendue répéter :
« Du sang... du sang... »
puis elle était retombée dans son inconscience. Il prit pour allant de soi qu'elle ignorait ce qu'il endurait. Mais qu'était-ce donc qui, dans ce demi-sommeil, venait de lui apporter la clef de tout, lui avait paru contenir la solution parfaite, le moyen de tout dénouer dans la paix et le contentement? Qu'était-ce donc? Dans l'état de lucidité implacable où il s'éveillait à présent il lui semblait que c'était la Pierre de l'Étau ! Mais comment? La Pierre ne pouvait rien arranger ! Et moins encore en ce cas qu'en tout autre !
Elle n'avait aucun rapport avec l'affaire qu'il allait régler ! Aucun rapport avec le Bouledogue ! Skald commença à souffrir. Grise, glaçante, déchirante, impossible à repousser, une détresse semblait enfoncer son tranchant par la fenêtre qui lui faisait face. Il avait l'impression qu'en prenant Perdita il avait perdu son mobile essentiel. Tout était fini. S'enfoncer dans le sang et la cendre, laisser ce qui devait arriver arriver — rien d'autre ne restait à faire..."


"Maiden Castle" (1936, "Camp retranché")
"Dans Camp retranché (1936), des personnages plutôt complexes s'entrecroisent. Ils portent le lourd fardeau des obsessions de l'auteur: hantise du joug paternel, déviations sexuelles et mentales, sensations érotico-mystiques. Dorchester devient une ville enchantée..." (Editions Grasset)

 

 

"Autobiography" (1934)
"John Cowper Powys naît dans un presbytère de l'ère victorienne où le pasteur, son père, tel un démiurge nimbé de légendes druidiques, le marque de son empreinte en lui ouvrant, non les voies du Seigneur, mais l'univers du fétichisme. Sa mère figure seulement sous le voile d'une dédicace et il ne fera que d'hermétiques allusions à ses sœurs et à sa femme dans ce «récit de son aventure humaine». Enfant, il est tourmenté par la peur et le sadisme, mais exalté par le sentiment d'être magicien et les enchantements des sables de la mer. Jeune homme, il entre en extatiques communications avec «l'inanimé», mais il hante Brighton et ses casinos, comme il courra ensuite les «burlesques» américains, harcelé par son vice érotico-mystique de «moine satyre». C'est un «rat de bibliothèque», mais c'est aussi un «acteur-né», qui, durant vingt ans, exercera aux États-Unis un don magnétique de «conférencier ambulant». C'est un obsédé qui oscillera souvent sur les bords de la démence mais qui, à soixante ans (et ici se devine une présence féminine aussi précieuse que discrète), a dompté ses démons : devenu démiurge à son tour, il anime les personnages de son Autobiographie et de ses grands romans du souffle protéen de son génie." (Editions Gallimard)


Ambrose McEvoy (1878-1927)
"La Reprise" - Aberdeen Art Gallery and Museums (1912) - "Sir James Taggart" - Aberdeen Art Gallery and Museums (1917) - "Mrs Claude Johnson" - Tate Britain - London (1926) - "Mrs Lydia Russell" - The Potteries Museum & Art Gallery - Stoke-on-Trent - "The Artist's Mother" - Walker Art Gallery -  "Mrs Cecil Baring (1876–1922)" - Walker Art Gallery...


Ford Madox Ford (1873-1939)
Né à Merton, dans le Surrey, élevé dans un milieu artistique - fils d'un critique musical et petit-fils du peintre préraphaélite Ford Madox Brown (1821-1893), Ford Hermann Hueffer, dit Ford Madox Ford, écrit sa première nouvelle, "The Shifting of Fire" (1892) à dix-huit ans. La critique littéraire a retenu sa collaboration avec Joseph Conrad (The Inheritors, 1901) et son chef d'oeuvre moderniste "The Good Soldier" (1915). Ford part au front sous la Première Guerre mondiale, où il est gazé et devient partiellemnt sourd : il s'installe en France et publie les quatres volumes de "Parade's End" (1928), long roman sur la guerre.

 

"The Good Soldier : A Tale of Passion" (1915)
 Controversé, le roman met en scène comme narrateur un riche Américain désoeuvré, John Dowell, dont la perception de la réalité va évoluer au fur et à mesure qu'il découvre de nouveaux éléments du passé ou acquiert une meilleure compréhension d'évènements antérieurs. C'est ainsi que Dowell décrit l'amitié profonde qui le lie à Edward Ashburnham, le "bon soldat", puis prend conscience de la liaision que sa femme, Florence, entretient avec ce dernier, ce qui lui fait reprendre de bout en bout l'histoire de cette amitié et la réinterpréter...

 

"I don't know. And there is nothing to guide us. And if everything is so nebulous about a matter so elementary as the morals of sex, what is there to guide us in the more subtle morality of all other personal contacts, associations, and activities ? Or are we meant to act on impulse alone ? It is all a darkness."

 

"Je ne sais pas. Et il n'y a rien qui puisse nous guider. Et si quelque chose d'aussi élémentaire que la morale sexuelle reste à ce point nébuleux, qu'en sera-t-il des aspects moraux plus subtils encore de nos autres contacts, relations et activités personnels? Ou bien sommes-nous censés obéir à nos impulsions? Tout cela n'est que ténèbres."


"Parade's End" (1928, "Finies les parades")
C'est l'un des classiques sur la Première guerre mondiale : il retrace avec simplicité et exhaustivité l'engagement dans la guerre d'un brillant statisticien, fils d'une famille aisée, Christopher Tietjen, l'érosion de son mariage avec la sordide Sylvia, les préoccupations et activités des civils, et le perte de toutes ses références.